07/04/2006

Ca me démange le PIF

Après deux semaines de reprise au bureau, les gens continuent à être gentil avec moi en ne me bombardant pas d’entrée avec des problèmes techniques insolubles à résoudre urgemment. Par contre, je suis assommé par le nombre de sigles bizarres qu’il me faut décoder en permanence pour comprendre ce que les gens disent. J’ai parfois le sentiment d’entendre des paroles cryptées, destinées à brouiller l’écoute de l’auditeur. Des fois, ça serait plus clair en Portugais. Si encore, c’était pour cacher quelques turpitudes inavouables relevant de la safazeda et du sacanagem, cela pourrait pimenter la conversation. Mais même pas, il s’agit bêtement de charabia informatique revu et augmenté à travers la novlangue de la culture d’entreprise. Terrible. Et quand les sigles se mélangent, ça donne un sacré potage.

Premièrement, il ne faut pas confondre le CPE et le CPF. CPE, tout le monde connaît, même ceux qui reviennent d’un séjour de six mois en Papouasie dans une zone tribale inaccessible même par satellite. Mais CPF, ça mérite un décryptage. Je pensais naïvement qu’il s’agissait du Comprovante de Pessoa Fisica, qui est au contribuable brésilien ce que le numéro de sécu est à l’assuré social français. Chez AXA, le CPF est en fait le Comité de Pilotage du Fonctionnement. C’est tout aussi technocratique, mais beaucoup moins poétique. Ca m’étonnerait qu’on en fasse une samba. Ou même UN samba – je rappelle (voir notes précédentes), que le mot est masculin en Portugais.

Bref, il me faut me réhabituer aux TMA, aux CRAM, aux RPP, IFU, SDC et autres CSF et y rajouter les TRA, GET, DATAR, PPA, sans compter le BSB. Quant aux contrats sans SM, ne pas croire qu’ils sont conçus pour n’infliger au souscripteur aucune punition cruelle exercée par un maître encagoulé revêtu d’une tenue en vachette pleine fleur achetée chez Monsieur Meuble. Il s’agit seulement de contrats sans Sélection Médicale. On respire. Une année sans, ça m’avait manqué. Dire qu’il y a encore un mois, j’étais en havaianas en train de siroter une caïpirinha en regardant passer la vie, tranqüilo. C’est vraiment CDF (traduction : censuré).

Si la grève dans les universités françaises continue, les étudiants seront en retard sur leur programme scolaire, mais plus grave, ne seront pas prêt à temps pour la Copa do Mundo. L’addiction au futebol est quand même nettement plus prononcée au Brésil qu’en France. Même avec tous les problèmes qu’affronte le pays (corruption, violence par armes à feu, épidémie de malaria), on n’oublie pas que du 9 juin au 9 juillet, la terre s’arrêtera de tourner et le centre du monde sera situé en Allemagne.

Autre religion du Brésil après le futebol, le christianisme. Il paraît qu’on vient de divulguer aux Etats-Unis une nouvelle traduction d’un manuscrit découvert en 1978 en Egypte, baptisé "évangile selon Judas". Selon cette nouvelle version, Judas ne serait pas un traître, mais seulement un apôtre "choisi par le Christ pour initier un processus de rédemption de l’humanité" (sic). En France, embourbés dans nos problèmes, cette information capitale nous avait échappée. Elle faisait en revanche le gros titre de l’édition d’hier du "Jornal Nacional" de la Globo. Il suffirait pourtant d’adapter un peu pour que PPDA en fasse un gros titre qui intéresse les français au point d’en faire l’ouverture du 20 heures. D’après l’évangile selon Nicolas Sarkozy, le président de l’UMP ne serait pas un traître, mais un apôtre choisi par Jacques Chirac pour initier le processus de récupération de la Droite dans le but de gagner les élections en 2007. Je sais, ça fait moins catholique, mais n’oublions pas que la France est le pays de Voltaire et de Charlie Hebdo.

Pendant ce temps là, le tenente-coronel Marcos Cesar Pontes, premier astronaute brésilien, continue à survoler notre bonne vieille planète bleue du haut de l’ISS, la station spatiale internationale. En revanche, aucune nouvelle sur l’expérience de croissance du feijão en apesanteur. Je suis d’autant plus impatient de connaître le résultat de cette expérience scientifique indispensable que j’ai découvert que chez Leader Price, ils vendent de la feijoada en barquette céramique à réchauffer au micro-onde – disponible au rayon "produits portugais". Idéal pour emporter dans l’espace. Mais ça m’étonnerait qu’il ait pensé à passer chez Franprix avant de décoller dans le Soyouz. Forcément, on ne pense jamais à tout.

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