31/03/2006
Sur orbite ...
Le 28 mars, avait lieu la grande manifestation contre le CPE, avec au moins un million de personnes dans les rues selon les estimations les moins généreuses. A Paris, le rassemblement avait lieu place d’Italie, et le cortège devait prendre la direction de la République en passant par la Bastille. Je m’y suis rendu par sympathie avec les manifestants pacifiques (pas les casseurs) et avec une pointe de ressentiment contre le coronel Villepão, qui a beaucoup baissé dans mon estime depuis l’époque où il tenait tête aux américains dans le conflit irakien. Avec le recul, je n’ai pas manqué de relever certaines analogies et certaines différences entre les traditions françaises et brésiliennes dans le domaine de l’animation de rue. Au Brésil, ça s’appelle le Carnaval, et le but premier n’est pas de protester contre le pouvoir en place, même si les brésiliens ont composé plusieurs sambas sur le thème du "mensalão" (la grosse affaire de corruption qui éclabousse le gouvernement Lula).
Avant de défiler, il faut d’abord rejoindre la concentration. A Rio, les chars allégoriques prennent place dans la contre-allée qui borde l’avenida Presidente Vargas avant de passer par le Sambodromo. A Paris, les chars de la CGT prennent place boulevard Vincent Auriol avant de rejoindre le boulevard de l’Hopital en direction de Bastille. Une fois dans la concentration, il faut attendre pendant des heures que le moment de défiler arrive. Au Brésil, il faut lutter contre la chaleur, habillé dans des tenues pas vraiment pratiques pour défiler. En France, il faut mettre la petite laine et avoir de bonnes chaussures, parce que ça caille. Pour tenir le coup en attendant le départ, il faut hydrater. Seule la marque de la bibine change : la Skol est remplacée par la Kronembourg. Voilà pour les analogies.
Mais il y a aussi pas mal de différences. Il faudrait commencer par faire un peu plus d’effort sur la déco. Inutile de se déguiser en poule géante pour défiler, surtout en ces temps de grippe aviaire. Mais franchement, la fourgonnette Renault d’occasion avec une banderole et deux drapeaux rouges, ça fait un peu amateur à côté des chars allégoriques de Vila Isabel (la championne du carnaval de Rio cette année, voir notes du mois de février, section "Archives"). Ensuite, ça manque de petits vendeurs ambulants pour vendre de la binouze pas chère. Il y a bien le J7 le la CGT qui vend de la Kro à tarif militant, mais c’est quand même pas pareil. A un moment, j’ai cru voir des gens prendre une caïpirinha, mais renseignement pris, c’était un mojito, un cocktail très prisé en raison de ses origines cubaines. Mais la plus grosse différence, c’est au moment de la dispersion. A Rio, en arrivant place de l’apothéose, le défilé est applaudi chaleureusement par la foule. En arrivant place de la République, les manifestants sont accueillis par une bande de zyvas qui cassent des abribus et fauchent des téléphones portables. Je préfère de loin la méthode brésilienne. Après avoir fait trois kilomètres à pied en criant "Retrait ! Retrait ! Retrait du CPE !" et en chantant "Si t’es contre Villepin tape dans tes mains, si t’es contre Sarkozy fait du bruit", ça mériterait aussi des applaudissements.
Je précise également que lors de la concentration dans le Sambodromo, les participants au défilé doivent quand même limiter leur consommation de Skol, car il est extrêmement difficile de faire pipi une fois qu’on a pris place dans le cortège, surtout quand on est habillé en perroquet géant. Conseil que certains militants particulièrement remontés contre le CPE n’ont pas suivi avec la Kronembourg. Il est également très difficile de faire pipi pendant la manif, car tous les troquets ont baissé leurs grilles pour éviter la casse. On ne pense pas à ces petits détails, qui sont pourtant importants.
Voilà donc qui devrait peut-être servir de suggestions pour la prochaine manif du 4 avril, car comme c’est parti, on va remettre ça. Pour ma part, il faudra que je refasse proprement ma pancarte "Cherche Pigeons à Exploiter", en rajoutant un peu de couleur pour que ça soit plus joli. Pendant ce temps là, Marcos Cesar Pontes devrait accomplir au moins deux cent révolutions. Pourvu qu’il ne retombe pas directement sur Matignon, ça ne serait vraiment pas de bol.
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27/03/2006
Evitons toute confusion ...
Ca y est, j’ai emménagé à nouveau tout mon bazar à la maison, et en défaisant les cartons, je suis tombé en arrêt sur un objet insolite. Après un an de déformation culturelle, ma première réaction a été : quoi, j’avais donc déjà un pilon en bois pour préparer la caïpirinha ? Après une contre-expertise du bidule, je me suis rendu compte de ma méprise totale. Le schmilblick en question est en fait le marteau d’une espèce de gong tibétain, acquis lors de mon voyage sur le Toit du Monde. Le Tibet est un pays merveilleux, même s’il est difficile de trouver plus éloigné du Brésil – à tous points de vue. Un point commun toutefois : de retour de voyage, je suis dans un état méditatif proche de la lévitation, du calme contemplatif d’un Grand Lama. Pourvu que ça dure.
Toujours pas d’ADSL, je suis donc privé de novélas et de journal TV de la Globo. C’est ça le plus dur. Au bureau, il y a bien Internet, mais difficile de mettre le son pour écouter, surtout dans un open-space. De plus, le flux vidéo est rejeté par le système, qui a été bêtement conçu pour des applications strictement liées au travail que je suis censé effectuer. J’en suis donc réduit à lire le compte-rendu des derniers épisodes de "Sinha moça" sur le site de la Globo, mais franchement, il faut vraiment être accroc. A la lecture, c’est aussi lapidaire que le résumé des "Feux de l’Amour" sur Télé Z. Je rappelle que "Sinha moça" est la nouvelle novéla qui a remplacé "Alma Gêmea" à 18 heures, elle est diffusée depuis le 13 mars. "Sinha moça" appartient à la catégorie des novélas historiques, en costumes d’époque – mes préférées. Les brésiliens trouvent dans leur histoire une source d’inspiration inépuisable pour les grandes sagas romantiques, avec une prédilection pour la période de la seconde moitié du XIXème siècle, juste avant l’abolition de l’esclavage (1889). "Sinha moça" se déroule en 1878, ce qui lui permet de suivre les règles propres à sa catégorie.
Comme l’esclavage existe toujours à cette époque, les gentils sont ceux qui luttent pour son abolition, suivant le modèle du poète Castro Alves. Et évidemment, les méchants sont les esclavagistes, avec souvent un gros propriétaire terrien irascible et brutal, qui tue ses esclaves à la tache. Dans "Sinha moça", c’est le coronel Ferreira, ci-devant baron de Araruna. Comme par hasard, il a une fille, surnommée "Sinha moça", qui est contre l’esclavage. Et pour compliquer le tout, le beau Rodolfo en tombe amoureux, et est obligé de cacher ses convictions républicaines et abolitionnistes pour se faire accepter par le méchant baron. Problème : Sinha croit que Rodolfo est un esclavagiste, et donc le méprise tout en étant amoureuse. Ca s’arrange dans le chapitre de vendredi dernier, puisque Rodolfo lui révèle qu’il a été obligé de travestir ses véritables idéaux pour pouvoir l’approcher sans s’attirer les foudres du baron. Ils s’embrassent passionnément au son de la musique romantique (enfin j’imagine, parce que sans le son, ça le fait moins). Mais vont-ils pouvoir cacher longtemps la vérité, et bien entendu se marier à la fin ? Réponse dans les 180 prochains épisodes.
Toujours en version muette et sans images, le résumé des derniers événements au Brésil. La routine : encore un député blanchi dans une affaire de corruption, une rébellion dans une prison qui se termine mal et à l’International, les protestations contre la "Lei do Primeiro Emprego" (en français : CPE). Mais le sujet qui a déclenché les passions est le reportage passé dimanche 19 dans l’incontournable émission d’informations "Fantastico" - une institution. Il s’agissait d’un sujet choc sur les enfants impliqués dans le trafic de drogue, dans les favélas. Sur les 17 mineurs filmés pour témoigner, 16 sont déjà morts, rejoignant la liste de 33 000 jeunes tués par arme à feux au cours des dix dernières années. Le reportage a ému tout le monde, jusqu’à Lula qui l’a commenté publiquement jeudi dernier. Au Brésil, il est très facile pour les jeunes issus de milieux défavorisés de trouver une situation stable : couchés, dans une caisse en bois. Et personne ne fait de manifs contre ça.
Demain, le peuple français va à nouveau défiler contre le rétablissement de l’esclavage prôné par le ci-devant baron De Villepin. Je ne sais pas si au siècle prochain, on trouvera l’inspiration pour en faire une grande saga romantique à la télévision. Ca m’étonnerait.
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23/03/2006
C'est bizarre ...
Je vais devoir patienter quelques jours avant d’avoir de nouveau l’ADSL à la maison, il a donc fallu trouver une bidouille pour pouvoir continuer à alimenter ce blog qui restait désespérément vide depuis une semaine. Le problème est maintenant résolu. De retour au bureau, on a du me demander déjà 63 fois si "c’est pas trop dur ?". Dur, pas trop. Mais bizarre, certainement. Il faut retrouver désormais les habitudes et les réflexes que j’ai perdu depuis près d’un an. Ca commence par de petites choses.
Par exemple, pour allumer la télé avec la zapette. Au Brésil, on appuie logiquement sur le bouton "ON", pour tomber sur la dernière chaîne qu’on a regardé, comme par hasard, la Globo. Dans le pays de Descartes, il faut appuyer sur le bouton de la chaîne à choisir, on a donc aucune excuse d’appuyer sur le bouton de TF1. Avant-hier, j’ai pris un bus de la RATP. Il n’y a même pas de tourniquet, et encore moins de "cobrador" (receveur). On passe le badge magnétique qui fait "bip", et on monte. C’est le conducteur qui est censé contrôler, tant pis pour lui s’il y a un jeune mal élevé qui monte sans titre de transport. Une fois dans le bus, il n’y a même pas besoin de s’accrocher comme un malade pour éviter de se retrouver les quatre fers en l’air au premier cahot. A croire que les amortisseurs sont neufs. Pour faire arrêter le bus, il n’y a même pas de ficelle au plafond, il suffit d’appuyer sur le bouton. Désormais habitué aux bus brésiliens, je croyais que ce bouton avait une fonction purement décorative.
Dans le métro, il y a un journal encore moins cher que "Meia hora", ça s’appelle "20 minutes". Même pas 50 centavos, c’est gratuit. J’en déduis donc que ce sont les 10 minutes de lecture en plus qui sont payantes. Il faudra que les brésiliens créent un journal qui s’appelle « 20 minutos » pour égaler les français. En plus, dans "20 minutes", il y a un sudoku comme dans le supplément du dimanche du Globo, ce qui prouve que la France est un pays civilisé. En revanche, il n’y a même pas le résumé des dernières émotions de la télénovéla "Plus belle, la vie" qui passe tous les jours sur France 3 à 20h20. C’est normal, c’est complètement nul. Parole d’expert. Ca ne mérite vraiment pas une demie page avec photos, comme dans les pages télé du Globo. L’autre jour au Lavomatic, je suis tombé en arrêt sur un exemplaire de "Nous Deux" qui traînait sur le banc en face des séchoirs. Pour 1,60 Euros, on a deux romans photos complet, un à suivre, et cinq nouvelles sentimentales. Cela prouve qu’il existe en France de vrais grands auteurs pour nous faire rêver, alors pourquoi ne sont-ils pas adaptés à la télé ? Je vais écrire à Dominique de Villepin pour dénoncer cette injustice, j’espère qu’il trouvera un moment dans son agenda pour intervenir auprès de Patrick de Carolis. Ca sera toujours meilleur pour son image, que de faire l’andouille avec le CPE.
Ce matin, il y avait une grande réunion de département à l’auditorium de la tour Axa. Les chefs parlent de trucs étranges, avec des mots bizarres, je ne comprends pas tout, c’est à moitié en Anglais. C’est quoi, le "servicing" ? A mon avis, en Portugais, ça doit vouloir dire "servição". Il faudra que je regarde si c’est dans mon "Aurelio" (version exotique du Petit Larousse). Vu de mes nouveaux bureaux, au neuvième étage, Nanterre paraît presque aussi beau que São Paulo. En matière d’urbanisme, j’ai désormais des références incontestables.
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17/03/2006
Vu de ma fenêtre ...
Déjà 5 jours, j’aurais pensé que ce serait plus dur. Le beau temps qui règne ici y est pour beaucoup. Quand même, fait pas chaud, dans ce pays. Ils ont réglé la clim à fond, on se croirait dans une agence de la Banco do Brasil. Heureusement que j’ai déjà attrapé un rhume à Rio, il y aurait de quoi remettre ça. Oui, je me suis enrhumé à Rio, on ne rigole pas. Les épidémies de coryza arrivent en France et au Brésil à peu près au même moment, quand les organismes sont affaiblis. En France, c’est en hiver. A Rio, c’est après le Carnaval.
Mauvaise surprise en regardant les DVDs que j’ai acheté rua 25 de Março, les quatre pour 10 Reals. Je pensais avoir les shows des Rolling Stones et de U2 (voir semaines précédentes), plus les derniers grands succès du cinéma brésilien : "Os 2 filhos de Francisco" et "Se eu fosse você" (j’ai déjà vu ce dernier au cinéma). Une vraie farce : un totalement illisible, et trois qui contiennent un DVD qui n’a rien à voir avec la pochette, en l’occurrence des shows de MPB dont je ne connais absolument pas les chanteurs. Restons positif, j’aurai au moins l’occasion de découvrir quelque chose. J’avais pourtant déjà acheté des CDs chez ce type de petits vendeurs à la sauvette, et ils contenaient bien ce qu’on attendait. C’est l’inconvénient, quand on ne connaît pas les personnes : on peut tomber sur des gens malhonnêtes. Dorénavant, je me méfierai, je n’achèterai plus que chez les commerçants sérieux. Ceux qui vendent les trois pour 10 Réals. Ca revient plus cher, mais on n’a pas de mauvaise surprise. Notez bien, le gars assurait faire le service après-vente en cas de défaut. Mais je n’ai pas prévu de repasser tout de suite à São Paulo.
Pour se tenir au courant de ce qui se passe au Brésil, le meilleur moyen est de regarder le "Jornal Nacional", la grande messe de 20 heures sur la Globo. C’est possible sur Internet, grâce au Globo Media Center, dont j’ai déjà parlé. Je ne manquerai donc pas de répercuter ici les gros titres dignes d’intérêt. Ceux de l’édition de "quarta feira" (mercredi) sont sur les derniers sondages de l’IBOPE pour les élections présidentielles du mois d’octobre, qui montrent la remontée spectaculaire de Lula. La période de grosses turbulences semblent désormais derrière le président. Les affaires de corruptions dans lesquelles le PT est empêtré semblent oubliées, bien qu’on continue à parler à longueur de journal des interminables séances des commissions d’investigation qui enquêtent sur le sujet. Lula est maintenant devant José Serra, le maire PSDB de São Paulo (au centre-droite, le PSDB est le parti de l’ancien président Fernando Henrique Cardoso). Au mois de décembre, Lula était donné perdant au second tour contre José Serra. Ce qui revient à dire que la réélection de Lula est désormais quasiment assurée. En effet, le PSDB vient de rendre public le nom de son candidat pour l’élection présidentielle : ce ne sera pas le brave José Serra, mais le ci-devant Geraldo Alckmin, gouverneur de l’état de São Paulo, avec une tête de traître de novéla. Ce ne sont pas les sondages qui l’ont propulsé au poste, mais le parti. Et contre Lula, Alckmin ne fait pas le poids : les projections pour le second tour donnent 49 % pour Lula et 31 % pour Alckmin (les 20 % qui manquent, ce sont les blancs et les "ne sait pas").
La raison de ce revirement ? Peut-être dans le régime diététique auquel s’est soumis Lula. Il a perdu 12 kilos. Pour y parvenir, le président a totalement arrêté de picoler. C’est de notoriété publique : sans tomber dans l’excès, il aime bien lever le coude - ce qui explique peut-être qu’il soit super pote avec Chirac. Ses boissons préférées : la bière et le "uisque" (en français : whisky). Du coup, il a retrouvé la rage de vaincre. On peut entonner dorénavant la musique de "Eye of the Tiger", le Rocky Balboa du PT va cogner sec. Et c’est Alckmin qui va dérouiller. Le toucan va se faire béqueter par le léopard (NB : le bel oiseau au grand bec jaune est le symbole du PSDB).
Un autre symbole du Brésil s’est mis à la lutte politique, mais à son insu : le Christ du Corcovado. Des militants de Greenpeace ont réussi à dérouler une banderole sur son bras droit, pour attirer l’attention sur la conférence internationale de Curitiba sur les aliments transgéniques. Interviewé par la Globo, le protagoniste aurait déclaré : "Prenez, ceci est mon corps, et c’est garanti sans OGM.". Dire que j’ai manqué ça, vu de ma fenêtre.
P.S.: La bonne orthographe, c'est "chikungunya". En France, avec le CPE, c'est un vrai chikungunya.
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14/03/2006
C'est dur, le retour
Avant de retomber brutalement dans la réalité, j’ai profité une dernière fois des bonnes choses du Brésil, entre autres grâce au plan qu’avait Mirian pour samedi soir. Ce n’était pas vraiment un bal masqué, plutôt une grosse fiesta délirante chez des amis d’amis, dans une grande maison située dans un endroit improbable de la banlieue de São Paulo, que je ne saurais pas retrouver même avec l’appui logistique insistant de la DENARC, équivalent brésilien de la DEA (ex Narcotic Bureau). Je dis ça, parce qu’ils y avaient des invités qui fumaient des cigarettes bizarres, avec une drôle d’odeur d’ail. Ou alors, d’une variété amazonienne de la ciboulette - sous réserve, car je suis nul en Botanique. Ou encore, si ça en retourne, c’est juste qu’elles avaient passé la date limite de consommation, ce qui expliquerait l’air emprunté des convives qui tiraient dessus. Il y avait aussi une autre attraction : la caïpirinha de maracuja distribuée au pulvérisateur. C’est écologique, car on peut se passer de verres, et pratique, parce que dans ce genre de soirées, on ne sait jamais où on a posé son verre (surtout après le troisième). Mais l’inconvénient, c’est qu’il faut bien viser, sinon on tache la chemise et surtout, on gâche du produit. Et moi, j’aime pas gâcher. Il y avait aussi du plus classique : de la bière à gogo, un buffet bien garni et bien entendu, de la musique brésilienne pour compléter le tableau. Avec ce genre de programme, on n’a pas envie de rentrer à la maison avant trois heures du matin. D’ailleurs, on ne peut pas.
Le lendemain au petit déjeuner, Mirian a fait du manioc frit au beurre, excellent pour se remettre l’estomac en place après une soirée d’excès. Après, nous avons trouvé le courage de faire un programme nettement plus culturel : la visite de la fondation Luisa et Oscar Americano, dans le quartier de Morumbi. Cette fondation est située dans un immense parc planté d’arbres exotiques venus de tout le Brésil, au centre duquel se trouve la grande maison de style moderniste des anciens propriétaires, un genre de cube de béton, mais classe – si on me la donne, je dis pas non. Mais le plus intéressant est l’intérieur de la maison. Le doutor Americano était un ingénieur de Génie Civil qui a visiblement bien réussi dans la branche, car dedans, il y en a pour des ronds. Meubles de style en jacaranda (palissandre), œuvres d’art sacré du XVIIème siècle, souvenirs originaux de l’empire Brésilien, tapisseries des Gobelins et vaisselle importées de France, tableaux de Portinari et Cavalcanti (maîtres contemporains brésiliens), j’en passe et des meilleurs. Et pour ne rien gâcher, le dimanche matin, tous les quinze jours, il y a un concert de musique érudite - classique, si vous préférez. Nous étions dans la bonne quinzaine, et pendant que nous circulions au milieu des splendeurs du musée, nous avons pu profiter du pianiste, un virtuose interprétant des œuvres de Mozart, Schumann ou Leopoldo Miguez (un contemporain carioca de Wagner, qui a sa rue à Copacabana). Si on veut accéder à la salle de concert, il vaut mieux arriver très tôt, le nombre de places étant limité et l’endroit apprécié des paulistanos cultivés – il faut dire que pouvoir assister pour 8 réals à un concert de musique classique dans un cadre agréable est une option tentante pour un dimanche matin.
Après, il a bien fallu prendre l’avion, avec mes 48 kilos de bagages. Je n’ai même pas payé de surtaxes, tant mieux. Et lundi à midi, me voici de retour dans l’Hexagone, où je dois me réhabituer au froid et découvrir les informations passionnantes qui m’avaient échappé au Brésil, comme la visite de Nicolas Sarkozy aux Antilles et le nouveau Télé Z qui est désormais tout en couleur. Le CPE, j’en avais entendu parlé même sur la Globo, c’est vous dire. Samedi soir, j’ai regardé de nouveau le dernier chapitre de "Alma Gêmea", histoire de vérifier si par hasard, Rafael et Serena ne feraient pas deux fois la même bêtise de mourir, même pour rester ensemble pour l’éternité. Désormais, pour avoir ma dose de novélas, je vais devoir passer par le Globo Media Center. Heureusement, toute la famille est maintenant équipée de l’Internet à haut-débit. Ne surtout pas rater les premiers épisodes de "Sinha moça", la nouvelle novéla de 18 heures. Il va falloir inventer un vaccin contre les novélas. C’est encore plus contagieux que le chicoungougna.
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11/03/2006
São Paulo, dernière
Hier matin (vendredi), j'ai dit au revoir avec regret à Rio et à Luci, et j'ai pris l'autoroute Nova Dutra en direction de São Paulo, en montant par la serra. J'ai fait un dernier coucou à la gigantesque basilique Nossa Senhora de Aparecida, impossible à rater à mi-chemin. Je me suis une fois de plus exercé à prononcer le nom d'une des villes du trajet : Pindamonhangaba (sur la côte, il y a la station balnéaire de Caraguatatuba, qui n'est pas mal non plus, dans la catégorie nom tupi-guarani imprononçable). J'ai également affronté un de ces orages d'anthologie qui tombent ici régulièrement, mais le bus est quand même passé, malgré les 5 centimètres d'eau sur la route. En arrivant chez ma copine Mirian, j'ai vu les informations : dans certains quartiers isolés de São Paulo, il y a 1 mètre d'eau dans les rues. C'est courant ici.
Vendredi soir, il était impensable de rater le dernier chapitre de "Alma Gêmea", bien que la tradition des novélas impose la rediffusion du dernier épisode le samedi, pour que personne ne le manque, ou pour le voir deux fois (pour les plus atteints). La fin est effectivement cosmique, je vais donc la raconter de suite. Après la mort de sa mère, Cristina est décidée à se venger d'une manière radicale, en éliminant Serena. Elle retourne donc chez la vieille sorcière qui habite une masure au fond de la forêt, pour se procurer une fiole du poison que sa mère allait acheter comme si elle allait faire ses courses chez Carrefour (également présent au Brésil, comme vous le savez déjà). Cristina s'invite à la fête de fiancailles de Vera et du docteur Julian (bien sûr, elle n'est pas invitée), en profite pour verser le contenu de la fiole dans le verre de Serena et invite traitreusement cette dernière à porter un toast. Mais son plan foire lamentablement, car Agnes a flairé le piège et l'invite à échanger leurs verres. Cristina fait alors une grimace de dépit, mais s'en sort par une pirouette : si c'est comme ça, dit-elle en substance, je m'en vais, et elle balance rageusement le verre empoisonné. Le vent commence à tourner contre Cristina, car la vieille sorcière est arrêtée par la Police, après que Roberval ait été témoin du passage de Cristina dans la masure de cette dernière, et ait réussi à se procurer une fiole du même poison pour le faire analyser. Cristina est convoquée et commissariat, mais laissée en liberté. Elle envisage aussitôt un dernier plan à exécuter rapidement : faire enlever Serena, et demander comme rançon à Rafael les bijoux qu'elle convoite depuis les 200 épisodes précédents.
Pour cela, elle s'appuie une fois de plus sur Ivan, son chauffeur et accessoirement amant. Pendant que tout le monde festoie et se réjouit lors du mariage de Hélio et Sabrina, elle fait venir cette cruche de Serena (qui est très mignonne mais un peu naïve), et la fait embarquer de force dans la voiture d'Ivan, pour l'emmener dans un sinistre taudis caché au fin fond de la forêt. Ivan téléphone à Rafael pour demander la rançon, et ce dernier se résoud à livrer une copie des bijoux, tandis que la Police surveillera la transaction. La rencontre se passe très mal, car Ivan force Rafael a lui livrer les bijoux factices et ne rend pas Serena en échange (sur instructions de cette s... de Cristina, bien entendu). Quand Cristina se rend compte de la supercherie, son hystérie augmente d'un degré supplémentaire. Certaine que Rafael est à sa poursuite, elle décide d'aller chercher directement les bijoux. Sous la menace d'un pistolet, elle traine la pauvre Serena par les cheveux jusqu'à la maison de Rafael. Comme plus rien ne semble l'arrêter, on lui remet les fameux bijoux en l'implorant de garder son calme. Même Ivan tente de la raisonner, c'est alors que la mégère lui assène qu'elle ne l'aime pas et s'est contentée de l'exploiter depuis le début. De dépit, Ivan va se livrer aux policiers qui cerclent la maison. C'est à ce moment que Rafael arrive, et c'est alors que se produit le drame final.
Cristina tire sur Serena. Mais Rafael ne veut à aucun prix que se reproduise le drame qui, vingt ans plus tôt, l'avait séparé de Luna, sa première femme (je rappelle que Serena est la réincarnation de Luna). Alors il s'interpose, et c'est lui qui prend la balle mortelle. Serena, dans un élan mystique, comprend alors quelle est sa mission : elle est revenue pour l'attendre afin de rester avec lui pour l'éternité. Et illico, elle succombe à un arrêt cardiaque, à cause de son souffle au coeur. Cristina, qui vient de tuer l'homme que depuis le début elle n'a cessé d'aimer, court s'enfermer dans l'atelier avec les bijoux. Mais les ombres de la vengeance s'occupent de son sort : un souffle maléfique allume et renverse les chandeliers, qui mettent le feu à la maison, et Cristina périt carbonisée. On devine bien entendu, dans le déchainement des flammes, qu'elle va rejoindre sa mère en Enfer pour faire une partie de dominos entre deux séances de tortures diaboliques. Brrrr.
Raconté comme ça, on pourrait croire que ça finit mal, brusquement, comme ça. Mais non. Car dans l'esprit des auteurs, fortement liés aux milieux du Spiritisme (je rappelle que le Kardecisme est une religion au Brésil, voir notes précédentes), la mort de Rafael et Serena va permettre à leurs ames jumelles (d'où le titre) de continuer à rester ensemble pour l'éternité. Car dans la scène suivante (du plus haut cosmique), on peut voir un flash-back de toutes les vies antérieures qu'ils ont passé ensemble, depuis Néfertiti jusqu'à mercredi prochain. Mais quand même, je proteste - et en lisant le courrier des lecteurs du Globo, je m'aperçois que je ne suis pas le seul. J'aurais préféré que Rafael et Cristina restent en vie, se marient et aient une tripotée de mioches, comme dans les finals de novélas plus classiques. D'autant plus que, du côté des personnages secondaires, tous les gentils sont récompensés et tous les méchants sont punis. Le vilain Raul est jeté en prison après avoir commis d'ultimes bassesses, Olivia épouse le cuisinier et Felipe (le fils de Rafael) finit par se réconcilier avec Mirella (la fille de Raul). Mirna, la petite paysanne, est emmenée par un prince charmant sur un beau cheval blanc (je vous assure que je n'invente rien, même si le prince charmant en question est le fils d'un riche fazendeiro, avec un fort accent paysan). Même Dona Generosa finit par retrouver son amour de jeunesse qui n'est autre que l'oncle de Sabrina, venu pour le mariage de cette dernière. C'est vous dire.
Mise à part cette issue incongrue, c'est avec tristesse que je vais laisser au Brésil ces personnages si sympathiquement stéréotypés, que j'accompagnais fidèlement depuis des mois (la novéla a débuté en juin 2005). Même la fin tragique de Cristina me fait de la peine (la vache, elle l'a quand même bien mérité). Quant à Katia, la blonde à forte poitrine qui finit par devenir l'épouse du paysan Crispim, on peut en garder un émouvant souvenir en achetant le numéro du mois de mars de l'édition brésilienne de Playboy, où elle montre la face cachée de son talent.
Ce samedi a été consacré à d'ultimes achats dans le secteur de la rua 25 de Março, la rue des bonnes affaires à São Paulo. Ce soir, Mirian a prévu de m'emmener à un genre de bal masqué pas loin de chez elle, et demain matin (dimanche) sera consacré à la visite de la fondation Luisa e Oscar Americano, un très beau musée situé dans le quartier voisin de Morumbi. A la prochaine, en direct de Paris.
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09/03/2006
Rio de Janeiro, dernière
C'est la dernière à Rio (avant longtemps) mais, rassurez-vous, l'aventure va continuer. Vu le succès de ce blog, je continuerai après mon retour en France à l'alimenter périodiquement. Compte tenu de l'expérience accumulée et de tout ce que je n'ai pas eu le temps de raconter ou de développer, j'ai un stock d'histoires en réserve. Continuez donc à lire, il y aura des surprises !
Mardi, je suis allé visiter une curiosité de la banlieue nord de Rio : l'institut Oswaldo Cruz et son délirant palais mauresque. Quand on arrive à Rio en empruntant la "linha vermelha" (voie rapide menant à la gare routière), impossible de ne pas remarquer ce bâtiment qui arrive comme un cheveu sur la soupe, en plein milieu du quartier de Manguinhos, autrement dit dans la zone. L'institut Oswaldo Cruz porte le nom du plus célèbre médecin brésilien, l'équivalent de Pasteur pour les français. L'institut a été créé à l'origine pour produire les vaccins et les serums pour le Brésil, à une époque (début du XXème siècle) où ils étaient chers, car importés. A cette époque, même pour construire de vulgaires laboratoires, on hésitait pas à faire joli. C'est ce qui explique la présence de ce palais de style pseudo-mauresque à cet endroit. Il s'agissait bien à lorigine de laboratoires, et pas de la résidence d'un émir exilé sous les tropiques. Des nos jours, il abrite le siège de l'institution, et il est possible de le visiter (avec un guide). Ca vaut vraiment la peine de prendre le bus 484 et de franchir la passerelle sur la voie rapide en passant au milieu des camelots.
Oswaldo Cruz a connu quelques déboires. Pionnier de l'action sanitaire au Brésil, il commença par lancer un programme d'éradication des rats, en ayant une idée originale : acheter les rongeurs à ceux qui les capturaient. Au bout d'un moment, le plan a révélé ses limites : des petits malins élevaient les rats pour les vendre. En 1904, il lança le premier plan de vaccination obligatoire contre la variole. A cette époque, le vaccin se faisait par griffure et les infections en résultant étaient fréquentes. Cela généra une vague de protestation populaires, que des politiciens peu scrupuleux n'ont pas manqué d'attiser dans leur intérêt. Les quartiers populaires de Rio (comme Gamboa, dans la zone portuaire) se sont alors couvertes de barricades. Cela n'a pas empèché Oswaldo Cruz de passer à la postérité comme bienfaiteur de la nation, de nos jours il a autant de rues à son nom au Brésil, qu'en France pour Pasteur. A savoir : l'institut abrite également un musée, le "museu da vida", mais on peut se dispenser de sa visite, surtout si on passe en semaine avec un groupe de scolaires (qui sont toutefois étrangement disciplinés, comparés aux notres).
Mercredi, j'ai visité le monument aux morts de la seconde guerre mondiale, dans le parc de Flamengo. J'aurai l'occasion de revenir sur le sujet de l'engagement du Brésil contre l'Axe, au côté des Alliés, mais un autre jour. Je profite de ces deux derniers jours à Rio pour faire des achats indispensables. C'est donc tout pour aujourd'hui, j'espère pouvoir faire une dernière note à São Paulo avant de partir, dimanche soir.
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06/03/2006
A ressaca do Carnaval (bis)
Je suis salement à la bourre, je n’avais jamais laissé ce blog non alimenté pendant plus de 3 jours durant mes séjours au Brésil. Je rattrape donc le temps perdu en commençant par vendredi 3. J’ai visité l’église de Lapa et juste à côté, l’escada Selaron, couverte d’azulejos contemporains. Samedi, je suis allé faire un tour à Niteroi, invité par Elize, une amie de Luci qui y habite. J’ai visité le parc de la ville, la forteresse Santa Cruz et la plage de Itacoatiara, une magnifique plage océanique. Niteroi mérite décidément un détour si on dispose d’un peu plus de temps que le touriste pressé, car la ville n’a rien d’une banlieue dortoir de Rio située de l’autre côté de la baie : elle est riche culturellement et les plages sont bien plus belles que celles de Rio, trop urbanisées. Mais il faut une voiture pour en profiter. Dimanche, en compagnie de Luci, Elize et Claudio (le copain d’Elize), nous sommes allés faire un tour dans la forêt de Tijuca, le parc naturel qui occupe le centre de Rio. Il est vraiment surprenant de constater qu’en plein milieu de la ville, on peut trouver une portion de "mata atlantica" (1) quasiment intacte. Là encore il faut une voiture pour bien en profiter : il y a un bus qui y passe, le 233, mais franchement ce n’est pas pratique. On peut voir dans le parc la cascade Taunay et la capela Mayrink. Pour revenir sur Rio, nous sommes passé par le littoral sud : Barra de Tijuca, l’avenue Niemeyer et São Conrado, un endroit qui est l’illustration poussée à l’extrème de la proximité entre la richesse insolente et l’extrème pauvreté : le quartier, entièrement constitué de condominios de luxe et qui abrite le shopping Fashion Mall (qui n’a rien a envier au Faubourg Saint Honoré), est situé juste à côté de la favela de Rocinha, la plus grande d’Amérique Latine.
Après notre balade en voiture, nous sommes allé mangé au Porcão, à Flamengo. Une adresse connue, que je ne recommande pas, sauf si vous avez envie de payer trop cher. C’est vraiment l’usine (il y a une salle d’attente pour avoir une table), et le service n’est pas à la hauteur de ce qu’on peut exiger. C’est certes agréablement décoré, et on est plus près de la jet-set que de la populace. J’ai testé pour vous, je pense que je n’y retournerai pas de sitôt (sauf si on m’invite, bien sûr).
Samedi soir, je suis allé voir le défilé des écoles championnes, ce qui était surtout l’occasion de retourner une dernière fois au Sambodromo (le monument que j’ai le plus visité à Rio !), pour voir deux des défilés que je n’avais pas vus la semaine précédente, Unidos de Tijuca et Beija Flor. Les six écoles championnes sont arrivées classées dans un mouchoir de poche (moins d’un point de différence sur un total de 400 !), aussi on peut dire qu’à l’applaudimètre, Unidos de Tijuca est l’école qui aurait mérité de remporter le championnat. Il y avait bien sûr la qualité des évolutions et la beauté des costumes, mais il y avait aussi l’originalité du thème et des chars allégoriques. Le thème était la musique en général, et Mozart en particulier. Mais cela n’avait rien d’un Requiem (relire à ce propos la note "Mozart à Rio"). Même le spectacle de la "commissão de frente", qui est en général académique et peu créatif, m’a amusé. La "commissão de frente" est le groupe de danseurs qui débute le défilé pour saluer le public et illustrer le thème. Les danseurs, déguisés en Mozart, effectuaient une chorégraphie rigolote en chariant d’enormes touches de piano lumineuses. Les chars allégoriques étaient excellents : le premier était un gramophone géant, et le plateau de disque était animé par plus de 80 personnes (tous déguisés en Mozart) qui faisaient le changement de disque "à vue", en saluant le public. Venait ensuite un bébé géant animé, avec sa tétine (allusion à la chanson "Mamãe eu quero", de Carmen Miranda), puis un char avec une dizaine d'ETs reproduisant la fameuse scène du film de Steven Spielberg, avec le vélo volant, puis enfin une boîte de nuit avec spots et boule à facette sur laquelle dansait plus de cinquante personnes, déguisés en Elvis ou Michael Jackson. Le public a aimé, la preuve : tout le monde criait "E Campeão !", ce qui est normalement réservé au vainqueur.
Le défilé suivant, de Beija Flor, m’a en comparaison ennuyé. Beija Flor avait remporté les trois championnats précédents, et n’a donc pas réalisé l’exploit (qui aurait été une première) de remporter quatre fois de suite le titre. Franchement, c’est très joli, mais pas original pour deux sous. Et en plus, la samba de enredo est franchement quelquonque. Cela m’a emmené à minuit passé, et j’ai jeté l’éponge après avoir vu quand même 10 des 14 défilés du « Grupo Especial », entre ce samedi et la semaine dernière. Je n’ai pas eu le courage de rester jusqu’à 6 heures du matin pour voir le défilé de Grande Rio (vice championne) et revoir le défilé de Vila Isabel, la championne, avec son Bolivar géant. La victoire de Vila Isabel a été commentée jusqu’au Vénézuéla, où l’opposition a fait entendre sa désapprobation concernant le chèque de près d’un million de Réals que l’entreprise d’état PDVSA a fait à l’école, essentiellement dans le but de glorifier la mégalomanie d’Hugo Chavez (voir notes précédentes).
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Encore deux blogs je pense d’ici dimanche, et ce sera l’heure du retour. Gros titre de la "revista TV" du Globo de cette semaine : dans "Alma Gêmea", Rafael et Serena restent unis pour la vie, mais "peut-être dans un autre monde". Serait-ce qu’ils vont mourir à la fin pour resusciter, ou bien qu'ils vont être enlevés par des ETs ? Quel suspense insoutenable. Ca va pleurer dans les chaumières (je veux dire, dans les favelas).
(1) Forêt Atlantique, quasiment vierge
18:05 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
02/03/2006
A ressaca do Carnaval
Comme prévu, les malheureux de Rocinha sont éliminés, en compagnie d’un perdant surprise : Caprichosos de Pilares, qui faisait partie du Grupo Especial depuis de longues années. Je n’ai pas compris ce que le jury lui a reproché, peut-être les filles de DASPU avec les seins à l’air, sur le char censé représenter un épisode authentique de l’histoire du Brésil : celui de la patronne de bordel Maria Ortiz, qui a contribué à rejeter les hollandais de l’état de Espirito Santo, au nord de Rio, en 1625, avec l’aide de ses pensionnaires. J’y reviendrai, car l’histoire est assez savoureuse.
Dans la "quadra" (local de l’école) de Vila Isabel, c’était la foire totale pour fêter cette victoire. Luci m’a convaincu d’aller y faire un tour, car je n’étais pas très chaud. Nous avons réussi a nous faufiler jusque dans la quadra, et le spectacle méritait le déplacement. Cela donne une petite idée de ce qui se passe quand le Brésil remporte la coupe du monde. Mais j’aurais préféré être une petite mouche pour entrer et en sortir facilement, car c’était quand même un peu trop chaud à mon goût.
Maintenant, la suite de mes aventures à Rio. Mardi après midi, je suis allé voir le Largo do Boticario, un endroit charmant situé dans le quartier de Cosme Velho, pratiquement à côté du musée d’Art Naïf et de la station du train du Corcovado. Le mieux est de tout grouper si on va dans le quartier, car pour le Largo do Boticario, cela mérite juste la photo, et après on peut s’en aller. Par contre mercredi, j’ai visité un endroit à ne pas rater : la casa da cultura Julieta de Serpa, située Praia do Flamengo, numéro 340. J’étais déjà passé un nombre incalculable de fois devant sans me payer le culot d’y rentrer, car l’endroit est un peu intimidant pour le modeste touriste en bermuda que je suis. Les vigiles avec costume-cravate y sont pour beaucoup. L’endroit est parfaitement libre d’accès, puisqu’il y a un salon de thé et des salles d’expositions temporaires. Extérieurement, il s’agit d’un immeuble bourgeois cossu dans le plus pur style XIXème siècle, mais à l’intérieur, c’est Versailles. C’est encore une fois surprenant de constater que dans ce pays, on trouve de tels ilots de richesse au milieu d’un océan de pauvreté. Raison de plus de visiter, il y a en ce moment (pour une période malheureusement très courte) une exposition magnifique de déguisements de Carnaval, et le clou de l’exposition est l’école de samba en miniature, avec des poupées Barbie habillées comme pour un défilé au Sapucai (Sambodrome). Le tout illustré musicalement avec des vieilles marches carnavalesques. Passer directement de "Olha a cabeleira do Zézé" à Johann-Sebastian Bach, joué sur le piano du salon de thé, est un choc de cultures assez réjouissant.
Ce jeudi, j’ai fait une petite escapade à Vassouras, à 120 kilomètres de Rio, soit deux heures de bus. Je tenais absolument à connaître ce lieu, car c’est là qu’à été tournée la mini-série "Presença de Anita", que j’ai eu le bonheur de voir en DVD en France, ce qui fut mon permier contact avec l’univers merveilleux des novélas. C’était une sorte de petit pèlerinage, et je n’ai pas été déçu : cette petite ville est aussi charmante en vrai que sur les images de la Globo. La grande place arborée qui mène à l’église, bordée de casarões (belles demeures) en est la carte postale. Il ne faut pas rater le musée Casa da Hera, installé dans l’ancienne propriété d’un des barons du café, le produit qui a fait la richesse de la région au XIXème siècle, du temps où la main d’œuvre ne coûtait pas cher (c’était des esclaves). Il est ahurissant de constater l’opulence dans laquelle vivaient ces patrons tout-puissants. Des papiers peints aux bibelots, presque tout est importé de France. Y compris les moulins à café Peugeot. C’est dommage, mais ce musée est la seule fazenda de ces barons qu’il soit facile de visiter : les autres sont des propriétés privées éloignées du centre, qui ne se visitent que par groupe et sur rendez-vous, moyennant un droit d’entrée assez cher. Aussi ma visite de Vassouras n’a duré que la journée et je suis rentré ce soir à Rio, à temps pour voir le dernier épisode de "Alma Gêmea" (plus que 7 épisodes, snif, snif).C’est tout pour aujourd’hui, car Luci est rentrée et je lui laisse son ordinateur, que j’ai déjà beaucoup squatté.
(1) Martinho da Vila est le sambista officiel de Vila Isabel, qui a quitté l’école après de longues années
23:55 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
