14/03/2006
C'est dur, le retour
Avant de retomber brutalement dans la réalité, j’ai profité une dernière fois des bonnes choses du Brésil, entre autres grâce au plan qu’avait Mirian pour samedi soir. Ce n’était pas vraiment un bal masqué, plutôt une grosse fiesta délirante chez des amis d’amis, dans une grande maison située dans un endroit improbable de la banlieue de São Paulo, que je ne saurais pas retrouver même avec l’appui logistique insistant de la DENARC, équivalent brésilien de la DEA (ex Narcotic Bureau). Je dis ça, parce qu’ils y avaient des invités qui fumaient des cigarettes bizarres, avec une drôle d’odeur d’ail. Ou alors, d’une variété amazonienne de la ciboulette - sous réserve, car je suis nul en Botanique. Ou encore, si ça en retourne, c’est juste qu’elles avaient passé la date limite de consommation, ce qui expliquerait l’air emprunté des convives qui tiraient dessus. Il y avait aussi une autre attraction : la caïpirinha de maracuja distribuée au pulvérisateur. C’est écologique, car on peut se passer de verres, et pratique, parce que dans ce genre de soirées, on ne sait jamais où on a posé son verre (surtout après le troisième). Mais l’inconvénient, c’est qu’il faut bien viser, sinon on tache la chemise et surtout, on gâche du produit. Et moi, j’aime pas gâcher. Il y avait aussi du plus classique : de la bière à gogo, un buffet bien garni et bien entendu, de la musique brésilienne pour compléter le tableau. Avec ce genre de programme, on n’a pas envie de rentrer à la maison avant trois heures du matin. D’ailleurs, on ne peut pas.
Le lendemain au petit déjeuner, Mirian a fait du manioc frit au beurre, excellent pour se remettre l’estomac en place après une soirée d’excès. Après, nous avons trouvé le courage de faire un programme nettement plus culturel : la visite de la fondation Luisa et Oscar Americano, dans le quartier de Morumbi. Cette fondation est située dans un immense parc planté d’arbres exotiques venus de tout le Brésil, au centre duquel se trouve la grande maison de style moderniste des anciens propriétaires, un genre de cube de béton, mais classe – si on me la donne, je dis pas non. Mais le plus intéressant est l’intérieur de la maison. Le doutor Americano était un ingénieur de Génie Civil qui a visiblement bien réussi dans la branche, car dedans, il y en a pour des ronds. Meubles de style en jacaranda (palissandre), œuvres d’art sacré du XVIIème siècle, souvenirs originaux de l’empire Brésilien, tapisseries des Gobelins et vaisselle importées de France, tableaux de Portinari et Cavalcanti (maîtres contemporains brésiliens), j’en passe et des meilleurs. Et pour ne rien gâcher, le dimanche matin, tous les quinze jours, il y a un concert de musique érudite - classique, si vous préférez. Nous étions dans la bonne quinzaine, et pendant que nous circulions au milieu des splendeurs du musée, nous avons pu profiter du pianiste, un virtuose interprétant des œuvres de Mozart, Schumann ou Leopoldo Miguez (un contemporain carioca de Wagner, qui a sa rue à Copacabana). Si on veut accéder à la salle de concert, il vaut mieux arriver très tôt, le nombre de places étant limité et l’endroit apprécié des paulistanos cultivés – il faut dire que pouvoir assister pour 8 réals à un concert de musique classique dans un cadre agréable est une option tentante pour un dimanche matin.
Après, il a bien fallu prendre l’avion, avec mes 48 kilos de bagages. Je n’ai même pas payé de surtaxes, tant mieux. Et lundi à midi, me voici de retour dans l’Hexagone, où je dois me réhabituer au froid et découvrir les informations passionnantes qui m’avaient échappé au Brésil, comme la visite de Nicolas Sarkozy aux Antilles et le nouveau Télé Z qui est désormais tout en couleur. Le CPE, j’en avais entendu parlé même sur la Globo, c’est vous dire. Samedi soir, j’ai regardé de nouveau le dernier chapitre de "Alma Gêmea", histoire de vérifier si par hasard, Rafael et Serena ne feraient pas deux fois la même bêtise de mourir, même pour rester ensemble pour l’éternité. Désormais, pour avoir ma dose de novélas, je vais devoir passer par le Globo Media Center. Heureusement, toute la famille est maintenant équipée de l’Internet à haut-débit. Ne surtout pas rater les premiers épisodes de "Sinha moça", la nouvelle novéla de 18 heures. Il va falloir inventer un vaccin contre les novélas. C’est encore plus contagieux que le chicoungougna.
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