17/04/2006

Sortez-moi de là !

Ca y est, j’ai enfin l’ADSL à la maison. Je peux désormais télécharger et bidouiller à tout va, parfois pour le seul plaisir de la technique. Prochainement, ce blog va s’enrichir de nombreuses photos de mes trois derniers mois passés à Rio. Dès que j’aurai fait la sélection parmi le petit millier de photos que j’ai prises lors de mon séjour.

La technique, les photos, c’est bien, mais encore faut-il donner du contenu intelligent à mon blog. Je commençais à désespérer de trouver une idée originale d’article, quand la télévision française me l’a apportée sur un plateau. Du caviar, du 24 carats pour l’amateur de blagues à deux balles que je suis. Ce vendredi soir, j’étais distraitement en train débarrasser la table en vidant une canette, quand j’aperçois sur l’écran un paysage familier : le Pain de Sucre, visiblement filmé depuis le fort Duque de Caxias, au bout de la plage de Copacabana, à Leme (voir notes du mois de mars). Serait-ce Thalassa, la bonne émission pépère pour faire la sieste le vendredi soir, qui ferait escale à Rio ? Que nenni, on est sur TF1 et l’émission s’appelle "Je suis une célébrité, sortez-moi de là". C’est le nouvel avatar de la "télé-réalité", mis à la sauce de la chaîne en béton. Le principe est grosso modo identique à celui de "La Ferme" : on fait venir des "célébrités" dans un trou perdu et on les laisse se dépatouiller en les filmant complaisamment, tout en feignant le ton de la grosse poilade. Comme aucune star à l’agenda bien chargé n’a le temps de se livrer à cette pantalonnade, on appelle à la rescousse d’anciennes gloires qui ont du temps libre et qu’on avait un peu oublié depuis, comme Loana et Richard Virenque, ou bien des pseudos-célébrité comme le prince de Montcul, qui a surtout fait la couv’ de "Point de vue, Images du monde" pour le plus grand plaisir de ma tati quand elle va au salon de coiffure. Pour tout dire, ils sont plus popaul que people (pouf, pouf).

La différence avec "La Ferme", c’est qu’au lieu de les mettre au milieu des cochons et des poules dans un mas abandonné de Haute-Provence, on les largue en plein dans la forêt vierge tropicale, au milieu des mygales et des boas. C’est pour faire plus exotique, parce que pour le reste, c’est tout aussi c... Pour pimenter le tout, un ingrédient supplémentaire qui relève de la pure faudercherie : les participants concourent pour un organisme de bienfaisance à vocation humanitaire ou écologique, et si ils se plantent, et ben tant pis pour les malheureux qui sont censés en profiter. Comme ce moment de télé est exceptionnel, il n’est pas trop de deux piliers de la chaîne pour présenter le chef-d’œuvre : Jean-Pierre Foucault et Christophe Dechavanne, qui s’accordent aussi harmonieusement qu’une quiche lorraine et un Coca-Cola. Et c’est parti pour deux heures de divertissement incontournable, saucissonné par de la pub (à moins que ce soit l’inverse).

J’ai jeté un coup d’œil pour les splendides paysages du Brésil qu’on peut y apercevoir, mais je dois dire que visionner l’émission dans son ensemble était une épreuve trop dure pour ma modeste personne. Je n’ai pas l’endurance d’un Guy Carlier qui peut supporter sans broncher deux heures de niaiseries dans le seul but de faire un bon papier. J’attend toutefois avec impatience le résumé des prochains épisodes, pour savoir si Loana va remonter le braquet de Richard Virenque. J’espère que de bonnes âmes se dévoueront pour moi. A bon entendeur, salut.

A part ça, j’ai acheté des timbres à 53 centimes. Vous vous en foutez ? Et bien non. Car l’épisode mérite un commentaire qui va nous emmener très loin. Plutôt que d’acheter un carnet de Mariannes autocollantes au bar-tabac PMU du coin, je suis passé à la poste du Caroussel du Louvre, qui possèdent plusieurs avantages sur le bureau de la rue du Rendez-Vous : le cadre est raffiné, il est ouvert le dimanche, et surtout on y fait pas la queue. On peut donc aller déranger les deux sympathiques fonctionnaires qui gardent ce bureau un peu spécial, pour prendre le temps d’acheter des beaux timbres, sans avoir le scrupule de faire patienter les quinze personnes derrières vous, venues pour chercher un recommandé ou envoyer de l’argent par mandat au Burkina Faso. J’ai donc opté pour le carnet collector "Portraits de régions n° 7", avec ses petites vignettes détachables vantant des produits et des paysages bien d’chez nous (le Roquefort, les hortillonnages, etc.). A un détail près, une illustration qui arrive comme un poil sur le potage : le Carnaval. Pas celui de Nice ou celui de Calais, le Carnaval du Brésil, avec ses peaux colorées et ses costumes en plume d’autruche. Par quelle facétie burlesque ce produit exotique s’est-il incrusté au milieu des produits du terroir bien franchouillards ? Mystère et sphères de caoutchouc. J’ai donc mené l’enquête.

Après vérification, il semble que la photo choisie vienne des Antilles ou de la Guyane, plus vraisemblablement de la Guadeloupe si je m’en réfère au crédit photographique des auteurs. Cela dit, impossible de connaître la date et le lieu exacts du cliché. Cette série de timbres en est au 7ème épisode depuis 2003 (ce dernier est paru le 27 mars 2006), et c’est la première fois que les PTT se sont rappelé que la France possède des territoires de l’autre côté de l’Atlantique. C’était peut-être l’occasion de rendre hommage au bon rhum ambré ou aux paysages de la Guadeloupe, qui font autant partie du patrimoine national que le Beaujolais et le château de Chambord. C’est raté. Si tout le monde a réagi comme moi, du moins. Pour le français un peu moyen, l’antillais de base continuera longtemps à se résumer à un indigène un peu feignasse qui vient grossir les rangs des contractuelles et des services de la mairie de Paris, pendant que leurs îles d’origine, qui ne font plus rêver grand monde comme destination touristique, s’enfoncent lentement dans le chômage et l’assistanat. Heureusement qu’il y a la banane subventionnée, mais combien de temps encore ? C’est sévère comme constat, mais c’est comme ça. Et pour la Guyane, c’est encore pire : si il n’y avait pas la fusée Ariane, le pays serait déjà tombé dans le tiers-monde dans l’indifférence totale de la métropole (relire à ce propos le récit des mes aventures en Guyane, voir section "Archives" de juillet 2005).

Pendant ce temps là, les pipoles de TF1 vont vivre dans les prochaines semaines des péripéties stupéfiantes au milieu de la "mata atlantica" de l’état de Rio. Au fait, il leur suffit de crier le titre de l’émission ("Je suis une célébrité, sortez-moi de là") pour que leur aventure s’arrête illico et qu’ils retournent en métropole l’œil blafard et la queue basse. J’ai moi même tenté l’expérience vendredi soir au bureau, pour faire le chemin en sens inverse, mais ça n’a pas marché. Il est vrai que je ne suis pas une célébrité. Enfin, pas encore.

07/04/2006

Ca me démange le PIF

Après deux semaines de reprise au bureau, les gens continuent à être gentil avec moi en ne me bombardant pas d’entrée avec des problèmes techniques insolubles à résoudre urgemment. Par contre, je suis assommé par le nombre de sigles bizarres qu’il me faut décoder en permanence pour comprendre ce que les gens disent. J’ai parfois le sentiment d’entendre des paroles cryptées, destinées à brouiller l’écoute de l’auditeur. Des fois, ça serait plus clair en Portugais. Si encore, c’était pour cacher quelques turpitudes inavouables relevant de la safazeda et du sacanagem, cela pourrait pimenter la conversation. Mais même pas, il s’agit bêtement de charabia informatique revu et augmenté à travers la novlangue de la culture d’entreprise. Terrible. Et quand les sigles se mélangent, ça donne un sacré potage.

Premièrement, il ne faut pas confondre le CPE et le CPF. CPE, tout le monde connaît, même ceux qui reviennent d’un séjour de six mois en Papouasie dans une zone tribale inaccessible même par satellite. Mais CPF, ça mérite un décryptage. Je pensais naïvement qu’il s’agissait du Comprovante de Pessoa Fisica, qui est au contribuable brésilien ce que le numéro de sécu est à l’assuré social français. Chez AXA, le CPF est en fait le Comité de Pilotage du Fonctionnement. C’est tout aussi technocratique, mais beaucoup moins poétique. Ca m’étonnerait qu’on en fasse une samba. Ou même UN samba – je rappelle (voir notes précédentes), que le mot est masculin en Portugais.

Bref, il me faut me réhabituer aux TMA, aux CRAM, aux RPP, IFU, SDC et autres CSF et y rajouter les TRA, GET, DATAR, PPA, sans compter le BSB. Quant aux contrats sans SM, ne pas croire qu’ils sont conçus pour n’infliger au souscripteur aucune punition cruelle exercée par un maître encagoulé revêtu d’une tenue en vachette pleine fleur achetée chez Monsieur Meuble. Il s’agit seulement de contrats sans Sélection Médicale. On respire. Une année sans, ça m’avait manqué. Dire qu’il y a encore un mois, j’étais en havaianas en train de siroter une caïpirinha en regardant passer la vie, tranqüilo. C’est vraiment CDF (traduction : censuré).

Si la grève dans les universités françaises continue, les étudiants seront en retard sur leur programme scolaire, mais plus grave, ne seront pas prêt à temps pour la Copa do Mundo. L’addiction au futebol est quand même nettement plus prononcée au Brésil qu’en France. Même avec tous les problèmes qu’affronte le pays (corruption, violence par armes à feu, épidémie de malaria), on n’oublie pas que du 9 juin au 9 juillet, la terre s’arrêtera de tourner et le centre du monde sera situé en Allemagne.

Autre religion du Brésil après le futebol, le christianisme. Il paraît qu’on vient de divulguer aux Etats-Unis une nouvelle traduction d’un manuscrit découvert en 1978 en Egypte, baptisé "évangile selon Judas". Selon cette nouvelle version, Judas ne serait pas un traître, mais seulement un apôtre "choisi par le Christ pour initier un processus de rédemption de l’humanité" (sic). En France, embourbés dans nos problèmes, cette information capitale nous avait échappée. Elle faisait en revanche le gros titre de l’édition d’hier du "Jornal Nacional" de la Globo. Il suffirait pourtant d’adapter un peu pour que PPDA en fasse un gros titre qui intéresse les français au point d’en faire l’ouverture du 20 heures. D’après l’évangile selon Nicolas Sarkozy, le président de l’UMP ne serait pas un traître, mais un apôtre choisi par Jacques Chirac pour initier le processus de récupération de la Droite dans le but de gagner les élections en 2007. Je sais, ça fait moins catholique, mais n’oublions pas que la France est le pays de Voltaire et de Charlie Hebdo.

Pendant ce temps là, le tenente-coronel Marcos Cesar Pontes, premier astronaute brésilien, continue à survoler notre bonne vieille planète bleue du haut de l’ISS, la station spatiale internationale. En revanche, aucune nouvelle sur l’expérience de croissance du feijão en apesanteur. Je suis d’autant plus impatient de connaître le résultat de cette expérience scientifique indispensable que j’ai découvert que chez Leader Price, ils vendent de la feijoada en barquette céramique à réchauffer au micro-onde – disponible au rayon "produits portugais". Idéal pour emporter dans l’espace. Mais ça m’étonnerait qu’il ait pensé à passer chez Franprix avant de décoller dans le Soyouz. Forcément, on ne pense jamais à tout.