28/02/2006
E Carnaval ! (3)
Deux jours de suite au Sambodromo pour assister au Carnaval, dimanche jusqu’à 5 heures du matin, lundi jusqu’à 3 heures … Autant dire que ce mardi-gras, je suis un peu au ralenti. Mais cela valait la peine : quel spectacle fabuleux ! En dépit du relatif inconfort des tribunes populaires. J’ai toutefois investi un petit coussin (2 Réals …) pour poser mon postérieur, car sinon c’est directement sur le béton. Les arquibancadas 6 et 13 sont un peu plus éloignées que les autres de la piste des défilés, aussi mes petites jumelles ont été fort utiles pour apprécier les détails. J’ai dépensé davantage en canettes de bière qu’en billet d’entrée, il faut bien hydrater par cette chaleur. Pour y aller et pour en revenir, pas de problème : bus et métros fonctionnent toute la nuit. Voilà pour les détails pratiques.
La vraie surprise de ce spectacle, c’est qu’il n’a rien d’un divertissement pour touristes. La quasi-totalité des spectateurs sont des brésiliens en délire, qui viennent ici un peu dans le même état d’esprit que pour un match de futebol, même si les manifestations de dépit comme les sifflets et les jurons sont rares. Les touristes étrangers peu informés admirent bien entendu la beauté des déguisements et des chars allégoriques, mais passent à côté de l’essentiel. Pire, ils risquent d’être rebuté par la longueur, et parfois même par la lenteur du spectacle. C’est censé commencer à 21 heures et se terminer à 5 heures du matin. Mais dans la pratique, avec les retards accumulés, quand la dernière école de samba commence à défiler, il est déjà 6 heures passé et il fait grand jour. Il y a aussi intérêt a apprécier un minimum la musique brésilienne, car la samba de enredo, c'est-à-dire le thème musical, tourne comme un air obsédant. Pendant les 80 minutes que dure le défilé, il est repris environ une quarantaine de fois. Quand on aime, on finit par chanter en chœur avec tout le public, mais quand on aime pas, ça devient vite monotone.
La vérité, c’est que c’est un spectacle extraordinairement codifié. Un peu comme le Nô japonais, ou mieux, comme le patinage artistique. Le jury chargé de noter l’école a une grille d’évaluation extrèmement rigoureuse qui prend en charge aussi bien des aspects apparemment subjectifs comme la créativité, mais aussi des critères purement techniques, à commencer par le minutage. Le défilé doit durer entre 65 et 80 minutes, et si il dépasse, il y a des sanctions. En cas de retard, il est défendu de courrir : tant pis pour l’école qui affrontent des problèmes techniques imprévus, comme la panne ou la casse d’un char allégorique. C’est ce qui est malheureusement arrivé à l’école de Rocinha, qui défilait dimanche, et à celle de Porto da Pedra qui défilait lundi. Le cas de Rocinha est le plus tragique : avec 6 minutes de retard, l’école est quasiment assurée d’être reléguée dans le groupe d’accès, l’équivalent de la seconde division (au futebol). Et ce, malgré l’incroyable beauté des chars allégoriques et des déguisements. A ce niveau, c’est aussi frustrant que le patinage artistique. Surtout quand on sait que la ponctualité n’est pas le point fort des brésiliens, qu’est-ce que c’est que 6 minutes de retard ?
Maintenant, les points forts des défilés, avec mon appréciation personnelle pour les 8 sur 14 que j’ai vus. Pour les autres, j’ai déclaré forfait, mais quand je suis parti, les tribunes étaient encore noires de monde et l’exaltation des supporters (pardon, des spectateurs) était à peine retombée. La première a défiler était Salgueiro, avec une excellente samba de enredo que tout le monde chantait en chœur, moi compris. La plupart des sambas de enredo tombent dans un oubli (souvent mérité) dès que le Carnaval est terminé. Qui sait, celle-là va devenir un classique ? Le thème est l’infiniment petit, avec des déguisements évoquant de manière stylisée les atomes, les microbes ou les globules rouges, mais toujours avec des couleurs et des plumes d’autruche – cela pour répéter que le thème échappera certainement à une personne peu informée.
Venait ensuite Rocinha, dont les chars allégoriques m’ont particulièrement impressionné par leur taille, leur raffinement et leur originalité. Il y avait entre autres une église toute dorée, un casino et un gigantesque dieu Mercure articulé. Le thème était une critique de l’argent, avec des déguisements en forme (entre autres) de sacs de monnaie. Mais les malheureux ont du affronter une série de problèmes désastreuse, comme un char qui est resté coincé, et surtout une pluie battante, qui a commencé avec le début du défilé et cessé avec la fin. On pourrait croire que le ciel était contre eux. Cela m’a vraiment fait de la peine. Rocinha est la communauté de la plus grande favela de Rio. Ils ont créé cette école afin de redresser l’estime des habitants et l’image du quartier, rongé par la violence et le traffic de drogue. Un an d’investissement total foutu en l’air pour quelques minutes, il y a de quoi pleurer.
Une autre raison de rager, à l’abri sous mon parapluie avec mes jumelles, c’est que j’ai à peine vu ma copine Adriane Galisteu. J’ai juste pu voir qu’elle arborait un bronzage parfait qui la faisait quasiment ressembler à une mulata. Un comble pour une grande blonde aux yeux bleus. Mais je me suis rattrapé avec Luciana Gimenez qui défilait peu après pour Imperatriz. L’ex-copine de Mick Jagger (voir notes précédentes) était à mon sens la principale attraction du défilé. Car pour le reste, que dire ? C’était techniquement parfait, élégant, mais d’un classicisme parfaitement académique. Le jury a dû beaucoup aimer. Un point fort néanmoins pour la batterie, qui s’est arrêtée juste devant la tribune pour faire un show excellent, sous les acclamations. Pendant ce temps, le jury devait déjà être occupé à recompter les points, c’était donc purement gratuit. Chapeau ! Venait ensuite Caprichosos, qui ne m’a pas laissé sur le coup un souvenir impérrissable, malgré la présence de filles avec les seins à l’air. Puis ce fut le tour de Vila Isabel, avec un excellent défilé, sur le thème de l’Amérique Latine, et une très bonne samba de enredo "Soy loco por ti, América". L’attraction principale était un Bolivar géant et animé, capable de se baisser pour passer en dessous de la plateforme où sont installées les caméras de la Globo (qui diffuse bien entendu le défilé dans son intégralité).
A propos de Vila Isabel, je confirme que la rumeur qui annonçait la venue d’Hugo Chavez pour le Carnaval (voir notes précédentes) était bien entendu un bobard. Le seul grand VIP étranger était Diego Maradona, qui a bien repris du poil de la bête depuis qu’il a arrêté le futebol et la chnouf. Mais il n’y a pas de fumée sans feu : pour le défilé de Vila Isabel, la compagnie vénézuélienne des pétroles, la toute puissante PDVSA, a fait un chèque de 900 000 Réals. PDVSA fait en ce moment de la pub à la télé brésilienne : le pétrole, pour l’amitié entre les peuples d’Amérique du Sud, en soulignant que l’argent du pétrole doit aller aux peuples, et sous entendu pas aux américains (devinez qui est visé …). Le choix du titre de la samba de enredo, en espagnol, n’est certainement pas un hasard. Quant au Bolivar géant, c’est peut-être également un gros clin d’œil : Hugo Chavez, dit "El loco", se verrait bien en nouveau héros révolutionnaire de l’Amérique Latine.
Après cinq défilés et 8 heures de spectacle pauses bière comprises, j’ai fini par déclarer forfait pour le défilé de dimanche, et j’ai laissé passer Grande Rio et Beija-Flor sans ma présence. Je me suis reposé et j’ai regardé la novéla, pour être de nouveau en forme pour le lundi soir. Retour donc au Sapucai (autre nom du Sambodromo) pour assister aux défilés suivants. La première école à défiler était Porto da Pedra, très bonne samba de enredo et chars rigolos, avec des grand tigres animés (le tigre est le symbole de l’école), et une carte du Brésil clignotante. Ca prouve que je ne suis pas rancunier, après avoir assisté à leur calamiteux ensaio au Clube Sirio-Libanès, dans mon quartier de Botafogo (voir section "Archives", mois de janvier). L’école a malheureusement été victime de la casse d’un char, et les les derniers foliões (participants au défilé) ont du terminer quasiment en courant pour clore dans les 80 minutes – le jury n’a pas du apprécier. Le char cassé a ensuite été remorqué jusqu’au bout du sambodromo, sous les applaudissements du public.
Venait ensuite Mangueira, et là c’était le délire. Les tribunes se sont hérissées de petits drapeaux roses et verts (les couleurs de l’école). Mangueira est une des plus anciennes et assurément la plus populaire des écoles de samba. Conséquence : c’est celle dont les déguisements coûtent le plus cher, non pas par un excès de raffinement supplémentaire, mais tout bêtement par le jeu de l’offre et de la demande. Comme pour Imperatriz, l’ensemble est techniquement parfait et la samba de enredo pas des meilleures. Mais mon opinion n’a pas d’importance, l’école sera certainement une fois de plus dans le défilé des championnes samedi prochain.
J’ai été beaucoup plus enthousiaste pour le défilé suivant, celui de Viradouro. Le thème était l’architecture brésilienne, avec des chars allégoriques figurant des monuments représentatifs du pays. On pouvait voir successivement la case des indiens, Ouro Preto, le palais de l’Ilha Fiscal, l’avenida Rio Branco, une favéla et (clou du spectacle), le musée d’Art Moderne de Niteroi, œuvre d’Oscar Niemeyer. Il faut savoir que l’école est originaire de Niteroi, ce n’est donc pas un hasard. Mais la plus belle œuvre d’architecture à défiler pour l’école ne doit rien au génie du béton : je parle bien entendu de Juliana Pães, la "garota propaganda" de la bière Antarctica, un petit 1 mètre 65 pour 55 kilos "muito bem distribuidos", comme on dit ici. Inutile de chercher le gène de la brésilienne idéale, il suffit de prélever un peu de son ADN. En plus d’être (très) agréable à regarder, elle a été assurément la plus chaude des reines de la batterie de ce Carnaval, n’hésitant pas à danser sur un rythme endiablé et ininterrompu, a dispenser des baisers à la foule en délire et à répondre sans rechigner à toutes les sollicitations. Incontestablement la reine du Carnaval ! La preuve, elle a fait la couverture de la Revista do Globo de ce dimanche. Pour mettre dans son CV, c’est quand même mieux que la couverture de Playboy, édition brésilienne (numéro épuisé et totalement introuvable – pour les "safados", faire une recherche sur Google Image).
Après ça, j’ai calé, et les écoles de Mocidade, Tijuca, Imperio Serrano et Portela ont défilé sans moi. Ce mardi, repos bien mérité. Je voulais juste compléter en disant que dimanche, j’ai quand même trouvé l’énergie pour grimper jusqu’au fort Duque de Caxias, à Copacabana (Leme), d’où il y a une vue absolument sublime. C’est tout pour aujourd’hui, et c’est déjà pas mal.
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26/02/2006
E Carnaval ! (2)
Vendredi soir, je suis allé de nouveau au sambodromo pour voir un défilé qu’il ne faut pas manquer : celui des écoles de samba-mirins, autrement dit : les poussins. Les carnavalesques en herbe sont agés entre 4 et 13 ans, et se défendent déjà comme les grands, sous le regard toutefois attentif de leurs parents. On retrouve toutes les caractéristiques des écoles des grandes personnes : le bloco (percussions), la samba de enredo, les chars allégoriques, les costumes délirants, et même les passistas - qui ont quand même troqué le biquini fio-dental contre la culotte Petit Bateau. C’est pour cela que les brésiliens aiment la (pardon, LE) samba : le virus s’innocule très tôt. Si le Brésil était un pays montagneux avec de la neige, il y aurait davantage de champions de skis que de sambistas. La paulista Mirella Silva Prado Arnhold a gagné une très honorable 43ème place à la descente du slalom géant aux Jeux Olympiques de Turin. Quant à l’équipe brésilienne de Bobsled (sic) qui participait pour la première fois à l’épreuve, elle est arrivée dernière (leur traineau s’est retourné deux fois). Ce n'est pas pour rien que leur surnom ici est "As Bananas Congeladas". C’est vraiment l’occasion de citer une fois de plus Pierre de Coubertin en disant que "O mais importante, é participar !".
Samedi matin, j’ai tenté d’aller voir un événement du Carnaval de rue, le "Cordão da Bola Preta". Il s’agit du plus ancien et du plus connu des blocos de samba, ils défilent pour le Carnaval depuis 1918. Je suis allé jeté un coup d’œil, et j’en suis reparti aussi sec. Trop de monde ! J’ai vu peu après à la télévision les images de la place Marechal Floriano, autour du Teatro Municipal, où avait lieu la "concentration" - plus de 150 000 personnes ! Décidément, ce genre de grosse chouille avec plein de gens bourrés (même à 10 heures du matin), ce n’est pas pour moi. C’est juste rigolo de voir plein de gens déguisés arriver au même endroit pour (apparemment) se divertir, mais quant à participer à la liesse ambiante, merci. Je préfère assumer mon côté passif, voire voyeur, en allant au sambodromo, ou bien aller dans un bal pour se divertir vraiment en écoutant de la bonne musique brésilienne.
C’est ce que j’ai fait samedi soir en allant de nouveau au Rio Scenarium, à Lapa. L’occasion d’inaugurer ma nouvelle carte d’abonné au Globo. Luci a eu la gentillesse de me parainner pour son abonnement, ce qui fait que j’ai une carte à mon nom qui donne droit à un certain nombre de petits privilèges, dont des réductions sur les cinémas, les théatres et les boites. C’est dommage que cette carte ne soit arrivée que cette semaine, mais je pourrai quand même un peu en profiter. Elle est valable jusqu’en février 2007, je ne sais pas si j’aurai l’occasion de retourner au Brésil d’ici là.
Ce soir commence le défilé des 14 écoles de samba du "Grupo Especial", c'est-à-dire l’élite. La lutte va être acharnée, et l’enjeu dépasse le simple prestige de rester parmi les meilleurs : il s’agit désormais de conserver sa place dans les locaux de la "Cidade do Samba", l’immense bâtiment flambant neuf que vient d’inaugurer la municipalité de Rio dans la zone portuaire (voire notes précédentes). Dans ces locaux propres, spacieux et climatisés, l’école a tout le loisir de pouvoir monter ses chars allégoriques et coudre ses « fantasias » dans des conditions de confort jusqu’ici inexistantes. A titre de comparaison, les quinze écoles des groupes A et B (la "seconde division") continuent à se partager les anciens locaux, que les brésiliens ont surnommé "Carandiru". C’est le nom du tristement célèbre pénitencier de São Paulo, désactivé en 2002, où a eu lieu en 1992 une révolte de prisonniers qui s’est très mal terminé. Quand la Policia Militar a quitté les lieux, après avoir maté la rébellion avec sa grace coutumière, on a ramassé 112 cadavres. Je ne pense pas qu’il y ait des morts par étouffement ou par déshydratation dans les anciens locaux des écoles de samba des groupes A et B, mais les deux écoles qui gagneront cette année l’accès au "Grupo Especial" vont considérablement amméliorer leurs conditions de travail. Réciproquement, les deux écoles qui vont être reléguées au second rang vont retomber en enfer.
Le défilé des écoles des groupes A et B avait lieu hier au soir (samedi), je n’ai donc pas pu y assister (on peut pas être partout), mais il est sensiblement du même niveau que celui de l’élite, pour un œil non averti (je rappelle que les deux vainqueurs remportent une place dans le "Grupo Especial"). Le spectacle de ce défilé est gratuit, comme celui des écoles de samba-mirins (les petits). Ceux de dimanche et lundi sont payant, et j’ai déjà mes places dans les tribunes populaires (arquibancada 13), pour le prix astronomique de 10 Réals. Pour ce prix, je n’ai pas la climatisation, le cocktail de bienvenue et le "kit folião" (serpentins, langues de belle-mère et confettis), auxquels ont droit les VIPs des cabines du secteur 2. Mais je paye beaucoup moins cher qu’eux, alors nananère. Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, c’est l’heure de la sieste. Il faut être en forme pour ce soir !
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24/02/2006
E Carnaval ! (1)
Et c’est parti mon kiki ! Le quartier de Botafogo est un peu à l’écart de la folie, ce qui est bon pour se reposer et soigner la ressaca (gueule de bois). Je fais court, car j’ai beaucoup à faire.
Jeudi, je suis retourné au Maracanã, pas pour voir un match, pour faire la visite du stade. C’est l’occasion où jamais d’apprécier le confort de la tribune officielle ou de visiter les vestiaires, et on peut même normalement fouler la mythique pelouse, mais malheureusement ce n’était pas le jour. J’ai appris que le gazon désormais utilisé est une variété génétiquement modifiée afin d’être plus résistante. Heureusement que ce n’est pas pour brouter. Le stade reste le plus grand du monde en surface construite, et aussi le plus lourd : les stades construits plus récemment arrivent à accueillir plus de spectateurs avec moins de béton. La prouesse de l’époque (1950) était de construire le toit en béton, le chantier était largement manuel et plusieurs ouvriers ont péri lors de la construction. Une légende assure que l’un d’eux est tombé dans le béton frais et y est resté. Je pensais voir la première coupe du monde, celle que le Brésil a conservé pour l’éternité après la troisième victoire en 1970 : malheureusement, la pièce a disparu seulement quelques jours après être arrivée ici. Je n’ai pas vu non plus le ballon avec lequel Pelé a marqué son millième but, car le musée du futebol présent dans l’enceinte du stade n’a jamais été inauguré, en raison d’un différent compliqué avec le Roi. Quant à la "calçada da fama", où sont moulés les pieds des footballeurs les plus illustres (de Pelé à Ronaldo), elle attend une attraction de plus : les pieds de Franz Beckenbauer. O Imperador (en version originale, Der Kaiser) est passé ici la semaine dernière pour faire le moulage, mais le ciment n’est pas encore sec.
Ce vendredi, il faisait beau, alors je suis allé à l’île de Paqueta. C’est une des excursions les plus populaires à faire en bateau dans la baie de Guanabara. Honnètement, c’est rigolo mais on peut s’en passer. L’île n’a pas grand intérêt a part y retrouver une ambiance de station balnéaire et bronzer idiot. Elle est presque entièrement bâtie de résidences secondaires, certaines fort charmantes, mais rien de transcendant. Quant à s’y baigner, il vaut mieux éviter. La baie de Guanabara, à l’abri des courants océaniques, est tranquille comme un lac, mais extrèmement polluée. Les petites embarcations de pêcheurs ont depuis longtemps cédé la place aux pétroliers de Petrobras.
Drame : Serena est atteinte d’un souffle au cœur, et Rafael va tenter l’impossible pour la sauver. Est-ce que ça va mal se terminer, en contradiction avec toutes les règles du genre ? Quel suspense insoutenable … Un peu de fofocas : Bono est allé se divertir au carnaval de Bahia avec son nouvel ami Gilberto Gil, accessoirement ministre de la Culture à ses moments perdus. Apparemment, ils sont copains comme cochons. Luciana Gimenez, l'ex de Mick Jagger, est présentatrice de l'émission Superpop, sur Rede TV!, et non sur une chaîne du cable comme je l'ai écrit un peu vite précédemment. Superpop est souvent dans la rubrique "Nota zéro" de la critique TV du Globo, c'est vrai que ça plane pas haut. Luciana s'en fout royalement, vu que c'est l'épouse du patron de la chaîne. Décidément, elle aime bien les vieux, de préférence pour leur carnet de chèque. Voilà, c’est tout pour aujourd’hui.
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22/02/2006
Meu jeito carioca (4)
Après les Rolling Stones, c’était lundi au tour de U2 de débarquer au Brésil. A deux jours d’intervalle et à 400 kilomètres de distance avec les papys rockers, les vaillants quarantenaires du groupe irlandais ont donné deux concerts au stade de Morumbi, à São Paulo. Le stade de Morumbi ne contient que 73 000 places, il était donc impossible pour U2 de battre le record de 1,2 millions de spectateurs à Copacabana, d’autant plus que c’était payant. Mais même avec des heures d’attente pour espérer une place à 200 Réals (et jusqu’à 900 au marché noir !), le Morumbi était plein à craquer. A peine aterri au Brésil, Bono s’est livré à son activité favorite : se faire photographier avec les grands de ce monde. Après Bill Clinton, Georges Bush, le Pape Jean-Paul II, Tony Blair et Chirac, il en manquait un à son tableau de chasse : Lula. Le président brésilien l’a reçu comme un chef d’état, dans la résidence officielle de Granja do Torto, à Brasilia, en compagnie de son ministre de la Culture Gilberto Gil et de la « primeira dama », Dona Marisa.
Le concert de U2 a été retransmis à la télévision, sur la Globo, bien entendu. J’ai très nettement l’impression qu’à force de cotoyer les sommets, Bono se prend un peu pour Jésus-Christ. A part les lunettes Dolce & Gabbana qui font désormais partie de son look. Mais qui sait, le Christ du Corcovado profite peut-être lui aussi des moments où il a la tête dans les nuages pour mettre les mêmes lunettes que Bono, et se prendre pour un rocker ? Après tout, c’est bientôt le Carnaval, on a le droit à toutes les folies. Je ne pense pas en revanche qu’il en profite pour piquer la guitare de The Edge et entonner un solo délirant, car d’où je suis, je l’entendrais. Une petite remarque : au Brésil, quand un groupe chante en anglais à la télé, on sous-titre les paroles. Qu’on ne me dise pas que ça fait karaoké : c’est très bien, on devrait faire la même chose en France. Pour certains groupes, c’est vrai, on peut s’en passer en raison de la pauvreté des paroles, mais pour U2, c’est justifié.
A part ça, mardi, je me suis balladé dans le centre de Rio, dans le quartier situé entre le Campo de Santana, l’avenida Presidente Vargas et le l’avenida Rio Branco. Ce quartier a été préservé des démolitions des années 1960, et on peut y voir des petits immeubles des années 1900-1910 un peu délabrés. Mais les cariocas n’y vont pas pour admirer l’architecture : c’est le grand quartier des petites affaires pas chères. Que ce soit pour acheter une belle chemise en crèpe de soie 100 % polyester à 15 Réals, des CD "originaux" à 2,90 (ou les 2 pour 5 Réals), ou toute une quincaillerie à des prix imbattables, c’est l’endroit à ne pas rater. Et comme bientôt c’est le Carnaval, le déballage est assez réjouissant : serpentins, confettis, perruques roses ou en papier alu, plumes d’autruche, masques de Lula et autres bidules en plastique qui font pouet-pouet. Hilarité garantie, rire assuré. On rigole, on s’amuse !
Ce mercredi, j’ai visité le Teatro Municipal, fortement inspiré de l’Opéra Garnier. L’édifice mérite vraiment d’être visité. Il ne faut pas rater les WC, même si la visite guidée n’y passe pas. La saison lyrique ne démarrera que le 17 mars, je n’aurai donc pas l’occasion d’y aller, et c’est bien dommage, car à 40 Réals (prix des meilleures places) pour assister à un opéra ou un ballet, c’est tentant. C’est le prix quand ce sont des artistes brésiliens, mais quand ce sont des artistes internationaux invités, comme le philharmonique de Berlin, l’addition grimpe très vite. Les meilleures places sont à 300 Réals, et l’opéra est complet jusqu’en haut du poulailler, soit 2300 places. Il est vrai que pour ce genre d’événement, il n’y a qu’une seule représentation. Encore pire que le concert de U2 ! J’ai également visité la sublime église São Francisco de Assis, assurément une des trois plus belles du Brésil, avec celle d’Ouro Preto et de Salvador. Les dorures ne devaient pas coûter cher, à l’époque. Quel dommage que ce joyau soit isolé au milieu d’un quartier qui ressemble à La Défense, première période (avant la revitalisation).
Je ne vous fait pas plus attendre : dans "Alma Gêmea", qui donc a reçu le poison ? C’est facile à deviner : ça ne peut pas être Rafael ou Serena, car la novéla se doit de bien terminer, règle numéro 1. Ce ne peut pas non plus être Cristina, car le méchant principal doit servir jusqu’à la fin, règle numéro 2. C’était donc logique : c’est la vieille qui clamse, prise à son propre piège. Elle va direct en Enfer, bien fait pour elle. N’empêche, je la regretterai quand même. Elle était absolument géniale : hypocrite, imbuvable, colérique, rapace, calculatrice et cauteleuse. Une synthèse. Cristina, ayant perdu sa maman, prend le deuil, et le noir lui va très bien. Mais maintenant, elle est bien décidée à se venger quelles que soient les conséquences : elle accuse Rafael d’avoir empoisonné sa mère, après tout, c’est chez lui que s’est déroulé le drame. Et pour Serena, elle envisage une solution plus radicale … La suite très prochainement.
Ca y est : les brésiliens commencent aussi à s’inquiéter de la grippe aviaire. Non pas pour des raisons sanitaires, ici on peut continuer à manger du poulet sans risque. Ce qui inquiète vraiment les brésiliens, c’est le risque d’annulation de la Copa do Mundo. J’ai d’abord cru que c’était une blague, car c’était un des gros titres du « Méia hora », le canard tabloïde à 50 centavos dont la rigueur journalistique est rigoureusement alignée sur la bordure du trottoir. Mais je l’ai lu aussi dans le Globo, donc c’est très sérieux. Quoi, il faudrait attendre 2010 pour que le Brésil soit "hexacampeão" ? Bono, qui sait bien comment être populaire, a fait allusion au trophée pendant son show, renforçant l’hystérie qui y règnait. En revanche, il s’est lamentablement planté en montrant la photo de son nouvel ami Lula, qui a été huée. Il n’a rien dû comprendre : s’il avait bien lu mon blog, il aurait su que l’état de grâce de Lula est passé ici depuis longtemps, alors qu’à l’extérieur on persiste à croire qu’il est immensément populaire. Ca prouve bien que ce n’est pas le Messie (Bono, pas Lula). Mais non ? Mais si !
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20/02/2006
Rio en fête (2)
Le concert des Stones s’est bien déroulé, et je pourrai dire que j’y étais, même si mon enthousiasme n’est pas total. Mick Jagger savait bien qu’il n’est pas possible de trouver meilleur public que les brésiliens, surtout quand c’est gratuit et que la bière coule à flot. Je sais désormais ce qui donne au sable de la plage de Copacabana son merveilleux reflet ambré : tout le monde pisse dessus. C’était bien la peine d’installer 800 WC chimiques, avec une telle foule, impossible d’y accéder. Les derniers fans, épuisés, se sont endormis à même la plage et après leur départ, les services de voirie ont ramassé 200 tonnes de détritus divers. Je n’ai pas vu personnellement le vieux (mais toujours sémillant) Mick, mais Luci a réussi a s’approcher suffisamment et est restée sous le charme. L’ex-copine du chanteur, Luciana Gimenez (35 ans), avec laquelle il a eu le petit Lucas (6 ans), est présentatrice sur une chaîne cablée du groupe Globo, et est également la reine de la batterie de l’école de samba Imperatriz Leopoldinense. Quand je serai grand, je serai rocker. Pour l’instant, je suis au Champomy.
Dimanche matin, je suis retourné au temple de l’église positiviste du Brésil, pour prendre les photos que je n’avais pas pris la semaine dernière (voir notes précédentes). J’ai un peu discuté avec le doutor Danton Voltaire Pereira de Souza, le président, qui parle très bien français (avec un fort accent carioca) et qui ne rate pas une occasion pour tailler la bavette quand un français passe dans les environs. Nous avons entre autres parlé de la Marseillaise : l’église positiviste possède sa propre version des paroles, beaucoup moins martiale que l’originale. Il faut savoir que tous les dimanches matin, à 10 heures, Danton Voltaire fait une petite cérémonie devant son temple, où sont dressés les drapeaux nationaux de la France et du Brésil, au son de l’hymne national français. Il m’a montré les photos qu’ils a pris à Paris, notamment le Père Lachaise, où sont enterrés Auguste Comte et Clotilde de Vaux, sa compagne et inspiratrice avec laquelle il entretint (dit-on) une relation platonique (?). Clotilde de Vaux a eu une fin digne des plus grandes héroïnes romantiques : elle est morte de la tuberculose à l’âge de 31 ans. Elle est vénérée ici comme la mère de l’église positiviste. Je m’abstiendrai ici de tous commentaires narquois sur Auguste Comte et sa copine pour ne pas désobliger le doutor Danton Voltaire, qui est très sympathique et éminemment francophile. Et en plus, c’est très vilain de se moquer de la religion d’autrui. Ca peut même être dangereux pour certaines religions.
Dimanche après-midi, je suis allé voir défiler un des blocos de samba qui sillonnent la ville en cette époque pré-carnavalesque. Le principe est simple : une batterie de percussions, un camion avec des haut parleurs, des serpentins et des confettis, et on fait le plus de bruit possible pour ramener du monde. Les blocos ont des noms poétiques ou savoureux, comme « Simpatia e quase amor » ou « Que m… é essa ? » (traduction inutile). Celui que je suis allé voir (en voisin, à Urca) s’intitule « Esta pirando, pirado, pirou ! » , ce qui peut se traduire à peu près (j’espère ne pas faire de contresens) par : « Il devient dingue, il est dingue, il définitivement dingue ». Il est mené par des membres du personnel de santé psychiatrique. C’est bien la preuve que la « folia » est déjà commencée ! Ce bloco est de taille modeste (à peine une centaine de personnes suivait), mais un des plus populaires, qui défilait ce dimanche près du Jardim Botanico, le bloco « Suvaco do Cristo », a attiré 50000 « foliões » en délire ! Encore un mot que je ne connaissait pas : un « folião » est une personne qui participe à un défilé carnavalesque. Le folião authentique se doit de porter une perruque rose ou tout autre accoutrement destiné à signifier qu’il est là pour s’éclater et que toute convenance doit être rangée au vestiaire.
Au fait, j’ai mes places pour le Carnaval. Je n’ai pas pu recontacter Soraya, la copine de l’école de samba de Mangueira (voir notes précédentes), mais j’ai pu acheter des places pour les tribunes populaires du Sambodromo, en me rendant directement sur place samedi. Je pensais affronter une queue de 500 mètres, même pas : j’ai eu mes places tout de suite ! Et quand je dis populaire, le prix est réellement bon marché : 10 réals pour le dimanche 26 au soir, idem pour le lundi 27 au soir et seulement 5 réals pour le défilé des écoles championnes le samedi suivant. Rien à voir avec les prix délirant (jusqu’à 5000 réals !) qu’on fait payer aux touristes peu informés pour une place (certes confortable) dans les loges. Du coup, j’ai prix la totale pour 25 réals. Quand on aime, on ne compte pas. Cela ne m’a pas empèché d’aller dimanche soir voir le dernier des essais techniques du Sambodromo, destiné a vérifier le bon fonctionnement de la sono et des lumières. Pas de problème : ça fonctionne, et il vaut mieux se mettre en haut des tribunes si on a les oreilles sensibles. L’école qui défilait pour cette dernière répétition est la championne de l’année dernière, la Beija-Flor de Nilopolis. Je dois dire que j’ai été un peu déçu. Il est vrai que mes critères de notation diffèrent un peu de ceux de ceux du jury : j’ai trouvé la samba de enredo trop monotone et les passistas trop habillées. En plus, le défilé a commencé avec 2 heures de retard. Pour le vrai défilé du Carnaval, dimanche prochain, avec les costumes délirants et les chars folkloriques, les sept écoles qui vont défiler chaque nuit ne devront pas prendre trop de retard : c’est censé commencer à 21 heures, et s’achever vers 5 heures du matin au plus tard. Je sais tout ça grâce à la revue « Ensaio Geral », le bulletin officiel de la LIESA (ligue des écoles de samba), distribué gratuitement.
Ce manuel de référence du Carnaval est une vrai mine d’informations, tout y est consigné à l’exception des mensurations de chaque reine de la batterie. J’ai déjà parlé de quelques unes de ces jolies filles, pour les plus connues : Juliana Pães (Viradouro), Adriane Galisteu (Rocinha), Carol Castro (Salgueiro), Luciana Gimenez (Imperatriz) et Susana Vieira (Grande Rio), avec laquelle j’ai été d’une goujaterie crasse, je m’en excuse auprès d’elle dans l’hypothèse bien improbable où elle lirait ce blog. Il faut rajouter Adriana Perett pour Vila Isabel, Rayssa Oliveira pour Beija-Flor, Solange Gomes pour Porto da Pedra, Viviane Araujo pour Mocidade, Fábia Borges pour Unidos de Tijuca, Quitéria Chagas pour Império Serrano et Adriana Bombom pour Portela. Pour Caprichosos de Pilares, il y a eu un clash : Luma de Oliveira a claqué la porte, mais elle a été remplacée au pied levé par Mel Brito, et ils n’ont pas perdu au change. Quant à Mangueira, la plus prestigieuse des écoles de samba, il y a eu un moment d’inquiétude, mais finalement la reine sera Jaqueline Nascimento Silva, 28 ans, célibataire. Je crois que j’ai été complet question potins. Il ne vous reste plus qu’à rechercher les photos et les informations intéressantes sur Google, mais elles sont toutes « nota 10 », comme on dit ici. J’ajoute que toutes les écoles ont désormais un site Internet de qualité professionnelle (ce sont de véritables entreprises qui brassent un fric fou).
Je papote, mais je n’ai même pas raconté mes dernières découvertes à Rio en matière de tourisme. Vendredi, j’ai fait la promenade en bateau dans la baie de Guanabara. Une promendade magnifique qui permet d’admirer également le fleuron de la marine brésilienne : le porte-avion nucléaire São Paulo. Je rappelle que c’est l’ancien Foch que la France a revendu au Brésil en 2000. Le vieux raffiot de 1963 a encore fière allure, mais j’ignore quelles mesures les brésiliens ont prises à l’égard de l’amiante dont il doit être truffé, sachant qu’il date de la même époque que le Clémenceau, dont les lamentables péripéties alimentent la chronique. Une suggestion : pourquoi ne pas le donner aux brésiliens ? Grande promo sur les porte-avions nucléaires d’occasion, pour un acheté, un gratuit ?
J’ai également visité le monastère de São Bento, qui regorge de dorures et de petits angelots. Ce lundi, j’ai continué à exploré la zone portuaire, un quartier qui n’est pas très reluisant mais qui bénéficie désormais d’une infrastructure de choc : la « Cidade do Samba », récemment inaugurée, et qui ne sera livrée à la curiosité du public qu’après le Carnaval. Cet immense bâtiment flambant neuf permettra aux 14 écoles de samba du « Grupo Especial » (l’élite) d’exposer leurs trophées et leurs déguisements. Plus un argument massue : avec la « Cidade do Samba », ce sera le Carnaval toute l’année. On a bien entendu pensé aux touristes qui ne peuvent pas tous venir ici pour la période du Carnaval.
Tout proche de la « Cidade do Samba », il ne faut pas rater le centre culturel José Bonifacio. Ce magnifique bâtiment arrive comme un cheveu sur la soupe dans un quartier où, à mon avis, il ne fait pas bon traîner la nuit. Il s’agit d’une école fondée en 1877 par l’empereur Dom Pedro II, qui mérite la visite ne serait-ce que pour le magnifique escalier en bois sculpté qu’elle abrite. Au pied de cet escalier, on peut voir deux énormes dragons en bois, le dragon étant l’animal symbole de Dom Pedro II (on le voit reproduit partout dans la musée impérial de Petropolis, voir la note sur le sujet). Le centre abrite également de très intéressantes photos anciennes du morro da Favela, prises en 1920. C’est sur cette colline que les noirs libérés en 1888 après l’abolition de l’esclavage, se sont installés de manière précaire : le nom est resté pour désigner les bidonvilles brésiliens. Sur une carte moderne de la ville, le nom de ce lieu-dit très fortement connoté a disparu : l’endroit s’appelle désormais morro da Previdencia, ce qui ne signifie pas qu’il soit recommandé d’y faire du tourisme. Il est également situé dans la zone portuaire, et toujours dans le même quartier, on peut voir la « Pedra do Sal ». L’endroit n’est pas très impressionnant, mais son importance historique est capitale : c’est ici qu’a été créé LE samba (je rappelle que le mot est masculin, même s’il m’échappe encore parfois de l’accorder au féminin).
Un dernier conseil pour profiter de ce quartier la nuit (dans sa partie la mieux famée) : le bar musical Trapiche Gamboa, situé rue Sacadura Cabral, au numéro 155. L’endroit commence à être connu. Il est magnifiquement décoré : pas autant que le Rio Scenarium de Lapa (voir notes précédentes), mais surprend quand même, et le samedi on peut y faire la java jusqu’à 3 heures du matin. Tout cela pour dire que la zone portuaire, même encore largement à l’abandon, est en train de se réveiller. Voilà, j’ai été très bavard et parfois lapidaire, mais j’avais du retard à rattraper. Je profite de l’absence de Luci pour monopoliser l’ordinateur. J’espère pouvoir développer plus en détail toutes ces informations dans une prochaine note.
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18/02/2006
Meu jeito carioca (3)
Nous sommes samedi et La fin de semaine promet d’être agitée. On ne parle ici que de l'événement qui se déroule aujourd'hui : le concert gratuit des Stones à Copacabana. Mick Jagger, Charlie Watts, Keith Richards et Ron Wood (246 ans à eux 4) sont arrivés hier à l’aéroport international Tom Jobim, mais les centaines de tonnes de matériel qu’ils transportent pour l’occasion sont déjà arrivés avant eux. Le million et demi de personnes attendues pour le concert n’auront à mon avis pas l’occasion de les voir autrement que sur les écrans géants disposés sur la plage : le privilège de les voir en chair et (surtout) en os sera réservé aux 6000 invités de la zone VIP, juste devant la scène, tandis que le commun des mortels sera éloigné d’au moins cent mètres et savamment contenu derrière un dispositif policier impressionnant. Un scoop : Mick Jagger parle Portugais. Enfin, il essaye, avec son jeune fils de 6 ans, Lucas, qu’il a eu avec la brésilienne Luciana Gimenez. Avec leur argent de poche, les Stones ont réservé un étage entier au Copacabana Palace, dont le prix des chambres n’a rien à voir avec l’hôtel Comercio de Pétropolis (voir note précédente). Ils devraient encore leur en rester après (du pognon), puisque leur venue à Rio (outre aller voir le fiston, pour Mick Jagger) est motivée par la réalisation d’un DVD de ce concert mémorable. Il parait qu’ils ont fait une quinzaine de disques après la mort de Brian Jones en 1969, mais c’est au son des vieux succès qu’ils vont enflammer la plage de Copacabana. Quant à profiter de leur passage pour faire du tourisme, nenni : Mick Jagger a bien promis qu’il irai assister à un ensaio d’une école de samba, mais (scandale !), ils n’iront même pas manger une bonne feijoada. Ils ont fait venir un cuisinier japonais pour leur préparer des sushis (encore, ils auraient pu prendre un japonais de São Paulo, mais même pas).
La première fois que Mick Jagger est venu à Rio, c'était en 1968, à l'époque il était avec Marianne Faithfull, il logeait déjà au Copacabana Palace, et Fernanda Montenegro (qui fait partie des 6000 invités VIP) était déjà une actrice consacrée. Au fait, elle revient, et elle va se venger ! Dans "Belissima", la novéla de 21 heures sur la Globo. Explication : en fait, elle n'était pas morte, l'accident de voiture qu'elle a eu était truqué. Ca va chier des bulles. A côté, Jack Bauer dans "24 heures chrono", c'est Gros Nounours dans "Bonne nuit les petits".
Je raconte pas mal de bétises dans ce blog, mais là, je vous jure que c'est vrai, car je l'ai lu dans le Globo de ce matin. Une des expériences que va mener l'astronaute brésilien Marcos Cesar Pontes à bord de la station spatiale internationale constistera à planter du feijão. Il ne manquera donc plus que le riz, la farofa et la carne de porco pour réaliser la première feijoada de l'espace. Comme quoi, j'étais pas tombé loin (voir note précédente).
Alma Gêmea : le compte à rebour est commencé. Nous en étions resté au moment où Serena kidnappe Rafael (plongé dans le coma) pour l’arracher aux griffes de Cristina. Au repos dans la petite ferme à côté de la roseraie, bien soigné grace aux potions magiques de l’indien José Aristide et à l’amour de Serena, Rafael reprend vite du poil de la bête. A tel point que quand Cristina arrive enfin a obtenir un mandat judiciaire pour le récupérer avec le concours de la force publique, c’est Rafael en personne, encore un peu fatigué, qui vient lui jeter au visage qu’elle peut aller se faire cuire un œuf. Au passage, il lui intime l’ordre de quitter la maison, car il va retourner pour y vivre avec Serena.
Officiellement, Rafael est toujours marié avec Cristina, mais leur union n’a pas été consommée (bien que cette s… de Cristina ait tenté de lui faire croire qu’elle était enceinte de lui après la nuit où elle l’avait drogué pour coucher avec lui). Aussi ne devrait il pas être trop difficile d’obtenir un accord de séparation amiable, sauf que Cristina réclame un paquet de pognon hallucinant. Elle tente de lui faire vendre la roseraie, qui est attaquée par les fourmis. Mais la vioque a un autre plan. Debora, la mère de Cristina, a un projet plus radical : se débarasser de Rafael avant que l’accord de séparation soit signé, et faire de sa fille une riche veuve. Pour cela, elle retourne voir la vieille sorcière dans sa masure pour récupérer une nouvelle dose de poison, arme dont elle s’est déjà servie pour se débarrasser de Guto, le complice de Cristina dans le meurtre de Luna (la première femme de Rafael).
Mais Guto n’est pas vraiment mort. Son fantôme revient périodiquement hanter Cristina. Son fantôme vient également demander de l’aide à Alexandra, la femme du docteur Eduardo, celle qui est un peu zinzin (en fait, elle n’est pas folle, elle est juste douée de pouvoirs extrasensoriels). Guto lui demande d’aller chercher les bijoux de Luna (que Cristina s’était appropriée avec l'aide de Guto, et qu’il avait par la suite dérobé à Cristina). Guto, avant de mourir, avait caché les bijoux dans un endroit impossible à trouver, mais grâce aux pouvoirs extra-hypers-machin d’Alexandra, paf ! Elle retrouve les bijoux … Ivan, le chauffeur de Cristina (et accessoirement son amant), tente alors de lui arracher des mains, mais il en est empèché par l’intervention de Ciro. Alexandra va rendre les bijoux à leur propriétaire véritable, c'est-à-dire à Serena … Puisque Serena est la réincarnation de Luna (j’espère que vous suivez).
Pendant ce temps, Cristina (expulsée de la maison de Rafael), se morfond dans une toute petite maison que la famille a consenti à lui confier pour un hébergement temporaire. Malgré tout ce qui s’est passé, elle est toujours amoureuse de Rafael, c’est pourquoi la vioque échafaude le plan pour se débarrasser de Rafael à son insu. Quand Cristina apprend qu’Ivan a échoué pour récupérer les bijoux, elle pète les plomb. Elle ne trouve rien de plus intelligent qu’aller directement chez Rafael pour demander de les lui rendre (comme si c’était pas suffisant d’avoir fait tué Luna pour se les approprier et de les avoir cachés pendant 20 ans). Elle croit vraiment, cette balluche, qu’elle va se pointer comme ça en disant : coucou, c’est moi, je veux les bijoux ? D’autant plus que Serena est très forte (elle a été élevée dans la forêt), et quand Cristina tente de forcer le passage, elle se prend une soufflante d’anthologie. Soit dit en passant, dans la novéla, quand ils se bagarrent, on voit en général que c’est du chiqué. Mais là, Cristina s’en est vraiment pris une, elle a du dérouiller sévère. Décidément, après être passée dans la fosse à cochons, la pauvre Flavia Alessandra (la belle blonde qui joue le rôle de Cristina) n’est pas à la fête.
Pour Serena, en revanche, ça baigne. Elle habite désormais chez Rafael, en attendant le constat de séparation avec Cristina. Elle propose à Rafael de ne pas attendre, et de s’unir dès à présent devant le Créateur, dans une cérémonie inspirée des rituels indiens. Ils échangent des alliances en roseau, puis s’empressent de retourner à la maison pour (enfin) conclure. Ca faisait quand même au moins 163 épisodes qu’on attendait ça, mais question gaudriole, on ne voit que pouic, il ne faut pas oublier que la novéla passe à 18 heures et qu’elle est classée "tous publics". Accessoirement, ils arrivent à sauver la roseraie (les fourmis sont chassées, toujours grâce aux trucs indiens de José Aristide), ruinant définitivement les plans de Cristina.
Il ne reste donc plus pour cette dernière qu’à attendre le jour où l’accord de séparation va être signé, pendant que la vioque lui répète inlassablement qu’elle a son plan (sans lui révéler, bien sûr). Ce jour arrive, Cristina, Debora et leurs avocats débarquent chez Rafael. Avec la complicité d’Ivan (le chauffeur), Debora arrive à s’introduire dans la cuisine pour verser le poison dans le verre de Rafael. Sauf que la vioque est prise à son propre piège. Du temps où elle règnait en tyran domestique sur la maison, elle ne cessait de casser les pieds d’Eurico, le domestique, en lui disant que les verres devaient toujours être bien alignés sur le plateau. Eurico, par réflexe, réaligne les verres et les réorganise selon le principe du jeu de bonneteau (où il est le poison ?).
La tronche pas possible de la vioque quand elle voit comment les verres sont disposés ... Mais c’est trop tard, le sort en est jeté. Les verres sont distribués au hasard, Rafael est le premier à boire, suivi de Serena, suivi de Cristina, et enfin de Debora. Et alors ? Et alors ?
Et alors, c’était la fin de l’épisode de jeudi soir. A l’heure où je publie ces lignes, je sais déjà qui a hérité du poison, mais comme je suis parfaitement sadique, je ne révèlerai la suite que dans une prochaine note. Hyark, hyark. Je m’entraine pour être un vrai méchant de novéla !
Cette nuit, les états du sud du Brésil (du Rio Grande do Sul au Minas Gerais, inclus Rio de Janeiro) changent d'heure : on quitte l'horaire d'été. Je n'ose pas dire qu'on repasse à l'heure d'hiver, car l'hiver ne commencera que dans quatre mois, et à l'heure où l'on retardera les montres d'une heure, il fera encore dans les 30 degrés. Conséquence pratique : il y aura alors 4 heures de décalage horaire avec la France : quand il sera 5 heures à Rio, il sera 9 heures à Paris. Une heure de plus, la nuit la plus longue de l'année. Et ce n'est pas à cause des Rolling Stones !
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16/02/2006
Petropolis
Nous sommes déjà jeudi, et je suis rentré hier soir à Rio après un court mais passionnant séjour à Pétropolis. La ville est située dans la serra, à 800 mètres d’altitude, la température y est donc un peu plus fraîche qu’à Rio de Janeiro. C’est ce qui explique que l’empereur Dom Pedro II ait décidé d’y installer sa résidence d’été, en 1850, à une époque où l’air climatisé n’existait pas encore. Le déplacement de la cour vers les hauteurs devait être une expédition, mais de nos jours ce n’est qu’une formalité : l’excellente route à péage qui y mène par une route en épingle à cheveux agrémentée de nombreux viaducs permet de faire les 60 kilomètres qui sépare la ville de Rio en environ une heure de bus.
Difficile d’ignorer que Dom Pedro II a élu domicile ici. L’effigie de l’empereur y est partout, à commencer par sa sublime résidence d’été qui abrite de nos jours le Musée Impérial. Ce petit Fontainebleau sous les tropiques permet d’imaginer le faste qui règnait ici : tous les meubles sont d’origine (française pour la plupart), et l’ensemble admirablement conservé. Le musée abrite également des trésors historiques comme la couronne et le vêtement d’apparat qu’il porta en 1841 lors de son couronnement, à l’âge de 14 ans. Son règne fut extrèmement long : de 1831 (il avait 5 ans et il y a eu une régence jusqu’à sa majorité), jusqu’à 1889, date à laquelle il a été déposé et la république proclamée. Il est mort en exil en France en 1891. La cathédrale de la ville abrite la Chapelle Impériale où les restes de l’empereur et de sa famille, rapatriés ici en 1940. C’est ici qu’est enterrée aussi la princesse Isabel, qui est la femme la plus célèbre de l’histoire du Brésil : c’est elle qui a signé la fameuse "Lei Aurea" qui déclara la fin définitive de l’esclavage dans le pays, en 1888.
Dom Pedro II n’est pas venu tout seul ici : il a amené dans son sillage tout ce que le Brésil comportait de barons, marquis et autres têtes à particules et à blasons. Ce qui explique la densité de belles demeures que l’ont peut trouver dans la ville. Même les monuments civils de la grande époque sont somptueux : ne pas rater la poste, située Rua do Imperador. Le tout est admirablement conservé, ou en cours de restauration, comme le Palacio Rio Negro, que je n’ai malheureusement pas pu visiter (fechado para reforma !). Ce dernier a abrité la résidence d’été des présidents du Brésil, après la chute de la monarchie. Personnellement, je me suis contenté de l’hotel Comercio à 35 Réals la nuit avec douche dans la chambre, télévision et "café da manhã" (petit déjeuner).
Après Dom Pedro II, la ville a eu plusieurs hôtes célèbres, dont Alberto Santos-Dumont, "le père de l’aviation". Je rappelle que Clément Ader n’a fait qu’un saut de puce avec sa chauve-souris à vapeur en 1897, et nous ignorerons avec un dédain fortement teinté de chauvinisme franco-brésilien la performance des frères Wright en 1903. C’est en 1906 que le "14 bis" (nom de l’avion) a réalisé le premier vol digne de ce nom, sur la pelouse de Bagatelle, à Paris. L’aviation est donc une invention franco-brésilienne, puisque Santos-Dumont était d’ascendance française, comme en témoigne la seconde partie de son nom. Quant à son aéroplane numéro 19, il portait le doux nom de "Demoiselle" (en français dans le texte).
Le "14 bis" est assez curieux pour nos habitudes modernes : il est à propulsion, c'est-à-dire que ce qu’on croit être l’arrière est en fait l’avant, et réciproquement. Quoi qu’il en soit, l'avion n’a pas du avoir trop de peine à décoller. Le grand homme était tout rikiki : 1 mètre 52 pour 42 kilos. C’est ce qui explique qu’il aimait porter son célèbre chapeau panama, qui le réhaussait un peu. La précieuse relique est exposée dans le musée abrité dans la petite maison d’été qu’il avait fait construire à Pétropolis. Santos-Dumont devait être un doux rèveur, car il passait des heures à contempler les étoiles depuis l’observatoire qu’il avait installé sur le toit de la maison. C’est peut-être pour lui rendre hommage que les brésiliens ont récemment caressé le projet d’envoyer cette pièce historique dans l’Espace. En effet, à la fin du mois de mars, le premier astronaute brésilien de l’histoire, Marcos Cesar Pontes, va s’envoler de la base de Baïkonour, en compagnie d’un russe et d’un américain, pour rejoindre la station orbitale internationale. Il pensait emmener le vieux chapeau comme fétiche, mais les autorités concernées ont du abandonner l’idée. Le vieux panama est dans un état de conservation qui ne permet pas de faire un si long voyage, de plus il est susceptible de transporter des germes (sic) qui pourraient compromettre le délicat équilibre sanitaire de la station orbitale. Tant pis pour le symbole.
La fin de Santos-Dumont est bien triste. A l’âge de 59 ans, il était désespérément solitaire (il n’a jamais pu se marier) et atteint d’une sclérose qui le condamnait à brève échéance. Il se donna la mort en 1932 à Guaruja, près de São Paulo. La légende prétend qu’il y aurait une troisième cause à son suicide : il n’aurait jamais admis que sa belle invention soit utilisée à des fins militaires. Dans ce cas, il va pouvoir se retourner dans sa tombe : Marcos Cesar Pontes est colonel dans l’armée de l’air brésilienne.
Je ne sais pas si c’est le climat de Pétropolis qui est déprimant, mais un autre homme célèbre qui y a résidé s’y est donné la mort : l’écrivain autrichien Stefan Zweig, en exil au Brésil. Il faut avouer que je n’ai pas eu très beau temps : du haut de ses 800 mètres d’altitude, Pétropolis est souvent dans les nuages, qui s’amusent à jouer à cache-cache avec le soleil. Mais j’ai quand même bien pu profiter des moments de soleil pour photographier quasiment toutes les belles baraques qu’on peut y voir. J’ai pris le temps de tout visiter, y compris la Casa do Colono, un petit musée qui retrace la vie des premiers colons allemands venus s’installer dans la région. Qu’est ce que des teutons sont venus ficher ici, à 10 mille kilomètres de Frankfurt et à 2000 kilomètres de Blumenau, Santa Catarina (1) ? On voit de fait à Petropolis davantage de blonds aux yeux bleus qu’à Rio de Janeiro, pourtant peu distante. Explication : l’ingénieur que Dom Pedro II a appelé pour faire construire sa capitale d’été était allemand (un certain Julio Koeler), et a amené dans son sillage des compatriotes, à une époque où l’Allemagne était un pays pauvre. Les maisons qu’ont construit ces pauvres émigrants pour leur propre usage n’étaient pas des palais comme ceux de l’aristocratie brésilienne : murs en terre battue sur une armature à croisillon de bois, avec de la bouse de vache en guise de ciment.
Petit conseil pratique : la gare routière vient de déménager, et la nouvelle est située très loin de la ville (à 10 kilomètres, ne pas oublier que la région est particulièrement accidentée, pour trouver un terrain propice à la construction il faut aller loin). Mais il y a un bus qui mène à l’ancienne gare routière à côté de laquelle on peut trouver le sympathique (et sans prétention) hôtel Comercio. C’était ma contribution (modeste), destinée à ceux qui n’ont pas le guide du routard 2006. Je ne résiste pas non plus à donner le nom de baptème complet de l’empereur Dom Pedro II : Pedro de Alcântara João Carlos Leopoldo Salvador Bibiano Francisco Xavier de Paula Leocádio Miguel Gabriel Rafael Gonzaga de Bourbon Habsburgo e Bragança. Décidément, c’est une manie de la famille de donner des noms à tiroir (voir notes précédentes).
Une dernière question me taraude. Quand c’est un américain : on dit astronaute. Quand c’est un russe, on dit cosmonaute, pour un européen, on dit spationaute et pour un chinois, on dit taïkonaute. Pour un brésilien ? Je propose sambonaute, au hasard. Les brésiliens possèdent déjà un sambodrome, destiné à envoyer le Carnaval dans les étoiles. Je me demande également quelle genre d’expériences scientifiques va réaliser le coronel Marcos Cesar Pontes dans la station spatiale internationale. On prétend que le comportement de la caïpirinha en apesanteur est à l’ordre du jour. Si la cachaça devrait prendre une belle forme cylindrique (comme le whisky du capitaine Haddock dans Objectif Lune), que va-t-il advenir des glaçons et de la rondelle de citron ? En tout cas, la présence d’une paille pour la boire est plus que jamais indispensable. A la tienne, Santos-Dumont !
(1) Relire les notes sur le sujet, section "Archives", octobre 2005
23:30 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
13/02/2006
Gosto do samba ! (2)
Ce samedi, le temps était bouché et la pluie ne cessait de tomber depuis le début de la journée. Une journée à faire des mots croisés en se grattant le dessous du nombril, ou à la limite pour faire un sudoku (le jeu japonais qui rend fou a atteint les côtes du Brésil, les grilles sont publiées dans le supplément dominical du Globo). Je suis quand même sorti dans l’idée de visiter le musée d’Art sacré de la Cathédrale de Rio, qui n’ouvre que les samedis et dimanches. Mais j’ai trouvé portes closes : le musée ne rouvrira qu’après le Carnaval (un refrain insistant comme une samba de enredo en cette période). Bref, la journée de m… en perspective. Lorsque soudain vient le coup de téléphone providentiel, tel le Deus ex maquina des tragédies antiques. Luci m’appelle en me faisant une invitation qu’on ne peut pas refuser : aller manger une feijoada dans la quadra da Mangueira, la célèbre école de samba. C’est une amie de Luci qui nous propose de nous y emmener en voiture, alors raison de plus. Banco ! Direction le quartier du Maracanã où se trouve le siège de l’école.
J’avais déjà renoncé à y aller à pied, étant donné l’environnement patibulaire de ce quartier de la banlieue nord. Et il faut avouer qu’il y a de quoi se laisser intimider : c’est en plein dans la favela. Ce fait ne semble pas inquiéter outre mesure mes amis brésiliens : on peut y garer sa voiture sans souci, il y a des gardiens assermentés qui s’en occupent moyennant 5 réals. L’entrée dans la quadra de l’école ne coûte pas très cher : 2 réals, ou bien un kilo d’aliments non périssables (un sac de feijões pretos, par exemple, fait très bien l’affaire). Une fois à l’intérieur, il y a bien entendu de la musique (ao vivo, cela va de soit), et on peut manger et boire à des tarifs plus que démocratiques : 8 réals la feijoada (copieuse !), 4 réals la caïpirinha, etc. A ce prix là, avec l’ambiance quente-quente, on se laisse un peu aller. Tout cela nous a emmené vers 8 heures du soir, et on aurait pu rester jusqu’à cinq heures du matin si la fatigue et l’abus de caïpirinha n’avait eu raison des motivations les plus solides.
La soirée s’est terminé en mangeant une pizza chez Soraya, l’amie de Luci qui nous a invité. Soraya va défiler pour la Mangueira lors du Carnaval, et m’a proposé d’avoir des places à un tarif intéressant, autre proposition immanquable. Et comme par-dessus le marché, Soraya habite à Copacabana, elle m’a invité pour le soir du 18 à aller voir le méga-show événement des Pedras Rolandas, ou si vous préférez des Rowlinstones (comme l’a écrit un journal de l’intérieur de l’état, un peu fâché avec l’orthographe de l’Anglais). Je suis même prié d’emmener mon maillot de bain, car il y a une piscine dans la résidence. Elle est pas belle, la vie ?
Dimanche, je suis allé visiter une curiosité de Rio : le temple de l’église Positiviste du Brésil, dans le quartier de Gloria. Le positivisme est la doctrine philosophique fondée par le français Auguste Comte au XIXème siècle. Comment est-il arrivé à devenir une religion au Brésil ? C’est pourtant un fait, et qui a une importance capitale dans l’histoire du pays. Pratiquement tous les fondateurs de la République, en 1889, appartenaient à cette église : Deodoro da Fonseca, Benjamin Constant (à ne pas confondre avec le contemporain de Napoléon, c’est un homme politique brésilien), et le général Rondon, entre autres. Et ce sont eux qui ont eu l’idée de la devise qui figure sur le drapeau brésilien : "Ordem e progresso", qui est d’inspiration positiviste. On peut voir dans le temple une pièce historique de tout premier plan : la maquette du drapeau brésilien actuel, tel qu’il a été adopté le 19 novembre 1889 pour remplacer l’ancien drapeau impérial.
L’église a connu des heures de gloire, mais aujourd’hui elle vivote. Le temple est malheureusement mal entretenu, et le président, un charmant vieux monsieur dénommé Danton Voltaire Pereira de Souza, a bien du mal pour tenter de sauvegarder cette pièce du patrimoine historique national. Je précise que Danton Voltaire, c’est son prénom, tel qu’il lui a été donné à sa naissance par son grand-père, visiblement très influencé par l’idéal républicain français. Il y aurait plein de choses à raconter sur le positivisme, Auguste Comte, les relations avec la France et le drapeau brésilien, mais Luci ne m’a prété l’ordinateur que pour deux heures, alors je ne vais pas abuser. Il faut juste savoir que ce temple n’est même pas cité dans des guides aussi prestigieux que le « Lonely Planet » et le « 4 Rodas » (l’équivalent brésilien du Michelin), alors quelques précisions : l’adresse est 74 Rua Benjamin Constant, à côté du métro Gloria, on peut visiter gratuitement tous les dimanches de 10h à 12h et on peut même prendre des photos (1).
Le dimanche soir, je suis allé de nouveau au Sambodromo, mais j’ai été refait : pas d’Adriane (avec un « e ») Galisteu. Est-ce que cette bêcheuse ne serait pas venue à cause de la pluie menaçante, ou est-ce qu’elle ne servirait qu’à faire joli sur les affiches de l’école de Rocinha ? Pour l’école de Salgueiro, la semaine dernière, la belle Carol (sans « e ») Castro était elle bien fidèle au poste (voir notes précédentes). Je n’ai pas tout perdu, puisque j’ai eu droit à Susana Vieira pour l’école de Grande Rio. Sans vouloir être vexant, c’est un lot de consolation. Elle est pas mal, Susana, mais elle commence a avoir pas mal d’heures de vol. C’est elle qui fait la pub pour la lessive Ipé et les supermarchés Guanabara, elle est extrèmement populaire au Brésil. A mon avis, vu le kilométrage qu’elle a au compteur, y a plus une pièce d’origine. Désolé, j’ai pris des cours de galanterie par correspondance, alors il m’arrive d’avoir des lacunes. Disons juste qu’elle est quand même bien conservée, la vieille.
Ce lundi, je suis allé visiter la Bibliothèque Nationale, un mastodonte de 1910 situé avenida Rio Branco. Ce monument doit absolument être visité, il est époustouflant par ses dimensions et admirablement conservé. C’est ici que sont conservés tous les livres publiés au Brésil, ainsi que des parchemins et des manuscrits anciens (le plus ancien date du XIème siècle, et n’est donc pas brésilien). Je rajoute que tous les lundis matins, à 7 heures, depuis la semaine dernière (date de la rentrée des classes), je suis réveillé au son de l’hymne national brésilien. Ce n’est pas le début d’un match de la Copa do Mundo, ni une improbable victoire de la délégation brésilienne aux jeux olympiques de Turin : c’est juste la cérémonie de début de semaine dans le collège situé juste en bas. Cest très amusant de voir les petits éléves en uniforme, bien alignés et quasiment au garde à vous, écouter l’hymne national, qui parle de manière poétique de la beauté du pays et de l’amour de la patrie, sur un air impossible à chanter. Rien à voir avec la Marseillaise, qui est très facile à chanter mais qui répand malheureusement un sang de qualité douteuse sur les terres agricoles de notre beau pays, ce qui la rend déconseillée pour les moins de 13 ans. Encore une chose impensable en France !
Demain, si le temps le permet, j’irai à Petropolis, à 60 kilomètres d’ici, pour visiter entre autres le Musée Impérial. Je pense y passer la nuit, et ne rentrer que mercredi, en calculant pour être à 18 heures devant la Globo pour regarder "Alma Gêmea" (dont la fin approche et l’intrigue se densifie encore plus). Il faut désormais un événement de portée intergalactique pour m’empècher de voir un épisode. Comme une invitation à manger une feijoada à la Mangueira, ou un concert gratuit des Rowlinstones, par exemple.
(1) Il est quand même cité par un guide français, peut-être le Guide Bleu ou le Routard
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10/02/2006
Rio en long et en large (4)
Tout d'abord, un petit rectificatif : la phrase historique prononcée par Dom Pedro Ier est "L'indépendance ou la mort !" et non "La liberté ou la mort !", comme je l'ai écrit dans la note précédente. Cela dit, je ne pense pas avoir trop déformé l'idée de base de Dom Pedro Ier. J'aurais écrit : "Je vous ai compris !" ou "Vive le Général Alcazar !", c'aurait été déjà plus délicat de corriger sans avoir l'air cruche. Autre petit correctif : le rio Maracanã ne se jette pas dans une lagune, mais dans le canal do Mangue, une autre voie d'eau qui emprunte l'axe où il y a de nos jours l'avenida Presidente Vargas. Voilà, c'est réparé. J'ai un poids de moins sur la conscience. Ne dites pas que vous vous en foutez royalement, vous me vexeriez.
Ce jeudi, j'ai traversé la baie de Guanabara (appelée improprement baie de Rio) pour aller à Niteroi. L'objectif principal était la visite du musée d'art contemporain, la célèbre soucoupe volante construite sur un plan d'Oscar Niemeyer. J'ai donc pris le bus qui passe par le pont sur la baie de Guanabara (13 kilomètres de long), et je suis arrivé directement pour admirer l'OVNI, ou plus exactement OANI (objet architectural non identifié). Je crois avoir déjà écrit dans ces lignes que je ne suis pas un fan d'architecture moderne, mais il m'arrive de faire des exceptions quand la réussite est totale, et là c'est le cas. Perché sur son promontoire face à la plage, on croirait que le bidule va s'envoler pour un voyage interplanétaire. Si j'ai aimé les courbes audacieuses de la bestiole, je suis en revanche réservé sur les oeuvres qui y sont exposées. L'art moderne, ça passe mieux quand c'est rigolo, mais ça reste quand même du fumage de moquette.
J'ouvre ici une petite digression fort à propos. Récemment, la plage de Leblon a encore une fois envahie par les gigogas. Cette plante aquatique pousse normalement dans les lagunes du littoral, mais à l'occasion des fortes pluies qui se mettent à tomber à Rio de temps en temps (c'est encore le cas ce vendredi soir), elles sont rejetées massivement dans la mer et viennent donner ensuite à la plage l'air d'un dépotoir. Sur la lagune, ça peut paraître joli, mais sur la plage, ça fait vraiment tache. A propos de ces gigogas, un carioca malicieux a eu cette remarque en forme de blague, qui été reprise par les journaux : si ça se fumait, ça ferait longtemps que le problème serait résolu. Tout ça pour dire que l'artiste qui expose en ce moment au musée d'art moderne de Niteroi a du prendre la boutade au pied de la lettre. Il a reconstitué le stade du Maracanã avec des statuettes d'umbanda en guise de public et des singes en plastique à la place des joueurs.
J'ouvre une autre petite digression à propos de l'umbanda. Il est absolument indispensable de rentrer ici au Brésil dans un magasin d'articles religieux : hilarité garantie. Outre les bondieuseries habituelles (statues de Sainte-Vierge, posters de Jésus, etc.), on peut y trouver une spécialité purement brésilienne : des articles d'umbanda. Je rappelle que l'umbanda (ou macumba) est la pratique religieuse qui consiste à méler les cultes d'origine africaine avec le christianisme : c'est une astuce qu'on trouvé les noirs africains déportés au Brésil du temps de l'esclavage pour pouvoir continuer à pratiquer leurs religions traditionnelles sans être inquiété par l'Eglise, qui a toléré cette forme de culte. Si les bondieuseries traditionnelles sont souvent d'un mauvais goût sulpicien assez réjouissant, les statuettes d'umbanda valent carrément leur pesant de cacahouettes. Les statues de Iemanja, Oxala, Oxum et autres divinités d'origine africaine sont carrément poilantes. Pour faire plus fendard, je ne vois pas, à part rendre un culte aux nains de jardins. Je sais, c'est très vilain de dénigrer la religion d'autrui. Mais on a encore le droit, du moins tant qu'on ne s'attaque pas à l'Islam. Et comme je suis très froussard, c'est pas moi qui blasphèmerait. Oh que non.
Mais revenons à Niteroi. A part le musée d'art moderne de Niemeyer (98 ans et toute ses dents), la ville mérite une petite visite. Je pensais naïvement que c'était une ville nouvelle dortoir avec une forêt de gratte-ciels donnant sur la mer plus quelques favelas : erreur à corriger de suite. La ville compte quelques monuments remarquables du XIXème siècle, dont la présence juste à côté de Rio semble faire double emploi. L'explication est très simple : du temps où Rio était la capitale du pays, la ville de Niteroi a été élevée au rang de capitale de l'état de Rio. Avec le déplacement de la capitale à Brasilia, Rio est redevenue la capitale de l'état, et Niteroi une simple banlieue. Mais les bâtiments officiels sont restés, et (fait à signaler) ont été fort bien restaurés. Si on a du temps, Niteroi mérite un détour. J'y retournerai certainement, car il y a encore deux petits musées à visiter. Dernière petite précision : le musée d'art moderne est gratuit le mercredi, information que je n'avais trouvée nulle part, alors je m'empresse de la répercuter ici. Je sais, c'est mesquin, pour économiser 4 réal, mais franchement, pour voir des singes en plastique et des statuettes d'umbanda, je dis qu'il n'y a pas de petites économies.
Jeudi soir, je suis allé à l'ensaio de l'école de samba de Vila Isabel, dans le quartier du même nom. Le jeudi, c'est gratuit, alors autant en profiter. Ambiance torride garantie, malgré les ventilateurs (modèles de compétition) qui turbinent à plein tubes de l'air humidifié. Les centaines de percussions du bloco tentent de reproduire le volume sonore de feu le Concorde au décollage, oreilles sensibles s'abstenir. J'ai pu admirer de près les passistas, ce qui est toujours agréable à voir. La "samba de enredo" (le thème musical choisi par l'école) s'intitule cette année "Soy loco por ti, América". Pour les personnes peu informées : ce n'est pas du Portugais, c'est de l'Espagnol (1). L'occasion d'ébruiter une rumeur insistante ici à Rio : parmi les invités VIP du Carnaval, il y aurait le président vénézuélien Hugo Chavez. Et il participerait au défilé avec l'école de Vila Isabel ! Je pense que le bruit s'est répandu précisément à cause du titre de cette samba. Hugo Chavez parle l'Espagnol (la langue de tous les pays d'Amérique Latine, sauf le Brésil) et est surnommé parfois "El Loco". La principale qualité d'Hugo Chavez, en tant que président, est d'assurer la continuité avec Fidel Castro (qui commence à se faire vieux) dans le rôle du fort en gueule qui emm... les américains en général et Georges "deubeuliou" Bush en particulier. Ne serait-ce que pour cela, il mérite au moins un Oscar. Mais je pense que si le Vénézuela ne regorgeait pas de pétrole dans son sous-sol, "El Loco" n'aurait pas été réélu dans un fauteuil.
Ce vendredi, j'ai mis mon pantalon à la place du bermuda de rigueur pour visiter les deux lieux pour lesquels cet accessoire vestimentaire est expressément demandé : le musée de la Justice et le Palacio Itamaraty (respectivement anciens ministères de la Justice et des Relations Extérieures, du temps où Rio était la capitale du pays). Le musée de la Justice est un superbe bâtiment de la fin du XIXème siècle, qui aurait toutefois besoin d'une bonne restauration (surtout sur sa façade arrière, celle qui donne sur le viaduc de la voie rapide). Mais mon coup de coeur va bien entendu au sublime Palacio Itamaraty. On avait pu découvrir cette merveille en assistant à l'excellente émission "Des racines et des ailes", consacrée l'année dernière au Brésil. Patrick de Carolis (dont le job consiste à voyager aux frais de la Princesse) avait transformé le temps de l'émission la magnifique cour d'honneur du palais, bordée de palmiers impériaux, en salle de conférence pour invités triés sur le volet, destinée aux interventions en plateau qui séparent deux reportages. La visite guidée des salons est un pur régal, et en plus c'est gratuit. Nous étions deux, plus le guide, et l'autre visiteur n'était même pas un touriste, c'était un carioca visiblement chargé de faire un exposé. Il paraît que la moitié des touristes qui visitent le palais sont des français.
C'est regrettable que les brésiliens ne s'intéressent pas plus à cette pièce maîtresse de leur patrimoine historique. Il est vrai que la visite se mérite un peu. Outre le pantalon obligatoire, il faut présenter une pièce d'identité, chose que bien entendu je ne savais pas. Je me voyais déjà revenir une troisième fois, quand on me fait signe de revenir : on me donne la permission de visiter quand même, à titre exceptionnel (sic). Ca sert vraiment d'avoir une bonne tête (de vainqueur). Une fois à l'intérieur, il ne faut pas compter sur la clim pour raffraichir : il n'y en a pas. Il est vrai qu'un climatiseur en tôle blanche se marierait très mal avec les magnifiques boiseries, les délicats papiers peints et les superbes meubles de style, la plupart importés de France. N'empèche que la visite passe à une vitesse surprenante. Quand le guide nous a dit "ici se termine la visite", on a dit "déjà ?" : mais cela faisait quarante minute, on n'avait l'impression de venir de rentrer. Petite frustration supplémentaire, on a le droit de prendre des photos, mais sans flash : comme les salons sont assez sombres, le résultat est assez médiocre.
Il vient de tomber une averse de compétition, Rio va avoir une fois de plus les pieds dans l'eau : pourvu que cette fois-ci, il n'y ait pas de victimes. Luci est bien rentrée, sans problème cette fois-ci. Incertitude sur les prochains essais techniques des écoles de samba au sambodromo : les pompiers n'ont pas reçu la paperasse officielle pour les autorisations et les règles de sécurité, selon une désorganisation typiquement brésilienne. A mon avis, ça va s'arranger, mais quel suspense ! Autant que pour la novéla "Alma Gêmea" (prochainement, le compte-rendu des derniers épisodes). J'espère que dimanche soir, la pluie aura cessé et tout sera rentré dans l'ordre pour aller voir l'école de Rocinha. J'ai manqué Luciana Pães, alors j'espère ne pas manquer Adriane Galisteu comme reine de l'école. Aaaaaah, Adriane Galisteu. Couverture de Playboy d'août 1996 (édition du 20ème anniversaire de la revue) et ancienne copine d'Ayrton Senna. Elle n'a rien perdu en 10 ans, au contraire. Son seul défaut, c'est son nez, mais en général, on n'y fait pas attention. Je pense qu'il va y avoir du monde pour encourager l'école de Rocinha.
(1) En Portugais, ça donnerait "Estou louco para você" (Je suis fou de toi)
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08/02/2006
Rio en long et en large (3)
Le lundi étant un jour creux, j'en profite pour expérimenter des lieux insolites. Disposant de temps, je suis en train d'explorer tous les lieux d'un intérêt plus ou moins mérité. En clair : je visite tout, même les trucs les plus nazes. Lundi, j'ai fait très fort : j'ai visité le centre culturel de la Caixa Economica, le musée de la FEB et l'espace mémoire Bernardo Monteverde. La Caixa (j'en ai déjà parlé, voir notes sur São Paulo) est l'équivalent de la Caisse d'Epargne, mais qui s'occupe aussi des jeux de loteries : c'est donc également l'équivalent de la Française des Jeux. C'est une grosse boite d'état qui brasse un fric monumental. Elle peut donc se permettre d'avoir un centre culturel qui ne sert à rien, en l'occurence celui de Rio : y sont exposées quelques toiles de peintres contemporains brésiliens, dont Aldemir Martins (dont j'ai également déjà parlé), qui malheureusement vient de décéder (ça m'étonnerait qu'on en ait parlé dans les journaux français, mais ici il a eu droit à un hommage).
Le musée de la Force Expéditionnaire Brésilienne retrace l'aventure des brésiliens qui sont allés combattre en Europe pendant la seconde guerre mondiale. Ce qui mérite une explication historique. Le Brésil de Getulio Vargas, pendant la période de l'Estado Novo (1937-1945), était un état autoritaire, quasiment fasciste. Le mot est ici plus ou moins tabou quand on évoque le doutor Getulio, le plus grand homme d'état brésilien. Getulio Vargas a droit à une rue ou une place dans toutes les villes et tous les villages du Brésil, depuis Rio (avenida Presidente Vargas) jusqu'au dernier trou au fin fond du Mato Grosso. N'empêche que, pendant cette période (et même à partir de 1930, date de son arrivée au pouvoir), c'était un dictateur. C'est à ma connaissance le seul dictateur qui ait été ensuite élu démocratiquement : il revint au pouvoir légalement et par les urnes en 1951 et restera au commande du pays jusqu'en 1954, date de son suicide (on peut visiter, au musée de la République, la chambre où il s'est donné la mort, j'en ai déjà parlé sur ce blog).
Tout cela pour dire qu'on peut s'étonner que des soldats brésiliens soient allés combattre les troupes du Reich, sur le front en Europe. Getulio Vargas a en effet choisi le bon camp, celui des alliés, plus par opportunisme économique que par conviction démocratique : l'essentiel du commerce se faisait à l'époque avec les Etats-Unis. La contribution du Brésil à l'effort de guerre des alliés a été tardive (à partir de juillet 1944), mais pas franchement anecdotique : la FEB a comporté plus de 25000 hommes, qui ont participé aux combats les plus durs lors de la campagne d'Italie, jusqu'en mai 1945, date de la capitulation allemande. 457 y sont restés et ont été enterrés au cimetière militaire de Pistoia. Ils ont été des combattants farouches, la preuve : le Reich a même tenté contre eux des actions de guerre psychologique ! On peut voir au musée des bulletins de propagande imprimés en Portugais, qui étaient largués par avion afin de démoraliser les troupes brésiliennes.
Quant à l'espace mémoire Bernardo Monteverde, il n'y a vraiment qu'un farfelu comme moi pour visiter. La description, lue sur le "Guia do Rio" distribué par l'office du tourisme, paraissait intéressante : souvenirs, photos et plans laissés par un entrepreneur qui a participé à la construction de Brasilia. Je me pointe donc à l'adresse indiquée, une tour de bureaux comme il y en a douze mille à Rio, je monte au troisième étage et je demande : c'est bien ici ? On me dit que oui, qu'il faut attendre un peu, et au bout de 5 minutes une gentille dame vient me prendre en charge pour me guider jusqu'au lieu désiré, deux étages plus haut. Il s'agit de l'ancien bureau du dénommé Bernardo Monteverde, fondateur de l'entreprise de travaux publics qui porte son nom. Fils d'un juif russe arrivé au Brésil sans un kopeck, il a réussi petit à petit à construire une entreprise autrefois florissante, la première qui ait fait au Brésil de la prestation de services dans le domaine du bâtiment. J'ai donc eu le droit à une visite plus que détaillée, pendant plus d'une heure, par la dame (fort gentille) : comme Bernardo Monteverde avait la manie de tout conserver, des talons de chèques jusqu'aux cartes de visites laissées par les clients, j'ai eu le privilège de tout savoir sur sa vie et son oeuvre, avec force détails. La contribution de l'entreprise à la construction de Brasilia a été en fait plus que modeste : un petit immeuble de deux étages, plus le chantier de nettoyage des immeubles de l'esplanade des ministères, avant l'inauguration en 1960. C'était fort intéressant, mais un peu bourratif. Mais la dame était si dévouée à la cause que je n'ai pas eu le coeur de l'interrompre, et d'ailleurs j'aurais été bien ingrat de prétendre que j'avais des trucs plus importants à faire. En plus, ça me fait travailler mon Portugais. J'ai appris des nouveaux mots de vocabulaires indispensables dans le domaine de la construction civile. Je pourrai briller en société en les replaçant au bon moment dans la conversation.
Le mardi, je suis allé visiter un musée d'un niveau d'intérêt nettement plus élevé (sans vouloir offenser la mémoire de Bernardo Monteverde) : le musée du "Primeiro reinado", dans le quartier de São Cristovão. Il est intallé dans le solar de la marquesa de Santos, une superbe demeure de la première moitié du XIXème siècle, et est consacré (comme son nom l'indique) à l'histoire du premier empereur du Brésil, Dom Pedro Ier, qui régna de 1822 à 1831. Encore un peu d'histoire du Brésil : né au Portugal en 1798, fils du roi Dom João VI, le futur empereur est arrivé au Brésil à l'age de 10 ans, quand la cour du royaume du Portugal a quitté Lisbonne, en 1807, fuyant l'avancée des troupes napoléoniennes. Comme tous les étrangers qui visitent le Brésil, il s'y est trouvé tellement bien que quand papa lui a intimé l'ordre de revenir au bercail, en 1822, il a dit : je reste ! Et comme papa insistait, il s'est fâché tout rouge, et le 7 septembre 1822, sur les rives placides du rio Ipiranga (comme dit l'hymne national brésilien), il poussa son fameux cri : "La liberté ou la mort !". Et après ça, papa João pouvait toujours gueuler : le Brésil était indépendant et Dom Pedro devint son premier empereur.
Comme il est de tradition dans tous les empires, une partie des deniers publics passait dans la bagatelle : en l'occurence, la marquesa de Santos était l'amante de l'empereur, qui lui donna cette petite "folie" en 1827. C'est toutefois tant mieux pour la postérité, car l'endroit est absolument charmant, la propriété est magnifique et admirablement meublée. Une légende (alimentée par la découverte d'un tunnel dans les caves) prétend que l'empereur disposait d'un passage secret pour aller voir sa maîtresse, partant de son palais situé non loin (de nos jours, le Museu Nacional, que j'ai également déjà visité). C'est toutefois bien dommage, ce qui a été une charmante demeure campagnarde est aujourd'hui en plein dans la zone industrielle, entre un dépot de conteneurs et le viaduc de la voie rapide. Mais c'est malheureusement souvent comme ça au Brésil, il faut même louer le fait que cette pièce du patrimoine ait été miraculeusement conservée quand bien des trésors ont disparu sous les coups de boutoir des tractopelles.
Accessoirement, j'ai visité dans le même quartier le musée militaire Conde de Linares, qui montre une splendide collection de toutes les pièces d'artillerie possibles et imaginables, du fusil mitrailleur au canon de 75. Mais on peut s'en passer. En revanche, je ne résiste pas au fait de donner le nom complet de baptème de l'empereur Dom Pedro Ier : Pedro de Alcântara Francisco Antônio João Carlos Xavier de Paula Miguel Rafael Joaquim José Gonzaga Pascoal Cipriano Serafim de Bragança e Bourbon. Ouf. Il a bien fait de crier : "La liberté ou la mort !". C'est plus facile à retenir pour la postérité.
Aujourd'hui mercredi, j'ai un peu pédalé dans la pamonha (flan à base de semoule de maïs), car mon objectif principal était la visite du Palacio Itamaraty, de nos jours siège du musée historique et diplomatique : malheureusement, on ne rentre pas en bermuda (tout au moins, on peut visiter, mais pas tout, ce qui est frustrant). Je remettrai donc cette visite à un jour où la température sera moins accablante. Je suis courageux, mais il y a des limites. La tenue bermuda et havaianas est inaliénable par 35 degrés à l'ombre, c'est écrit dans les conventions internationales. Il faut savoir rester ferme sur les principes. "Le bermuda ou la mort !". Je ne pense pas que cette citation passera dans les livres d'histoire.
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