29/11/2005

São Paulo, le retour (2)

Ce lundi, jour de fermeture des musées, j'ai visité la tour Banespa, qui est un peu à São Paulo ce que la tour Eiffel est à Paris : une carte postale. Impossible de rater ce gratte-ciel datant de 1947, en plein centre de la ville, avec son lanternon sur lequel flotte le drapeau à rayures noires et blanches de l'état de São Paulo. Il s'agit du siège de la Banco do Estado de São Paulo (en abrégé : Banespa), et pour le visiter, il suffit de s'enregistrer à l'entrée avec une pièce d'identité. L'intérêt majeur de la visite est la vue fantastique qu'on a sur la ville depuis l'observatoire du 36ème étage, juste en dessous du lanternon. Par une belle journée comme celle de ce lundi, c'est grandiose. On ne peut encore une fois qu'être fasciné par la forêt de gratte-ciels qui s'étend à perte de vue. Je rappelle qu'avec ses dix millions d'habitants (quinze avec l'agglomération), São Paulo est la plus grande ville de l'hémisphère sud. Vue d'en haut, c'est presque beau, en tout cas c'est impressionnant.

Ce mardi, je suis retourné Avenida Paulista pour visiter le casarão Paulista, une des rares demeures anciennes qui reste sur l'avenue, coincée entre deux tours de bureaux. Il faut vraiment savoir qu'on peut la visiter, car rien ne l'indique à l'entrée. Je savais qu'on peut la visiter, car j'avais vu un reportage sur la Globo. Je me suis donc payé le culot de demander aux gars qui faisaient le planton, et surprise : oui, on peut visiter, c'est 5 R$ l'entrée ! C'est donc parti pour la visite, et ça vaut vraiment la peine et les 5 R$. Ce superbe hotel particulier du début du XXème siècle est malheureusement dans un triste état, qui justifierait une bonne restauration. Mais il est encore loin d'avoir tout perdu de sa superbe, l'intérieur est magnifique. Le plus drôle, c'est qu'il contient un bric à brac hallucinant : tous les meubles qui le décorait sont encore en place, et on a encore rajouté de quoi meubler deux ou trois fois l'immeuble, dans tous les styles possibles, y compris des meubles kitschs en plastique des années 70. Explication : tout est à vendre !  En fait, c'est une sorte de brocante, il y a les prix sur chaque pièce. Si on a des sous, on peut acheter, mais c'est pas donné.

J'ai terminé mes visites pour cette fois avec le musée d'art brésilien de la FAAP. Visite un peu décevante, car l'essentiel de ses collections sont cachées du public, et ne sont que rarement montrées. Il reste un ou deux espaces d'exposition, et le bâtiment lui-même, de style arts-déco avec de superbes vitraux contemporains. Il est situé dans un quartier un peu difficile d'accès : pas de métro, et une desserte en bus qui exige un savoir complexe réservé au seuls initiés. Faute de connaitre un trajet pour l'avoir déjà testé, j'ai renoncé à demander comment prendre un bus pour aller d'un point A à un point B, les réponses qu'on obtient sont tellement farfelues, embrouillées et contradictoires qu'on a plus vite fait d'y aller à pied. Le réseau de bus est extrèmement dense, mais franchement, c'est un b... incompréhensible. 

A part le métro, je me déplace donc essentiellement à pied, et ça n'est pas plus mal pour faire des découvertes. En revenant du musée évoqué précédemment, je suis passé par la très chic avenue Higieniopolis. Les grands immeubles de standing (années 70) y alternent avec de petits hotels particuliers du début du XXème siècle, qui servent de banques, de boutiques de luxe ou de sièges de consulats. Il y a également un centre commercial de grande classe, qui est magnifiquement décoré en cette péride de Noël. Cela fait maintenant trois ans que j'ai mis la première fois les pieds dans ce pays, et je m'étonne toujours autant de voir un tel étalage de luxe dans un pays où la moitié de la population peine pour arriver à mettre un peu de feijão dans son arroz (1).

Ce soir, je ne vais évidemment pas rater "Alma gêmea", la novela de 18 heures sur la Globo, car je vais en être privé pendant une bonne dizaine de jours, pendant que je serai en France. Après avoir lacéré le portrait de Luna, Cristina s'est pris une bonne claque, et franchement, elle l'a bien mérité. Rafael est certes un grand romantique (c'est le fleuriste), mais c'est pas une raison, il faut savoir cogner une femme de temps en temps. Nos amis les féministes objecteront qu'il ne faut jamais frapper une femme, même avec une rose. J'approuve, bien entendu, sauf quand elles font vraiment ch..., et dans ce cas là on a le droit d'utiliser le côté avec les épines. C'était la rubrique "macho latino" de ce blog, je rappelle qu'il est aussi possible de laisser des commentaires indignés si on est pas content. C'est vrai, je ne reçois que des mots gentils, ou au pire, c'est pour me chambrer gentiment.

J'espère que je ne vais pas manquer grand chose pendant cette dizaine de jours, car l'action a de nouveau tendance à trainer en longueur, après avoir connu quelques rebondissements. Je devrai donc pouvoir reprendre facilement la suite dès mon retour. Mais je vais quand même être un peu en manque. Pour résister, j'ai acheté la bande originale en CD. Pour cela, inutile d'aller à la FNAC (qui est présente au Brésil), il suffit de s'adresser à un des nombreux petits marchants ambulants qui déballent leurs CD dans la rue, sur une toile en plastique. Bon d'accord : c'est tout du piratage. Mais pour 2 R$ le CD (contre 28 R$ à la FNAC ...), le choix est vite fait. Et en plus, ça marche : on a le CD plus la pochette imprimée, il ne manque que le boitier cristal. Je me demandais si les gens qui gagnent quelques sous avec ce petit commerce étaient inquiétés de temps en temps pour cette pratique pas vraiment légale. J'ai eu la réponse à cette question en assistant à une scène amusante dans une rue de São Paulo : vraisemblablement avertis discrètement par un guetteur, les petits malins se sont dispersés comme une volée de moineaux à l'approche d'un agent de la maréchaussée. En moins de cinq secondes chrono, la toile en plastique sur laquelle les CD sont présentés est repliée et cachée discrètement, comme si de rien était ! Au Brésil, le piratage de la musique ne vient pas des téléchargements sur Internet, mais bien de tout ce petit commerce de rue.

En rentrant en France, je vais manquer la festa d'enfer que ne vont pas manquer de faire les torcedores (en français : supporters) des Corinthians dimanche prochain, lors de la dernière journée du championnat brésilien de futebol. Le grand club de São Paulo, au maillot à rayures noires et blanches (comme le drapeau de l'état de São Paulo) est quasiment assuré du titre : il faudraient qu'ils perdent 3 à 0, et que le second (l'Internacional de Porto Alegre) gagne par au moins 3 à 0. Les mathématiciens ont planché sur le sujet : l'Internacional n'a qu'une chance sur cent. C'est vachement sérieux, le futebol. Au Brésil, on ne connait que trois journaux français : le Monde, le Figaro, et France Football qui vient de récompenser Ronaldinho par un ballon d'or. Pour le mois de juillet prochain, préparez vous à dire en allemand : Bräsil, sechste Weltmeister ! Ou alors, c'est que le juiz est un ladrão (en français : l'arbitre est un enc... la version française est nettement plus mal polie que la version brésilienne).

(1) rappel : feijão = haricot noir, arroz = riz

 

27/11/2005

São Paulo, le retour (1)

Après avoir un peu pédalé dans la pamonha (1) lors de mon excursion à Caete, j'ai décidé, en concertation avec moi-même, de retourner à São Paulo. Pour plusieurs raisons : j'ai encore plein de choses à y voir, la date de mon retour en France se rapproche, et surtout j'ai désormais des fidèles ami(e)s dans la capitale. Samedi, j'ai revu Mirian et la charmante Fernanda. Nous avons longuement échangé (en français) nos impressions et nos connaissances sur la culture respective des deux pays. En vrac (et j'en oublie) : Daniel Balavoine, Henri Salvador, Aznavour, Nougaro, "La grande vadrouille", "Le diner de cons", l'accordéon et les petits mots pour dire quéquette. En brésilien, on peut dire "pinto" (poussin). Je sais aussi désormais que "Tico-Tico Fuba" n'est pas un air d'opérette, mais bien un classique du chorinho. On progresse tous les jours.

En cette agréable compagnie, j'ai découvert quelques bars typiques des quartiers chics de la capitale : à Vila Madalena, à Pinheiros, les endroits sympathiques pour boire un verre (ou deux) ne manquent pas. J'ai également profité de l'animation de la place Benedito Calixto, un endroit charmant et animé le samedi avec une brocante et des concerts. Je savais que l'endroit valait la peine d'être vu, mais j'y étais passé un dimanche, et le dimanche, y a rien à voir. La soirée s'est terminée en remontant l'avenida Paulista, qui est beaucoup plus agréable la nuit que le jour : elle soutient alors avantageusement la comparaison avec les Champs-Elysées, surtout en cette période de Noël où les décorations et les illuminations foisonnent. Pour profiter de cette ville et commencer à l'aprécier, rien de tel que de la parcourir avec de vrais "paulistanos", des habitants du coin. Le choc que le visiteur néophyte reçoit lors de sa première visite, en prenant en pleine face la pollution, le bruit, la saleté de certains quartiers, l'océan de béton et la circulation kafkaïenne, s'estompe peu à peu pour découvrir une ville intéressante et pleine de surprises.

Ce dimanche, le temps s'est mis au beau fixe : un ciel limpide, un petit 30 degrés avec un léger souffle d'air pour éviter de transpirer, l'occasion de se ballader longuement à pied en faisant de nouvelles découvertes. La première, c'est la visite du Museu da Casa Brasileira (musée de la maison brésilienne). Comme souvent à "Sampa", on découvre perdu au beau milieu des gratte-ciels de béton un endroit reposant et plein de charme. Cette jolie propriété du XIXème siècle avec un grand jardin abrite une collection d'arts décoratifs (meubles, tableaux, vaisselle, etc.) allant du moyen-age à nos jours. Le tout est agrémenté d'un petit concert de musique brésilienne, un groupe différent se produit tous les dimanches. Et en plus, c'est gratuit.

J'ai ensuite visité le shopping Iguatemi, qui en cette période est tout décoré pour noël, avec des sapins, des guirlandes, de la neige (artificielle, je rappelle que dehors il fait 30 degrés), des nounours, des automates et bien sûr, plein de Pères Noël. La ballade au milieu des chics demeures du quartier des Jardins m'a ensuite amené jusqu'au musée des sculptures (le MuBE) rassemble en ce moment toutes les vaches en plastique (grandeur nature) qui étaient éparpillées dans la ville au mois de septembre. Des sculptures vachement bien. J'ai terminé par la visite de musée d'art moderne du parc Ibirapuera (le MAM), qui est gratuite le dimanche. Et c'est tant mieux car j'aurai bien regretté les 5,50 R$ que coûtent la visite les autres jours. Les "créateurs" qui exposent les "installations" qu'on peut "admirer" ici se sont surpassé dans l'art du foutage de gueule du client (pardon, du visiteur). Sous prétexte que Van Gogh est mort dans la misère car personne n'avait reconnu son talent, on peut désormais accumuler un tas d'immondices et mettre un panneau en dessous pour lui donner un titre, et ça fait une oeuvre d'art. Que certains gogos achètent bien cher pour épater la galerie. Le pire, c'est qu'ils se prennent au sérieux. Moi, ça me fait plutôt fendre la poire.  

Demain, c'est lundi, et j'ai encore plein de choses passionnantes à voir et à raconter, j'aurai donc l'occasion de faire une dernière note avant de décoller pour Paname.

(1) Version locale de la semoule : une délicieuse pâtée de maïs qu'on peut consommer salée ou sucrée

24/11/2005

Caete, et il en est revenu

J'ai quitté mercredi matin Conceição do Mato dentro, ses paysages champètres avec des vaches, pour me rapprocher de Belo Horizonte. La route qui mêne vers la capitale est magnifique : elle comporte un tronçon assez impressionnant, où on redescend de la Serra do Cipo par une route en lacet, et non goudronnée (ceux qui ont le vertige sont priés de s'asseoir du côté opposé au vide). Arrivé à la gare routière, je me suis immédiatement dirigé vers l'endroit où l'on prend le bus pour Caete, une petite ville à 55 kilomètres à l'est de Belo Horizonte. Je n'avais nullement l'intention de me replonger directement dans l'agitation et la pollution de BH, et la description de Caete m'avait séduit. Petite cité historique avec des monuments et des églises de la période coloniale (j'en ai déjà vu à souhait, mais je ne me lasse pas), plus un incontournable à ne pas rater : le musée de la cachaça !

Mais il y a des jours où tout foire, et quand ça veut pas, ben, ça veut pas. A commencer par le bus pour Caete : un bus municipal "superlotado" (assis 45, debout 42, voir plus en tassant un peu). Je rappelle que je trimballe une valise de 15 kilos, et que les bus municipaux comportent un tourniquet infranchissable sauf pour un malabar, et personnellement je suis plutôt carambar. Pour ne rien arranger, ledit bus est resté arrêté en rase campagne (charmante, au demeurant) pendant environ une heure à cause d'un bouchon d'anthologie, causé vraisemblablement par les travaux sur la route. Résultat : trois heures pour faire le trajet. Heureusement que les brésiliens restent patients et agréables en toutes circonstances !

J'aterri ensuite dans une pousada, très naze : pas de chambres avec sanitaires (les WC et les douches sont collectifs), et une télé pourrie. Après vérification rapide, c'est la seule de la ville, en tout cas la moins éloignée du centre, et elle est quasi pleine. En fait, c'est une ancienne station-service reconvertie en hôtel. Après avoir été logé royalement dans un casarão XIXème siècle, ça fait un choc. Même pour 23 R$ la nuit (j'ai vu mieux et moin cher).

Soyons objectif : le centre-ville est charmant, même si il est vite visité. Il y a une très belle église baroque avec plein de petits angelots, ça faisait longtemps que je n'en avais pas vu. J'ai visité également le Solar do Tinoco, qui est la résidence de la famille Pinheiro, des célébrités locales : une splendide demeure avec des meubles d'époque (XIXème siècle). Mais j'ai fait un peu le sans-gène pour visiter, car normalement elle n'ouvre que l'après-midi. Encore une preuve de la gentillesse des brésiliens : on a ouvert exprès pour moi, le seul visiteur (depuis une semaine, si j'en juge par le livre d'or).

Et pis c'est tout. Je pensais continuer en bus vers Santa Barbara (encore 50 kilomètres plus à l'est), mais les horaires et les itinéraires des bus m'en ont dissuadé. Rester un jour de plus à la pousada ? Impossible, car elle a beau être naze, elle est complète pour la fin de semaine, ma chambre est déjà réservée pour quelqu'un d'autre. Il y a une fête, la Feira da Paz (?). Quant au musée de la cachaça, ce que ne me disait pas le guide, c'est qu'il n'ouvre que samedi et dimanche. J'ai bien téléphoné pour vérifier, et la personne qui m'a répondu m'a dit que je pouvais toujours tenter ma chance en appelant le proprio pour convenir d'un rendez-vous. Je pense que j'aurais pu réussir à visiter, mais j'ai estimé que j'avais déjà assez abusé, et surtout assez pédalé dans la semoule. J'ai donc repris le bus municipal direction Belo Horizonte : cette fois-ci, c'était la version "executivo", avec climatisation (4,70 R$ au lieu de 3,55 R$ pour la version "convencional"), et il n'a pas bouchonné. Mais il faut quand même une heure et demie pour 55 kilomètres ...

Il y a donc des jours où le meilleur moment de la journée, c'est quand on se branche à 18 heures sur la Globo pour voir la novéla. Hier soir, Cristina a aperçu le fantôme de Guto (son complice et accessoirement amant, que sa mère a zigouillé en lui faisant livrer un repas empoisonné, voir notes précédentes). Terrorisée, elle appelle Rafael pour qu'il vienne dormir à ses côtés. Elle en profite une fois de plus pour tenter de faire valoir ses droits conjugaux, après tout, Rafael a bien promi de lui faire un autre enfant. Mais encore une fois, c'est raté : Rafael a mis son pyjama à rayure et ses charentaises, et dit qu'elle doit avoir mal à la tête. Là, j'en rajoute un peu, mais en tout cas le résultat est le même : c'est "não". Je rappelle que Rafael n'est pas de la jaquette, c'est juste qu'il a signifié à Cristina qu'ils ne seraient jamais "mari et femme", en raison des nombreux mensonges qu'elle lui a raconté dans le but de l'épouser (et encore, il ne sait pas tout). Et il tient parole, malgré la chemise de nuit rouge très suggestive que porte Cristina.

Mais malgré la présence de Rafael à ses côtés (qui roupille à poings fermé, le dos tourné), Cristina n'arrive pas à trouver le sommeil. Elle voit à nouveau le fantôme de Guto, qui lui suggére d'aller détruire le portrait de Luna (la première femme de Rafael, voir notes précédentes). Tant que ce portrait demeurera dans l'atelier, Rafael continuera à venir se recueillir devant et à penser à Serena (qui est la réincarnation de Luna, je rappelle). Alors Cristina pète les plombs, monte à l'atelier et lacère le portrait de Luna. Alerté par le bruit, Rafael se réveille enfin, monte à l'atelier, écarquille les yeux en voyant le désastre, et ...

Et c'est la fin de l'épisode d'hier soir. Alors vous pensez bien que je ne vais pas rater la suite ce jeudi soir, parce qu'à mon avis, ça va ch... des bulles.

22/11/2005

Conceição do Mato Dentro

Je suis donc maintenant à Conceição do Mato Dentro depuis 4 jours, si on compte les deux nuits que j'ai passé au village de Tabuleiro (voir la note sur le sujet que j'ai complètée hier lundi). Ici, on est "vachement" bien. Après mon retour du village lundi matin par le bus, et un moment passé au cybercafé en attendant la fin de la pluie, je suis allé visiter la ville. Elle est charmante et comporte quelques monuments historiques. Bon d'accord, elle n'a pas la beauté ni l'unité de style d'Ouro Preto, de Tiradentes ou de Diamantina. Mais elle mérite vraiment un arrêt, et ça tombe bien car elle est sur la route qui mène de Serro à Belo Horizonte, autrement dit la "Estrada Real" (la route royale), celle qui permettait de transporter l'or et les diamants du Minas Gerais jusqu'à la mer pour les envoyer au Portugal, pendant la période coloniale.

Parmi les monuments de la ville, j'ai déjà parlé de la pousada où je dors : la pousada Bandeirantes, en plein centre. Je suis pour deux nuits le seul occupant de ce casarão, avec le chien du patron qui roupille toute la journée sur le tapis en haut de l'escalier. Il y a d'autres casarões (1) dans la ville, comme la prefeitura municipal (la mairie) et l'ancienne prison qui a été reconvertie en bâtiment administratif. Il y a également pas mal de petites maisons de style colonial assez bien restaurées, quelques charmantes petites maisons des années 1900-1950, et quelques églises du XVIIIème siècle que l'on ne peut malheureusement pas visiter (la principale est en restauration). Le reste est constitué de bâtiments plus récents, mais dans l'ensemble en bon état et ne déparant pas trop les monuments anciens. 

Ce mardi, j'ai fait une magnifique ballade à pied. Comme ici, il n'y a pas de carte du syndicat d'initiative ni de balisage, le mieux est d'engager un guide. C'est ce que j'ai fait, le p'tit gars (Marcelo) m'a emmener voir les beautés de la nature des environs, le tout pour une somme très modique, et en plus il aide pour passer dans les endroits difficiles, où il faut escalader. La ballade a duré plus de 4 heures et demi, et commençait par le "Salão das Pedras", un ensemble de rochers très curieux un peu au dessus de la ville. Nous avons continué par plusieurs chutes d'eau situées dans des endroits impossibles à trouver sans guide. L'eau forme des piscines naturelles dans la roche, elle est extrèmement limpide et de couleur turquoise. La cascade du Bau a même fait un trou dans la roche, d'où elle coule comme une douche.

Marcelo m'a également fait goûter un petit fruit typique qu'il connaît bien, une sorte de groseille verte qui porte prosaïquement le nom de "fruto verde", sans plus de précision. Nous avons vu une chouette, trouvé un petit cristal de roche, et longuement examiné un défilé de fourmis (très exactement, un insecte social qui ressemble et qui s'appelle "cupim"). Tout cela nous a amené à une heure de l'après-midi, et après il fallait bien rentrer pour manger, quand même. Pour aller plus vite au retour, Marcelo a fait du stop a une connaissance, et nous avons pu ainsi rentrer en ville à l'arrière d'une bétaillère (à la place des vaches). Quelle aventure !

Il y a encore plein de choses à faire ici, car Conceição do Mato Dentro est la capitale de l'écotourisme du Minas Gerais. C'est vrai qu'ici, on est vraiment proche de la nature. Au village de Tabuleiro, les poules qui circulent un peu partout rentraient jusque dans la pousada. Il fallait faire "Xô, galinhas !" (2) pour les faire sortir, parce qu'une poule c'est rigolo, mais ça caque. J'ai aussi été très impressionné par le bruit que font la nuit les grillons, criquets, et divers batraciens. Il y a également une pléthore d'insectes qui sont atirés par la lumière dès la nuit venue, il vaut donc mieux rester dans une demie pénombre si on ne veut pas être importuné. La campagne, quoi !

Demain mercredi, je pense retourner vers Belo Horizonte, mais je ne compte pas m'y arrêter, car le choc serait trop brutal. Il y a encore à visiter la Serra do Cipo, la ville de Caete, quelques grottes, ... Je n'aurai pas le temps de tout faire, je dois penser à retourner sur São Paulo, où j'essayerai d'être le 28 (je décolle le 30).

(1) Rappel : un casarão, des casarões (belles demeures de la période coloniale)

(2) A peu près : "Ouste, les poules !"

21/11/2005

Que faire à Conceição do Mato Dentro quand il pleut ?

En voilà un titre qui pose la bonne question. Certains répondraient : aller au bistrot, aller au cinéma, aller voire les filles, etc. Moi, je vais au cybercafé, et j'en profite pour raconter le résumé les derniers épisodes de "Alma gêmea", la novela de 18 heures sur la Globo, devant laquelle je suis scotché tous les jours tel le junkie moyen en attente de sa dose. Je ne suis d'ailleurs pas le seul, puisque la novéla tourne en moyenne autour des 40 points d'IBOPE (équivalent : Audimat). Sur une base de 180 millions de brésiliens (plus quelques farfelus dans mon genre), ça fait du monde devant le poste !

Nous en étions resté au moment où Guto, le complice de Cristina dans tous les coups tordus, s'échappait de la prison du commissariat. Bien décidé à se venger de Cristina (qui n'a fait rien qu'à profiter de lui, en le séduisant), il décide de reprendre son dû : les bijoux de Luna, la première femme de Rafael. Je n'ai pas encore eu le temps d'expliquer cette sombre histoire de bijoux. Guto ne s'est pas contenté de tuer Luna d'un coup de pistolet, il lui a également volé ses bijoux, et pour le compte de qui ? Toujours cette s... de Cristina, bien entendu ! Cette dernière les maintient dans un endroit connu seulement par elle et sa mère Debora, dans la maison de Rafael (qui croit que ces bijoux ont disparu depuis longtemps). Il faut préciser que dona Debora est la soeur de dona Agnes, l'ex belle-mère de Rafael, donc par conséquent la tante de Serena, puisque Serena est la réincarnation de Luna. Donc Cristina est également la cousine de Serena, pour les mêmes raisons. Moi-même, ça m'avait échappé jusqu'ici.

Profitant de l'absence de tout le monde, Guto s'introduit donc dans la demeure, et mû par un instinct infaillible, trouve les bijoux sans trop chercher (pour une fois, il n'est pas jugé bon de faire perdre son temps au téléspectateur). Mais Cristina rentre à l'improviste, et tombe nez à nez avec Guto. Elle tente une fois de plus de l'embobiner, mais cette fois-ci ça ne marche pas : il l'envoie promener, au propre comme au figuré. Cristina se retrouve projetée en bas de l'escalier, inconsciente. Alerté par le vacarme, Rafael (qui travaillait dans la serre) acourre aussitôt, mais ne peut que constater l'accident. On fait venir une ambulance, Cristina est transportée jusqu'à l'hopital à São Paulo.

A l'hopital, elle est examinée sous toutes les coutures : rien de grave, mais une évidence s'impose : elle n'était pas enceinte ! Pour l'instant, seul le docteur Eduardo, le médecin de la famille, est mis dans la confidence. Rafael l'ignore encore, il croit toujours que Cristina était enceinte de lui. Et ça arrange bien (provisoirement) les affaires de Cristina et Debora : elles vont faire croire que la chute a provoqué la perte du bébé. Cristina profite de la situation pour demander à Rafael de lui faire un autre enfant avec lui (celle-là, même dans le coltard, elle perd pas le nord) ! Bien entendu, ce couillon de Rafael accepte, ce qui va surement encore compliquer les choses;

Pendant ce temps là, Guto va planquer les bijoux dans un endroit impossible, sans même en informer son complice Xavier. Il décide ensuite d'aller régler son compte a Serena, car Cristina a eu le temps de lui révéler que Serena sait dorénavant que c'est lui qui a tiré sur Luna, cela grace à la thérapie mediumique du docteur Julian, qui lui a permis de se rappeler de sa vie antérieure, quand elle était Luna. Il trouve un subterfuge pour atirer Serena jusqu'à sa planque, s'aprète à lui tirer dessus, mais Helio (qui craignait un piège) intervient. Dans la confusion, l'arme aterri dans les mains de Serena, qui à son tour, maintient Guto dans sa ligne de mire.

C'est alors qu'il se passe un truc qui n'arrive que dans les novélas. Serena baisse l'arme, et adresse un long discours à Guto en disant qu'elle lui pardonne. Guto est bouleversé : il part les larmes aux yeux et courre se réfugier dans une église. A ce stade de l'histoire, on pense qu'il va se faire prêtre, mais non, faut quand même pas pousser. Il prend une grande décision : il va se livrer à la police, et tout balancer pour allèger sa conscience. Et ça, c'est vraiment la grosse tuile pour Cristina et sa mère Debora ! Alors la vioque décide d'employer les grands moyens : elle va empoisonner Guto avant qu'il parle. Elle y parvient, avec l'aide d'Ivan, le chauffeur de Cristina : Debora fait livrer par ce dernier un repas empoisonné à la prison. Mais personne n'est vraiment dupe : l'autre qui clamse juste avant de tout révéler, c'est louche. Rafael exige du commissaire qu'il y ait une enquète pour savoir comment une tierce personne a fait livrer un repas de l'extérieur à la prison. Cristina et Debora se retrouvent à nouveau dans une situation délicate, car Ivan décide de les faire chanter (il ignore que le repas qu'il a porté était empoisonné, mais il trouve ça louche aussi).

Et pour ne rien arranger, le docteur Eduardo apprend que Cristina n'est jamais allé cherché les résultats de son test de grossesse, celui que Rafael lui avait demandé de faire, car il avait des doutes. Comment Cristina a t-elle donc pu présenter à Rafael un résultat de test positif ? Lui ne le sait pas encore, mais les téléspectateurs de la Globo qui ont bien suivi (ainsi que les fidèles lecteurs de ce blog) savent que c'est encore la vieille (dona Debora) qui a tout manigancé en envoyant la petite Dalila faire le test à la place de Cristina. J'espère en savoir plus dès ce soir, mais vous, vous allez devoir attendre plusieurs jours avant de savoir la suite. Vous allez savoir ce que c'est, pour l'exemple. On ne proteste pas, c'est comme ça, c'est moi qui écrit ce blog. Vous pouvez toujours tenter d'aller voir sur le site de la Globo, mais c'est tout en Portugais. Z'avez qu'à apprendre (une bonne adresse : voir plus haut la pub pour l'association de mon excellent ami Lamartine Bião).

20/11/2005

Cascade do Tabuleiro

Nous sommes lundi après-midi, et j'ai encore médis, car même ici à Conceição do Mato Dentro, 18 000 habitants, il y a une très bonne "lan-house", et pas chère en plus. Il n'y a pas de route goudronnée pour venir de Serro, mais il y a un café Internet ! J'en profite donc pour développer un peu plus ma visite de Tabuleiro, samedi et dimanche.

Je suis arrivé samedi matin de Serro par le bus. Rien à signaler, à part un léger retard d'une demie-heure au départ. Le bus était en bon état, et la route en terre était parfaitement praticable, malgré la pluie abondante de la veille. La piste secouait juste un peu plus que la route goudronnée, et le bus va un peu plus lentement. Même pas de détours biscornus par des villages perdus, la route directe. Le trajet de Serro à Conceição do Mato Dentro a donc duré à peine plus d'une heure et demie pour une distance d'environ 65 kilomètres. Le paysage est charmant : des prés avec des vaches et des palmiers, des petites rivières et même des forêts où la main de l'homme n'a apparemment jamais mis le pied.

Arrivé à Conceição do Mato Dentro, ma première idée était de m'installer dans une pousada de la ville et de chercher un guide pour aller jusqu'à la cascade do Tabuleiro, la plus belle du Brésil, selon le "Guia 4 Rodas". C'est ce que je fais : je prends un taxi, je m'arrête à une pousada, je déballe tout mon bazar et je retourne voir le patron en expliquant que je souhaite aller à la cascade, à 20 kilomètres d'ici par une route en terre. Arrive alors une chose impensable en France. Le patron me dit qu'il n'y a pas besoin de guide pour y aller, et me conseille de prendre un taxi (35 R$) pour aller là en haut, et de loger sur place. Il me dit que tant pis, il perd un client, mais ce sera mieux pour moi pour profiter de l'endroit ! Je remballe tout mon bazar, je reprend le même taxi (qui était resté pour discuter avec le patron), et direction Tabuleiro, le village, que nous atteignons en environ une demi-heure.

Me voici donc sur place à Tabuleiro, 300 habitants, dans une bonne pousada tout confort. Je vais déjeuner dans LE restaurant du village, sympathique et pas cher (j'exagère, il y a d'autres endroits pour manger, mais ce sont des boui-bouis). Et après, j'entreprend de me diriger vers la cascade à pied. Plan qui tombe vite à l'eau, car il se met immédiatement à pleuvoir comme vache qui pisse, je rebrousse donc chemin. J'en profite pour faire la sieste, puis je profite d'une éclaircie pour faire une nouvelle tentative, au moins aller jusqu'au village. Tentative ratée, car il se remet à pleuvoir des cordes, et je trouve refuge dans l'épicerie du village, le temps que le gros de l'averse passe. Je décide donc que se sera une journée sans, et je retourne à la pousada pour faire une séance télé. Sur la Globo, il y avait "Velocidade maxima", l'histoire du bus qui ne peut pas rouler à moins de 50 miles à l'heure, sinon il explose (1). Suivi bien entendu de "Alma Gêmea", que je ne pouvais évidemment pas rater, prochainement le résumé des derniers épisodes.

Le soir, après le diner, j'ai été invité à participer à une partie de "Banco imobiliario", en français : Monopoly. Le jeu qui a fait la fortune de la société Hasbro existe au Brésil depuis 1944 : les noms des rues sont celles de Rio de Janeiro et São Paulo, et les gares sont remplacées par des "viações" : viaçao de taxi, viação de onibus, viação de trem, viação de navigação. La partie a été acharnée : j'ai gagné beaucoup de reals avec mon hôtel à Copacabana, mais j'ai finalement été lessivé en tombant sur Morumbi, le très chic quartier de São Paulo où mon dernier adversaire avait un hôtel (équivalent : rue de la Paix).

Le lendemain, le temps a daigné se lever, alors j'entreprend à nouveau l'ascension, cette fois avec succès. Il y a environ 4 kilomètres à pied pour se rendre à la cascade depuis le village, ce qui n'est normalement rien du tout, sur du plat et par un temps frais. Mais il fait plus de 30 degrés et ça grimpe sec (250 mètres de dénivelé), alors j'ai transpiré des litres. Mais ça vaut la peine, quel spectacle ! Une chute d'eau de 273 mètres de haut, sur un grand cirque de falaises. Et comme il a bien plu les jours derniers, la cascade ne manquait pas d'eau ! On peut descendre jusqu'en bas de la chute pour se baigner dans la piscine naturelle qui s'y est formée, mais la chaleur a eu raison de mon courage, et j'ai préféré rentrer déjeuner. L'après-midi, j'ai juste fait une petite ballade pour aller au Poço Pari, un endroit où la rivière forme une piscine naturelle. L'eau n'est pas très propre et a une couleur très foncée a cause des sédiments, mais ça n'empêche pas les gamins d'y faire des plongeons. On ne va pas les disputer pour ça, surtout que le soleil s'est mis à taper fort, et le thermomètre est monté à 38 degrés.

Le soir, j'ai rencontré le français (Eric) qui vit ici depuis 1998. Il a acheté une petite maison isolée, sans éléctricité, qui fait pousada pour ceux qui veulent vraiment être proche de la nature. Il gagne aussi quelques sous en vendant des sculptures sur bois de style délire contemporain. Je suis moi même un peu farfelu, mais j'aime bien mon petit confort, alors je ne peux que saluer son courage. Comme on a discuté un grand moment, LE restaurant était fermé quand j'ai voulu aller diner (ce que je comprend bien, puisque j'étais quasiment le seul client et qu'il était plus de 9 heures du soir). Je suis donc aller diner dans un des boui-bouis. Si le cadre manquait de classe, la nourriture n'était pas moins bonne. Il y avait même des bonnes "batatas fritas". Du coup, j'ai à peine touché aux traditionnels arroz, feijões, etc. Au grand étonnement de la patronne.

Concernant la présence incongrue d'un ordinateur avec Internet à haut-débit dans le local flambant neuf à l'entrée du parc naturel (2), j'ai eu l'explication par Eric. Il y a une fondation à but vaguement social et écologique qui a investi ici pour construire ce local. La fondation est présidée par une belle-fille (?) de Danielle Mitterrand, d'ailleurs l'ex-première dame est venue une fois ici. Un des buts de la fondation était de donner des cours d'informatique aux locaux, mais le projet a fait long feu : je rappelle que pour monter à pied jusqu'à l'entrée du parc depuis le village, il faut en vouloir. Alors, faute de minibus pour emmener les enfants, le local est quasiment inutile. La construction a coûté 800 000 R$, et comme souvent au Brésil, certains en ont profité pour s'en mettre discrètement dans les poches. Encore du pognon foutu en l'air, dans un pays qui n'a pas vraiment le luxe de pouvoir gaspiller. J'oublie le plus beau (ou le plus triste) : personne au village n'a le téléphone, il y a juste une cabine publique à côté de l'église !

Ce matin, je suis redescendu à Conceição do Mato Dentro par le bus. Car aussi incroyable que cela puisse paraître, même pour desservir ce coin paumé au bout de 18 kilomètres de piste, il y a un bus. Il ne faut pas le rater, il y en a un par jour. Et il est plein. Il faut compter une heure, mais c'est beaucoup plus folklorique que le taxi, et surtout beaucoup moins cher : 2,30 R$ pour le trajet. Rien a voir avec le bus de "Velocidade maxima", celui-ci doit plutôt exploser quand il dépasse les 50 kilomètres heure. Mais comme dans le film, j'ai cru un moment que tout le monde allait devoir se mettre du même côté pour prendre un virage.

Comme il pleut encore cet après-midi, il n'est pas exclu que je passe deux nuits à Conceição do Mato Dentro. D'autant plus que la ville est très sympathique, et que la pousada est installée dans un magnifique casarão du XIXème siècle, où je suis encore le seul client.

(1) En français : "Speed", avec Keanu Reeves et Sandra Bullock

(2) J'avais tapé une mini-note depuis cet ordinateur, que ceux qui ont vu le blog dimanche soir ont pu lire

18/11/2005

Serro

Je n'ai pas raté le bus de 8h15 pour Serro, j'ai donc bien quitté Diamantina, en hésitant un peu car c'est vraiment un endroit de charme où on se plait à rester. Le trajet de Diamantina à Serro est folklorique. Comme la ligne est petite avec très peu d'horaires (pas de bus le samedi !), le véhicule utilisé accuse un peu son âge : les banquettes en simili-skai à rayures marrons et oranges et l'usure des plastiques permettent de le dater, période années 70. En côte, le bus atteint péniblement les 20 kilomètres heure, et la marche arrière fait un bruit de tondeuse à gazon. Mais j'ai vu pire (1). De plus le trajet n'est pas vraiment direct : le bus fait un détour de 20 kilomètres pour desservir Gouveia, un arrêt de 20 minutes à Datas et un autre détour de 10 kilomètres pour desservir Presidente Kubitschek, en empruntant une route partiellement non goudronnée. Datas et Presidente Kubitschek (nommée ainsi en hommage au président JK, voir notes précédentes) sont deux trous fort sympatiques, avec quelques petites maisons coloniales pas vraiment réstaurées et des "Igreja Matriz" de style indéfini (ça ressemble à du baroque, mais je pense que c'est du contemporain). La route passe au milieu de la cambrousse, avec des vaches jusque sur la route. Le paysage est charmant, on peut apercevoir des petites chutes d'eau et des araucarias, qui sont un peu perdus ici à plus de 1000 kilomètres de Curitiba (2).

J'arrive donc à Serro au bout de plus de deux heures et demi de bus pour une distance théorique de 82 kilomètres. Mais ça tombe bien, je suis pas pressé. Et ça vaut le voyage : encore une magnifique cité coloniale, avec de grands casarões (3) tout bien restaurés et quelques belles églises du XVIIIème siècle. C'est presque aussi joli que Diamantina, même si la ville est plus petite et plus rapidement visitée. Parmi les édifices les plus remarquables : la prefeitura municipal (la mairie), qui est paraît-il le plus grand immeuble colonial de l'état du Minas Gerais; la magnifique pousada Vila do Principe (la plus belle de la ville), installée dans la casa de Pedro Lessa, dans la rue principale; le casarão du Barão de Diamantina; la chacara (4) du Barão de Serro (mon coup de coeur : j'achèterais bien !). On ajoute la visite du sympatique musée Casa dos Ottonis qui abrite des collections d'art religieux et de traditions rurales, et l'igreja matriz Nossa Senhora da Conceição, qui est malheureusement la seule ouverte au public sans passer par un guide, et on a fait le tour de la ville. Il ne faut toutefois pas manquer de monter jusqu'à la chapelle Santa Rita par le grand escalier qui part de la praça João Pinheiro, pour admirer la vue.

D'un point  de vue gastronomique, l'adresse à tester est le restaurant Itacolomi, installé au premier étage d'un superbe casarão de la praça João Pinheiro, où on peut faire un repas pour moins de 10 R$ avec boisson, entrée, plat de résistance, fromage, dessert, café et pousse-café (je m'en suis tiré ce midi pour 7 R$ avec le tout). Tout est en libre service, y compris le pousse-café qui est stocké dans une bombonne d'eau minérale de 5 litres avec marqué dessus bien lisisiblement "cachaça", pour ne pas se tromper. En fait, on n'a pas trop le choix pour manger, les autres restaurants sont plutôt du genre boui-boui.

Je ne vais passer qu'une nuit ici : la pousada Serrana, où je suis descendu, est en effet complète la nuit de samedi : il y a un mariage à la chapelle Santa Rita. Je me dirige donc dès demain vers Conceição do Mato Dentro, un trajet qui promet d'être encore plus folklorique que celui d'aujourd'hui (vendredi). En effet, je dois rentrer sur Belo Horizonte, et pour y aller d'ici, il y a deux routes : la goudronnée, qui n'est pas directe, et qui passe par des villes de sidérurgie; la directe, qui n'est pas goudronnée, et qui passe par la Serra do Cipo et Conceição do Mato Dentro. Devinez laquelle je vais prendre ?

Le problème, c'est qu'il y a eu en début d'après-midi un orage monstrueux : il a plu à seaux, d'ailleurs ma chambre a failli être inondée, le gérant a dû passer la raclette et la serpillère en urgence. La fiabilité de la route en terre risque donc sérieusement de s'en ressentir. Mais de toute façon, ça ne pourra jamais être pire que la route entre Macapa et Oiapoque (voir la fameuse note du mois de juillet "Dans la jungle de l'Oyapock ...", section "Archives"). Jusqu'ici, je n'ai jamais eu à pousser le bus.

Conceição do Mato Dentro ne doit pas avoir de cybercafé, il y a donc une forte probabilité pour que je tape la prochaine note de Belo Horizonte. D'ici là, j'espère pouvoir faire l'excursion jusqu'à la cascade do Taboleiro, qui a été élue par le guia 4 Rodas la plus belle du Brésil. Le tout sera de trouver une agence ou un guide pour la faire, car il y a encore 16 kilomètres de piste depuis Conceição do Mato Dentro pour s'y rendre !

(1) Voir la note du mois de juin sur Conceição da Barra (section "Archives")

(2) Voir les notes sur le sud du Brésil

(3) Rappel : un casarão, des casarões (grandes et belles demeures de la période coloniale)

(4) Chacara : propriété rurale entourée de jardins et de cultures

17/11/2005

Diamantina (2)

Déjà deux nuits à la pousada Reliquias do Tempo, le temps passe trop vite. Outre son musée privé sur le diamant et son salon JK (prononcer "Jota Ka"), en hommage à Juscelino Kubitschek, la pousada compte également une chapelle privée et une bibliothèque. Le petit déjeuner est délicieux, dans un cadre charmant. Le tout pour 60 R$ la nuit (j'ai eu une réduction pour 3 jours), soit sensiblement le prix d'une nuit au Formule 1 de Vesoul. Je resterais bien, mais je compte les jours avant le retour, qui se rapproche.

Ce matin, j'ai visité la maison de Juscelino Kubitschek, une toute petite maison coloniale sans prétention où le futur président a passé son enfance. Elle a été pieusement conservée et restaurée, transformée en musée. En 1905, dans le milieu modeste où il a été élevé, on ne mangeait pas à sa faim. JK a passé la fin de sa vie de retour au pays, et est mort tragiquement, en 1976, dans un accident de voiture.

J'ai également visité la charmante église do Rosario, avec son magnifique plafond en trompe l'oeil, peint sur bois. Le musée du diamant, qui contient également de très belles pièces d'art religieux, des armes anciennes, etc. Et la Casa da Gloria, la carte postale de Diamantina, avec son curieux passage entre les deux parties, au dessus de la rue. La Casa da Gloria abrite aussi un charmant musée avec des cartes anciennes. Bref, à Diamantina, il y a de quoi visiter pour un séjour culturel. Il y a des restaus sympas et pas cher, on peut donc ajouter le séjour gastronomique, au séjour culturel et de charme. Pas de faute de goût, tout est parfait. Un petit paradis !

Du coup, je me suis à nouveau intéressé aux belles demeures de charme qu'on peut acheter. J'en ai trouvé deux. Une à 200 000 R$, pour environ 200 mètres carrés, avec un petit jardin, charmant, dans une rue proche du centre. L'autre, quasiment un palais, sur une des places centrales de la ville, environ 600 mètres carrés, autour d'un patio, avec un grand jardin contenant des arbres fruitiers. Prix de la merveille : 500 000 R$, soit le prix d'un beau deux-pièces à Paris. Attention, y a du boulot pour rénover, parce qu'à l'intérieur, c'est habitable, mais ça ressemble pas vraiment à un palais.

Parmi les arbres fruitiers du jardin, il y a un magnifique jabuticabeira, et je n'ai pas résisté de goûter le fruit en le cueillant directement sur l'arbre. Le jabuticaba est le fruit du jabuticabeira. On en trouve ici de partout sur les marchés, c'est pas cher. Le fruit ressemble à un grain de raisin noir, sans pépins. Il est délicieux, mais il vaut mieux recracher la peau qui est un peu épaisse. On peut en faire du vin, ça donne un genre de vin liquoreux style Banyuls. Mais ce qui est vraiment curieux, c'est que les fruits poussent directement sur le tronc. Ca surprend un peu au départ, car on peut croire que l'arbre est malade, tellement le tronc est couvert de petites boules noires. Je ne crois pas avoir déjà vu des jabuticabas sur le marché de la place de la Nation. Ca ne doit pas supporter le voyage. C'est donc pour les pauvres brésiliens.

Le problème, c'est que le Real ne cesse d'augmenter. Tant mieux pour les brésiliens qui vont passer leurs vacances en Europe, mais facheux pour le touriste européen en vacances au Brésil. Le Real a gagné plus de 30 % depuis le début de mon séjour au mois de mai ! La faute à l'économie brésilienne qui pète le feu, et n'est même pas perturbée par les affaires de corruption qui minent le gouvernement Lula. Il faut toutefois préciser que les pauvres ne profitent pas vraiment de cette embellie, avec l'équivalent du SMIC à 300 R$ par mois (pour ceux qui ont un boulot). Et après, je vais me plaindre. Les français sont des gros raleurs, et je suis un authentique français. Scrogneugneu.

Demain vendredi à 8 heures, je prend la route pour Serro, à seulement 80 kilomètres d'ici. Il ne faut pas rater le bus, car le suivant est dimanche à 15 heures. Et je serais obligé de rester à la pousada. Notez bien, ça ne serait pas trop pénible.

16/11/2005

Diamantina (1)

Après deux jours de relache pour cause de déplacement et de jour férié, me voici de retour sur le blog. La journée du lundi fut essentiellement consacrée au trajet d'Araxá à Belo Horizonte, un peu plus de 5 heures et demi de bus. Arrivé à BH, j'ai repris mes habitudes à l'hotel Bragança, où j'étais déjà descendu la fois précédente (voir les notes sur Belo Horizonte). Je n'ai pas veillé à des points d'heure en faisant la java, car le lendemain mardi, j'avais encore 5 heures de bus pour aller à Diamantina. J'ai juste battu mon record du diner le moins cher : 1 R$ pour deux pasteis (gâteaux) plus un jus de fruit, la promotion du jour dans un boui-boui en bas de l'hotel, une adresse comme il y en a des centaines dans la capitale du Minas Gerais.

Le trajet de Belo Horizonte à Diamantina est superbe : on passe par des paysages sauvages de plateaux calcaires, à plus de 1200 mêtres d'altitude, en faisant des kilomètres sans voir âme qui vive. Même les vaches ont quasiment disparu. Diamantina est donc très isolée, c'est encore une fois ce qui explique que cette ville coloniale du XVIIIème siècle ait traversé deux siècles sans altérations majeures. Les premiers aventuriers à venir dans cette contrée quasi désertique ont été atirés par les diamants, d'où le nom de la ville. C'est la dernière grande cité historique du Brésil que je n'avais pas encore visitée, et je ne m'en lasse pas. D'un point de vue architectural, Diamantina vaut largement Ouro Preto, même si l'ancienne capitale de Minas Gerais est inégalable pour la beauté de ses églises baroques. 

Je suis arrivé un 15 novembre, jour qui est férié ici au Brésil : c'est la date de commémoration de la proclamation de la république, en 1889. Les rues étaient un peu désertes, tout était fermé, mais j'ai eu droit au concert de la fanfare municipale, qui a éxécuté (!) les grands standards de la musique nationale (Brasil, Bahia, etc.), ainsi que "La Mer" de Charles Trénet, air qui est un peu exotique ici. On arrivait à reconnaître la mélodie entre les fausses notes, mais ce n'est pas un reproche, car l'essentiel était de mettre de l'animation, et les gens sont venus nombreux pour applaudir la "banda", comme dans la chanson de Chico Buarque (1).

Dès ce matin, j'ai donc entrepris la visite de la ville, en commençant par la maison de Xica da Silva. Xica, ou Chica (diminutif de Francisca), a vécu au 18ème siècle et est une légende nationale. C'est un personnage historique, mais on ne possède aucun portrait d'elle (comme Dona Beja, voir note précédente). On se doute juste qu'elle devait être très belle et très intelligente, car elle a réussi à mettre le grapin sur João Fernandes, un portugais qui était le plus gros négociant en diamants de la région, et a lui donné 13 enfants. Tout cela sans se marier, pour une bonne raison : Xica était mulâtre, et à l'époque, une noire n'épousait pas un blanc : c'était interdit par les conventions sociales. Le personnage a beaucoup inspiré les artistes, puisque il y a eu le film (1976) et la novéla (1996), actuellement rediffusée sur SBT, avec Taís Araújo dans le rôle de Xica. Si la vraie Xica ressemblait bien à Taís Araújo, on comprend mieux pourquoi l'autre s'est fait avoir.

J'ai également visité la chapelle impériale do Amparo, une splendide petite église. On peut monter dans la tour pour voire la ville. J'ai ensuite visité la petite église do Bomfim, puis la très belle église do Carmo. Et c'est tout pour aujourd'hui, j'en garde pour demain, car je reste jusqu'à vendredi. Pour deux raisons : vendredi matin, je prend le bus pour Serro (il n'y en a que trois par semaine le matin), et surtout c'est avec grand plaisir que je profite de l'excellente pousada Reliquias do Tempo, la bien nommée. Une adresse à ne pas râter à Diamantina. Elle est installée dans un superbe casarão colonial, comme la plupart des auberges de charme de la ville. Mais celle-ci bénéficie d'une décoration intérieure somptueuse : un vrai musée. D'ailleurs la maitresse de maison nous fait visiter son mini-musée personnel, consacré à l'histoire de l'extraction du diamant dans la région. Les gros filons se sont épuisés depuis le XVIIIème siècle, mais il arrive encore d'en trouver de temps en temps de nos jours, en utilisant des techniques plus modernes.

Tout dans la décoration et le mobilier de la pousada est constitué d'antiquités. Mêmes les grosses clés de chambres, en fer forgé, sont des pièces de collection. La collection personnelle comprend même d'authentiques pièces historiques, comme cette guitare dédicacée par Juscelino Kubitschek. Paradoxe : l'ancien président brésilien (de 1955 à 1960), le fondu d'architecture contemporaine, le constructeur de Brasilia, est né ici, dans une cité quasiment exclusivement constituée de bâtiments anciens. Même si je ne partage pas ses goûts pour les bâtiments audacieux à structure de béton de la capitale brésilienne, j'ai une certaine admiration pour le personnage. Il est d'ailleurs difficile d'ignorer que le grand homme est né ici : il y a sa statue, la place Juscelino Kubitschek, le lycée Juscelino Kubitschek, etc. Belle réussite pour un petit fils d'émigrants tchèques arrivés au Brésil sans un sou.

Dans la pousada, on prend le petit déjeuner autour d'un authentique poêle à bois en fonte, qui permet de maintenir le café à bonne température. La seule concession de la pousada à la modernité est la présence de la télévision, pour voir bien entendu les belles novelas romantiques, en costume d'époque : "Alma Gêmea", sur la Globo (2), "Xica da Silva", sur SBT (voir plus haut), et depuis hier à 9 heures du soir, "A Escrava Isaura". La Rede Record rediffuse en effet son plus grand succés, librement adapté du roman abolitionniste de Bernardo Guimarães (1875). La novela a été vendue un peu partout dans le monde latino, notamment au Portugal et au Vénézuela (autre grand consommateur de novelas). Bien entendu, je n'ai pas raté la première, même si je n'ai pas l'intention de me laisser embobiner pour voir la suite, car j'ai quand même des choses plus importantes à faire à 9 heures du soir (comme aller diner, par exemple). L'histoire, c'est celle de la fille d'une esclave noire et d'un contremaître blanc, qui naît avec la peau très claire, mais reste une esclave par les lois de l'époque (un fils d'esclave naît esclave). Elle est pourtant élevée comme une jeune fille bourgeoise, car elle a été recueillie (après la mort de la mère) par la femme du propriétaire blanc, qui est bien entendu le méchant de l'histoire puisqu'il continue à la considérer comme une esclave, d'où le ressort du drame. Mais j'ai dit que je ne regarderai pas. Soyons ferme sur les principes. Non mais.

(1) Chico Buarque, "A banda"

(2) Prochainement le résumé des derniers chapitres !

14/11/2005

Araxá (2)

J'ai visité aujourd'hui l'attraction principale d'Araxá, celle qui justifie le voyage : les Termes et le Grand Hotel. Ils sont situés à 6 kilomètres de la ville, mais il est très facile d'y aller en prenant le bus municipal, pas besoin de prendre un moto-taxi, et en plus c'est moins cher. Pas besoin non plus de résider au Grand Hotel (à partir de 300 R$ la nuit, plus de 100 Euros) pour en profiter : on peut faire la visite guidée pour 7 R$. L'ouvrage date de 1944 et a été inauguré par le président Getulio Vargas. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on est très loin de l'ambiance du bar do Betão (voir note précédente). Lustres en cristal de Bohème, marbre de Carrare, parquets en marquetterie, rien ne manque pour faire chic et cher. Pour le même prix, nous avons eu droit à la visite de la suite gouvernementale (il y a aussi la suite présidentielle, mais elle est quasiment identique). L'appartement doit faire dans les 130 mètres carrés. Tout date des années 40, y compris la robinetterie et les sanitaires, et tout est admirablement conservé. Un vrai voyage dans le temps et dans le luxe.

Je me suis également payé un petit plaisir : pour 9 R$, la visite de la piscine énergisante, dont les eaux ont parait-il un pouvoir relaxant et déstressant. Je ne sais pas si c'est efficace sur un individu stressé, mais sur moi, ça a bien marché. Peut être est-ce du à la composition chimique de l'eau. Mais je pense que la température de la flotte (environ 37 degrés) et le charme délicat de la décoration années 1940 ont un effet également bénéfique. Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de barbotter dans de la soupe en admirant de délicats azulejos style arts-décos. En tout cas, c'est vachement mieux que la piscine municipale de Courbevoie.

Je suis en revanche plus réservé sur les propriétés thérapeutiques de l'eau minérale locale, en usage interne (pour boire, quoi). J'ai goûté l'eau de la source Andrade Junior, et la gorgée a repris quasiment immédiatement le chemin des égouts. Cette eau a un horrible goût sulfureux, et est censée traiter des maux aussi différents que le diabète, l'obésité, la goutte, les rhumatismes, les problèmes de peau, etc. Une chose est sûre : je ne m'en servirais même pas pour arroser mes plantes vertes. Et je dis que ça ne vaut pas une bonne cachaça, qui a sensiblement les mêmes effets bénéfiques (sauf peut-être contre le diabète). L'autre source, la source Dona Beja (du nom de la célèbre courtisane, voir note précédente), est radioactive, a des doses infinitésimales, ce qui est censé activer le métabolisme et stimuler la diurèse. A la limite, on peut en faire des glaçons pour mettre dans la caïpirinha.

On peut ensuite se promener dans le parc des eaux, qui est charmant. La ballade permet d'admirer le Grand Hotel sous toutes ses coutures. Si intérieurement, il est décoré avec luxe et raffinement, l'architecture extérieure est assez kitsch, avec un style mêlant les influences toscanes, bavaroises et chinoises. On peut aller également jusqu'au charmant Hotel Colombo, de plus pur style arts-décos (1930). Si on a du temps a perdre (c'est mon cas), on peut pousser juqu'aux ruines de l'Hotel Radio, un ouvrage construit en 1919 et qui eut ses heures de gloire (il reçut la visite de Santos Dumont, "le père de l'aviation"), et fut détruit par un incendie.

Je ne vais finalement pas rester demain lundi à Araxá, j'ai acheté mon billet de bus pour Belo Horizonte, où je devrai arriver vers 14 heures après cinq heures et demi de bus. Il me reste à peine 15 jours pour ce second séjour au Brésil, et le programme sera grosso modo le suivant : Diamantina, Serro, puis direction Rio de Janeiro avant de repartir pour São Paulo, pour décoller vers la France, où j'espére ne pas arriver en pleine guerre civile.

Comme cette note serait un peu courte ainsi, vous allez avoir droit au résumé des derniers épisodes de "Alma Gêmea", la novela de 18 heures sur la Globo, devant laquelle je suis collé telle une huitre à son poteau. Nous en étions resté au moment où Rafael envoyait promener Cristina, qui tentait de faire valoir ses droits et ses appats pour consommer le mariage, lors de la nuit de noce. Rafael, qui est toujours amoureux de Serena, refuse d'honorer sa nouvelle épouse, qui n'a fait rien qu'à lui raconter des mensonges. Cristina ne se démonte pas, et décide de mettre le paquet. Elle tombe la chemise de nuit devant Rafael, mais pas devant les téléspectateurs frustrés de la Globo, qui ne voient que le haut de ses épaules. Faut pas rêver, je rappelle que la novéla de 18 heures est classée "L", c'est à dire tous publics. S'ensuit un échange très "quente, quente" entre les deux jeunes mariés, que je vais tenter de retranscrire en conservant le style impayable des dialoguistes de la Globo :

Cristina : "Ne suis-je pas désirable ainsi ?"

Rafael : "Je ne dis pas. Tu es très belle. N'importe quel homme te désirerait ..."

Cristina : "Serait-ce à dire que tu ne serais pas ... homme."

Rafael : "Je suis beaucoup plus homme que tu ne l'imagines. Je pourrais te renverser tout de suite sur le lit. Mais ..."

Etc. J'abrège, car à ce stade, les téléspectateurs de la Globo vont se passer le visage sous le robinet d'eau froide, j'ai donc de la compassion pour mes fidèles lecteurs.

Pendant ce temps, le sinistre Guto, l'homme de main de Cristina, celui qu'elle a payé pour embrasser Serena sur la bouche et ainsi faire échouer son mariage avec Rafael, est toujours en prison pour la tentative de meurtre sur Ciro, le chauffeur de Dona Agnes (Ciro est en fait un détective privé qui enquète sur l'assassinat de Luna, la première femme de Rafael, morte 20 ans plus tôt). J'espère que vous suivez, car je n'expliquerai pas tout deux fois. Guto, pour une fois, est innocent de cette tentative de meurtre, puisque c'est le chauffeur de Cristina qui a fait le coup (à la demande ce cette dernière, bien entendu) ! Mais Guto réussit à s'échapper : un complice lui fournit une lime, cachée dans une miche de pain, et il réussit à scier patiemment les barreaux du soupirail, sans que personne ne remarque rien. On se demande où ils vont chercher tout ça.

Et c'est là que ça se corse, car Guto est en fait l'assassin de Luna, et a agi sur l'ordre de Cristina (encore elle !). Et comme Guto n'a plus rien à perdre, il risque de tout balancer à Rafael. Il devient donc dangereux pour Cristina et sa mère Debora (encore plus s... que la fille), et cette dernière envisage sérieusement de le faire taire définitivement en utilisant une arme typiquement féminine : le poison. Debora va donc chez une vieille sorcière au nez crochu qui habite dans une masure des environs, pour chercher la potion en question, et en profite pour commander un filtre d'amour pour tenter de faire céder Rafael qui refuse obstinément de faire crac-crac avec sa fille.

A ce stade du récit, fidèles lecteurs, vous posez certainement deux questions : comment fait-on pour concentrer autant de clichés en si peu de phrases, et inversement, comment on arrive à faire durer aussi longtemps avec si peu de matière (on en est environ au 120ème épisode depuis le début, au mois de juin). Pour la première question, je n'ai pas de réponse, mais pour la seconde, il y a une explication très simple. En effet, je ne raconte que la trame centrale du récit, avec les personnages principaux. Mais il y a à côté une floppée de personnages secondaires, avec des histoires parallèles, qui se recoupent quand même de temps en temps avec l'histoire principale. Une télénovéla moyenne consomme quand même une quarantaine d'acteurs et d'actrices. Je ne vais donc pas tout raconter, car sinon j'y serai encore demain, et j'ai pas que ça à f... D'ailleurs je m'arrête là. Non mais.

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