31/12/2005
C'est le grand jour !
Aujourd'hui, 31 décembre 2005, je ne bouge pas du quartier. Je reste dans mon petit coin de Copacabana, à deux pas de la plage, en attendant la grande festa de ce soir. A partir de 18 heures, Copacabana est littéralement bouclée : on n'y accède plus qu'à pied ou en métro, et encore en ayant acheté un billet spécial à l'avance. Cette fête est celle des records, que je vais décrire par une avalanche de chiffres. Pour assurer la sécurité des deux millions de personnes attendues sur la plage, il y aura 2500 policiers postés un peu de partout, y compris sur les "morros", les collines recouvertes de favelas situées au dessus du quartier. Le feu d'artifice durera 17 minutes et sera tiré à partir de 8 barges de 60 mètres de long, ancrées à 400 mètres de la plage. Ce sont 24 tonnes de fusées qui seront lancées, certaines atteignant 400 mètres d'altitude. Le coût pour la municipalité de Rio est d'environ 2 millions de Reals (environ 800 000 Euros), mais les retombées touristiques sont immenses : environ 500 000 touristes étrangers sont en ce moment à Rio, et moi, et moi, et moi ...
Et moi, qui fait partie des privilégiés qui pourront assister au spectacle depuis les hauteurs des immeubles du front de mer. J'ai reçu hier de Linda, la soeur de Dona Alcinda, l'invitation officielle pour avoir accès à la terrasse privée. Sur papier cartonné, avec mention de l'appartement. On dirait un "flyer" pour une invitation dans une "boate" branchée. La classe. Ce qui est dommage, c'est que la terrasse ne sera accessible que pour le feu d'artifice, pas question d'y poser des tréteaux et d'y faire un churrasco. J'espère juste pouvoir monter une petite bouteille de "champanhe" (sic) destinée à célébrer dignement cet événement. Un "champanhe" brésilien de la Serra Gaucha (1), c'est à dire un honnète mousseux, parce qu'ici le vrai champagne est hors de prix.
La municipalité de Rio, avec l'accord de autorités religieuses concernées, a eu une excellente idée : anticiper au 29 décembre la fête de Iemanja, la déesse de la mer. La fête avait lieu traditionnellement le 31, mais en raison de la cohue qui règne ce soir là, le profane avait tendance a prendre le pas sur le sacré. Jeudi soir, j'ai donc pu assister dans la sérénité a cette très belle fête, qui se déroule au coucher du soleil. Le point de rassemblement des fidèles était de plus situé juste en face de l'immeuble, une raison de plus de ne pas la rater. Iemanja, c'est la plus populaire des déesses de l'Umbanda, le culte afro-brésilien, appelé aussi Candomblé dans la région de Salvador de Bahia (je passe sur les subtiles différences entre les deux, pour ne pas assommer le monde avec des précisions trop culturelles). Iemanja, c'est aussi la Sainte Vierge : les esclaves africains et leurs descendants, pour pouvoir continuer à pratiquer le culte de leurs ancètres, ont eu l'idée d'établir une équivalence entre les dieux et déesses païens et les saints du christianisme.
Cette fête mérite vraiment d'être vue. Amenée depuis la Madureira sur un char, l'effigie de la déesse est mise sur une petite embarcation qui dérive ensuite au gré de la marée au large de la plage. Les gens amènent des fleurs sur la plage et les jettent dans la mer. Ils dressent directement sur la plage de petits autels en creusant des trous dans le sable, y mettent des bougies, des fleurs, des offrandes sous forme de nourriture et même du "champanhe" qui est versé directement dans le sable (pas besoin de prendre un Chandon grand cru, un mousseux pour sabrer lors d'un grand prix de F1 peut faire l'affaire). Tout le monde ou presque est habillé de blanc, et si on rajoute les chants et les percussions qui rythment la cérémonie, le spectacle est de toute beauté.
J'ai bien entendu continué à visiter Rio. Jeudi, je suis allé me ballader de nouveau dans le centre, en commençant par la gare "Central do Brasil". J'ai eu l'idée d'y faire une visite en tombant par hasard, dans un moment d'insomnie, sur le très beau film du même nom (2) qui était rediffusé cette semaine sur la Globo, en pleine nuit. J'étais assez fier de pouvoir le regarder cette fois-ci sans sous-titrage, sans que trop de choses m'échappent (je l'ai quand même vu déjà deux fois). J'ai même encore plus apprécié maintenant que je connais mieux le pays, car le film montre des aspects du Brésil que le simple amateur de cinéma n'est pas capable de comprendre sans être imprègné de la culture populaire brésilienne. Au fait, Fernanda Montenegro devrait quitter l'affiche de "Bellissima", la novela de 8 heures de la Globo, dès la mi-janvier : la méchante Bia Falcão y est en effet assassinée ! Je pense que la date de l'assassinat du personnage dans la novela doit coïncider dans le planning de la célèbre actrice avec le tournage d'un nouveau film ....
La gare "Central do Brasil" est un grand bâtiment de style soviétique années 50, un peu comme l'impressionnant Palacio Duque de Caixas situé juste à côté. Plus intéressant est le Campo de Santana, situé de l'autre côté de la gigantesque (et très moche) avenue Presidente Vargas. Ce jardin est un havre de paix dans un quartier plutôt agité. S'y promènent en liberté des chats, des canards et même des petits agoutis (3). A côté du parc, il y a le nouveau siège des archives, un splendide monument du XIXème siècle entièrement rénové l'année dernière. Il y avait une exposition de photos d'archives de la télé brésilienne, sourire garanti en voyant Fernanda Montenegro ou Roberto Carlos (5) avec 40 ans de moins, et surtout Caetano Veloso dans sa période hippie (4), avec cheveux longs et pantalon cuir pattes d'eph'. Changement de style avec le temps, c'est lui qui interprète la chanson du générique de la novéla de 8 heures ("Bellissima").
Dans le même quartier, j'ai également visité un bâtiment très interressant, le Cabinet Royal de littérature portugaise (en version française). Cet édifice un peu pompier (1839) abrite une impressionnante collection de vieux bouquins, empilés sur des rayonnages qui montent jusqu'à 20 mètres du plancher, sur trois étages. Hier vendredi, je suis allé visiter le musée d'Art Naïf, à Cosme Velho, juste à côté du départ de petit train touristique qui monte au Corcovado. C'est très amusant de voir représentés les principaux monuments de Rio, ou bien les principaux événements de l'histoire du Brésil, dans le style très personnel qu'affectionnent ces peintres qui n'ont jamais fait l'école des beaux-arts.
Mes soirées sont très éclectique : un soir je vais trinquer au bistrot du coin avec le portier de l'immeuble, l'autre soir je vais dans un bar très chic de Leblon, avec Luci et une de ses amies qui travaille dans la mode et qui adooore Paris. Le résultat sur le foie est quand même sensiblement le même, aussi je vais tenter de ne pas trop abuser du "champanhe" ce soir pour le "Réveillon" (en français dans le texte). L'occasion de vous souhaiter à tous par avance, une bonne et heureuse anée 2006. Saùde (santé) !
(1) Voir notes du mois d'octobre sur Bento Gonçalves, section "Archives"
(2) "Central do Brasil", de Walter Salles, avec Fernanda Montenegro dans le rôle principal
(3) Un petit rongeur typiquement brésilien, très mignon
(4) En fait, le mouvement "Tropicaliste" de la fin des années 60 qui a introduit le rock dans la musique populaire brésilienne (je résume à grands traits)
(5) Le chanteur, pas le footballeur ...
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28/12/2005
Praia de Copacabana (3)
Aujourd'hui mercredi, j'ai profité d'une journée radieuse pour parcourir toute la plage d'Ipanema, du fort de Copacabana jusqu'au mirante de Leblon. La plage était "lotada", comme on dit ici. Mais qu'est-ce qu'ils font tous ces gens, à la plage, un mercredi ? Moi, je sais, je suis en vacances, ou tout comme. La plage d'Ipanema est également très propre, peut être un peu moins que Copacabana. De toute façon, la baignade est trop tentante par une journée comme celle d'aujourd'hui. J'y vais tout à l'heure, après le blog, et juste avant de me replonger dans la novela.
Le fort de Copacabana est un ouvrage militaire de 1914 dont la situation peut surprendre. Deux gigantesques canons Krupp surveillent l'arrivée improbable d'un ennemi qui n'est jamais arrivé, et qui n'arrivera probablement jamais. La seule invasion de Copacabana se fait par voie terrestre, et l'ennemi s'appelle le touriste en short et bermuda. Pour le faire reculer, même le harcèlement intensif par la vente de statuettes du Corcovado, hamacs, lunettes de soleil et autres articles rigoureusement indispensables, est une stratégie d'une efficacité limitée. Je plaisante, mais le Brésil a bien subi la seconde guerre mondiale, avec de nombreuses pertes de bateaux civils et militaires coulés par la Kriegsmarine. Le Brésil de Getulio Vargas s'était rangé du côté des alliés pour des raisons plus pragmatiques que politique : l'essentiel de son commerce maritime se faisait avec les Etats-Unis. Les canons de Copacabana ne servaient à rien, car les allemands opéraient leurs attaques essentiellement avec les fameux U-boots.
Le mirante de Leblon, à l'autre extrémité de la plage d'Ipanema, permet une fois de plus d'apprécier l'incroyable disparité dans l'habitat : juste derrière l'hotel Sheraton, débute la favela de Vidigal. La favela a également une vue imprenable sur la plage, mais pour monter au 30ème étage, il n'y a pas l'ascenseur. Les favelas de Rio sont essentiellement construites sur les "morros", elles grimpent sur ces collines quasiment à la verticale en s'y accrochant avec l'aide de Jésus-Christ et de ses associés les saints. Ceux qui habitent les maisons du haut doivent avoir de bons mollets. Ca m'étonnerait qu'ils se fassent livrer leurs courses par Internet.
Hier mardi, je suis allé visiter le "Museu Nacional", installé dans l'ancien palais de l'empereur Dom Pedro II, dans le parc Quinta de Boa Vista. Ce très beau palais, qui fut un des fleurons du patrimoine national, est dans un triste état. L'intérieur fait encore bonne figure, mais l'extérieur part en morceaux. Il abrite des collections d'antiquités d'Amérique du Sud (1), de zoologie, avec des étiquettes et des vitrines qui n'ont pas été changées depuis 1960. On peut y voir également une belle collection d'antiquités de Grèce et d'Egypte, dont la présence ici peut surprendre. Dans ce grand jardin, je suis allé également faire un petit tour zau Zoo pour voir les zanimaux, je ne me lasse pas de voir les aras, les toucans et les capivaras. Le quartier de São Cristovão est un des seuls de la zone Nord de Rio dans lequel le touriste peut s'aventurer. C'est également dans ce quartier que se trouve le fameux stade Maracanã, où je ferai une excursion culturelle dès la reprise du championnat.
Même en cette période de fête et d'abstinence footballistique, les brésiliens se passent difficilement de leur loisir favori. Pour meubler, il y a eu le match des amis de Roberto Carlos (le footballeur, pas le chanteur) contre les amis de Robinho. Les deux "craques" (2) du futebol brésilien, le vétéran et le jeune prodige du Real de Madrid, ont invité leurs potes respectifs pour un match de bienfaisance haut en couleur. Résultat : un score fleuve digne de la division d'honneur, 7 à 4 pour les jeunes poussins de la favela qui ont mis la pâté aux vétérans bedonnants. Forcément, à cet age là, ça court plus vite !
Pour une fois, c'est la gentille Serena qui f... la m..., en plein repas de Noël, mettant en l'air la paix et la belle harmonie qu'on attend lors de cette fête familiale. La confrontation avec Cristina dégénère très rapidement, puisque Serena, poussée à bout, balance devant tout le monde ce que les téléspectateurs de la Globo savent depuis au moins 79 épisodes, et que seul ce couillon de Rafael persiste à ignorer, à savoir que Cristina n'était pas enceinte de lui et que l'examen de grossesse qu'elle a fait était bidon. Evidemment, ça jette un froid. Au rythme où ça évolue, je me demande comment les scénaristes de "Alma Gêmea" vont réussir à faire durer jusqu'à fin février. Il faut pourtant que ça dure jusque là, parce qu'avec 40 points d'Ibope (Audimat) à cette tranche d'heure, ça met de la farofa dans les feijões. Mais il ne faut pas non plus que ça dure au delà, car après je ne pourrais pas voir la fin. Et ça serait vraiment un drame personnel. Je sens que je vais écrire à la Globo pour expliquer mon cas douloureux.
(1) Désolé, mais l'expression "Arts premiers" provoque chez moi des picotements dans les doigts. J'utilise donc "Antiquités", parce que je ne vois pas pourquoi on aurait le droit de l'utiliser pour la Grèce, l'Egypte ou la Chine, et pas pour l'Afrique, l'Amérique du Sud ou l'Océanie. Je suis le Zorro de la sémantique : une injustice réparée !
(2) Orthographe brésilienne. Je suis moi-même un craque de la blague Carambar.
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26/12/2005
Praia de Copacabana (2)
Déjà 4 jours de Copacabana, c'est très dur. Pour aller à la plage, il faut traverser l'avenida Atlantica, marcher sur le sable brûlant, et au retour, même chose, mais en plus il faut nettoyer les grains de sable qui s'incrustent de partout, pour ne pas salir l'appartement. Il est difficile de se baigner, car les vagues sont très fortes. Le premier soir, l'océan était démonté, les rouleaux atteignaient plus de deux mètres ! Pas question de se baigner dans ces conditions. Le reste du temps, les vagues atteignent parfois un mètre, ça secoue un peu. La température de l'eau est donc raffraichissante, guère plus de 20 degrés. On s'y fait. Copacabana est la plage la plus propre de Rio, la seule où on peut se baigner sans inquiétude. Même sa voisine, la très chique Ipanema, connaît des problèmes de pollution avec une prolifération de plantes appelées "gigogas", qui sont très jolies vues de loin mais pas très ragoutantes pour la baignade.
J'ai bien entendu continué à visiter Rio ces quatre derniers jours. Je suis allé voir le sapin de Noël géant (83 mètres de haut), sur la lagune Rodrigo de Freitas. Je suis allé visiter le Palacio Tiradentes, siège du parlement de l'état de Rio. Je suis allé me promener à Santa Tereza, en prenant le vieux "bondinho" (tramway). Je suis allé aujourd'hui au Jardim Botanico. Hier, jour de Noël, le temps était détestable : il n'a cessé de pleuvoir, la température n'a pas dépassé les 24 degrés. Et en plus, tout était fermé, Noël oblige. Le point fort de la journée a donc été de regarder "Shrek 2" sur Téléciné Premium, en VO sous-titrée en Portugais. On se console comme on peut.
Le Palacio Tiradentes, un splendide édifice de 1926, a été le parlement fédéral du temps où Rio était la capitale. Le Brésil étant un état fédéral, le palais est devenu le parlement de l'état de Rio de Janeiro. Devant le palais, il y a la statue de Tiradentes, le premier héros de l'indépendance du Brésil (relire les notes sur Ouro Preto, section "Archives"). Il est de coutume de représenter ce héros typiquement républicain avec une longue barbe et une grande robe blanche de martyr (il a été écartelé). Certaines personnes, pensant que c'est Jésus-Christ, se signent en passant devant lui ! Il est vrai que la séparation de l'Eglise et de l'Etat n'existe pas au Brésil. J'avais déjà parlé des billets de banque, sur lesquels est inscrit "Dieu soit loué" ("Deus seja louvado"). Sous la coupole du parlement, juste au dessus du "perchoir", on peut voir un splendide crucifix ! Impensable au Palais-Bourbon ...
Santa Tereza mérite vraiment la comparaison avec Montmartre. Je connaissais déjà un peu, mais cette nouvelle ballade m'a vraiment emballé encore plus. On est charmé par les vieilles bicoques du XIXème siècle, plutôt bien entretenues, qui sont construites sur la butte (pardon, le "morro"). C'est vraiment une favela très chique ! C'est la seule butte de Rio qui a été urbanisée dès le XIXème siècle, elle a ainsi échappé à la "favellisation" (traduction du mot "favelisação", que j'ai lu dans le Globo). C'est un vrai plaisir que de prendre place dans le "bondinho", et un plaisir qui ne coûte pas cher : 60 centavos le billet ! Le vieux tramway est vraiment une pièce de musée : même les aiguillages sont manuels.
Vous êtes certainement impatients de connaître les derniers développements de "Alma Gêmea", et vous avez raison. Cristina, lasse d'attendre Rafael, a fini par céder aux avances d'Ivan (le chauffeur). Ce qui a provoqué une scène de vaudeville : Cristina est obligée de se cacher dans le placard de la chambre d'Ivan, au moment où Rafael pénètre dans la pièce. Rafael ne sait pas qu'il est cocu, mais de toute façon il s'en fiche, car il est toujours amoureux de Serena, et c'est réciproque. Quand ils se revoient à la roseraie, ça se termine toujours par un long baiser langoureux avec la musique romantique. C'est beau.
Mais il y en a une qui n'est pas jouasse du tout, c'est Debora, la mère de Cristina. Une vraie engeance, la vioque. Voyant comment ça tourne vinaigre, elle envisage purement et simplement de liquider Rafael, pour au moins récupérer le pognon (ce ne serait que le troisième cadavre qu'elle aurait sur la conscience). Mais Cristina refuse, car elle est toujours amoureuse de Rafael (bien qu'elle se tape le chauffeur, c'est comme ça). Elle ne perd rien pour attendre, la vieille : elle s'est déjà pris une bonne gifle de Zulmira, la bonne. Zulmira se retenait depuis un bon moment de lui en coller une, car Debora est absolument ignoble avec elle. Précision : Zulmira est aussi la soeur d'Ivan, le chauffeur, qu'elle a surpris avec Cristina. Zulmira n'est pas congédiée, sur l'insistance de Felipe, le fils de Rafael (c'est elle qui l'a élevé, après la mort de Luna, la première femme de Rafael). Et surtout, parce que Cristina et Debora ont les jetons qu'elle balance tout à Rafael. La vieille fait un sourire fielleux, mais on tremble de savoir à quelle bassesse elle va se livrer pour se venger de Zulmira. Réponse (peut-être) aujourd'hui.
C'est vachement bien calculé, une novéla. Dans l'épisode du samedi 24 décembre, tous les personnages y allaient de leur "Joyeux Noël !" et de leurs petits cadeaux. J'espère aue vous avez trouvé celui que j'ai laissé au pied de la cheminée de mon blog. Voir note précédente.
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24/12/2005
Conte de Noël
Comme chaque année, le Père Noël s'apprète à distribuer les cadeaux à plus d'un milliard de petits enfants, voire plus si on compte tous ceux qui croient en lui. Pour cela, il doit faire le tour du monde en moins de 24 heures, en passant un peu partout. Le traineau du Père Noël circule à une vitesse proche de celle de la lumière, ce qui lui permet d'accomplir cet exploit incroyable. A cette vitesse, c'est bien connu, l'échelle du temps n'est pas la même. Mais ce que vous ne savez pas, c'est comment le Père Noël fait son itinéraire pour aller dans tous les coins du globe. Lors de sa tournée, la dernière étape du Père Noël passe systématiquement par le Brésil.
Pourquoi le Brésil ? Je le sais pour avoir visité sa succursale brésilienne à Gramado, Rio Grande do Sul (1), par laquelle il entame sa tournée. Le Brésil est l'étape la plus fatigante de la tournée du Père Noël, car la plus longue. Il y consacre les 4 dernières heures de son périple, temps nécessaire pour livrer leurs joujoux à un peu moins de 100 millions de petits enfants. Il doit passer par plus de 8000 villes et villages, répartis sur 8 millions de kilomètres carrés. Il doit aller aussi bien dans les favelas de São Paulo que dans le dernier hameau au fin fond de l'Amazonie. Outre la distance, il doit compter sur la chaleur. Je rappelle que les rennes de son traineau sont plus habitués au climat de la Laponie qu'à la chaleur tropicale, qui monte en ce moment même à près de 40 degrés. En exclusivité, j'ai suivi le Père Noël lors de son passage à Rio de Janeiro, qui est traditionnellement la toute dernière étape de son long voyage.
"Oh, oh, oh, chegamos no Rio !" (le Père Noël parle couramment portugais, mais pour des raisons pratiques, la suite de ses propos sera retranscrite en français). "Pour la petite Maria Tereza Vasconcellos de Avezedo, condominio fechado de Barra de Tijuca, 23ème étage : une poupée Barbie qui danse la samba". Et aussitôt, le traineau du Père Noël s'arrète à hauteur de l'appartement, et faute de cheminée, se débrouille en passant par la gaine de la climatisation. "Pour le petit Anderson Rosario de Lima, à Rocinha, 17ème maison après le tas d'ordure à l'entrée du chemin en terre à gauche du poste à essence : un ursinho Bilu (ours en peluche)". Pour se repérer dans la favela, le Père Noël a toujours un peu de mal, et il évite de garer son traineau trop longtemps (un des rennes s'est pris une balle perdue l'année dernière, il a fallu retourner à Gramado pour le soigner). Heureusement, en cas de doute, il peut demander à son vieux collègue, le Saci Péréré, qui est toujours là pour l'aider (2).
"Oh, oh, oh, Saci, tudo bem ? je cherche la maison du petit Anderson Rosario de Lima, c'est bien dans cette rue ?". "Eh, eh, cher confrère, c'est celle là, dont le toit s'est écroulé la semaine dernière, tu n'auras pas trop de peine pour rentrer !", dit malicieusement le Saci Péréré. Pour terminer, le Père Noël se dirige vers Copacabana. "Pour le petit Fernando Ramos de Oliveira, rua Prado Junior 245, appartement 1102 : un train éléctrique". Pour garer son traineau dans la rua Prado Junior, le Père Noël est bien entendu obligé de donner 1 réal à un "guardador de carro", sinon il risque de le retrouver avec une grosse rayure sur la carrosserie. "Ouf, c'est terminé !". Et comme chaque année, le Père Noël gare pendant quelques minutes son traineau sur l'avenida Atlantica, le temps de piquer une petite tête dans l'océan et de siroter une petite caïpirinha. "C'est aussi pour ça que je termine ma tournée par Copacabana, ça fait du bien de prendre un peu de repos et de soleil avant de retourner dans ma maison, au delà du cercle polaire !".
Laissons ici le vieil homme à la barbe blanche, pour un repos bien mérité. Après sa tournée harassante de 24 heures, il va passer à nouveau un an à préparer tranquillement la suivante, en lisant le courrier de tous les petits enfants du monde, et en fabriquant leurs jouets. J'en profite pour vous souhaiter, à vous tous, petits et grands, un excellent Noël, plein de joie et de bonheur.
Important : j'ai rajouté de nombreuses photos dans les albums, mais je n'ai pas encore eu le temps de mettre un commentaire sur chacune. C'est mon petit cadeau de Noël.
(1) Voir la note sur le sujet, mois d'octobre (section "Archives")
(2) Personnage légendaire du folklore brésilien : une sorte de lutin avec une seule jambe et qui fume la pipe
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22/12/2005
Praia de Copacabana (1)
Me voici désormais en direct de Copacabana, pour une quinzaine de jours. Hier mercredi, j'ai fini de conclure le contrat de location avec la proprio, Dona Alcinda. Elle m'a fait visiter la terrasse privée du 8ème étage, d'où je pourrai admirer, le soir du 31, le spectacle de la plage couverte de monde et le feu d'artifice. La vue est époustouflante : on voit toute la plage de Copacabana, depuis le Pain de Sucre à gauche jusqu'au fort de Copacabana à droite. Ce privilège est réservé à l'élite : chaque propriétaire de l'immeuble a droit à 5 invitations, et pas plus. Dona Alcinda a invité sa soeur, son beau-frère et moi-même en tant que résident. J'ai même droit à une invitation de la personne de mon choix, je prend les inscriptions. Attention, il s'agit bien d'invitation, car le soir du 31, avec le peuple qu'il y aura, il faudra montrer patte blanche pour l'entrée, l'identité de chacun devra être connue au préalable. Dona Alcinda m'a raconté que l'année dernière, un des propriétaires avait ramené deux "garotas de programa" (littéralement, "filles de programme"), selon le savoureux euphémisme qu'utilisent les brésiliens. En clair, des péripatéticiennes. Les filles en question ne se sont pas très bien conduit : elles ont volé le sapin de Noël du hall d'entrée. Depuis, le processus de sélection à l'entrée a été revu et amélioré.
L'immeuble est vraiment superbe. J'ai encore vérifié : c'est bien le seul immeuble de style Arts-décos de toute la façade de l'avenida Atlantica, face à la plage, avec le dispendieux Copacabana Palace. Le premier propriétaire était paraît-il un français. Même l'ascenseur, en bois précieux, est une pièce de musée importée de France. Les esprits chagrins objecteront que depuis les années 1920, les normes de sécurité ont beaucoup évolué. Il faut faire attention de ne pas mettre les doigts sur la porte "pantographique" au moment où elle se referme. Mais c'est quand même plus joli et folklorique qu'un ascenseur dernier cri.
Hier, je suis allé me ballader dans les quartier de Catete, où j'étais déjà passé lors de mon premier court séjour il y a 6 mois (voir note dans la section "Archives"). J'ai pu visiter cette fois le Musée de la République, dans le palais qu'occupaient les présidents du Brésil jusqu'en 1960, date de déplacement de la capitale à Brasilia. Le palais est superbement décoré, dans le style chargé et un peu pompier qu'affectionnaient les grands bourgeois du XIXème siècle. C'est dans la chambre du 2ème étage que le 23 août 1954, s'est suicidé Getulio Vargas, le président en exercice. Getulio Vargas occupe une place centrale dans l'histoire du Brésil du XXème siècle. Dans toutes les grandes villes du Brésil comme dans le dernier trou aux confins de l'Amazonie, il y a une rue, une place ou une avenue Getulio Vargas.
Je suis ensuite allé à pied jusqu'au centre de Rio, en passant par les quartiers de Gloria et de Cinélândia. J'ai encore une fois éte surpris par le nombre de beaux monuments qu'on peut admirer ici, même si encore une fois l'état général de conservation va de plutôt passable à carrément en ruine. J'ai eu en lisant le Globo une des explications à cette situation : les propriétaires privés de ces bâtiments classés reçoivent de l'état une exemption d'IPTU (équivalent de la taxe foncière), destinée en principe à payer l'entretien et la restauration. Sauf que la plupart gardent le pognon et laissent le bâtiment en l'état. Encore un exemple navrant de loi créée dans une bonne intention et qui se révèle être un énorme gâchis.
J'ai terminé ma ballade par la visite de la cathédrale métropolitaine. Extérieurement, ce bâtiment de 1972 ressemble a une cheminée d'usine de centrale nucléaire. Comme souvent dans le cas de l'architecture moderne, l'intérieur est beaucoup plus intéressant que l'extérieur, en tout cas très impressionnant, avec sa coupole qui culmine à plus de 100 mètres de haut. Le quartier est particulièrement tarte, il ressemble à la Défense version 1975 (avant la revitalisation du quartier d'affaires). Perdu au milieu de tout ce béton, il y a le sublime couvent São Francisco, du XVIIème siècle, que j'avais déjà visité lors de mon premier voyage au Brésil il y a trois ans, et que je visiterai à nouveau un de ces jours.
J'ai quitté ce matin l'appartement de la praia de Botafogo, sa vue sur le Pain de Sucre et le Corcovado, et ma colocataire Luci qui est une adorable personne. Je reviendrai très certainement dans cet appartement très plaisant à partir du 3 janvier, après les festivités du réveillon. Au fait, j'ai été un peu mesquin avec Roberto Carlos (le chanteur, pas le footballeur). Le Roi, comme on le surnomme ici en raison de son immense popularité, est effectivement considéré comme légèrement "brega" (ringard), son look et sa coupe brushing n'étant pas faites pour diminuer cette impression. C'est pourtant un auteur compositeur complet, et certaines de ces chansons ont été reprises par Caetano Veloso, ce qui prouve qu'elles sont parfaitement écoutables (selon Luci, elles sont d'ailleurs bien mieux mises en valeur quand elles sont interprétées par ce dernier). Voilà une injustice réparée.
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20/12/2005
Rio de Janeiro, praia de Botafogo (3)
Vous ne connaissez pas votre bonheur, vous qui êtes confortablement emmitouflés dans des polaires pour vous protéger du frimas glacial, pressés de rentrer dans le RER pour se mettre au chaud avant d'aller au boulot. Ici, en ce premier jour d'été, c'est l'inverse : comme la température dépasse allègrement les 40 degrés, on est pressé de rentrer dans le métro de Rio, dont les rames sont climatisées.
Je vais d'abord revenir sur les circonstances amusantes qui m'ont permi de réaliser un "golpe de mestre" comme on dit ici, en décrochant à la dernière minute une villégiature de rève sur la plage de Copacabana (voir note précédente). C'est en dépouillant les petites annonces du Globo que j'ai fait la connaissance de la proprio, Dona Alcinda. Elle possède (ou du moins administre) les deux studios meublés que j'ai visité samedi dernier, et qui ne m'avaient pas emballés (euphémisme). Comme elle est très bavarde - elle parle par les coudes, comme ont dit ici (1) -, je connais déjà la moitié de sa vie, entre autres qu'elle a été attachée culturelle à l'ambassade du Brésil en France et qu'elle a mal a ses jambes, ça la lance, ça la lance. Bref, ma brave tête a du lui faire bonne impression, je plais bien aux vieilles dames. Je devrais faire escroc, si j'étais malhonnète. Voyant que je ne rappelais pas (j'avais trouvé une solution de dépannage), c'est elle qui m'a rappelé pour me proposer l'affaire : me laisser son propre appartement en location pour la période de Noël, car elle part en voyage et ne veux pas laisser l'appartement inoccupé. Après une brève négociation, nous sommes tombés d'accord sur le montant du loyer, qui est une excellente affaire compte tenu des prix du marché : tout le monde veut être sur la plage de Copacabana le 31, pour faire la festa. Et moi, donc.
Cela fait 5 jours que je suis à Rio, et je n'ai pas encore visité un seul musée, un exploit. C'est comme ça, quand on a du temps devant soi, on peut musarder. J'ai beaucoup marché dans les quartiers de Botafogo et de Flamengo, et j'ai finalement compris pourquoi ils concentrent autant de demeures de prestige du XIXème et du début du XXème siècle : ce sont les anciens quartiers des ambassades, avant que la capitale soit déplacée à Brasilia, en 1960. Certains pays ont conservé une représentation consulaire à Rio, ce qui veut dire que le poste de consul à Rio est certainement plus demandé que le poste d'ambassadeur à Brasilia, ville dont j'ai déjà abondamment dit du mal en raison de mon allergie à l'architecture moderne en général et au béton en particulier. Il faut passer entre autres par la rua São Clemente à Botafogo, et surtout par la rua Paissandu à Flamengo, qui n'a presque rien à envier à une rue du XVIème arrondissement. Cette rue débouche sur le Palacio da Guanabara, qui est (je crois) le palais du gouverneur de l'état de Rio (ne se visite pas).
Hier soir, j'ai été fasciné par le spectacle des favelas qui s'accrochent à la colline, quasiment à la verticale. Juste derrière la très chic rua São Clemente, s'élève le morro Dona Marta, à 300 mètres d'altitude. Les bidonvilles montent à plus de la moitié de la hauteur de la colline. Même sans le sou, les habitants de certaines des maisons ont pris le soin de les décorer de guirlandes clignotantes, en cette période de Noël. La favela ressemble ainsi, de nuit et de loin, à une crèche miniature. Ca doit pourtant pas être Noël tous les jours. Leur voisin du dessus, le Christ du Corcovado, continue d'étendre les bras pour les en remercier. Quand le temps est couvert, il se cache au milieu des nuages. Peut-être en profite t-il pour se gratter le nez ?
C'est vrai, Noël approche. La preuve : demain, sur la Globo, il y a le "Roberto Carlos especial Natal". Une institution, comme le Petit Papa Noël de Tino Rossi. Je parle de Roberto Carlos, le chanteur, pas le footballeur. Roberto Carlos, c'est comme Johnny Hallyday, mais avec le répertoire de Tino Rossi. Si j'ai rien d'autre à faire, il faudra que je regarde ce spectacle aussi incontournable que la soirée des Miss France.
(1) En version originale : "falar pelos cotovelos" (avoir la langue bien pendue, être vacciné avec une aiguille de phonographe, etc.)
22:30 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18/12/2005
Rio de Janeiro, praia de Botafogo (2)
Cela fait maintenant trois jours que je suis à Rio de Janeiro, ville que je connaissais encore très peu. Mon premier séjour, il y a trois ans, fut bref mais mémorable; lors du second, il y a six mois, je n'ai fait que passer. Et je ne connaissais pas du tout le quartier de Botafogo, où je réside actuellement. J'ai désormais tout mon temps pour découvrir la ville, et je vais commencer par livrer mes premières impressions.
Le paradoxe de Rio est d'être à la fois la carte postale du Brésil, tout en étant une ville totalement à part dans ce pays. Le voyageur qui ne connait du Brésil que Rio, a l'impression d'avoir tout vu, pourtant il n'a rien vu. Il ne voit que le meilleur du Brésil, les morceaux de rève de premier choix. Même la misère et la laideur paraissent ici pittoresques. De la fenêtre de ma chambre, on voit le Corcovado, mais aussi les "morros", c'est à dire les favelas accrochées au pan de la montagne. Elles s'intègrent au paysage avec autant d'élégance que les immeubles des riches, d'ailleurs, elles ont également la vue sur le Corcovado. Je dis ça, mais je n'échangerais pas mon appartement avec eau chaude, télé par câble, climatisation, parquet ciré et meubles de style, contre un de ces taudis en brique rouge. Comme dans les autres grandes villes du pays, l'essentiel de l'habitat est constitué d'immeubles des années 60 et 70, fort confortables intérieurement, mais dans le plus pur style HLM extérieurement. On ne ressent pourtant pas ce sentiment généré par cet univers de béton, qui hésite entre l'oppression et la fascination morbide pour le laid.
Côté carte postale, on en a pour son argent. Tout à l'heure, avec mes havaianas en main, je me promenais nu-pied sur le fin sable blanc de la plage de Copacabana, en écoutant un bloco de samba, et sur la musique se trémoussait une charmante carioca, remuant du croupion avec l'aisance déconcertante, quasiment innée, qu'ont les filles nées sous ces lattitudes. On s'y croirait. Bref, Rio est une ville incomparablement plus agréable que les autres grandes villes du Brésil, où le touriste pressé ne s'aventure guère : sa seule concurrente en terme d'agrément est Salvador, dans un style toutefois fort différent. Elle mérite bien son surnom de "Cidade maravilhosa".
En déambulant dans les rues du quartier de Botafogo, j'ai été surpris par le nombre de belles demeures du XIXème siècle et du début du XXème qu'on peut encore y admirer. Certes, l'ensemble est enlaidi par des cubes de béton à caractère habitable, et l'état de conservation de ce patrimoine laisse un peu à désirer. Mais c'est un fait : le patrimoine est ici relativement bien conservé, alors qu'il a souvent été sacrifié dans d'autres villes au profit de la construction verticale. On est ici dans un modèle de développement urbain plus proche de celui de la vieille Europe que de celui du Nouveau-Monde. On n'est pas dans une ville musée où le temps s'est arrèté, comme à Ouro Preto ou dans le Pelourinho, à Salvador; on n'est pas non plus dans une de ces métropoles tentaculaires comme São Paulo ou Belo Horizonte. On est bien dans une ville à part.
Hier samedi, j'ai procédé à une nouvelle livraison du frêt que je transportais depuis la France : après le portable de Thierry, les gourmandises bien françaises pour Mirian, Fernanda et Roger, j'ai remis à Tatiana les petits cadeaux que m'avait confié sa grande soeur Angelica. Il ne me reste plus qu'à envoyer par Sedex à Curitiba une bonne boîte de crême de marron Clément Faugier pour Marcia et Alex, qui l'attendent avec délectation (denrée rigoureusement introuvable au Brésil, ou alors à des prix astronomique). J'en aurai ainsi fini de mon rôle de Papai Noel. A moi de recevoir des cadeaux !
Je m'excuse de vous affliger d'un moment d'autosatisfaction qui va vous faire piaffer de jalousie, mais je crois bien que j'ai, comme on dit vulgairement, le c... bordé de nouilles. En procédant au dépouillement (1) des petites annonces, j'ai trouvé la perle rare, le diamant noir, le Graal en matière de séjour carioca. Je vous donne mon adresse à partir du 22 décembre : 8, rua Barão de Ipanema, Copacabana. Au premier étage, avec vue sur la plage et le fort d'Ipanema. L'immeuble est probablement le plus beau de Copacabana, mis à part le Copacabana Palace qui est hors catégorie. Le hall d'entrée est de grande classe, l'intérieur tout en meubles de style, tout confort, télé par cable avec TV5 pour voir les couillons de français en train de se geler les meules pendant le réveillon. En faisant une vingtaine de mètres, je serai en chemisette blanche sur la plus célèbre plage du monde, pour admirer le feu d'artifice tiré depuis le Pain de Sucre et la cascade de feu qui tombe de l'hôtel Le Méridien. Si c'est trop la cohue (deux millions de personnes en moyenne !), je pourrai toujours aller admirer le spectacle depuis la terrasse privée du 8ème étage, qui ne reçoit que la crême du grattin du dessus du panier des happy-fews VIP.
Bon, c'est un peu cher : 1700 R$ pour quinze jours, environ 650 Euros. Mais pour ce prix, en arrivant comme une fleur à cette période de l'année, on a au mieux un appartement style Formule 1 avec vue sur la cour des poubelles, quand on trouve. Au fait, petit détail qui compte : on peut laisser les clés au gardien pour aller se baigner, et il y a un pédiluve dans la cour pour nettoyer les grains de sables qui restent collés aux pieds.
(1) Quand on se relit, on évite les erreurs de français navrantes
23:35 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16/12/2005
Rio de Janeiro, praia de Botafogo (1)
Le voyage de São Paulo à Rio s'est bien déroulé. L'autoroute passe par Aparecida, où se trouve une des plus grandes églises du monde, et certainement la plus grande du Brésil. Vue depuis l'autoroute, impossible de la rater. Tous les ans, le 12 octobre, la ville reçoit plus de 200 000 personnes pour le pélerinage annuel de la vierge, qui est apparue ici (d'où le nom : aparecida). La route passe par des régions apparemment prospères du fait de l'industrie, puis descend la Serra dos Araras par une route en lacet : il faut bien descendre à un moment, puisque São Paulo est à 700 mètres d'altitude, et je ne vous ferais pas de surprise en disant que Rio est au bord de la mer.
Pour rejoindre ma villégiature, j'ai pris un taxi et en seulement 20 minutes, me voici arrivé dans le quartier de Botafogo. C'est quand même bien d'avoir des excellents amis, car je suis pour quelques jours logé à Rio dans les meilleures conditions et au meilleur marché. Dans un appartement de charme, dans un très bon quartier, à 5 minutes de la plage et le clou : d'un coté la vue sur le Pain de Sucre, de l'autre sur le Corcovado. Hier soir, à mon arrivée, le Christ était dans les nuages, car il culmine quand même à plus de 700 mètres. Peut-être en profitait-il pour baisser les bras pour se reposer ? En tout cas, ce matin, avec le retour du grand soleil et de la chaleur, il avait bien la posture qu'on lui connaît et qui est reproduite sous forme de cartes postales, répliques en plâtre, assiettes en porcelaine, coquillages peints, boules de neige et autres souvenirs.
Je n'ai malheureusement pas trop profité du soleil et de la chaleur, car j'étais préocuppé par la recherche d'un appartement, en particulier pour la nuit du réveillon. En effet, je ne pourrais pas profiter de mon appartement de rève dans la période du 22 au 31 décembre, car il est déjà loué. J'ai procédé par la technique universelle : le dépouillage des petites annonces. A un détail près : ce ne sont pas celle du Figaro, mais celle du Globo. Le groupe Globo est un empire en matière d'information et de loisirs, ils sont présents non seulement dans la télé, mais aussi dans la radio, la presse, l'édition et je suppose que si les carambars existaient ici, ils y aurait une version Globo.
Le résultat de mes recherches est mitigé : on trouve, mais c'est très cher. Pour le réveillon, les propriétaires de meublés demandent des loyers qui n'ont rien à envier à ceux de Paris, et même à ces sommets, ils trouvent preneur. J'ai trouvé une opportunité interessante, dans un appartement situé stratégiquement, à un pâté de maisons de la plage de Copacabana. L'immeuble est nickel, le studio aussi, mais la vue sur la cour fait un peu tristoune, à côté de l'endroit où je suis. A 2500 R$ par mois (environ 1000 Euros), ça fait réfléchir. Pas trop longtemps quand même, car même à ce prix, il risque de partir vite.
C'est avec un plaisir grand format que je me délecte à regarder "Alma Gêmea", la novéla de 18 heures sur la Globo, car c'est la première fois que je peux la voir sur un écran 70 centimètres. Cela fait bien au moins 73 épisodes que Rafael croit que Cristina était enceinte de lui, et une bonne vingtaine que Cristina a réussi à lui faire croire qu'elle a perdu le bébé en faisant une chute dans l'escalier. Et ça risque de durer encore, car juste au moment où Eduardo s'apprètait à révéler à Rafael que l'examen de grossesse de Cristina était bidon, elle a trouvé un truc imparable pour le discréditer. Avec l'aide de sa mère, Cristina tend un piège à Eduardo : elle le fait venir, lui roule un patin de compétition, puis fait mine de se débattre juste au moment où Rafael arrive. Et bien entendu, ce couillon de Rafael va se faire avoir une fois de plus.
Quelle s..., cette Cristina. Cela n'empèche pas à l'actrice qui fait le rôle (la très belle Flavia Alessandra, 31 ans aux fraises), d'être la record-woman des lettres d'admirateurs qui arrivent au courrier de la Globo. J'ai lu ça dans "Minha novela", toutes les semaines dans les bancas de revistas, 2,30 R$ (j'ai des lectures très intellectuelles, niveau Télé Z). Et ça prouve que c'est vraiment elle l'héroïne de la novéla, et non la gentille Serena (Priscilla Fantin), qui est aussi mignonne, mais un peu fadasse à coté. Autrefois, les méchants de novélas étaient obligés de se déguiser pour ne pas être reconnus dans la rue (authentique), et maintenant, ils signent des autographes. Etonnant, non ?
23:55 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
14/12/2005
Un camembert à São Paulo !
Après quelques jours passés en France, me voici donc de retour au Brésil. Le vol a été un peu mouvementé. Je suis parti avec la TAP, la compagnie portugaise. L'avion n'avait pas de poil sous les ailes, et la piste d'aterrissage à Lisbonne faisait bien 3 kilomètres de long pour 100 mètres de large, et non l'inverse. Je rappelle que les portugais sont les belges des brésiliens. Par contre, il m'est quand même arrivé une histoire portugaise en prenant la correspondance. J'ai eu beau demander trois fois si la correspondance n'était pas un peu courte (35 minutes ...), tout le monde m'a gentiment rassuré en disant que c'est suffisant, pas de problème. J'ai quand même pressé le pas, mais le temps de passer les différents contrôles, le vol était clos et on m'a dit que j'embarquerai finalement sur un vol Varig qui partait un peu plus tard (sans avoir a payer à nouveau, bien entendu). La Varig et la TAP appartiennent au même réseau, Star Alliance. Mis à part le désagrément de m'être dépêché pour des prunes, j'étais plutôt content d'embarquer sur la Varig, car avec elle, on est déjà un peu au Brésil.
Las ! La compagnie brésilienne, qui se débat dans les difficultés financières à tel point que son avenir est plus qu'incertain, a donné d'elle même une piètre image lors de ce vol. Les plateaux repas étaient moins que moyen, il n'y avait pas assez de vin blanc et les hôtesses de l'air n'avaient rien de la fille d'Ipanema. Il y en avait même une qui ressemblait à un capivara : bientôt la photo sur ce blog (du capivara, pas de l'hôtesse de l'air). L'essentiel, c'est que moi et mon frêt soyions bien arrivés à destination. Je transportais en effet pas mal de choses en provenance de France et à destination des brésiliens que je connais, notamment de la bonne boustifaille bien franchouillarde, avec un camembert pas piqué des hannetons. Je me suis installé cette fois-ci à l'hôtel Itamaraty, avenue Vieira de Carvalho, qui est quand même un peu plus classe que l'hôtel Isei du quartier de Liberdade. Certes, la nuit, la seule animation du quartier est le rendez-vous des gays, et comme je ne suis pas sympathisant de la confrérie, je ne fais que passer.
Je profite de mon passage à São Paulo pour aller voir mes amis. J'ai commencé par prendre rendez-vous avec Mirian, qui m'a emmené mardi après-midi visiter quelques endroits que le touriste de base, qui est déjà une denrée rare ici, ne va sûrement pas aller voir. A commencer par la favela de Monte Azul ! Cette favela est située dans la zone ouest de São Paulo, et vient battre en brèche tous les clichés que nous avons habituellement en France sur ce type d'endroit. Il est vrai que de l'argent a été investi pour amméliorer les conditions de vie des habitants. Cet argent vient de la société d'anthroposophie, une "association humaniste pronant la médecine naturelle", fondée au début du XXème siècle par un autrichien du nom de Rudolf Steiner.
Ce quartier est bien une favela : les petites maisons en brique rouge empilées dans un savant désordre en témoignent, sans l'ombre d'un doute. Pourtant, il y a une vrai vie de quartier et pas plus d'insécurité que dans un village d'Auvergne. Je me suis balladé avec ma montre et mon appareil photo et j'en suis ressorti. On peut y faire son shopping, car il y a une boutique d'artisanat, une boulangerie et divers autres petits commerces, modestes mais bien achalandés. On peut même y boire un verre ! Pour le bien être de tous et en particulier des enfants, on y a installé de petits terrains de jeu, et même une petite piscine, format pataugeoire. Le ruisseau qui charriait de l'eau nauséabonde et des détritus a été en partie recouvert, il y a un dispensaire qui fournit gratuitement des médicaments, offerts bien entendu par la société d'anthroposophie. Nous avons également visité un petit atelier de menuiserie et d'ébénisterie, où les ouvriers travaillent dans des conditions certes précaires, mais arrivent à se sortir ainsi de la misère. Certaines maisons de la favela sont d'ailleurs un peu plus pimpante que la moyenne, on a pris le soin de faire un crépis par dessus la brique rouge, pour cacher un peu la pauvreté.
Nous sommes ensuite allé au cimetière de Morumbi, pour voir la tombe d'Ayrton Senna. J'avais déjà tenté par mes propres moyens d'aller faire ce petit pélerinage pour rendre hommage au triple champion du monde de F1, mort tragiquement le 1er mai 1994 sur le circuit d'Imola. Sans succès, et je défie n'importe quel routard, même les plus endurcis, de s'y rendre à pied. L'endroit est perdu au milieu d'un chic quartier résidentiel tout en montées et en descentes, et très mal indiqué. Mirian (qui n'y était jamais allé) a du demander plusieurs fois son chemin, et heureusement que nous étions en voiture ! Le cimetière de Morumbi est le seul cimetière paysager de São Paulo, et Ayrton Senna repose au centre de la pelouse, sous un petit arbre. Seule une plaque en cuivre que rien ne distingue des autres marque sa sépulture. Elle est juste un peu plus fleurie que les autres, et entourée d'un petit cordon pour éviter aux fans trop expansifs de venir marcher dessus.
Mais le clou, c'était pour revenir jusqu'à la maison de Mirian, dans le quartier de Butantã. Nous avons traversé le très chic quartier de Morumbi, pour soudain tomber en plein devant la favela de Paraisopolis. C'est incroyable, mais juste au milieu des grands immeubles résidentiels tout confort de ce quartier huppé, on trouve une favela. Et pour faire la transition entre les riches et les (très) pauvres, il suffit de traverser la rue ! Les pauvres se sont en effet installés ici bien avant, dans un endroit mal foutu dont personne ne voulait, pour y construire sans autorisation, de bric et de broc, des petites maisons en brique rouge qui sont la caractéristique d'une favela. Mais les quartiers résidentiels n'ont cessé de s'étendre, jusqu'à toucher la favela. La cohabitation entre les deux mondes se passe bien : en effet, de nombreuses personnes de la favela ont trouvé un emploi de domestique ou de "baba" (nounou) chez leurs voisins. Et la municipalité cherche a amméliorer le confort des habitants pour réduire la "fracture sociale". Une partie de l'éléctricité est désormais fournie gratuitement, auparavant le branchement se faisait par piratage du réseau avec le système D.
Nous sommes donc devant la favela, et Mirian demande une fois de plus sont chemin, car il faut avouer que même pour une paulistana de longue date, se déplacer dans São Paulo sans se paumer est un exploit ! Surprise : le plus court, c'est de passer DANS la favela. La personne qui nous renseigne (un policier) nous met quand même en garde : pas pour l'insécurité (aucun danger !), mais pour les conditions de trafic. Et de fait, circuler dans la favela, c'est du sport. Les rues sont très étroites, il y a des voitures garées un peu partout n'importe comment, et pour ne rien arranger, la chaussée est dans un état lamentable. Nous avons du reculer un peu pour laisser place à un minibus qui venait en sens inverse : c'est incroyable, mais la favela est très bien desservie par le réseau de transports en commun ! La dernière rue que nous avons empruntée était gratinée : une pente de 40 % en descente où coule un petit ruisseau qui sert de tout à l'égout (heureusement qu'il n'a pas plu la veille). Nous sortons de la favela aussi abruptement que nous y sommes rentrés : retour chez les riches !
Après avoir fait les courses chez Carrefour (prononcer : Karéfourch'), je me suis remis de mes émotions en regardant "Alma gêmea" en compagnie de Camila, la fille de Mirian, 13 ans aux fraises. Du coup, j'ai beaucoup moins honte de regarder. En quinze jours, il ne s'est apparemment pas passé grand chose (prochainement, le résumé). Le soir, nous avons fait le repas chez Mirian en compagnie de mes amis francophones et francophiles de São Paulo : la charmante Fernanda, Roger Chadel (un français qui vit ici depuis 30 ans) et son épouse Bia, ainsi que Luciano et Beto. Bien entendu, avec dégustation des quelques produits français que j'ai ramené : le camembert a eu évidemment beaucoup de succès, ainsi que les papillotes de chez Revillon et leurs petites citations sur le papier à l'intérieur !
Pour le vin, Roger a amené un excellent cru chilien que nous avons complèté par un très bon cru argentin et un merlot brésilien fort honorable de chez Karéfourch'. Je n'ai pas résisté à prendre pour goûter (toujours chez Karéfourch') un Riesling brésilien (!) pour faire la comparaison avec celui d'Alsace ... Et je dois dire que si je n'avais pas été prévenu, j'aurais pu me laisser berner. Pour le cassoulet, ce sera une autre fois, car Mirian avait fait un excellent "lombo de porco" avec de la farofa, typiquement brésilien.
Aujourd'hui mercredi, repos. Je vais aller me ballader cet après-midi dans le quartier, et dès demain je prend le chemin de Rio. Je ne résiste pas à terminer cette note par une citation de Victor Hugo (un carambar pour celui qui me dit dans quel oeuvre) : « Vous m'offrez la cité... je préfère les bois, car je trouve, voyant les hommes que vous êtes, plus de coeur aux rochers, moins de bêtise aux bêtes ». Cela pour dire que dans les paquets de papillotes, on trouve les meilleurs morceaux de la culture française, et que Fernanda, en plus d'être mignonne, intelligente, de parler très bien français et de réussir admirablement la quiche aux lardons, est aussi une fille de goût.
15:35 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11/12/2005
De passage à Paris ...
Juste un petit mot pour dire que je fais un peu de tourisme à Paris, une ville très exotique pour moi en raison du froid qui y règne (zéro degré ce matin). Il y a plein de touristes qui font la queue pour monter dans la Tour Eiffel, pour profiter de la vue superbe, par une belle journée sans nuages. Planning très chargé pour cette fin de semaine, je suis par monts et par vaux pour voir plein d'amis français et brésiliens. Je pars demain matin pour São Paulo pour me réchauffer. Je vais également convoyer quelques marchandises typiques de ce pays à l'intention des brésiliens.
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