30/01/2006
Rio : futebol et samba (2)
Encore un week-end bien rempli. Samedi, je suis allé au musée historique de la ville de Rio, installé dans une ancienne fazenda un peu excentrée, dans le quartier de Gavea, juste à la limite de la forêt de Tijuca. L'endroit est charmant, mais il ne faut pas trouiller pour y aller : le chemin qui y mène est bordé de ce qu'il est convenu d'appeler une favela. L'architecture du quartier ne laisse pas de doute à ce sujet. Avant de m'engager, j'ai demandé si l'endroit n'était pas dangereux : on m'a répondu que non, à cette heure il y a plein de personnes qui se baladent, c'est tranquille. C'est encore une fois étonnant de constater que ce qui a été une riche propriété bourgeoise de style colonial, est désormais cernée de masures approximatives en brique rouge.
Samedi, c'était l'anniversaire de Luci. Le soir, nous sommes allés fêter ça dans un bar de Lapa avec un groupe de joyeux cariocas de ses amis, dont Pedro et Luciana que je connaissais déjà. Lapa, c'est le quartier traditionnel de la bohème carioca, on y fait la fête depuis la nuit des temps. Les vieux immeubles de la rua do Lavradio ont été bien restaurés pour installer quelques bars chics, le quartier n'a donc plus rien de sordide, même s'il reste encore pas mal de ruines. En tout cas, cela fait longtemps que les bordeis (pluriel de bordel) ont disparu : ce n'est donc plus un quartier chaud, comme j'ai pu l'écrire précédemment. C'était la première fois que j'y mettais les pieds la nuit, le quartier est très animé et n'est pas dangereux, on peut s'y promener et même garer sa voiture. Voilà une précision qui s'imposait.
Le Mangue Seco est un bar agréable où on peut diner à des prix raisonnables et écouter de la bonne musique populaire brésilienne, moyennant un petit droit d'accès. L'endroit est courru, il est conseillé de réserver. Indispensable, il faut demander la carte des cachaças, au moins pour y jeter un oeil : il y en a très exactement 101, de tous les goûts et de tous les prix (la plus chère coûte 35 R$ la dose de 4 centilitres, à ce prix c'est du pur snobisme). Je me suis contenté d'une excellente petite cachaça aromatisée à la banane, excellent avec une casquinha de siri (beignet au crabe).
Dimanche, c'était le grand jour pour le match de l'année au Maracanã : Flamengo contre Fluminense. J'ai un moment failli renoncer à y aller en lisant le Globo de samedi matin : pour la seule journée de vendredi, déjà 20 mille places avaient été vendues, et la prévision était l'épuisement des 44 mille places lors de la journée de samedi (le Maracanã, qui sort de 9 mois de travaux, n'a pas encore retrouvé sa capacité maximale). En clair, aucune vente le jour du match. Je pensais donc renoncer, quand samedi, en revenant du musée historique de Gavea, je suis passé devant le siège du Flamengo FC, dans le quartier de Leblon, à proximité de la Lagoa. Il y avait une queue d'un peu moins de 100 mètres pour acheter des places, nettement moins que celle que j'avais vue la veille devant le stade du Fluminense (voir note précédente). Je me dis : je tente le coup. Et effectivement, après un peu moins d'une heure de queue, j'ai obtenu le précieux sésame pour l'accès au saint des saints du futebol. Le prix était un peu plus cher que dimanche dernier, mais toujours très accessible : 15 R$ pour un siège dans l'arquibanda (tribunes) - le même prix qu'une place de cinéma, ici à Rio ! Il y avait bien un individu douteux qui me l'a proposée pour 20 R$ sans faire la queue, mais je n'ai pas eu confiance.
Effectivement, le dimanche, le match jouait à guichet fermé. Je dois encore une fois rectifier une erreur de mauvaise foi que j'ai commise au sujet du Fluminense : les torcedores (supporters) sont beaucoup trop nombreux pour rentrer dans une cabine téléphonique. Ils occupaient un gros tiers des gradins, et ceux du Flamengo occupaient presque tout le reste. Et même en arrivant, j'ai cru un moment que les torcedores du Fluminense occuperaient toute la tribune : je ne voyais que des maillots tricolores (violet, vert et blanc) ! Explication : leur point de rencontre est en face de la sortie du métro, tandis que celui du Flamengo (maillot rouge et noir) est situé à l'opposé. Entre les deux, la ligne de démarcation est formée par un cordon de policiers. Pas question cette fois-ci de trouver une zone neutre où les supporters des deux camps peuvent cohabiter sans se chamailler. Voilà pour l'ambiance. J'ai donc suivi le conseil de mes amis de Curitiba Ricardo et Edir, et j'ai rejoint la tribune du Flamengo, dans la partie la plus calme (!), celle qui ne fait pas partie de la torcida (les plus excités).
La plus calme, façon de parler. Je ne répèterai jamais assez que, dans un match de futebol (surtout au Brésil), le spectacle est dans les tribunes, ce qui se passe sur le terrain est presque secondaire. Par rapport à dimanche dernier (Vasco contre Botafogo), le niveau de délire est encore plus élevé, même si la différence, à ce stade, est presque décevante. J'ai pu réviser gratuitement mon vocabulaire en matière de gros mots et autres jurons que je me dispenserai de traduire : "porra !", "caralho !", "veado !" et "defesa de merda !". Le dernier étant à l'adresse de la propre équipe du Flamengo après s'être pris un but suite à une erreur manifeste de la ligne arrière. Le résultat final : 2 partout, match nul ("empate", en Portugais). Pas de surprise, le Flamengo n'ira pas en demi-finale, tandis que le Fluminense est quasiment assuré de la disputer.
J'ai eu un petit moment d'inquiétude avant le match, car le ciel qui couvrait le Maracanã s'est brusquement obscurci, et il s'est mis a tomber un de ces orages tropicaux, comme il arrive ici, pas piqué des vers. Malgré la couverture de béton, le bas des tribunes était impraticable et tout le monde est allé se réfugier dans la partie à l'abri des intempéries. Heureusement, cet orage est vite passé, et le match a pu se dérouler normalement. En revanche, l'orage de vendredi soir était d'une violence difficile à imaginer : il a plu en deux heures autant que dans un mois de janvier normal ! Certaines rues du centre de Rio étaient sous un mètre d'eau, à tel point qu'un gars s'est amusé à y faire du jet-ski ! Moins rigolo : on dénombre 13 morts, dont 6 noyés dans un parking souterrain de la banlieue nord. Luci a eu de la chance : quand elle rentrée de Niteroi, vendredi soir, elle n'a mis que deux heures pour faire dix kilomètres et a du marcher avec de l'eau jusqu'aux genous. Les orages de ce niveau de violence sont toutefois rarissimes.
L'heure de queue que j'ai faite pour avoir un billet pour le Maracanã n'est qu'une petite attente, comparée aux files que doivent affronter les assurés sociaux brésiliens qui souhaitent aller faire une consultation à l'INSS. Il arrive fréquemment que des personnes arrivent la veille à 21 heures pour être reçus le lendemain vers 9 heures. A tel point qu'à certains endroits, il existe un marché occulte de vente de places dans la file, entre 5 et 40 R$ la place. La situation s'est paraît-il amméliorée avec l'extension des horaires de réception. Quant au salaire minimum officiel, il sera porté en avril à 350 R$ par mois, environ 130 Euros : une hausse exceptionelle de 16 % cette année (sachant que l'inflation est désormais la même qu'en Europe, c'est à dire que les prix sont quasiment stables). Les mauvaises langues ont dit que les élections approchent, et que Lula va en avoir besoin. Les smicards brésiliens recevront donc chaque mois 50 R$ de plus. C'est ce que je dépense en deux jours. J'en déduis que les smicards ne vont pas au restaurant et arrivent à faire durer un certain temps leur sac de feijões pretos (haricots noirs).
Tout ça pour dire qu'au pays du futebol et de la samba, on arrive à dribler les pieds dans l'eau, et à chanter et danser avec les pieds dans la ... Bref, tout n'est pas rose : si on a de l'argent, c'est le paradis, si on en n'a pas, c'est le purgatoire. Pour ce qui me concerne, j'ai ma dose de futebol, mais au niveau DU samba, je suis encore un peu frustré. J'espère me rattraper très prochainement.
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27/01/2006
Revue de presse sous la pluie
Après plus de 15 jours au régime sec, la pluie est revenue. Et quand il se met à pleuvoir ici, c’est le déluge. En plus, on ne peut pas dire que la chaleur ait chuté de manière spectaculaire : le thermomètre est toujours au dessus des 30 degrés. La clim continue donc à fonctionner pendant que dehors, il pleut à seaux. Décidément, je joue de malchance : j’avais planifié aujourd’hui de visiter le Palacio das Laranjeiras, la résidence officielle du gouvernement de l’état de Rio de Janeiro. Malheureusement, il n’ouvrira au public qu’après le Carnaval. C’est donc partie remise.
Mais en passant dans le quartier du Largo do Machado, je suis tombé sur un curieux spectacle : une file impressionnante, de plus de 300 mètres, s’est formé devant le petit stade qui sert de résidence au Fluminense FC, le club de futebol qui affrontera dimanche le Flamengo au Maracanã, dans le grand classique du championnat Carioca, le fameux « Fla-Flu ». Je me renseigne : tous ces gens sont bien en train d’attendre pour acheter une place pour le match de dimanche. Voilà qui promet : si je tiens vraiment à voir ce match, il va falloir arriver encore plus tôt dimanche au Maracanã, et probablement ce sera beaucoup moins facile d’avoir un billet que dimanche dernier, pour Vasco contre Botafogo. Je dois au passage corriger une bétise que j’ai écrite dans la note de lundi dernier, emporté par un pur élan de mauvaise foi, typique d’un « torcedor » du Flamengo : si tous ces gens qui font la queue sont des supporters du Fluminense (ce qui parait logique, un supporter du Flamengo ne viendra jamais acheter ses places en territoire hostile), ils vont avoir du mal à rentrer dans une cabine téléphonique. La « torcida » du Fluminense devrait au moins remplir une « arquibanda » (tribune). Sans compter que le Fluminense est premier du groupe A, assuré de se qualifier pour la demi-finale. Tandis que le Flamengo est avant-dernier, donc éliminé d’office. Cela n’empèchera pas l’ambiance d’être chaude, même si la pluie est prévue jusqu’à dimanche.
Pendant qu’on est dans les correctifs, une remarque importante : « samba » est un nom masculin. Je sais, ça paraît curieux, car en Français on dit toujours « LA samba ». Si on respectait le genre utilisé par le Portugais, on devrait dire « LE samba ». La règle générale, qui veut que les mots terminants par « -o » soient masculins et ceux terminants par « -a » soient féminins, souffre quelques exceptions. « Samba » est de celles-là, avec entre autres « O dia » (le jour), « O mapa » (la carte) et les noms en « -ema » (« O problema », « O cinema », etc.). On doit donc bien dire « Eu gosto DO samba ». Personnellement, je danse le samba comme un pied.
La lecture du Globo, tous les matins, me prend bien une heure, car c’est du copieux. L’abonnement de Luci, qui revient à un peu plus d’un Réal par jour, est ainsi bien amorti (j’ai proposé d’en payer la moitié, du moins pour le mois de février). Le Globo est un journal sérieux, sans être très intellectuel, réservant une bonne place aux divertissements. Si on veut un journal très sérieux, avec des articles de réflexion écrit par des philosophes ou des universitaires, il vaut mieux acheter la « Folha de São Paulo » (équivalent : « Le Monde »). En revanche, si on veut tout savoir sur les faits divers, les potins de la télé et le futebol, il vaut mieux acheter « Méia hora ». Ca plane pas haut, mais pour 50 centavos, faut pas espérer atteindre la stratosphère. Avec des gros titres réjouissants comme : « Il échange sa jolie femme contre une fille de joie », avec photos à l’appui, de la femme (une très jolie hôtesse de l’air) et de la « garota de programa » (en version originale).
Bien entendu, tous les journaux parlent du match de dimanche (sauf peut être la Folha de São Paulo, qui en plus, comme son nom l’indique, n’est pas carioca). Je suis donc tenté de faire une petite revue de presse, en me limitant aux sujets typiquement locaux. Parmi les actualités de Rio : la préparation du concert gratuit des Rolling Stones sur la plage de Copacabana, et l’épidémie de dengue.
Le 18 février prochain, les Rolling Stones vont débarquer à Rio, pour un concert événement unique. Les papys du rock vont se produire sur une scène en cours de montage en face du Copabana Palace, où ils seront bien entendu logés. Une passerelle sera construite exprès pour eux entre l’hôtel 5 étoiles et la scène sur la plage, ils n’auront donc pas besoin de traverser l’avenida Atlantica en prenant les passages cloutés. On attend un million de personnes pour voir le show, moitié moins que pour le Réveillon. En revanche, le nombre de policiers mobilisés sera impressionnant : presque dix mille, trois fois plus que pour le Réveillon ! Serait-ce à dire que les rockers sont plus turbulents que les fêtards de base ? La scène, une fois montée, sera haute comme un immeuble de sept étages. J’espère que Mick Jagger et ses vieux potes n’oublieront pas leur canne et leurs cachets. Je ne pense pas qu’ils chanteront « Cidade maravilhosa », mais ils devraient reprendre « Satisfaction » et « Jumpin’ Jack Flash » pour la n-ième fois.
Moins glamour, l’épidémie de dengue qui sévit en ce moment à Rio. Les quartiers centraux sont épargnés, le foyer épidémique est situé à l’ouest, à Barra de Tijuca et Jacarépagua. La dengue est une maladie tropicale entrainant une très forte fièvre et des douleurs musculaires intenses : non soignée, elle peut entrainer la mort. L’agent transmetteur est le moustique dont les larves apprécient les eaux dormantes, même en petites quantités : une simple soucoupe de plante verte, laissée à l’abandon en extérieur, peut donc être dangereuse. La télévision et les journaux diffusent donc régulièrement des messages de prévention incitant les citoyens de Rio à faire la chasse aux eaux dormantes, en remplissant les soucoupes de plantes vertes avec du sable, entre autres. Ce qui me parait être très illusoire, car la principale source du problème n’est pas chez les particuliers, mais plutôt sur le bitume des routes et des trottoirs dont l’état désastreux crée une multitude de flaques, et la pluie qui vient de tomber ne devrait pas arranger les choses. 283 cas et un mort depuis le début de l’année. Y a pas que le poulet pour ficher la frousse !
J’espère que la pluie me laissera le loisir de mettre le nez dehors demain samedi. Sinon, je pourrai toujours commenter les nouvelles extraites du Globo, il y a tous les jours de quoi faire. Une inquiétude toutefois : comme l’épidémie de dengue touche Jacarépagua où sont installés les studios de la Central Globo de Produção, j’espère que Cristina a prévu sa crème anti-moustiques. Déjà qu’ils l’ont balancée dans la fosse à cochons pour les besoins de l’épisode de « Alma Gêmea » qui sera diffusé lundi prochain à 18 heures. Si, ils ont osé ! Décidément, les informations lues dans le Globo sont rigoureusement indispensables.
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25/01/2006
Meu jeito carioca (2)
Cela fait trois jours que je ne fait pratiquement rien, il va falloir songer à me remuer un peu. La faute en partie à la chaleur désespérément pesante qui règne ici depuis plus d'une semaine. Le simple fait d'aller mettre la tête dans le réfrigérateur fait transpirer, lors du chemin. J'ai fini par m'habituer à la climatisation, un comble. Quand je pense qu'à Paris, le simple bourdonnement d'une prise éléctrique m'empèchait de m'endormir ... Vous vous demandez certainement comment on arrive à rien faire sans s'ennuyer. Vaste question à laquelle je vais tenter de répondre.
Tôt le matin, vers 9 heures, je me lève. Je vais à la boulangerie, car Rio est une ville civilisée, on peut trouver une boulangerie près de chez soi (au moins dans la zone sud, chez les riches). J'y achète du "pão francês", comme on dit ici : un pain blanc très ordinaire, vendu sous forme de petites miches genre cantine scolaire. C'est pas l'extase, mais il est hors de question de trouver de la baguette de campagne ou de la miche sur levain, faut pas rêver. Comme ce genre de pain rassit très vite, je vais l'acheter frais tous les jours pour le petit déjeuner. Il faut une certaine abnégation pour faire le déplacement par 40 degrés pour aller juste acheter 2 petits pains à 30 centavos pièce. Au supermarché, c'est même 30 centavos les deux, il est aussi bon mais il faut faire la queue. Les brésiliens en achète par sacs entiers, je suis le seul doux-dingue à en acheter juste deux petites miches.
Au petit déjeuner, sur le pain, au lieu du beurre (qui n'est pas terrible ici), je met du "requeijão". Un produit qui n'existe malheureusement pas en France. C'est comme de la "Vache qui rit", mais en plus liquide et vendu par pots de 250 grammes. Avertissement : le requeijão n'est pas un yaourt. Il est fortement déconseillé aux gros gourmants de le manger à la petite cuillère, car le pot risque d'y passer. Et comme c'est un peu calorique, c'est très mauvais pour la ligne. Tartiné sur du pain frais, trempé dans le café, c'est un pur délice.
Pour faire équilibré au petit déjeuner, il faut manger des fruits. Les plus traditionnels sont les moins chers, à savoir la banane et surtout le "mamão", autrement dit la grosse papaye typiquement brésilienne, qui pousse ici comme de la mauvaise herbe sur les talus. Le plus difficile dans la papaye est de retirer les graines noires du milieu qui sont très amères. C'est délicieux, mais il y a encore mieux, même si ce n'est pas le fruit le plus consommé ici, car un peu plus cher : la mangue. Cher, pour le Brésil : car à moins d'un réal la pièce, difficile de résister. Et la pièce, c'est dans les 400 grammes, avec le noyau. A ce prix là, je m'en gave, une entière tous les matins. Sur le marché de Nation, à Paris, la même, c'est 2 euros. Faut payer le voyage.
Le seul problème de la mangue, c'est qu'il est difficile de la manger avec élégance. Un vrai piège à gourmand. Il est conseillé de l'éplucher avant, mais cela ne résoud pas le douloureux problème du noyau, qui occupe le quart du volume. Même avec l'expérience que je possède désormais, il est difficile de découper la pulpe au couteau, de manière optimisée, afin d'en perdre le minimum. Je fais donc comme font les gamins ici : j'attaque directement avec la bouche pour ne pas en perdre un gramme. Le résultat est que j'en ai jusqu'aux yeux, sans compter les fibres qui se coincent entre les dents. Il faudrait avoir la sagesse d'en laisser perdre un peu sur le noyau, c'est ce que font les petits bistrots quand ils la préparent pour faire un jus de fruit frais (sans compter que sucer le noyau devant le client ferait désordre). Moi, comme il n'y a personne pour me regarder, j'en profite.
Pendant le petit déjeuner, je regarde la chaine brésilienne d'information en continu "Band News", pour faire semblant de m'intéresser à ce qui se passe dans le reste du monde. Les informations sont présentées en alternance par Barbie blonde et Barbie brune. Entre les deux Barbies, il y a des déroulants avec des informations économiques typiquement locales et absolument passionnantes, comme le prix de gros du kilo de boeuf sur le marché d'Araçatuba (équivalent : Brive-la-Gaillarde). Tout cela pour dire que la fin du petit déjeuner m'amène vers dix heures, dix heures et demie.
Pour le reste de la journée, je me balade pas mal à pied, souvent sans but précis. Je rentre tôt et je fais la sieste, indispensable par cette chaleur. Et bien entendu, à 18 heures, je suis les yeux rivés sur la Globo pour regarder "Alma Gêmea". Après l'incendie de l'atelier, Rafael était resté sans connaissance et Cristina avait trouvé le moyen de le ramener à la maison pour le maintenir sous sa coupe. Le pauvre Rafael est couché, inerte, les yeux dans le vague, sans pouvoir bouger le petit doigt ni sortir une parole. Profitant de son état, Cristina se livre aux pires bassesses : elle le laisse dans les courants d'air, lui verse de la soupe brulante dans la bouche, embrasse Ivan (son chauffeur et accessoirement amant) sous ses yeux, et surtout lui balance tout ce qu'il ne savait pas encore : que c'est elle qui a tué Luna (la première femme de Rafael) et qui a volé ses bijoux. Rafael, pendant ce temps-là, est aussi expressif qu'un oeuf au plat, ce qui soit dit en passant, ne le change pas beaucoup : il est beau gosse - un "galã", comme on dit ici (1) - mais il joue comme un pied. Et le comble, c'est qu'après avoir fait toutes ces bétises, elle a le culot de l'embrasser goulument en lui demandant pardon, et de prétendre qu'elle va faire tout ce qu'elle peut pour bien le soigner. Sans aucun effet sur ce dernier, car dans l'état où il est, ça m'étonnerait que Guignol donne représentation.
Le comportement de Cristina mérite une petite exégèse. Cristina n'est quand même pas c... au point de ne pas penser que, si Rafael retrouve connaissance, il risque de se souvenir de tout ce qu'elle lui a fait pendant son coma (en plus de tout ce qu'elle lui a fait avant). La méchante se doit d'être calculatrice et vicieuse, et pas de se comporter comme une midinette. Ce qui tend à renforcer mon opinion : Cristina n'est pas la vraie méchante de la novéla. C'est une femme imprévisible au caractère ambivalent. En plus, elle est trop mignonne pour être vraiment méchante. La vraie méchante, c'est sa mère, Debora. Une vraie pourriture, celle-là. Et en plus, elle a la tête de l'emploi. Une authentique tête à recevoir des claques, pire que Marc-Olivier Fogiel et Christine Bravo réunis. Alors, quand elle en s'en prend une, on applaudit. Je pense toutefois que les scénaristes de la Globo, dans les derniers épisodes, rendent Cristina nettement plus bécasse qu'elle ne doit être.
Mais Rafael ne peut rester ainsi, il a besoin de retrouver sa connaissance pour que la novéla se termine bien (mais on n'en est pas encore là). Serena monte une opération commando pour le retirer des griffes de Cristina, et l'emmener dans un endroit tenu secret pour le soigner. Elle s'introduit nuitamment dans la maison avec quelques amis. Cristina est en train de rouler des pelles au chauffeur dans sa chambre, mais Debora ne dort que d'un oeil. Cette dernière les prend en flagrant-délit et donne l'alarme : s'ensuit une bagarre, avec échange de gifles entre Serena et Cristina, tandis que le chauffeur et la vioque se prennent des mandales (on applaudit). Mais finalement, ils arrivent à sauver Rafael, on respire. Les bourre-pifs, c'est toujours bon pour doper l'audimat : la preuve, cet épisode a permis à la novéla de battre son record d'audience, avec 46 points d'IBOPE, autant que la novéla de 8 heures ! J'ai lu ça dans le Globo de ce matin (Luci vient de redémarrer son abonnement).
Mis au vert, et grace aux bons soins de Serena, Rafael commence à donner des signes de vie : il arrive à bouger un doigt. Pour accélérer la guérison, l'indien José Aristides confectionne une poupée en argile, qui grace à des incantations en tupi-guarani à l'adresse du Créateur, transfèrera sur elle les maux qui accablent le corps de Rafael. Pour cela, il faut méler à l'argile une mèche de cheveu de Rafael. La poupée d'argile ne doit bien entendu pas se briser, car si c'était le cas, Rafael serait définitivement perdu. Serena coupe une mèche de cheveu sur Rafael, puis une des ses propres mèches, car (je cite) : "Si il lui arrive malheur, je dois partir avec lui". On écrase une larme. En tout cas, ça marche : la fièvre de Rafael disparait, tandis que la poupée d'argile est brulante ! Fin de l'épisode d'aujourd'hui.
Ce mercredi, j'ai quand même visité deux petits musées intéressants : le musée des théatres de Rio et le musée de la radio (avec des vieilles TSF). Mais franchement, par cette chaleur, sans la climatisation, c'est mortel. Dans le premier, le livre d'or indiquait que j'étais le premier visiteur depuis une semaine. Je pense que tout le monde doit être à la plage, mais même la plage, par cette chaleur, c'est l'enfer. La preuve, à Ipanema, les loueurs de chaises longues et de parasols sont obligés de mouiller le sable pour éviter de se bruler les pieds !
(1) Voir la note : le franco-brésilien dans le texte
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23/01/2006
Rio : samba et futebol (1)
Il y a deux choses immanquables à faire à Rio, aussi bien pour le carioca que pour le touriste en goguette : assister à une répétition d'une école de samba, et aller voir un match de futebol au Maracanã. Comme je tiens maintenant un peu des deux, et que j'étais en retard dans mon planning, j'ai décidé de m'ateler à la tâche cette fin de semaine, samedi et dimanche. C'est logique : il s'agit typiquement d'une activité de "fim de semana", c'est à dire de week-end, comme on dit en français.
Première étape : l'école de samba. Il y en a traditionnellement 14 à Rio, qui se disputent le titre de championne lors du Carnaval. Le sujet, à Rio, est aussi passionnel que le futebol : les écoles ont leurs "torcedores" (en français : "supporter"), et quand deux partisans d'écoles opposées se rencontrent, la conversation est cordiale mais animée. Etant neutre dans le débat, je me suis résolu à en choisir une au hasard, la plus proche pour commencer. Il faut savoir que l'adresse officielle de ces écoles, là où on lieu en général les répétitions, est souvent située à perpète-les-oies dans des zones de la banlieue nord proche, en général proche des favelas. Les plus accessibles pour les touristes sont Salgueiro et Mangueira, situées dans des régions encore civilisées. Je pensais commencer par Mangueira, mais une affiche m'a fait changer d'idée. En effet, l'école de Porto da Pedra effectue ses répétitions cette saison au clube Sirio-Libanès, à Botafogo, rue Marquès de Olinda. C'est à dire, à 10 minutes à pied de mon domicile. J'ai donc opté pour ce premier choix.
Samedi soir, je suis allé diner avec Luci à Urca, sur la praia Vermelha. C'est une petite balade (avec un seul "L") à faire à pied depuis Botafogo, et pour passer une soirée agréable, je la recommande. On est en plein centre de Rio, au pied du Pain de Sucre, et pourtant on a l'impression d'être en villégiature dans un endroit reculé. Il y a un restaurant très chic mais toutefois abordable, le "Clube do Officiais", tenu par les militaires. Mais il est très courru, et difficile d'avoir une table sans réserver. Nous nous sommes donc contentés d'un "churrasquinho" sur la plage. Nettement moins chic, mais tout aussi agréable. Si on veut dépenser un peu plus, il y a une option encore plus chique : le festival "Noites carioca". On prend le téléphérique qui monte au Pain de Sucre, et toutes les nuits, il y a un concert d'un artiste vedette, dans une salle en petit comité avec vue imprenable sur la baie de Guanabara. Nous nous sommes renseignés sur le prix : c'est 90 R$, ce qui est cher pour le Brésil mais reste quand même accessible. Et les artistes qui se produisent dans cette ambiance feutrée appartiennent à la crème de la MPB : prochainement par exemple, il y aura Jorge Benjor. Peut être aurai-je l'occasion de me payer ce petit plaisir. Cela dit, je viens de raconter la partie réussie de la soirée. Après, je suis allé à l'école.
Le clube Sirio-Libanès est, comme son nom l'indique, une institution créée par des membres de la communauté arabe du Brésil, essentiellement des descendants de chrétiens de Syrie et du Liban ayant fui les persécutions de l'empire ottoman dans les années 1880. Fin du rappel culturel et début des festivités. Je paye 20 R$ l'admission, je rentre, et alors là : LE bide. Dans une grande salle de sport, genre la salle polyvalente de Montigny-les-Cormeilles, il devait y avoir à tout casser une cinquantaine de péquins ayant comme moi payé l'entrée (c'est seulement 10 R$ pour les filles), plus un petit orchestre de samba qui faisait son possible pour mettre de l'ambiance, et ils avaient bien du mérite, car l'acoustique était à chier. Je me suis dit : il n'est que minuit, ça va arriver. Pour patienter, je me suis mis à siroter une caïpirinha à 5 R$, servie dans un verre échantillon un peu plus grand qu'un dé à coudre. Quand, une demi-heure plus tard, les quelques minettes sympathiques qui devaient être venues ici avec l'autorisation de Papa et Maman, ont par dépit déserté le navire, je me suis dit qu'on frisait l'arnaque et qu'il était temps de plier bagage. Une évidence s'impose : si, un de ces jours, je suis invité à faire partie du jury qui note les écoles de samba lors du grand défilé du Carnaval au "Sambodromo", je réserverai certainement une note éliminatoire à Porto da Pedra. C'est mon côté revanchard, et c'est du long terme, car avant que je soit invité ...
L'autre partie du programme, c'est à dire le futebol, fut en revanche une réussite totale. J'ai participé, avec 43 000 autres "torcedores", au match de réouverture du Maracanã : Vasco contre Botafogo. Le mythique stade de Rio, inauguré en 1950, vient de réouvrir après 9 mois de travaux de modernisation. Il s'agissait de le mettre aux normes internationales en vue des Jeux Pan-Américains de 2007, une grande compétition d'athlétisme qui aura lieu l'année prochaine à Rio. Le stade bénéficie désormais d'équipements aussi modernes qu'en Europe, comme un système d'arrosage par le sol de la pelouse. Les travaux ne sont pas terminés mais le futebol vient de retrouver son temple sacré. Il ne reverra plus toutefois les 180 000 spectateurs qu'il a accueilli par le passé, à une époque où les règles de sécurité n'étaient pas si strictes qu'aujourd'hui : à la fin des travaux, il n'y aura plus que 90 000 places assises, et plus de places debout (règle imposée par la FIFA).
Le match ayant lieu le dimanche à 18h10, je suis arrivé avec presque 3 heures d'avance pour éviter la cohue, ce qui nécessite un certain courage, car la température bat des records : 39,5 degrés relevés samedi officiellement sous abris, autrement dit le thermomètre dépasse allègrement les 40 degrés en plein soleil. Effectivement, en arrivant avec beaucoup d'avance, on peut obtenir une place immédiatement et rentrer sans faire la queue, c'est du gâteau. J'ai eu un petit moment de doute quand le guichetier m'a dit qu'il ne restait plus que des places dans l'arquibanda, c'est à dire les tribunes populaires. J'avais lu que pour le touriste européen un peu précautionneux, il était recommandé de prendre les places dans les cadeiras, un peu plus chères mais (je cite) "protégées des divers projectiles par des filets" (fin de citation). En fait, je n'ai pas regretté, loin de là. Les places populaires sont effectivement à des prix populaires qui feraient réver n'importe quel supporter européen : 10 R$, soit un peu moins de 4 Euros ! Au Brésil, le futebol reste un divertissement populaire, il n'est pas contaminé comme en Europe par la logique du business qui fait augmenter les prix à des niveaux démentiels.
Pour ce prix, je le rappelle, tout le monde à le droit à une place assise. Prudent, j'ai choisi de m'installer dans les rangées du haut de l'arquibanda, secteur blanc. Le secteur blanc est un territoire neutre, à l'abris de la "torcida", c'est à dire de la partie des supporters la plus déchainée. Dans le secteur blanc, les supporters des deux camps cohabitent sans aucun accrochage. Les rangées du haut, si elles ne sont pas les meilleures pour voir le jeu (ce qui somme toute, est secondaire), permettent de mieux apprécier les dimensions du stade tout en bénéficiant des meilleures conditions de sécurité. Mais question sécurité, il n'y a vraiment aucun risque. Impossible de recevoir une canette de bière sur la tête : il y a une fouille à l'entrée, et on ne peut même pas rentrer une bouteille d'eau en plastique. A l'intérieur, impossible de mourrir de soif : il y a des gars qui passent tous les 30 secondes pour vendre de l'eau minérale, des sodas, de la bière, des glaces, etc. Les boissons sont servies dans des gobelets en plastique et les canettes en alu ne sont pas laissées dans les tribunes. Pour preuve qu'il n'y a pas de danger, on vient ici en famille : juste à côté de moi, il y avait un couple avec deux petites filles, qui faisaient gentiment la sieste en attendant le début du match.
Mais ne croyez pas que cette ambiance sécurisée et familiale signifie que le spectacle a un caractère plan-plan. Même en secteur neutre, ça déménage ! Ca hurle, ça invective, ça fait la hola ... du pur délire ! Bien que résident à Botafogo, je n'avais pas choisi mon camp, mais il est difficile dans cette ambiance de rester neutre. J'ai très vite constaté au volume sonore que les "torcedores" du Vasco étaient les plus nombreux, j'ai donc opportunément choisi le camp du Vasco, qui est de plus le club du vétéran Romario, maillot numéro 11. Mauvais choix, car c'est finalement le Botafogo qui l'a emporté sur le score fleuve de 5 à 3, et ce malgré un "cartão vermelho" ayant entrainé l'expulsion d'un de ses joueurs. Les supporters du Vasco (les vrais) se sont laissés aller à proférer quelques jurons bien sentis, que je ne répèterai pas ici par décence, même en version originale, car ils se dispensent de traduction. L'important c'est que le spectacle était vraiment inoubliable. Romario, qui fêtera cette semaine ses 40 ans, a marqué son 952ème but (1) en 21 ans de carrière, dont une participation à la Copa du Mundo 1994 qui a vu la quatrième victoire du Brésil (Brasil tetracampeão !).
Du coup, il n'est pas impossible que je remette ça dès dimanche prochain, en me rendant de nouveau au stade "Jornalista Mario Filho", le nom officiel du Maracanã, nom que bien entendu personne n'utilise. En effet, le dimanche 29 aura lieu le grand classique du championnat carioca, Flamengo contre Fluminense, avec un public encore plus nombreux et une torcida encore plus déchainée. Le "Fla-Flu" déchaine les passions à des niveaux difficiles à comprendre. Et en plus, mon camp est déjà choisi : le Flamengo, forcément ! C'est du moins l'avis définitif de Ricardo et Edir, mes amis de Curitiba. Mais c'est logique : le Flamengo compte des supporters dans tout le pays, et pas seulement à Rio, tandis que les supporters du Fluminense peuvent faire une partie de bridge dans une cabine téléphonique. C'est un peu Marseille-Monaco, à la puissance 10. Par contre, question samba, je n'ai pas encore d'avis tranché. Je pense me rendre samedi prochain à l'école de Mangueira, où l'ambiance est paraît-il également très chaude. J'espère que cette fois-ci, ce sera réussi !
(1) Le nombre est sujet à controverse, mais il approche des 1000, que le "baixinho" (surnom de Romario, en raison de sa petite taille), espère atteindre et dépasser
23:20 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
22/01/2006
Mozart à Rio !
2006 est l'année Mozart, le génie autrichien étant né en 1756, il y a 250 ans tout rond. L'information m'avait échappée, il faut dire qu'ici les nouvelles culturelles sont relativement mal traitées par la presse quotidienne, et je ne lis pas régulièrement la presse hebdomadaire dite sérieuse, comme "Veja", "Exame" ou "Istoé". Il paraît que l'affaire fait grand bruit en Europe, donc j'ai un peu eu l'air de débarquer quand mes parents m'ont transmis l'information. Je parle de la découverte récente, dans les archives de Rio de Janeiro, d'une partition manuscrite donnant le final du Requiem. Le CD donnant une interprétation de l'oeuvre en première mondiale, avec à la baguette le "maestro" Jean-Claude Magloire, vient de sortir en France, et fait paraît-il de la pub à la télé.
J'ai eu un peu de mal à trouver l'info sur Internet, je vais donc restituer le contexte de cette découverte. Comme chacun sait, le Requiem de Mozart est la dernière oeuvre écrite par le compositeur autrichien, peu de temps avant sa mort en 1791, à l'age de 35 ans. L'oeuvre est restée inachevée, les interprétations que l'on connaît aujourd'hui ont été complètées après la mort de Mozart par son ami le musicologue Süssmayer, et il est parfois difficile de savoir ce qui revient à Mozart ou à son collègue. Malgré ces compléments, il manque à l'oeuvre un final : le "Libera me". Ce morceau, qui termine traditionnellement un requiem, n'avait même pas été ébauché par Mozart. Il était donc impossible à Süssmayer de le complèter.
C'est là qu'intervient le manuscrit retrouvé à Rio. Il donne une version inédite de ce "Libera me". Pourquoi est-il venu échouer ici, à dix mille kilomètres de Salzburg ? Explication : le Requiem de Mozart a été interprèté pour la première fois sur le continent sud-américain en 1821, à Rio, par un chef autrichien récemment débarqué, un certain Neukomm. Ce dernier, sachant que l'oeuvre était inachevée, a jugé bon d'y adjoindre un "Libera me" de sa composition. L'oeuvre est donc de Neukomm, pas de Mozart. Petite déception, même si cela n'enlève rien à sa qualité. Le CD de Jean-Claude Magloire restitue cette création de 1821, comme si vous y étiez.
Je restais quand même sur ma faim. Une information comme celle-ci est trop belle pour rester inachevée. Etant sur place, je me suis résolu à me livrer à une contre-enquète poussée, pour en savoir un peu plus, suivant en cela une tradition d'investigation que j'ai déjà maintes fois développée par le passé. Je rappelle que j'ai déjà révélé sur ce blog que la saga Star Wars est en fait un honteux plagiat d'un roman inédit de Jorge Amado (voir section "Archives" du mois de juin). Et je n'oublie pas mon passé de correspondant de guerre sur le front irakien, avec des reportages entièrement réalisés depuis le cinquième étage de la tour Jean-Monnet, à la Défense. C'est avec le même sérieux, la même éthique journalistique et la même impartialité que je me suis atelé à la tâche.
Mes efforts ont été rapidement récompensés. Après avoir soudoyé la conservatrice des archives de la ville de Rio (par des bassesses que par pudeur, je ne révèlerai pas ici), j'ai pu avoir moi-même accès à l'original de ce document inestimable. Surprise : la date manuscrite figurant sur le document est bien antérieure à 1821 : 1792. En complétant mes recherches par une analyse graphologique réalisée par ordinateur, est apparue l'incroyable vérité : le document est de la main même de Mozart. C'est alors que j'ai pu reconstituer le fil de ce qui se révèle une stupéfiante mystification historique, aidé en cela par un musicologue de renom que j'ai rencontré pas plus tard qu'hier soir dans un bouge de Lapa, le quartier chaud de la cidade maravilhosa.
En 1791, Mozart, pressé par ses créanciers, est au bout du rouleau. Il a donc l'idée de mettre en scène sa propre mort, et de disparaître de la vie publique autrichienne pour recommencer sa vie sous une autre identité, dans un pays inconnu. La légende qui prétend que personne ne sait où est enterré le génie autrichien est donc pure fiction : Mozart n'est tout bonnement pas mort en Autriche. Il quitte Vienne incognito le 5 décembre 1791 pour Venise, d'où il embarque par le premier bateau en partance, à destination de Lisbonne. De là, il embarque pour Rio de Janeiro, où il arrive le 4 mars 1792, après 54 jours de mer. Il s'installe dans le quartier de Gloria, où il ne tarde pas à se remettre rapidement à sa passion : la musique. Il termine son Requiem, compose quelques menuets, mais est rapidement influencé par les rythmes populaires locaux, déjà imprégnés de l'influence africaine amenée par les esclaves. Il a toutefois du mal à gagner sa vie, car la musique érudite, même inspirée de la musique populaire, trouve peu d'écho ici. De plus, il parle le Portugais avec un horrible accent autrichien, comme Arnold Schwarzenegger dans "Conan, o Barbaro".
Il vivote ainsi jusqu'à 1807, date de l'arrivée de la cour portugaise à Rio, fuyant les troupes napoléoniennes. Mozart peut enfin trouver un tremplin à son talent, il décroche un poste de pianiste à la cour sous le pseudonyme étrange de Waldemar da Silva von Salzburg. Mais il n'est déjà plus que l'ombre de lui-même, attaqué par les années de soleil ardent, la fréquentation assidue des mulatas et la consommation non modérée de cachaça. Quand il rencontre son jeune collègue Neukomm, débarqué en 1816 à Rio, il lui échange son manuscrit du Requiem contre une bouteille de 51 et un sac de feijões pretos. Il mourra peu après d'une cirrhose mal soignée. Quand à Neukomm, il se contentera d'endosser la paternité de l'oeuvre quand interprètera la première du Requiem en 1821. Lamentable et odieuse supercherie que je me devais de révéler.
Mais curieusement, pour discret qu'ait été son passage au Brésil, Mozart a laissé des traces durables dans la musique populaire brésilienne. Si on étudie avec minutie les mélodies de Tom Jobim ou de Toquinho, l'influence mozartienne apparaît très nettement. Quant à la "samba pras moças", de Zeca Pagodinho, elle reprend quasiment la ligne mélodique du concerto pour clarinette K622. A jeun, c'est pas évident, mais après 5 ou 6 caipirinhas, la filiation parait clairement. Bon, j'arrète ici, il faut que j'aille me mettre au frais. Je vais au Maracanã voir le match Vasco-Botafogo, en espérant que le vétéran Romario s'approche un peu plus de son millième but. En matière de virtuosité, les brésiliens sont insurpassables en futebol. Quant à moi, je suis le Mozart de la blague foireuse.
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20/01/2006
Rio en fête (1)
Me voici donc de retour à Rio, après mon court séjour à Curitiba. Le voyage en bus a duré près de 14 heures, ce qui fait quand même deux heures de retard sur l'horaire prévu. Après avoir rangé tout mon bazar, la journée était bien entamée. Le principal événement de la journée fut donc ma visite chez le coiffeur, car outre les commentaires amusés de mes amis de Curitiba sur ma chevelure, je commençais moi-même à la trouver un peu longue. Mon dernier passage chez le cabeleiro remontait quand même à ma visite de Porto Alegre (voir section "Archives"). Me voici donc de nouveau avec une tête de premier de la classe, destiné à rentrer dans les bonnes graces d'un futur employeur, et non plus avec une tête de vagabundo fumeur de maconha. Non mais.
Ce vendredi 20 janvier, le soleil brille sans discontinuer depuis deux semaines, et la température est en rapport avec les normes saisonnières : très, très chaude. Le jour de la São Sebastião est ferié à Rio, car c'est le saint patron de la ville. Température de saison et jour ferié, la conséquence logique est que les plages sont "lotadas", comme on dit ici. Même la plage de Flamengo, très urbaine et peu recommandée pour la baignade en raison de la pollution, était aujourd'hui noire de monde. La pollution n'est pas visible à l'oeil nu, l'eau paraît très claire, le sable est propre, les vagues raffraîchissantes : je n'ai moi même pas résisté d'y tremper mes havaianas, sachant que tout le monde ici y trempe jusqu'à la tête. La plage de Flamengo donne sur la baie de Guanabara, l'occasion de détruire un cliché abondamment répandu en France. Si vous parlez à un carioca de la "baie de Rio", il va vous regarder avec un air interrogatif. La baie sur laquelle est ouverte le centre historique de Rio, celle qui baigne le Pain de Sucre et qui sépare la ville de la municipalité de Niteroi, s'appelle la "baie de Guanabara", tout le monde sait ça.
Il fait chaud, la ville est en vacances, et en plus a lieu aujourd'hui un événement festif de première importance : le tour de la Taça de la Copa do Mundo passe par la cidade maravilhosa. En décodé : la coupe du monde de la FIFA est exposée aujourd'hui au regard des nombreux curieux, au fort de Copacabana. Cette coupe, les brésiliens n'en doutent pas, va rester encore 4 ans propriété nationale, après le 9 juillet prochain, date de la finale. Le Brésil sera certainement "hexacampeão" : on a pris l'habitude de rajouter un préfixe grec devant le mot "campeão", après chaque victoire en finale de la Seleção. Le Brésil a donc été tricampeão en 1970, tetracampeão en 1994 et pentacampeão en 2002. Sans aucun doute, il sera donc hexacampeão en 2006. Le rapport de l'équipe nationale sur les sites de paris sportif n'est pas très élevé. Il vaut mieux parier sur le Togo, la Suisse, l'Ukraine ou la Corée du Sud, si on aime le risque. Quant à la France, elle risque fortement de rester encore monocampeão, si elle arrive cette fois à passer le premier tour.
Comme au Brésil, tout finit par des chansons, cette journée sera close par un concert de Lulu Santos, sur la plage de Copacabana. Encore un artiste quasiment inconnu en France, mais extraordinairement populaire ici. Il est qualifié de "roqueiro", mais son style est intermédiaire entre le rock et la ballade, avec deux "L". Il mérite en tout cas l'étiquette de grand artiste de la MPB (rappel : Musica Popular Brasileira). Son grand tube : "como uma onda no mar". Je vais y faire un tour après "Alma Gêmea", sûr.
A propos de novélas, c'est hier qu'a eu lieu l'épisode le plus attendu de la novéla de 8 heures sur la Globo, "Bellissima". Juste après un tunnel, la voiture de Bia Falcão (Fernanda Montenegro) tombe dans un ravin et s'enflamme, sous le regard terrifié de dizaines de millions de téléspectateurs assidus. Bien entendu, il s'agit d'un attentat, et le suspense va désormais consister à trouver, parmi les nombreux ennemis de la méchante, qui a saboté la voiture. Pour ma part, je pense que les responsables sont à chercher du côté des scénaristes de la Globo, qui ont pour mission de remonter l'IBOPE afin d'augmenter les recettes publicitaires.
En matière de visites culturelles, je me suis contenté de passer aujourd'hui au Castelinho do Flamengo. Cette très belle demeure bourgeoise particulièrement tarabiscotée abrite un centre culturel, mais l'intérêt principal est l'architecture de la bicoque. C'est malheureusement une des seules demeures du début du XXème siècle à demeurer sur la plage de Flamengo. Comme ici à Botafogo, le nom de "plage" a été conservé pour la rue qui longe les immeubles du front de mer, mais cela fait longtemps que la plage n'est plus à côté : on a construit un grand terre-plein qui est occupé en partie par la voie rapide, et la plage est distante des immeubles de plus de 300 mètres. Heureusement, un jour comme aujourd'hui, la voie rapide est neutralisée : sur la plage de Flamengo, il y a un autre concert gratuit, qui devrait attirer du monde également. De là à penser que les cariocas ne pensent qu'à faire la fête, il y a un gouffre. En fait si, je confirme. Il ne faut pas oublier que le Carnaval approche. La fièvre monte à Rio !
20:40 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18/01/2006
Curitiba, dernière
Me voici donc de retour à Curitiba, pour la 4ème et dernière fois cette année. Le voyage en avion s'est déroulé sans problème, deux sauts de puces de 40 minutes pour aller à São Paulo puis à Curitiba. Le plus long, comme d'habitude, est de patienter en attendant le départ, car il faut arriver en avance. Mais c'est quand même mieux que le bus. J'ai pu trouver un vol à un tarif super-promotionnel par la compagnie BRA. A peine plus cher qu'un voyage en bus couchette. Par la Varig, il aurait fallu compter le double au moins.
La mauvaise nouvelle, c'est que j'ai manqué le dernier chapitre d'Alma Gêmea, car il fallait quitter l'appartement juste à 18 heures. La bonne nouvelle, c'est que quand on rate un chapitre, on peut le voir sur Internet, grace au "Globo Media Center". Certes, on ne peut pas tout voir, et l'accès en haut-débit est réservé aux abonnés. L'abonnement coûte 15 R$ par mois (environ 6 Euros), et nécessite un CPF, grosso modo l'équivalent du numéro de sécu. Autant dire qu'il est réservé aux Brésiliens et aux fanatiques du Brésil. Il est possible pour un étranger d'obtenir un CPF (j'en possède un), mais c'est un peu de paperasse. Je ne pensais pas en le demandant que son utilisation principale, pour l'instant, consisterait à regarder les novelas sur Internet.
C'est fou le nombre de choses inutiles que j'ai amené ici. Je vais rentrer à Rio avec une valise monstrueuse remplie à raz bord. Il n'est pas exclus que je laisse chez Luci quelques articles d'une utilité contestable à Paris, comme l'ensemble palmes, masques et tuba. Surtout qu'on peut en trouver pour 15 Euros chez Fulano (ici le nom d'une grande chaine de magasins de sports typiquement française dont je ne ferai pas la pub, que je dissimule habilement sous le sobriquet que les brésiliens utilisent pour dire "machin").
Je n'ai pas perdu mes bonnes habitudes en faisant un peu de tourisme culturel à Curitiba. J'ai visité le musée du train situé dans l'ancienne gare, transformée en "shopping center". J'ai également visité juste à côté le petit musée de la pharmacie patronné par "O Boticario". Le plus grand réseau de produits de beauté du Brésil est originaire de Curitiba : il possède des magasins dans les endroits les plus reculés, je me souviens d'en avoir vu un à Santa Inès (Maranhão) où seul un fou comme moi a l'idée de faire une étape (voir section "Archives", mois de juin).
J'ai diné hier soir au restaurant avec tous les amis de Curitiba : Marcia, Alex, Ricardo, Ana Paula, Sandra, Edir et Jefferson. La petite Pietra nous accompagnait et a été bien sage. Les familles de Curitiba vont s'agrandir : je savais déjà qu'Ana Paula attendait un petit garçon, il s'appellera Henrique et est attendu pour mars. Je viens d'apprendre que Sandra attend également un petit garçon, c'est prévu pour le mois de juillet. Dilemme pour Edir : l'événement coincide avec la Copa do Mundo. Pourvu qu'il n'arrive pas le jour de la finale Brésil-Allemagne (ou Brésil-France, Brésil-Argentine, etc.). Le restaurant italien "Mangiare fellice" est une excellente adresse à Curitiba (il y en a même deux), et il n'est pas recommandé si on tente de faire un régime. Les 3 portions pour deux permettent de nourrir 8 personnes, et encore on peut remporter un doggy-bag. Les amis m'ont dit qu'avec ma coupe de cheveux et ma dégaine, je faisait déjà très carioca : cabeludo et vagabundo ! Je rappelle que selon la blague brésilienne, quand les cariocas se mettront à travailler, le Christ du Corcovado applaudira.
Retour ce soir à Rio par bus, cette fois ci. Douze heures de bus, j'aurai le temps de dormir. J'ai déjà fait 4 fois la route de Curitiba à São Paulo et deux fois celle de São Paulo à Rio, alors je n'ai plus besoin de regarder le paysage.
16:00 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15/01/2006
Meu jeito carioca (1)
C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut la fermer, au contraire. C'est aussi le principe d'un bon blog. Ca tombe bien, car je n'ai rien de spécial à raconter. Enfin, presque. J'inaugure donc aujourd'hui une nouvelle série, où tout est mélangé comme sur l'assiette d'un restaurant "ao quilo" (self service).
Vendredi, je suis allé déjeuner avec un ami carioca, Ivanaldo, que j'avais rencontré à São Luis do Maranhão. J'avais raconté cette rencontre amusante (voir section "Archives" du mois de juin), et précieusement conservé ses coordonnées pour le moment où je serai à Rio. Ce moment étant arrivé, j'ai tout naturellement pris contact, et nous avons donc déjeuné ensemble. Ivanaldo dirige une petite entreprise de vente de vêtements de chantiers, installée dans un petit bureau d'une des nombreuses tours du centre ville, sur le Largo de São Francisco. Une chose assez incroyable, ici au Brésil, est le nombre de micro-entreprises qui disposent de petits bureaux. Luci a reçu la lista telefonica des abonnés non-résidentiels de Rio, qui compte je le rappelle environ 7 millions d'habitants (et quasiment 10 si on ajoute les cités voisines comme Niteroi, São Gonçalo, Duque de Caxias, Nova Iguaçu et Belford Roxo). Mon calcul : à raison de 420 pages de 4 colonnes, avec 50 noms par colonne au minimum, ça nous fait environ 100 000 professionnels avec le téléphone. Voilà, voilà. Passionnant. Il faut quand même savoir que les quartiers chics de Rio que je connais désormais presque comme ma poche, ne constituent que 5% de la surface du municipio, c'est à dire de la commune. Le reste est constitué soit de zones désertes et préservées, comme le Parc National de Tijuca, soit d'interminables quartiers résidentiels très moches, qui ne se distinguent des favélas que parce que les résidents payent l'IPTU, l'équivalent de la taxe d'habitation.
Samedi, pas grand chose. J'ai acheté la biographie de Carmen Miranda, un pavé de 500 pages qui devrait m'occuper un bon moment. En Portugais, bien sûr. Le bouquin est sorti récemment, mais j'ai pu l'avoir à moitié prix chez un bouquiniste, et il est comme neuf. Voilà, voilà. Passionnant. Le soir, avec Luci, nous sommes allé dans un bar du bord de la lagoa Rodrigo de Freitas, un endroit très animé et très agréable. J'ai fait la connaissance d'un couple d'amis de Luci, Pedro et Luciana. Luciana est également fan de la novéla "Alma Gêmea", dont elle ne rate aucun épisode. Elle m'a dit que les studios de la Central Globo de Produção, le "Projac", sont situés dans la partie ouest de Rio, à Jacarépagua. C'est là qu'est tournée la novéla, avec ses très beaux décors créés de toute pièce. Apparemment, on peut visiter. Il va falloir que je me renseigne.
Ce dimanche, je suis allé visiter le Museu Nacional das Belas Artes, le dernier grand musée que je n'avais pas encore visité. Il abrite une très belle collection de peintures et de sculptures, nationales ou venues d'Europe. Il y a entre autre une impressionnante salle de peintures baroques italiennes, et la plus belle collection de Boudin située hors de France. Eugène Boudin, le peintre impressionniste. Le bâtiment est fort pompeux, dans le plus pur style fin XIXème siècle. Extérieurement, il est en cours de restauration, et il y a du boulot. Pour me mettre au frais, je suis allé au cinéma, voir une comédie brésilienne qui vient de sortir, "Se eu fosse você" (Si j'étais toi). Avec Gloria Pires et Toni Ramos, deux acteurs très connus ici (ils jouent dans la novéla de 8 heures sur la Globo, "Bellissima"). L'histoire : suite à un phénomène surnaturel, le couple est inversé : lui devient elle, et elle devient lui, avec les quiproquos que cela produit. C'est assez rigolo, mais je n'ai pas compris grand chose, car la vitesse du dialogue dans un film est nettement plus élevée que dans une novéla. J'ai encore donc des progrès à faire.
La dernière de Lula fait ici couler beaucoup d'encre. Le gouvernement avait en projet de renouveler l'écharpe officielle que le président arbore dans les grandes occasions. L'ancienne écharpe jaune et verte, les couleurs du Brésil, a fait son temps et donne des signes de fatigue. Comme il s'agit d'un objet de prestige, réalisé en un seul exemplaire avec des tissus de premier choix, plus de la broderie en or, le coût estimé était de 38 000 R$, soit grosso modo le prix d'une Golf ("Gol", comme on dit ici). Dans un pays où le salaire minimum officiel est à 300 R$ par mois (il est question de l'augmenter royalement à 350), ça a fait grincer des dents. L'autre jour, Lula a reçu Evo Moralès, le président bolivien récemment élu. Ce dernier n'avait même pas mis de cravate. Du coup, on s'est dit que l'ancienne écharpe pourrait encore servir un peu, au moins jusqu'aux éléctions du mois d'octobre.
A part ça, il fait chaud. Très chaud. Mais c'est pas un scoop. Quoique. J'ai lu sur la biographie de Carmen Miranda qu'au début du XXème siècle, les hivers cariocas étaient beaucoup plus accentués qu'aujourd'hui. C'est un fait à savoir, car je me suis souvent demandé comment les gens de l'époque pouvait apparaître avec des costumes noirs pour les hommes, et des grosses robes à froufrou pour les femmes, sans tomber dans les pommes. Je rappelle qu'à l'époque, la climatisation et le "biquini" n'existaient pas. Il est presque 21 heures, la température tourne autour de 30 degrés et je vais prendre une bonne douche bien méritée. Voilà, voilà. Prochaine note en direct de Curitiba.
23:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
14/01/2006
Fofocas (1)
Un bon blog ne se conçoit pas sans une rubrique potins. J'inaugure donc aujourd'hui une série de notes, en direct de Rio, pour vous faire part d'informations de la plus haute importance, qui vous ont certainement échapées en France. En plus, ça devrait faire grimper l'IBOPE de ce site. Je sais, comme procédé, c'est bas et mesquin. Mais j'assume.
Cette semaine, se déroule à Rio, le grand événement de la mode brésilienne, la semaine "Fashion Rio". Le MAM (Museu de Arte Moderna) a été complètement chamboulé pour l'occasion. Je n'ai malheureusement pas été invité à ce grand raoût mondain. Parmi les attractions, on attendait bien sûr Gisele Bündchen, qui défilait pour la marque Colcci (très connue ici). Mais elle s'est en partie fait voler la vedette par une jeune personne de 21 ans : Raica Oliveira. La raison de cet engouement ne vient pas de ses origines carioca (elle est née à Niteroi), ni de ses proportions admirables : c'est la nouvelle copine de Ronaldo. Clin d'oeil appuyé, elle a défilé en arborant une tenue marquée du numéro 9. Je rappelle que c'est le numéro du "craque" dans la Seleção, l'équipe nationale de futebol.
Sur la Globo, on peut voir le meilleur comme le pire. Côté meilleur, a commencé ce début janvier la diffusion de la mini-série "JK", qui retrace sous forme romancée la vie de Juscelino Kubitschek. Raconter à la télévision la vie de l'ancien président du Brésil, l'homme qui a fait construire Brasilia, c'est un peu comme raconter l'histoire de Georges Pompidou sous forme de novéla. J'exagère un peu, car JK était quand même nettement plus glamour que Pompidou : le seul point commun entre les deux hommes est leur goût pour l'architecture moderne et le développement industriel. La réalisation des mini-séries est un peu plus soignée que celle des novélas, même si elles empruntent au genre le goût pour les grosses ficelles, destinées à faire durer l'action. Dans les premiers épisodes, qui retraçaient l'enfance de JK, on a pu voir de très belles images de Diamantina, sa ville natale, que j'ai eu l'occasion de visiter. Pour des raisons pratiques, d'autres plans ont été tournés à Tiradentes, autre cité du Minas Gerais que j'ai eu également l'opportunité de visiter (1). J'aurai certainement l'occasion de reparler de Juscelino Kubitschek, car la polémique sur son bilan, 30 ans après sa disparition, fait couler ici beaucoup d'encre.
Du côté du pire, a débuté cette semaine la nouvelle saison de BBB : Big Brother Brasil. En français : Loft Story. Si la version française a (heureusement) fait long feu, on en est ici à la 6ème saison. La recette concoctée par la société Endemol est la même partout dans le monde : on colle douze jeunes cons autour d'une piscine et on filme 24 heures sur 24 en attendant qu'ils baisent. Et comme le Brésil est un pays chaud et exhubérant, le moment arrive plus rapidement qu'ailleurs. A tel point que le CSA local a déjà été obligé de sermonner la Globo pour avoir montré quelques images inapropriées, même à l'heure déjà tardive où cette incontournable daube est diffusée.
C'est avec un peu de chagrin que j'ai appris que mon copain Boris Casoy, le présentateur vedette du journal de la Record, a été licencié. Apparemment, pour désaccord sur le nouveau format à donner au journal. Je regretterai bien le papy flingueur du journal TV, qui n'hésitait pas à donner son petit commentaire très personnel sur les informations, sous forme d'apophtegmes particulièrement réjouissants. A la place, la Record a mis une poupée Barbie parlante, genre CNN. Certes beaucoup plus agréable à regarder, mais beaucoup moins marrante (2).
C'est tout pour aujourd'hui, car je sors ce samedi soir. Lundi, je vais à Curitiba (en avion) pour voir mes amis Marcia, Alex et Ricardo, et accessoirement récupérer le bazar que j'ai entreposé chez eux. Il faut bien déjà penser au retour.
(1) Voir la section "Archives" de ce blog
(2) Relire à ce sujet la note du mois d'août consacrée à la télé brésilienne (section "Archives")
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12/01/2006
Rio en long et en large (2)
Avec deux jours de retard, car je l'avais promis : les derniers rebondissements palpitants de la novéla de 18 heures sur la Globo, "Alma Gêmea", qui dure maintenant depuis 7 mois et qui s'approche donc de la fin, hélas. Si vous avez bien suivi, vous savez déjà que Cristina envisageait sérieusement de se débarrasser définitivement de Serena. Elle passe donc à l'exécution de son plan : Ivan, son chauffeur et accessoirement amant, tente de noyer Serena alors qu'elle se baignait dans la rivière. Malgré l'intervention de ses amis, Serena semble morte, elle ne respire plus. Angoisse. Mais non, car il se passe alors un phénomène paranormal qui a du laisser baba jusqu'aux adeptes du Spiritisme (qui est, je le rappelle, une religion au Brésil). Alors que l'âme de Serena s'engageait dans le tunnel de lumière qui monte vers l'au-delà, elle est rappelée par l'âme de Luna, dont Serena est la réincarnation (je le rappelle pour ceux qui n'auraient pas suivi). Luna lui dit : "Retourne sur terre, ta mission n'est pas accomplie". Et paf, Serena redescend illico en ce bas monde, rouvre les yeux, et va donc pouvoir remplir sa mission, qui est d'amener tous les soirs 40 points d'IBOPE sur la Globo (équivalent : Audimat).
Pendant ce temps-là, Rafael intime l'ordre à Cristina de quitter la maison. Comme cette dernière refuse (elle est quand même mariée avec lui), Rafael tente de l'étrangler. Comme c'est la méchante et qu'il n'y a pas de bonne âme pour la rattraper si elle prend la bretelle d'accès vers l'au-delà, il en est empèché par son fils et les domestiques. Mais pour Cristina, c'est la goutte d'eau qui fait déborder la marmite. Alors que Rafael est une fois de plus en train de se recueillir dans l'atelier, devant le portrait de Luna (sa première femme, je le rappelle), Cristina prend un bidon d'essence, craque une allumette et met le feu à la pièce. Pendant l'incendie qui ravage l'atelier, Rafael est blessé : il reçoit une poutre sur la tête et sombre dans l'inconscience. Il est sauvé de la mort de justesse et est transporté à l'hôpital, dans le coma. Cristina s'en sort sans une égratignure ni une escarbille sur sa belle robe rouge, et va pouvoir profiter du coma de Rafael pour mettre en place son plan macchiavélique, qui consiste à vendre la roseraie pour toucher un max de pognon.
Mais Serena est prête à tout pour sauver Rafael et le faire revenir dans le royaume des vivants. Elle fait appel à son copain indien José Aristide (je rappelle que Serena est née dans un village indien). José Aristide connait le secret des plantes de la forêt et les rituels chamaniques qu'il a appris avec le vieux sorcier du village. Il réalise donc un emplâtre pour guérir les brulures de Rafael et effectue des incantations en tupi-guarani pour faire revenir son âme vers les rivages de ce monde. Cette thérapie n'est toutefois pas agréée par la faculté de médecine, le docteur Eduardo prend donc un risque en autorisant tout ce petit monde à pénétrer dans la chambre du malade. Ils sont obligés de se déguiser en infirmiers. Evidemment, c'est juste à ce moment là que Cristina pénètre dans la chambre, avec sa mère Debora. Voyant Serena au côté de son mari, elle fait un scandale. Debora fait venir le médecin-chef, qui fait expulser tout le monde et passe un savon à Eduardo. Ils sont interdits de séjour à l'hôpital, seule Serena aura désormais le droit de voir son époux devant la loi. Cristina ricane sardoniquement, car elle tient entre ses mains l'homme qu'elle convoite depuis toujours, sans que celui-ci puisse lui dire non.
José Aristide est inquiet : comme le rituel a été interrompu, l'âme de Rafael risque d'errer éternellement sans pouvoir retrouver son corps. Gageons que les scénaristes de la Globo ont déjà trouvé un truc pour le faire revenir, et vont pouvoir continuer à nous faire réver et rigoler, au premier et surtout au second degré.
Je reviens donc à la description de mes pérégrinations à Rio. Mardi, j'ai visité deux très beaux monuments du XIXème siècle, situés sur l'avenida Rio Branco, à proximité du Teatro Municipal. Il s'agit de la Biblioteca Nacional et du Centro Cultural da Justiça Brasileira. Ce dernier abrite en ce moment une collection de photos de Rio telle qu'elle était au début du XXème siècle. Ces photos ont une valeur historique inestimable. La plupart d'entre elles ont été prises par le français Marc Ferrez, qui a réalisé une oeuvre de conservation virtuelle du patrimoine de la ville. Car en regardant ces photos, c'est incroyable, mais on a l'impression de voir une autre ville. Sur une photo de 1880, Rio ressemble étrangement à Ouro Preto, la perle du Minas Gerais. Mais encore plus incroyable est le destin de l'avenida Rio Branco, que je vais narrer de suite.
En 1903, le gouvernement brésilien décide de moderniser Rio de Janeiro. Exit le style colonial, on va faire dans le style haussmannien, et c'est logique car à l'époque, la culture française est furieusement tendance. On lance un concours international de création architecturale. Pour financer, on emprunte des sommes colossales auprès des banques internationales (déjà !). L'équivalent de 20% du PIB ! Le résultat est à la hauteur de l'investissement. Une fois rasées les vieilleries de style colonial, l'avenida Rio Branco est une pure merveille. Même les Champs-Elysées font pâle figure. De ces merveilles et de ces sommes dilapidées, il ne reste presque rien. Dans les années 1960 et 1970, les immeubles du début du siècle ont à nouveau été rasés, pour laisser la place à des tours de bureaux d'une laideur révoltante. Ironie, le seul bâtiment de cette époque encore debout abrite le siège de l'IPHAN, l'organisme chargé de la conservation du patrimoine ... C'est peu dire que l'IPHAN n'a pas fait son boulot, ou au minimum en a été empêché par les intérêts financiers des irresponsables qui ont fait passer le fric avant la gloire.
Pour avoir une petite idée de ce que ressemblait Rio au début du XXème siècle sans soupirer devant des photos noir et blanc, il faut se ballader dans le quartier où je réside, Botafogo. J'ai visité mercredi la maison de Ruy Barbosa, un pur chef d'oeuvre. Pour un réal l'entrée, il ne faut pas s'en priver. Mais qui était Ruy Barbosa ? La plupart des villes du Brésil ont une rue ou une avenue qui porte son nom. Journaliste, homme politique, il est un des fondateurs de la république, dont il rédigea la première constitution en 1891. Ce petit homme d'aspect chétif était en tout cas adulé et richissime, la visite de sa maison en témoigne. Admirablement conservée et entièrement meublée avec des meubles importés d'Europe et le plus souvent de France, cette maison donne une bonne idée du luxe dans lequel vivait la grande bourgeoisie carioca de l'époque. Un bronze français m'a particulièrement amusé : cette sculpture allégorique, intitulée "Les phares de l'Humanité" (en Français dans le texte), reproduit entre autres une citation de Victor Hugo : "Les grands hommes sont les phares de l'Humanité". Cette oeuvre a du être réalisée sur commande, car pour donner des exemples de grands hommes, elle cite Edison, Pasteur, Tolstoi et ... Ruy. Je ne sais pas si c'est l'hommage d'un admirateur d'une extrème flagornerie, ou une demande de Ruy Barbosa lui même dans un accès de mégalomanie, mais du haut de son mètre cinquante, le grand homme ne devait plus voir le bout de ses pompes.
Aujourd'hui jeudi, je suis retourné dans le centre, où je suis passé par la confeitaria Colombo. Un témoignage miraculeusement conservé de la Belle Epoque, avec son sublime mobilier Art-Nouveau. Comme quoi, il reste quelques reliques de ce passé glorieux, suffisamment pour ne pas pleurer. Certains d'entre vous vont certainement penser que je suis un vieux râleur passéiste. Je protesterais alors vigoureusement. Je ne suis pas si vieux que ça. Nom d'une pipe !
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