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31/03/2006

Sur orbite ...

Ca y est, il y a au moins un brésilien qui plane très au dessus de toutes les bassesses de ce monde. C’est le coronel Marcos Cesar Pontes, le premier astronaute brésilien. Le lancement de la fusée Soyouz qui l’emmène depuis le cosmodrome de Baïkonour, au Cazaquistão (sic), vers l’ISS (station spatiale internationale), s’est bien déroulé. Il devra bientôt se livrer à des expériences scientifiques de première importance, comme planter du feijão (voir notes précédentes), pour un coût d’environ 10 millions de dollars, à la charge du contribuable brésilien. Ca peut paraître beaucoup pour un pays où il y a plus urgent à faire, mais pour la gloire nationale, c’est un excellent investissement. L’événement fait là-bas la première page des journaux. Pour la gloire internationale, il faudra attendre un peu. Heureusement que ce blog est là pour en informer les français, car l’information serait passée totalement inaperçue vu de l’Hexagone. Assurément, il y a également plus urgent ici.

Le 28 mars, avait lieu la grande manifestation contre le CPE, avec au moins un million de personnes dans les rues selon les estimations les moins généreuses. A Paris, le rassemblement avait lieu place d’Italie, et le cortège devait prendre la direction de la République en passant par la Bastille. Je m’y suis rendu par sympathie avec les manifestants pacifiques (pas les casseurs) et avec une pointe de ressentiment contre le coronel Villepão, qui a beaucoup baissé dans mon estime depuis l’époque où il tenait tête aux américains dans le conflit irakien. Avec le recul, je n’ai pas manqué de relever certaines analogies et certaines différences entre les traditions françaises et brésiliennes dans le domaine de l’animation de rue. Au Brésil, ça s’appelle le Carnaval, et le but premier n’est pas de protester contre le pouvoir en place, même si les brésiliens ont composé plusieurs sambas sur le thème du "mensalão" (la grosse affaire de corruption qui éclabousse le gouvernement Lula).

Avant de défiler, il faut d’abord rejoindre la concentration. A Rio, les chars allégoriques prennent place dans la contre-allée qui borde l’avenida Presidente Vargas avant de passer par le Sambodromo. A Paris, les chars de la CGT prennent place boulevard Vincent Auriol avant de rejoindre le boulevard de l’Hopital en direction de Bastille. Une fois dans la concentration, il faut attendre pendant des heures que le moment de défiler arrive. Au Brésil, il faut lutter contre la chaleur, habillé dans des tenues pas vraiment pratiques pour défiler. En France, il faut mettre la petite laine et avoir de bonnes chaussures, parce que ça caille. Pour tenir le coup en attendant le départ, il faut hydrater. Seule la marque de la bibine change : la Skol est remplacée par la Kronembourg. Voilà pour les analogies.

Mais il y a aussi pas mal de différences. Il faudrait commencer par faire un peu plus d’effort sur la déco. Inutile de se déguiser en poule géante pour défiler, surtout en ces temps de grippe aviaire. Mais franchement, la fourgonnette Renault d’occasion avec une banderole et deux drapeaux rouges, ça fait un peu amateur à côté des chars allégoriques de Vila Isabel (la championne du carnaval de Rio cette année, voir notes du mois de février, section "Archives"). Ensuite, ça manque de petits vendeurs ambulants pour vendre de la binouze pas chère. Il y a bien le J7 le la CGT qui vend de la Kro à tarif militant, mais c’est quand même pas pareil. A un moment, j’ai cru voir des gens prendre une caïpirinha, mais renseignement pris, c’était un mojito, un cocktail très prisé en raison de ses origines cubaines. Mais la plus grosse différence, c’est au moment de la dispersion. A Rio, en arrivant place de l’apothéose, le défilé est applaudi chaleureusement par la foule. En arrivant place de la République, les manifestants sont accueillis par une bande de zyvas qui cassent des abribus et fauchent des téléphones portables. Je préfère de loin la méthode brésilienne. Après avoir fait trois kilomètres à pied en criant "Retrait ! Retrait ! Retrait du CPE !" et en chantant "Si t’es contre Villepin tape dans tes mains, si t’es contre Sarkozy fait du bruit", ça mériterait aussi des applaudissements.

Je précise également que lors de la concentration dans le Sambodromo, les participants au défilé doivent quand même limiter leur consommation de Skol, car il est extrêmement difficile de faire pipi une fois qu’on a pris place dans le cortège, surtout quand on est habillé en perroquet géant. Conseil que certains militants particulièrement remontés contre le CPE n’ont pas suivi avec la Kronembourg. Il est également très difficile de faire pipi pendant la manif, car tous les troquets ont baissé leurs grilles pour éviter la casse. On ne pense pas à ces petits détails, qui sont pourtant importants.

Voilà donc qui devrait peut-être servir de suggestions pour la prochaine manif du 4 avril, car comme c’est parti, on va remettre ça. Pour ma part, il faudra que je refasse proprement ma pancarte "Cherche Pigeons à Exploiter", en rajoutant un peu de couleur pour que ça soit plus joli. Pendant ce temps là, Marcos Cesar Pontes devrait accomplir au moins deux cent révolutions. Pourvu qu’il ne retombe pas directement sur Matignon, ça ne serait vraiment pas de bol.

Commentaires

Salut Bob, j'ai lu que tu avais obtenu un CPF, sais tu si c'est possible d'en obtenir depuis la France. Bravo, pour tes chroniques tropicales....

Ecrit par : Seb | 06/04/2006

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