30/10/2005
Pirenopolis
J'ai quitté samedi matin Brasilia sans grand regret, et au bout de 3 heures de bus pour seulement 130 kilomètres, me voici à Pirenopolis, une petite ville coloniale très mignonne. Ici, pas de béton, que des petites maisons typiques. La ville a été fondée en 1732, et comme pour la plupart de ces villes coloniales, c'est l'or qui a atiré les premiers "bandeirantes" (aventuriers). Entre la dernière pépite d'or et le premier touriste, il a du s'écouler plus d'un siècle, car la ville ne comporte pour ainsi dire aucune construction moderne. Par contre, le tourisme s'est bien rattrapé : pousadas, restaurants, bars, magasins d'antiquités et de souvenirs, le tout en boucle. Il faut dire que en "fim de semana" (en français : "week-end"), l'endroit se remplit très rapidement, et pour cause : c'est la principale destination détente des habitants de Brasilia. Les "brasilienses" sont très nombreux à quitter leur ville toute bétonnée et très moche pour venir ici profiter des vieilles pierres, des paysages superbes et buccoliques, et accessoirement faire la java.
J'aurai du mieux lire le "Guia 4 Rodas", qui prévenait que le trafic des véhicules est quasi incessant dans la principale rue de la ville, la rua do Rosario. Comme par hasard, la chambre que j'ai prise dans la petite pousada donne sur cette rue, et toute la nuit ça circule, et pas discrètement, souvent avec la radio avec amplis 4x250 watts à fond la caisse. Ce désagrément mis à part, la rua do Rosario est l'endroit idéal pour passer la soirée : dans sa seconde partie, elle est entièrement piétonnière et transformée en une immense terrasse de bar. Ce qui permet de voir passer les jolies filles de Brasilia qui sont nombreuses à avoir délaissé leur ville le temps d'une "fim de semana", ville qui est très moche (je crois l'avoir déjà dit).
L'après-midi de samedi, je me suis balladé en prenant un petit chemin de terre en direction de la fazenda de Bonsucesso, sans toutefois l'atteindre (c'était trop loin). Le paysage est charmant, avec des vaches et des superbes propriétés où on peut faire du cheval. J'y suis retourné ce dimanche matin, cette fois-ci en étant motorisé. Il n'y a pas de taxi à Pirenopolis, alors j'ai testé le seul moyen possible : la moto-taxi. Muni d'un casque vraisemblablement pas homologué, on enfourche la moto derrière le taximan, en s'accrochant par où on peut (malheureusement, le taximan n'est pas une blonde à forte poitrine).
La fazenda de Bonsucesso contient un parc écologique avec une piste qui serpente dans les prés et les bois jusqu'à des petites chutes d'eau rafraichissantes. On peut s'y baigner, mais personnellement, l'eau est un peu fraîche pour moi. On peut écouter chanter les oiseaux chanter et voir voler les papillons. C'est mignon tout plein, c'est la campagne. Après avoir fait revenir le taximan sur sa moto, je suis rentré en ville par le même chemin de terre, toujours en s'accrochant. Je ne pense pas retenter l'expérience de la moto-taxi, sauf si c'est le seul moyen pour aller quelque part.
La ville en elle-même est vite visitée, il n'y a que quelques rues exclusivement bordées de petites maisons coloniales d'un seul étage. La ville possède 3 églises du XVIIIème siècle, dont celle qui était la plus ancienne de l'état de Goias. Malheureusement, elle a brûlé en septembre 2002. Elle est en cours de reconstruction, mais il ne reste plus rien des autels baroques avec des petits angelots. C'est d'autant plus triste que tout venait d'être restauré. Et le Brésil n'a pas vraiment les moyens de tout refaire à l'identique, comme on le fait en Europe après ce genre de sinistre dramatique.
Une bonne nouvelle : le plan de Cristina a échoué, Guto a réussi à tout révéler à Rafael. Oui, Cristina l'a bien payé pour embrasser Serena sur la bouche, et ainsi lui tendre un piège grossier pour empècher leur mariage. A mon avis, Cristina va se prendre une bonne trempe dans l'épisode de lundi, et elle l'aura bien mérité. Un suspense demeure quand même : comment les scénaristes de la Globo vont ils réussir à faire durer "Alma gêmea" pendant encore au moins deux mois ? J'attend ça avec impatience.
Demain matin lundi, je pars en direction de Goiania (la capitale de l'état), en faisant vraisemblablement une étape à Anapolis (le seul bus direct pour Goiania est à 6 heures du matin).
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28/10/2005
Brasilia
Alphonse Allais avait dit qu'il faudrait construire les villes à la campagne. En 1955, le président brésilien Juscelino Kubitschek allait transformer cette boutade en réalité. Brasilia est construit en plein milieu du Planalto central, c'est à dire au centre de nulle part. Ici, il y a 50 ans, il n'y avait rien. Pire que le trou du cul du Brésil, parce que le trou du cul du Brésil, j'y suis allé : il y avait au moins un bistrot (1). Construire une nouvelle capitale au centre du Brésil afin de développer cette région était un vieux rêve : en seulement 5 ans, la ville que les brésiliens projetaient depuis deux siècles allait sortir de terre. Fin du rappel historique et culturel.
De la théorie à la pratique, il y a un monde. Comme les hotels sont plutôt chers à Brasilia, j'avais pioché l'adresse d'une petite pousada bon marché dans le Lonely Planet. Pour la trouver, l'adresse ressemble à une coordonnée spatio-temporelle digne de Star Trek : quadra 703, bloc B, casa 48. Le taxi m'amène au lieu dit : on a beau être proche du centre, l'endroit ressemble à la banlieue de Romorantin. Et pas d'enseigne de pousada. Je me risque à sonner : la pousada "Nosso Lar" ("Notre foyer") ? C'est bien ici, mais on n'a pas de chambre, il faut aller bloc J, casa 68. Nouvelle téléportation, et cette fois je vais pouvoir m'installer pour la nuit. Heureusement que la pousada n'est pas chère, parce que j'ai explosé mon record de note de taxi. Le chauffeur n'était pas monsieur Spok.
Je connaissais déjà la ville, car je m'y étais rendu lors de mon premier voyage au Brésil, en 2002, avec mes compères Hervé et Patrick. Je n'en avais pas gardé un souvenir impérissable, mais je me suis dit qu'il ne fallait pas rester sur une première impression, et que passer ici sans visiter, ça serait dommage. Malheureusement, je dois confirmer ma première impression, à un détail près : cette fois-ci, il fait beau. Brasilia est paradoxalement la grande ville du Brésil où l'on voit le moins de tours : l'habitat est essentiellement horizontal, ce qui fait plus penser à une immense banlieue qu'à une véritable ville. Je le confirme et je suis au regret de le dire : Brasilia, c'est très moche. La ville futuriste dont ont rêvé Juscelino Kubitschek, Oscar Niemeyer et Lucio Costa est en fait tristement ordinaire. Même l'axe monumental, la place des 3 pouvoirs, l'esplanade des ministères, le centre historique de la ville, le siège du pouvoir central, tous ces bâtiments officiels sont très en dessous du prestige qu'ils sont censés représenter. L'esplanade des ministères ? Un alignement de barres de béton, on dirait une cité-U, mais avec la clim. La place des trois pouvoirs ? Au milieu, il y a une palissade toute déglinguée qui masque un chantier dont la date de fin paraît improbable. Si encore tout cela était propre et en bon état, avec des belles pelouses bien vertes, ça pourrait avoir de la gueule. Malheureusement, tout mériterait un bon coup de peinture, les rues sont crades, et les pelouses de l'axe monumental sont jaunies sous le soleil et la sècheresse du Planalto central.
Brasilia est surtout intéressante pour le tour de force qu'a du accomplir JK (2) pour délocaliser ici sa capitale. On peut voir à l'espace Lucio Costa des photos d'époque qui le confirme : en 1956, c'était un désert. Tout a été construit en cinq ans. Encore plus fort que l'exploit de génie civil, il a fallu convaincre les fonctionnaires gouvernementaux de quitter Rio, son animation, sa verdure et ses plages, pour aller s'enterrer ici. Pas de secret : il a doublé les primes. L'appât du gain, ça marche toujours. Il n'y a pas la verdure et les plages, mais il y a quand même de l'animation. Je suis allé boire un coup hier soir dans un très sympathique bar à bières. Les bières européennes sont hors de prix, exotisme oblige : on peut trouver ici de la 1664, au prix du champagne ! Je me suis donc rabattu sur une Skol, qui n'a plus rien d'exotique pour moi. L'endroit est toutefois intéressant pour les jolies filles qu'on peut y voir. Ici, ça pullule. Il est vrai que le district fédéral est l'endroit du Brésil où le revenu par tête est le plus élevé, et quand on a des sous, il est plus facile d'être élégante.
Ce vendredi après midi, je suis allé visiter un site que je n'avais pas eu le temps de voir lors de mon passage précédent, en 2002 : le temple de la LBV (Légion de la bonne volonté, en français). Ca mérite vraiment un détour, dans la catégorie kitsch et poilade. La LBV est une de ces sectes évangélistes qui occupent les crénaux nocturnes de la télévision brésilienne par des émissions soporifiques censées faire passer leur message. Elle est loin d'être aussi puissante que l'Assembleia de Deus ou l'Igreja Universal do Reino de Deus (3), mais dans le genre, elle est nettement plus comique. Le projet de cette "église" est un peu similaire à celui de la Société Brésilienne d'Eubiose (relire à ce sujet la note sur São Tomé das Letras) : elle tente de faire une synthèse entre toutes les religions.
Le temple est de style contemporain, et est assez impressionnant : il fait un peu penser à la célèbre cathédrale de la ville (oeuvre d'Oscar Niemeyer), en plus modeste. Pour entrer dans le temple, si vous êtes comme moi en short et sandalettes (chaleur oblige), on vous prête gentiment un pantalon pour mettre par dessus le short. A l'intérieur c'est nickel, on pourrait manger par terre. La curiosité, c'est que le temple est aussi un musée et un mémorial. On peut visiter au sous-sol la salle égyptienne : un endroit calme et relaxant, avec des fauteuils et des banquettes en velours bleu, censé provoquer la méditation. Pour ce qui me concerne, il a surtout provoqué une forte hilarité (intérieure, les fidèles n'auraient pas apprécié qu'on se fende la poire dans leur église). Le décor est de style égyptien, revu et corrigé par Hollywood, avec de la musique égyptienne inspirée des "Dix commandements", le méga-hyper-nanard de Cecil B De Mille. Pour tout dire, ça ressemble plus à l'intérieur du bordel de Madame Claude qu'à un espace de méditation.
On peut voir également le tombeau du fondateur de la secte (un certain Alziro Zarur), dans un espace d'une mise en scène solennelle, avec les vénérables reliques du grand homme. Le nouveau gourou, un certain José de Paiva Netto, a un peu pris la grosse tête. Dans le "hall des génies de l'humanité" (c'est le nom que j'ai arbitrairement donné à cette salle), on peut voir sa bobine, ainsi que celle du fondateur, au même niveau que celle de Moïse et d'Allan Kardec (le fondateur du spiristisme, un français). Prétentieux, va ! La liste des génies de l'humanité est elle même assez éclectique : au côtés de Pasteur, Goethe et Gandhi, on peut voir le commandant Cousteau, Ayrton Senna, John Lennon et même la princesse Diana. Il n'est même pas nécessaire d'être mort pour y figurer, puisqu'on peut y voir Pelé et même Fernanda Montenegro ! Comme quoi, jouer dans la prochaine novéla de la Globo permet d'accéder au Panthéon ! (Voir notes précédentes)
Construire les villes à la campagne : c'est vrai, j'ai été bercé ce matin au réveil par le chant des grillons. Mais c'est pas tout de rigoler, mais je n'ai pas prévu de m'éterniser ici, vous l'avez compris. Dès demain, je prend la direction de Pirenopolis, une ville coloniale de l'état de Goias. Y en a marre du béton, vivent les vieilles pierres !
(1) Relire à ce sujet la note mémorable "Dans la jungle de l'Oyapock en autobus !", dans la section "Archives" (mois de juillet).
(2) En abrégé, Juscelino Kubitshek. Prononcer "Jota Ka".
(3) Relire à ce sujet la note sur la religion au Brésil, dans la section "Archives" (mois d'août).
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27/10/2005
Porto Alegre (fin)
Hier mercredi, j'ai visité les bâtiments qui sont situés autour de la Praça da Matriz, c'est à dire la place de la cathédrale. C'est certainement le plus bel ensemble de bâtiments de Porto Alegre, et il était temps d'en profiter, puisque je pars aujourd'hui jeudi. J'ai commencé par le musée Julio de Castilhos, un agréable petit musée bric à brac qui est installé dans l'ancienne demeure du dénommé Julio de Castilhos, un des fondateurs de la république au Brésil en 1889. Ensuite, la cathédrale, un grand édifice néo-classique doté d'une impressionnante coupole. Il ne fallait pas rater le Theatro São Pedro, un charmant théatre à l'italienne. On peut y prendre un café dans un cadre agréable, avec vue sur la Praça da Matriz. On peut même y déjeuner : il y a un buffet libre (à volonté) pour 16,50 R$. Et j'ai terminé par le palais Piratini, la résidence du gouverneur, un bâtiment du début du XXème siècle qui est inspiré de Versailles pour l'intérieur. Pour le même prix (c'est à dire rien), j'ai eu droit à une visite guidée du palais par une charmante jeune fille. C'est bien ça, la légendaire hospitalité des gauchos !
J'ai oublié de dire que lundi, j'ai déjeuné à une adresse qui mériterai de figurer dans le guide du routard : on mange bien, copieux, pas cher (voir donné) dans un cadre agréable. Ca s'appelle la confeitaria Pão de Açucar et c'est situé dans le Mercado Central. Pour 6 R$ (environ 2 Euros), on peut commander la "Picanha na tabua", c'est à dire le meilleur morceau du boeuf (servi généreusement) accompagné de frites (des bonnes frites, ce qui est assez rare ici), mais aussi d'une omelette au fromage, de farofa, d'un risotto et si on a encore faim d'un assortiment de crudités. J'ai oublié de dire : le prix comprend une boisson (un soda à bulles, par exemple un guarana). Comment voulez-vous faire un régime dans ce pays ?
J'ai tenu parole pour l'instant : je ne regarde plus la novéla de 19 heures. Le problème, c'est qu'en sortant plus tôt, ben on rentre aussi plus tôt. Hier soir, je me suis couché comme les poules. Je vais quand même pas faire la java tous les soirs, non ? Déjà, mardi soir j'ai veillé jusqu'à minuit (à cause du match Goias-Internacional). Quelle folie ! Et après, je m'étonne de faire la sieste en regardant "Alma gêmea" (la novéla de 18 heures sur la Globo). Au fait, ça faisait longtemps que je n'avais pas raconté la suite, je vais donc me rattraper illico en racontant les dernières semaines.
Je rappelle quand même les grandes lignes de l'intrigue (voir les notes précédentes sur le sujet) : l'héroïne (Serena) est la réincarnation de Luna, la première femme de Rafael, morte vingt ans plus tôt assassinée dans des circonstances non élucidées, mais on se doute que la méchante (Cristina) est derrière tout ça. Rafael est resté veuf et inconsolable, et pendant vingt ans, Cristina ne cesse de lui courir après, pour ses beaux yeux et accessoirement pour son pognon. Comme par hasard, Serena (devenue adulte) rentre comme femme de ménage au service de Rafael, et les deux tombent fous amoureux (Rafael a tout de suite vu la ressemblance troublante avec Luna). Ils sont sur le point de se marier quand Cristina monte un piège grossier pour empècher le mariage : elle paye un individu (le sinistre Guto) pour aller embrasser Serena sur la bouche et s'arrange pour que Rafael voit la scène. Ce couillon de Rafael tombe dans le panneau, et rompt avec Serena. Cristina en profite pour faire boire Rafael et coucher avec lui, puis prétend qu'elle est enceinte, ce qui rend le mariage obligatoire (on est en 1940, aujourd'hui il lui dirait d'aller se faire cuire un oeuf). Les esprits critiques objecteront que Cristina est vraiment idiote de ne pas y avoir pensé plus tôt, en vingt ans. Mais si on commence à pinailler, on n'a plus de belles novélas romantiques et interminables. Fin du résumé des quatre premiers mois, j'attaque maintenant les trois dernières semaines.
Rafael, qui commence à se douter que Cristina lui a menti (il est brave, comme on dit à Marseille), exige qu'elle fasse un test de grossesse (j'ai un petit doute pour savoir si ce n'est pas un anachronisme en 1940, mais bon). Et là Cristina est dans la crotte, parce que bien entendu elle n'est pas enceinte ! Elle a bien couché avec Rafael, mais il ne s'est rien passé, attendu que Rafael était complètement bourré. Elle a même tenté de rattraper le coup en couchant avec Guto, le triste individu qu'elle a payé pour embrasser Serena, mais sans succès. Qu'à cela ne tienne, Debora (la mère de Cristina, c'est elle la vraie méchante, elle est vraiment imbuvable) trouve la solution : elle paye la petite Dalila (qui est elle incontestablement en cloque) pour faire le test à la place de Cristina. Pendant tout ce temps, Adelaïde (la grand mère de Luna) a fait venir le docteur Julian, un médecin gourou radiesthésiste, spécialiste des vies antérieures, afin d'étudier le cas de Serena. Par des séances d'hypnoses, il arrive à faire rappeler à Serena des détails de sa vie passée (quand elle était Luna), y compris des secrets intimes, ce qui finit par convaincre dona Agnes, la mère de Luna, qui jusque là était pour le moins sceptique.
La où ça se corse, c'est que Serena arrive à se rappeler de sa propre mort, et finit par identifier l'auteur de l'assassinat : ce n'est autre que le sinistre Guto, l'exécuteur des basses oeuvres de Cristina ! Mais pour l'instant, personne ne sait encore la relation compliquée et malsaine que Guto entretient avec Cristina. Mais ça commence à chauffer. En effet, Guto a été accusé à tort d'avoir tiré sur Ciro, le chauffeur de Dona Agnes (celui qui a fait le coup est Ivan, le chauffeur de Cristina !), et croupit en prison. Du coup, il décide de vendre ce qu'il sait, et invite son complice Xavier à faire venir Rafael à la prison pour tout lui balancer. Mais Cristina a surpris la conversation et décide de passer à la prison avant Rafael pour faire taire Guto coûte que coûte. Comment va t-elle y arriver (ou pas) ? Réponse ce soir. Et c'est là que survient le drame, car ce soir je serai dans l'avion, et ça m'étonnerais qu'ils aient la télé branchée sur la Globo ! Quel supplice insoutenable !
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26/10/2005
Porto Alegre (suite)
Je reprend le compte rendu de ma visite de Porto Alegre à partir de dimanche, car je suis un peu à la bourre. Dimanche matin, donc, je suis allé me ballader au parc Farroupilha où il y a une sorte de marché aux puces appelé "Brique da redenção". C'est un parc très agréable, même s'il n'a rien d'exceptionnel. J'ai ensuite tenté de rejoindre une churrascaria connue, le "Galpão crioulo" qui fait également un show de musique et de danse gauchos, mais je me suis laisser intimider bêtement car, pour y aller, il faut passer par une rue sans issue qui longe une sorte de favela. Enfin, pas une sorte, une vraie, pas grande, mais une vraie. Y aller en voiture, passe encore, mais à pied, j'ai préféré renoncer. A Porto Alegre, il y a aussi des favelas, et la différence de niveau de vie entre riches et pauvres est aussi criante qu'ailleurs, ce qui semble prouver que le système politique original dont la ville s'est dotée n'a pas plus qu'ailleurs résolu les problèmes sociaux. Je me suis donc contenté de me ballader un peu au bord de la lagune, où il vaut mieux éviter de se baigner, bien que la veille j'ai vu des gamins que la qualité de l'eau ne rebutait pas.
Lundi, je n'ai pas fait grand chose. Je suis allé jusqu'à la plage d'Ipanema, qui n'a pas grand chose à voir avec son homonyme de Rio. C'est un bout de sable bordé d'un "calçadão" (chaussée décorée), et de quelques bars et restaurants qui doivent être agréables en soirée, quand il fait chaud. Je confirme qu'il est strictement interdit de se baigner dans la lagune, comme l'attestent les nombreux panneaux d'avertissement. Ca ne m'étonne pas, en raison de la couleur de l'eau et de la présence de l'usine de pétrochimie qu'on peut voir en face.
L'événement notable de la journée fut la première de la nouvelle novela de la Record, "Prova de amor" (celle qui remplace "Essas mulheres"). Rien de très original pour l'instant : l'action se passe à Rio en 1998, et dès le début ça se corse, car il y a le méchant qui envoie un bandit pour aller régler son compte au futur mari de la femme qu'il aime, car cette dernière ne l'aime pas (le méchant, bien entendu). Pendant ce temps là, il y a une autre méchante qui arrive à piquer un bébé dans une maternité, ce qui provoque un gros drame, et un maître nageur qui sauve la vie d'une jolie fille (Renata Dominguez) en lui faisant du bouche à bouche. On se doute que ces deux-là ne vont surement pas tarder à conclure, reste à savoir comment tous ces personnages vont avoir un destin en commun, car pour l'instant c'est pas évident. L'intérêt principal pour le moment, c'est la présence de jolies filles en maillots de bain, ce qui manquait un peu dans "Essas mulheres". Je recommande particulièrement Renata Dominguez pour le coup d'oeil.
Mardi, après avoir acheté mon billet d'avion (voir plus bas), je suis allé voir deux monuments très intéressants : la prefeitura (mairie), sur la Praça XV, et le centre Santander Cultural. La mairie date de la fin du XIXème siècle et est admirablement conservée. Normalement, on ne visite pas tout, car elle abrite encore des bureaux en activité (l'essentiel de l'activité a lieu dans la nouvelle mairie, un grand bâtiment années 50 situé derrière). La charmante jeune fille qui était à l'accueil s'est néanmoins proposée pour faire une petite visite guidée, j'en ai donc profité (de la visite). Encore plus admirable est le centre Santander Cultural. L'ancien siège de la banque Santander, datant du début du XXème siècle, a été rénové pour faire un espace d'exposition pour de l'art con-temporain et un cinéma genre Arts et Essais. Les oeuvres exposées ne valent pas beaucoup plus que celles qu'on peut voir au Gazomètre (voir note précédente), mais ici c'est le bâtiment lui-même qui vaut le voyage. Il y a un hall gigantesque bordé de colonnes de style corinthien (je parle de l'architecture grecque avec des feuilles d'acanthes, pas du futebol, voir plus bas). Le tout, surmonté d'une grande verrière avec des vitraux Arts-Décos. Amusant : on peut aller boire un café dans l'ancienne salle des coffres. Y a pas intérêt à refermer la porte et à oublier la clé, car sinon il faut attaquer au char Leclercq.
Ca faisait longtemps que cela ne m'avait pas repris : j'ai repéré un appartement à vendre dans un superbe immeuble des années 1920, avec vue imprenable sur la Praça XV, le "Chalé" et le Mercado Central. Ni une, ni deux, j'appelle pour me renseigner sur le prix, par pure curiosité. Déception : il s'agit en fait d'un local commercial. Peu de gens habitent le centre, l'essentiel des bâtiments abritent des bureaux, des magasins et des petits ateliers qui vivotent gentiment.
Hier soir mardi, après avoir roupillé en regardant "Alma gêmea", j'ai pris une décision courageuse : je ne regarderai plus la novéla de 7 heures. Ce ne sera donc ni "Bang Bang !" sur la Globo (c'est vraiment trop cucul la praline), ni "Prova de amor" sur la Record. Combien de temps cette bonne résolution va t-elle tenir ? En attendant, je suis allé prendre une "chope" (prononcer "chopé") au Chalé de la Praça XV, car en soirée, quand il fait chaud, l'endroit est très agréable et il y a de la musique "ao vivo". J'ai alors remarqué qu'au premier étage de l'immeuble dont j'ai parlé plus haut, il y a un genre de bistrot ou de restaurant. Après avoir fini ma chope, la deuxième, je n'ai pas résisté à l'envie d'aller voir ça de plus près, et accessoirement casser une croûte. L'endroit était bondé et l'ambiance assurée, car il y avait futebol. Et pas n'importe quel match : l'Internacional (club de Porto Alegre, 3ème du championnat de la première division brésilienne) contre le Goias (second du championnat). Il y avait donc tous les torcedores (en français : "supporters") de l'Internacional, en maillots rouge, la couleur du club. Je n'ai vu que la seconde mi-temps, qui a commencé très fort, car au bout de de 40 secondes, l'Internacional a marqué, déclenchant l'hystérie dans la salle. Ce fut le seul but du match, mais quelle ambiance !
Je précise qu'il y a deux clubs de futebol à Porto Alegre : le second, c'est le Grémio, maillots rayés bleu et blanc. Le Grémio vient d'assurer sa remontée en première division : il y avait un match samedi, et on pouvait voir beaucoup de maillots rayés bleu et blanc dans les rues. Comme partout au Brésil, le sujet est passionnel et il faut choisir son camp : pour le Grémio, ou pour l'Internacional, ce qui provoque parfois des discussions animées dans les familles. Lors du championnat 2006, les deux équipes vont à nouveau s'affronter en première division, il va donc y avoir du sport à Porto Alegre ! Le même type de situation, avec plusieurs clubs ennemis, se présente dans la plupart des grandes villes brésiliennes : à Curitiba (relire la note sur le sujet), à Rio (Flamengo contre Fluminense) et à São Paulo. C'est à São Paulo que la situation est la plus explosive, avec le Palmeiras contre les Corinthians (vous comprenez maintenant mieux la subtile plaisanterie que j'ai faite plus haut). Lors du dernier match, il y a une semaine, ça a carrément dérapé : il y a eu un mort (un torcedor du Palmeiras, juste avant la rencontre). Le futebol, faut pas en abuser, sinon ça rend vraiment c...
Je reste finalement à Porto Alegre jusqu'à jeudi, ce qui prouve que j'ai vraiment du temps, car en organisant bien, la ville peut être visitée en une journée ou deux. Jeudi, je m'envolerai pour Brasilia, afin de visiter l'état de Goias.
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24/10/2005
En direct de Porto Alegre
Je profite du fait qu'il y a Internet à l'hotel pour raconter quelques trucs que je livre en vrac, comme ça, tel quel, mais quand même en relation avec le Brésil, tout de même, non mais. Commençons par revenir sur les dernières nouvelles des télénovélas, un de mes meilleurs sujets d'inspiration. Le grand événement à venir, c'est le début de la nouvelle novela de 8 heures sur la Globo, prévu le 3 novembre. Elle va remplacer "America" (voir les notes précédentes sur le sujet) et s'appellera "Belissima". L'histoire, c'est un garçon milionnaire qui rencontre une fille pauvre, et ils vont s'aimer malgré la différence de classes sociales. On se demande où ils vont chercher tout ça. Pour pimenter le tout, il y a bien entendu une méchante prête à tout pour faire échec à cette union, en l'occurrence la belle-mère, qui est interprètée par la grande actrice Fernanda Montenegro (surtout connue en France pour le film "Central do Brasil"). Ce n'est rien de dire qu'elle a 100 % la tête de l'emploi. Ca sera surement un grand succès !
Une novela commence, une autre s'arrête. C'est avec un pincement au coeur que j'ai vu la semaine dernière les derniers chapitres de "Essas Mulheres", qui m'accompagnait dans mon périple depuis le début. Pour le même prix, le dernier chapitre a été diffusé deux fois, le vendredi et le samedi (et comme un couillon, j'ai regardé deux fois). Comme il fallait bien terminer, l'épisode était plus long d'un quart d'heure, ce qui prouve que l'actualité passe après la novela. Bon, pas de surprise, tout se termine bien. Je rappelle que l'ignoble oncle Lemos avait réussi à faire enfermer Aurelia dans un couvent, en utilisant un honteux stratagème. Voilà t-y pas qu'Ana est enfermée dans le même couvent par son père, l'inspecteur Rodrigo, pour l'empêcher de voir son petit ami Pedrinho (le jeune frère d'Aurelia). Comme Lucia, la p... au grand coeur, est également enfermée en prison (elle est accusée d'avoir tué le sergent lors de la fuite au quilombo, voir notes précédentes), ça fait du monde au gnouf. Heureusement, Fernando réussit à obtenir la libération d'Aurelia, en prouvant auprès du tribunal ecclésiastique que leur mariage est réel et bien consommé (je résume à grands traits, mais grosso-modo c'est ça).
C'est alors que toute la vérité éclate lors du procès de Lucia, car elle balance tout : elle est bien la fille de l'inspecteur Rodrigo, qui l'a chassée de la maison familiale après qu'elle ait été obligée de vendre son corps pour gagner de l'argent (quel ingrat, le vieux, c'était pour payer ses médocs !). Lucia, sans ressources, est obligée de rentrer au bordel dirigé par Cunha, l'âme damnée de l'oncle Lemos. Cunha est donc obligé de témoigner, mais il prend peur et s'enfuit. Il est poursuivi par l'inspecteur Rodrigo, et le drame va à nouveau frapper : Cunha tire dans le dos de l'inspecteur, le laissant quasiment pour mort. Heureusement, Simão (le noir sympa qui a du fuir au quilombo suite à une accusation quelquonque) arrive à atteindre Cunha en plein front avec une pierre, et cette andouille de Cunha se casse la gueule en tentant de remonter sur son cheval, et est trainé par les étriers sur une centaine de mètres. Il meurt. Bien fait pour lui.
L'inspecteur Rodrigo est ramené au commissariat par Simão, et meurt dans les bras de Lucia après avoir imploré son pardon, et fait écrire une lettre innocentant Simão. Après la mort de Cunha, on arrive à remonter la filière jusqu'à l'oncle Lemos qui est également appelé à déposer au procès de Lucia. Bien entendu, l'ignoble Lemos proteste de son innocence : "Je suis un commerçant respectable, Cunha était juste mon fournisseur de cigares, etc.". Alors, coup de théatre : réapparait Firmina, la matrone du bordel, qui avait disparu depuis au moins 43 épisodes, et qui accuse Lemos d'être le véritable propriétaire du claque. Lemos est jeté en prison et Lucia innocentée. Les esprits logiques (et un tant soit peu chagrins) objecteront que tout cela ne prouve formellement en rien l'innocence de Lucia dans l'accusation de meurtre du sergent. Mais je rappelle que la novela suivante débute dès lundi, alors on n'a pas le temps de pinailler.
Donc, tout est bien qui finit bien : Aurelia et Fernando sont enfin ensembles, sans facheux pour les embêter (j'ai oublié de dire qu'entre temps, Lemos a zigouillé Adelaïde en lui faisant boire le reste du poison dont elle s'était servie pour tenter de tuer sa belle-mère). Comme l'inspecteur Rodrigo est mort, plus rien n'empèche l'union de sa fille Ana avec Pedrinho. Ils se marient dans la scène finale, où tout le monde danse la valse sur l'air du "Beau Danube bleu", au milieu d'une splendide propriété de style colonial (c'est tourné à Tiradentes, dans le Minas Gerais, voir les notes sur la région). Et j'en passe et des meilleures : entre temps également, dona Leocadia (la femme du ministre Duarte), révèle lors d'un conseil de famille que Julia n'est en fait pas sa fille, donc elle n'a pas commis d'inceste avec son frère Geraldo, qui vont donc pouvoir enfin s'aimer sans pècher contre nature. Quant au docteur Augusto (le noir accusé par l'infâme Cunha d'être un esclave évadé), il a réussi à fuir au quilombo, où il est rejoint son amoureuse Mila (l'autre fille de dona Leocadia). Décidément, ce quilombo est vraiment très facile d'accès, pour un refuge clandestin pour esclaves évadés. Avec la mort de Cunha et Lemos en taule, ils vont enfin pouvoir s'aimer librement.
J'ai aussi oublié de dire que la belle et douce Marli, la malheureuse épouse de l'ignoble Lemos, s'était enfuie du domicile avec le régisseur. L'oncle Lemos était cocu, il y a quand même une justice. Mais le pompon, c'est que Dona Leocadia décide de tout laisser pour refaire sa vie en Europe, après avoir été abandonnée par son mari (le ministre Duarte, qui lui a finalement préféré la petite Mariquinha, qui est pourtant bien moche). C'est à ce moment qu'arrive Alfredo, qui court après Leocadia depuis le début (c'est lui qui a poussé le brave Duarte dans les bras de la petite Mariquinha, habile stratagème pour faire tomber Leocadia dans ses bras). Il vient lui dire que, comme par hasard, ils vont voyager sur le même bateau. Sera-ce que ces deux là vont aussi enfin s'aimer ? Mais là, c'est au téléspectateur de décider, car on est quasiment à la fin du dernier épisode. Le mot "fim" tombe peu après.
Voilà, c'est fini. Après avoir passé six mois à partager l'intimité de ces personnages pittoresques, j'avais fini par m'y attacher. Même l'oncle Lemos, on aimait bien le haïr. Même la musique sirupeuse finissait par ressembler à du Mozart. Ne rigolez pas, j'ai acheté la bande son, comme souvenir. Le CD pour 5 R$, à un mec dans la rue, qui vend des copies authentiques de l'album original, et en plus ça marche. Cette fin me laisse dans un état d'hébétude et me plonge dans des abimes d'interrogations métaphysiques. Quel est le sens de la vie ? Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi les emballages de nouilles avec marqué dessus "ouverture facile" sont ils toujours PLUS difficiles à ouvrir que les emballages classiques ? Pourquoi après avoir bu cinq caïpirinhas dans une soirée, on a l'impression d'avoir un troupeau de bisons dans la tête le lendemain ? Autant de questions sans réponse. Et surtout une : qu'est-ce que je vais regarder à la place ? La Globo, avec "Bang Bang !", ou bien la nouvelle novela de la Record, "Prova de amor" ? Réponse dans les prochaines notes.
Heureusement, il reste la novela de 18 heures sur la Globo, "Alma Gêmea". Bon, c'est en général l'heure où je fais la sieste, alors j'en loupe la moitié, mais c'est pas trop grave car on arrive quand même à suivre. Je ne vous raconterai pas tout de suite les derniers développements, car il faut bien en garder pour la suite. Je vais plutôt parler des résultats du referendum sur la prohibition du commerce des armes à feu, actualité oblige.
Ici, il n'y a pas de sacro-saintes soirées éléctorales comme en France, avec les estimations qui tombent à 20 heures pétantes, et les interminables commentaires en plateau. La priorité reste au divertissement, avec les programmes du Faustão et le "Domigo fantastico". Et ce pour plusieurs raisons : premièrement, on dira que les brésiliens restent assez frivole même sur les sujets graves, mais ce n'est pas la raison principale. Les bureaux de vote ferment à 17 heures, et comme le vote est éléctronique, on dispose très rapidement non pas d'une estimation, mais de résultats réels. Et en l'occurence, le résultat est sans appel : dès 20 heures, avec plus de 70 % des urnes ayant transmis leurs données à l'ordinateur central, on savait que le "non" l'avait emporté. Avec une surprise, le résultat est tranché et sans appel : 65 % pour le non, 35 % pour le oui. C'est bien une surprise, car les premiers sondages donnaient des résultats quasiment inversés en faveur du "oui", et les tous derniers un "empate" (match nul). Donc, statu quo, on a dépensé 250 millions de reals pour ne rien changer à la situation actuelle. Le nombre d'homicides par armes à feu (plus de 36000 par ans) n'est pas près de baisser. Les commentateurs politiques ont analysé le vote des brésiliens : ce ne sont pas des fêlés de la gachette, ils ont juste voulu sanctionner le gouvernement Lula pour ses piètres résultats dans la lutte contre la criminalité.
Dès demain mardi, la suite de mes aventures à Porto Alegre.
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23/10/2005
Porto Alegre
Porto Alegre est connue pour être la ville du Forum Social Mondial, le grand laboratoire des idées altermondialistes, l'expérimentation d'une politique citoyenne où chacun peut participer directement aux choix de la cité. Pour le voyageur de passage avec son guide sous le bras et son appareil photo en bandouillère, ça ne saute pas aux yeux. Porto Alegre, c'est d'abord une grande ville brésilienne (la 7ème du pays par la population), qui ressemble étrangement aux autres grandes villes brésiliennes : un centre ville grouillant de monde avec des vendeurs ambulants et de la musique dans tous les coins, et des gratte-ciels plantés un peu de partout. On se demande vraiment pourquoi tout le gratin de de la politique française se presse ici (d'Olivier Besancenot à François Bayrou, si), à part pour se montrer. Pour Olivier Besancenot, c'était au moins utile sur un point : c'est là qu'il a rencontré sa copine. Pour François Bayrou, l'utilité reste encore à démontrer. Mais euh !
La vraie bonne surprise de Porto Alegre, c'est qu'on y a conservé un peu plus qu'ailleurs les vestiges du passés, surtout du début du XXème siècle. On peut voir de trés beaux immeubles des années 1900 à 1930, et même quelques petits édifices coloniaux couverts d'azulejos. Bon d'accord, ils ne sont pas toujours bien restaurés, et sont même parfois en ruine. Parfois cela fait même de la peine : comme le très bel immeuble Art Nouveau de la confeteira Rocco, qui devait être une pâtisserie renommée à la Belle Epoque, avec des messieurs en chapeau melon et des dames en crinolines, comme dans "Essas Mulheres". Il est encore en bon état, mais malheureusement à l'abandon au coin de la rue, derrière un viaduc en béton. L'Hotel Majestic, de style Arts-décos, a eu plus de chance : c'est devenu un centre culturel (la casa de cultura Mario Quintana) où on peut voir des expositions d'art con-temporain , ce qui est le moyen le plus rapide pour remplir un espace vide avec rien du tout.
Ce qui est aussi dommage, c'est que ces beaux bâtiment sont souvent coincés entre deux tours hideuses des années 70. Le pire cotoie souvent le meilleur : sur la Praça XV (c'est à dire en plein centre ville), on peut voir le très beau Mercado Central, de petits édifices 1900 encore en bon état, mais aussi une tour en béton laissée à l'état de squelette : on n'a même pas recouvert les parpaings avec de l'enduit. Cette ville devait être magnifique dans les années 30, puis elle est tombée dans une lente déchéance d'où elle sort à peine.
Pour la vie nocturne, je commence un peu à savoir comment fonctionne le Brésil, c'est à dire à l'inverse de la France : si le centre-ville est une ruche bourdonnante le jour, il est quasi désert la nuit, et pour trouver de l'animation en soirée, il faut aller en banlieue, c'est à dire dans les quartiers chics. Le quartier de Moinhos dos ventos (les Moulins à vent) est bien caractéristique du genre : il est très bourgeois le jour, avec des tours de 20 étages qui ressemblent à des immeubles haussmaniens, et des petits hotels particuliers protégés par des caméras de vidéo-surveillance et des fils éléctriques à haute-tension. Le samedi soir, on peut diner en bonne compagnie (c'est à dire entre gens du beau monde), et il y a bouchon pour faire garer sa voiture par le service de "manobristas" (y a un gars qui gare la bagnole pour vous, classe). Moi, je suis venu à pied et rentré en bus dans mon centre-ville, comme un pauvre. Mais j'ai quand même diné dans un agréable sushi-bar, un peu cher toutefois pour bouffer trois grains de riz autour d'un apéricube, comme dirait Jean-Claude Convenant.
Il y a quand même une ou deux adresses sympas pour déjeuner ou diner en centre-ville, comme le "Chalé" de la Praça XV (ça veut dire "chalet"), ou les bistrots du Mercado Central, bien typiques. Il y a aussi dans la rua das Andradas, la plus belle rue du centre, un excellent buffet à volonté pour 9,80 R$. Je n'aurais pas du reprendre du "bife" avec de la purée aprés les spaghettis à la carbonara, surtout que j'avais commencé par la traditionnelle feijoada du samedi. Mais c'était trop bon. Heureusement que je marche beaucoup pour garder la ligne (enfin, presque).
Samedi après-midi, j'ai fait la ballade en bateau sur la logoa dos Patos (la lagune des canards, en français). Porto Alegre ne donne pas directement sur la mer, la ville est située au fond d'une lagune. Cette ballade ne coûte pas cher et est très agréable. L'occasion de constater une fois de plus que dans ce pays, le luxe cotoie souvent le sordide. Au bord de la lagune, on peut voir des barraques en planches pourries, des sortes de favelas flottantes, puis quelques centaines de mêtres plus loin, de splendides résidences secondaires, avec piscine privée et gazon anglais taillé au millimètre. Les paysages de marais qu'on peut y voir contrastent aussi singulièrement avec la jungle de béton du centre-ville pourtant tout proche. Pour assurer le divertissement, il y avait autour du bateau des gars qui faisaient les andouilles avec leur jet-ski.
Parmi les monuments célèbres de Porto Alegre, il y a l'usine du Gazomètre. Cette centrale éléctrique des années 30 a été reconvertie en centre culturel, et franchement, quand on voit le nombre de beaux monuments en mauvais état, on se dit que c'est du pognon foutu en l'air. C'est impressionnant, mais c'est très laid. Surtout que l'intérieur sert essentiellement à exposer de l'art con-temporain. Parmi les oeuvres exposées, il y a un tas d'ordure que presque rien ne distingue du local pour les placards à balais situé à coté, à part l'étiquette avec le nom de l'artiste et le titre de l'ouvrage. Il y a aussi des toiles d'un certain Amilcar de Castro, qui font furieusement penser à l'excellente pub pour la Golf qui passait à la télé il y a quelques années. Je m'excuse d'être vulgaire, mais cette usine à gaz, c'est prout.
Je pense rester ici au moins jusqu'à mardi, vous aurez donc droit à une chronique dans la catégorie "Blog", c'est à dire un camaieu de n'importe quoi avec un peu de farfelu autour. Ceci pour récompenser tous mes fidèles lecteurs : déjà plus de mille visiteurs ce mois-ci !
20:35 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21/10/2005
Canela et Gramado (suite)
Je suis arrivé vendredi midi à Porto Alegre, mais je vais d'abord revenir sur Canela et Gramado. Primo, pour corriger une erreur sur la note précédente : la municipalité de Gramado existe administrativement depuis 1954, mais le village lui-même date des années 1820-1830, et a bien été fondé par la première vague d'immigration allemande qui eut lieu à cette époque. Il y a bien eu des allemands arrivés ici après la seconde guerre mondiale, mais ce n'est pas la majorité. Secundo, pour raconter la journée de jeudi.
Jeudi matin donc, je suis retourné en bus jusqu'au parc de Caracol pour faire une excursion que je n'avais pas eu le temps de faire la veille : la ballade en téléphérique. Cette ballade permet d'admirer un autre point de vue sur la cascade de Caracol, qui est à mon avis le plus beau. Ca serait à refaire, je pense que je ne ferai pas la descente des 927 marches jusqu'au bas de la cascade, sauf peut être pour l'exploit sportif (surtout la remontée, qui vaut un immeuble de 47 étages). La ballade en téléphérique permet d'arriver presque en bas de la cascade, tout en s'amusant et sans faire d'efforts.
L'après-midi, je suis aussi retourné à Gramado, dans le but d'admirer le point de vue magnifique sur la vallée du Quilombo. Pour cela je me suis rendu au parc Knorr, appelé plus communément "Aldeia do Papai Noel" (le village du Père Noël). Ce qui était à l'origine la propriété de la famille Knorr (des allemands, bien entendu) est devenu un parc à thème : le chalet familial, de style helvétique, avec une vue imprenable sur la vallée du Quilombo, est devenu la Maison du Père Noël. C'est mignon comme tout, à l'intérieur on peut voir l'endroit où le Père Noël ouvre le courrier des petits enfants, où il prépare sa hotte, etc. Je ne savais pas que le Père Noël était brésilien, et qu'il habitait à Gramado. Moi, je crois qu'il est français. D'ailleurs, on dit "Papai Noel" (sans tréma), et non "Papai Natal" (en bon Portugais). CQFD.
J'ai continué à jouer les gamins en visitant le "Mundo Encantando", un autre parc à thème avec des miniatures : des petites maisons, des automates, des trains miniatures, etc. En fait, Gramado, c'est vraiment Disneyland. Tout est déjà près pour Noël, qui tombe ici pendant les vacances d'été. Il y a le sapin, les guirlandes, les couleurs de Noël (rouge, vert et doré de partout), et bien entendu la neige. Artificielle, à base de polystyrène expansé, en cette saison. Mais il est possible de voir de la vraie neige ici, c'est rare mais ça arrive ! Nous sommes par 30 degrés de lattitude sud, et à 900 mêtres d'altitude, alors il arrive parfois de voir Gramado recouverte d'une fine pellicule blanche au mois de juillet, c'est à dire en hiver. Pour autant, on n'a pas déplacé la date de Noël. Le Petit Jésus, il est né le 25 décembre, point. Et le 25 décembre, c'est bien connu, il y avait de la neige à Belem (en français : Bethléem).
Le soir, j'ai testé le rodizio de pizza dans un des rares restaus de Canela où il y a du monde hors-saison, le PizzaCom. Je rappelle que le principe du rodizio, c'est que pour une somme forfaitaire, on vous sert tous les plats possibles et imaginables directement sur votre table, jusqu'à ce que le client cale. Ici, c'est les pizzas et les pâtes. Il y a des pizzas salées, mais aussi sucrées-salées, et même sucrées (ce sont plutôt, des gâteaux, en fait). L'occasion de goûter le fameux "Brigadeiro", un gâteau au chocolat qui est la damnation des demoiselles, car il est délicieux mais part directement sur les hanches (genre 20 000 calories au kilo). Moi, je crains rien, ça fait partie de mon régime minceur.
Après cette agréable et dépaysante visite de l'Allemagne et de l'Italie, me voici de nouveau au Brésil, à Porto Alegre. Ce sera le sujet de ma prochaine note.
Une brêve pour raconter les pubs de la télé brésilienne. Deux français célèbres font ici de la pub. Le premier, c'est Pierre Troisgros, le célèbre restaurateur de Roanne, qui fait de la pub pour un produit de lavage pour les fours, "Jimo". Il parle bien entendu Portugais, mais avec un accent camenbert à couper au couteau. L'autre français(e), c'est la très belle Cristiana Reali, qui fait une pub pour les Havaianas (vulgairement : tongs). Comme chacun sait, Cristiana Reali est d'abord brésilienne, ce qui lui permet de s'exprimer sans aucun accent (1). Mais ce qu'on sait moins, c'est qu'elle est ici parfaitement inconnue, et pour cause : cela fait 28 ans que madame Francis Huster vit à Paris, et n'a bien entendu jamais tourné la moindre novela dans son pays natal. La pauvrette est donc obligée de se présenter comme lors de son premier casting pour La Boum (2), et l'argument de la pub est imparable : à Paris, le prix d'une paire d'Havaianas est de 28 euros (!) alors, quand je rentre au pays, j'en achète des tas !
(1) Relire la note sur le sujet, section "Archives", mois de janvier
(2) Authentique : mais c'est bien entendu Sophie Marceau qui a eu le rôle
21:15 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
20/10/2005
Canela et Gramado
Après mon passage à Caxias do Sul, je suis depuis lundi soir à Canela, une petite bourgade pimpante située à 900 mètres d'altitude. J'ai quitté les Italiens pour retrouver les Allemands. La région a été comme à Blumenau colonisée par les teutons, et ça se connait tout de suite. Dès l'arrivée à Nova Petropolis, on a l'impression d'être en Bavière, et il faut avoir l'oeil exercé pour ne pas se tromper. Quelques indices toutefois : la chaussée de la route laisse un peu à désirer et il y a de la pub pour la Brahma. Il y a bien sûr aussi les araucarias, de plus en plus nombreux. On peut aussi objecter que tout est écrit en Portugais, mais comme c'est souvent écrit en lettres gothiques, on peut se tromper. Et pour les noms des autochtones, il y a davantage de Müller ou Vögel que de Moreira ou de Da Silva.
Mardi matin, j'ai visité le parc des araucarias, un charmant parc botanique ou l'on peut admirer toutes sortes de conifères, plus les espèces typiques de la région comme le fameux erva-mate qui sert à préparer le chimarrão (voir notes précédentes). Il fallait du courage, car depuis dimanche il ne cesse de pleuvoir, et ça commence à faire marre.
Heureusement, le ciel s'est enfin dégager et j'ai pu faire une grande ballade à pied sans porter le parapluie. Je suis allé voir le "pinheiro grosso", qui est le plus grand araucaria du Brésil (sinon du monde). Les caractéristiques de la bête : 48 mètres de haut, 2,70 mètres de diamètre à la base, 1 mètre de diamètre à 12 mètres du sol, âge estimé 700 ans (il était donc là avant les Portugais et encore plus avant les Allemands).
Je suis allé voir ensuite le "Castelinho Caracol", une demeure construite par une famille allemande entre 1913 et 1915. Cette charmante petite demeure est située au milieu de la campagne bavaroise, enfin je veux dire brésilienne. Cette campagne ressemble à vrai dire plus à un jardin. Le castelinho est entièrement construit en bois d'araucaria, sans aucuns clous, précise l'affiche. L'intérieur est absolument charmant, mais franchement, j'ai cru que j'avais quitté le Brésil pour me retrouver téléporté dans les faubourgs de Munich. Tous les meubles et la vaisselle ont paraît-il été importés d'Allemagne. Pour renforcer l'impression, la chaîne diffuse de la Gross Muzik (sehr typik, ja !) comme savent si bien la faire nos voisins d'outre-Rhin. Mais là où j'ai craqué, c'est en sentant l'odeur de l'apfelstrudel qui cuisait sur le vieux poële à bois. Je n'ai pas résisté, un bon apfelstrudel avec une boule de glace, hum ! Bon, il était au même prix qu'en Autriche, mais il y a des plaisirs qu'on ne peut pas refuser. J'étais tellement dans l'ambiance que j'ai failli demander "mit einem agua minerale, bitte !", ce qui aurait fait un volapük assez réjouissant.
Ce mercredi, le temps s'est enfin levé et il est beau fixe ! Raison de plus de profiter de la journée pour visiter le parc de Caracol. Ce parc magnifique permet d'admirer la cascade de Caracol, haute de 130 mètres. Je n'ai pas hésité à descendre et à remonter les 927 marches qui permettent d'accèder au bas de la cascade, ce qui est raffraichissant (avec les embruns). Côté botanique, j'ai enfin compris pourquoi il est si difficile de distinguer les différentes essences d'arbres d'ici, à part les araucarias qu'on reconnaît au premier coup d'oeil. C'est à cause des espèces épiphytes. Epiphyte toi-même ? Il s'agit de plantes qui poussent sur les arbres, mais sans les parasiter. Les arbres de la région en sont littéralement recouverts ! Parmi ces espèces, les samambaias (fougères), les broméliacées et la plus commune, la "barba-de-pau", qui comme son nom l'indique forme une barbiche blanche un peu disgracieuse sur les branches. Pour terminer, j'ai joué les gamins en faisant le tour en mini-train qui permet d'accéder au Fort Apache, une réplique miniature d'un village du Far-West. Ou plutôt, du "Faroeste", car tout est écrit en Portugais, comme dans la novela "Bang Bang !" (voir la note récente sur le sujet).
J'ai continué à faire le gamin en allant visiter ce mercredi après-midi la ville de Gramado, à seulement 8 kms de Canela. En effet, j'ai visité le "Mini-Mundo", un parc d'attraction qui propose des répliques en miniatures de monuments européens et brésiliens. Essentiellement des monuments d'Allemagne, comme le fameux château de Neuschwannstein (celui de Louis II de Bavière), avec des petits trains qui tournent en faisant tchou-tchou, et des petites églises qui font ding-dong comme les grandes. Il y a également une réplique de l'aéroport de Bariloche (Argentine, dans la Cordillère des Andes), la station de sport d'hiver favorite des brésiliens aisés, où ils vont au mois de juillet (en plein hiver) dépenser leurs reals et accessoirement skier. Il y a paraît-il en préparation une réplique de la grande serre du jardin botanique de Curitiba.
Ce parc d'attraction, ouvert en 1981, est l'oeuvre de la famille Höppner, une famille allemande qui a émigré au Brésil dans les années 50 après avoir tout perdu pendant la seconde guerre mondiale. Les allemands de cette région sont arrivés à cette époque, contrairement à ceux de Blumenau qui sont arrivés au XIXème siècle. La ville de Gramado n'a été fondée qu'en 1954, et s'est ensuite très rapidement développée. Aujourd'hui, c'est une cité prospère qui vit essentiellement du tourisme. Les brésiliens et les argentins adorent ce coin d'Amérique du Sud qui ressemble à l'Europe, ça économise le coût d'un voyage en Allemagne. On ne compte plus les agences immobilières qui vendent des appartements de luxe dans des immeubles dont le style imite les constructions de la fin du XIXème siècle de la côte basque ou de la côte adriatique. La ville est d'une extrème propreté, tout est astiqué et pimpant : on dirait Disneyland. C'est très agréable, mais un peu artificiel. Et tout est plus cher qu'ailleurs. Finalement, je ne regrette pas d'avoir choisi Canela comme point de chute, qui a de plus l'avantage d'être plus proche des excursions dans la nature.
Je reste encore un jour à Canela pour profiter de ces excursions et j'espère du magnifique soleil de ce début de primtemps.
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18/10/2005
Caxias do Sul
Avant de me diriger vers Granado et Canela, j'ai passé une partie de la journée de lundi dans la grande ville de la région : Caxias do Sul, 300 000 habitants. Cette ville est également un pur produit des colons italiens : la place centrale s'appelle la place Dante Allighieri, et les noms des autochtones ont fréquemment une consonnance en "i". Comme Bento Gonçalves, c'est une ville très propre et sans charme particulier.
La principale attraction touristique de la ville est l'église São Pelegrino. En dépit de son nom d'apéritif, je m'en serais voulu de l'avoir manqué, car dans le genre kitsch, c'est un must. Cet édifice date des années 50 et est de style néo-gothique, ce qui pour une fois ferait presque regretter les audaces bétonnantes d'Oscar Niemeyer. Les fresques de l'intérieur, peintes par un artiste italien (un certain Aldo Locatelli), valent leur pesant de cacahouètes. L'église abrite également une copie authentique (sic) du Saint-Suaire de Turin. L'original de la célèbre pièce d'étoffe, qui a déjà fait couler beaucoup d'encre (plus que la robe bleue de Monica Lewinski), est la relique la plus sacrée de la ville de Turin (comme son nom l'indique). Pourquoi alors une copie "authentique" ? J'avais cru comprendre que l'original avait été exposé ici en 1984, mais impossible de confirmer l'information. Je ne manquerai donc pas de revenir sur le sujet.
L'autre attraction est gastronomique : il faut goûter le Galeto, un plat typiquement italien. C'est tout bêtement du poulet, accompagné de spaghettis, de salade et bien entendu, de polenta. Ce qui est de nos jours un simple accompagnement était pour les premiers colons l'aliment unique de tous les jours, et encore pas tous les jours. Aujourd'hui, avec les portions qu'ils servent pour une personne, on pourrait nourrir une famille de colons des temps héroïques.
Comme cette note serait un peu courte, un petit mot sur le référendum du 23 octobre sur la prohibition de vente des armes à feu, dont j'ai déjà parlé dans une note précédente. Dans chaque camp, les arguments s'affinent, si on peut dire. Du côté du "non" (contre la prohibition), les arguments ne volent pas haut : on fait preuve d'une intense démagogie en utilisant des faits qui n'ont rien à voir avec le sujet. A noter quand même que la prohibition va renforcer le traffic clandestin des armes à feu, ce qui n'est pas une bonne chose, mais reste à savoir dans quelle proportion. En revanche, contrairement à ce que je disais auparavant, il semble que les armes vendues légalement sont bien impliquées dans la majorité des faits criminels, c'est l'argument principal des partisans du "oui". Des statistiques montrent également que plus la vente d'armes légales progressent, plus le nombre d'homicides par armes à feu augmente : 39 000 morts en 2003 ! Reste à savoir également dans quelle proportion, la prohibition fera baisser ce chiffre. C'était le quart d'heure citoyen de ce blog.
Donc le 23 octobre, les brésiliens vont aller aux urnes, et en plus ils n'ont pas le droit d'aller à la pêche ce jour là : le vote est obligatoire, sous peine d'amende. Pour voter, c'est très rapide, car le Brésil utilise des machines éléctroniques : appuyer au choix sur la touche 1 = non ou 2 = oui, puis appuyer sur la touche "Confirmar". Ce qui est bien dans ce pays, c'est que même pour un sujet aussi sérieux que celui-ci, le spot publicitaire qui appelle les brésiliens à faire leur devoir éléctoral se fait sur un air de samba ! Dernière remarque : malgré le soutient à la cause du "oui" d'artistes célèbres (on a vu des spots pour avec Chico Buarque et Daniela Mercury), le "non" ne cesse de progresser, et l'issu du scrutin est incertaine. Ce référendum va t-il subir le même effet boomerang que celui sur la constitution européenne ? Réponse dimanche prochain.
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16/10/2005
Bento Gonçalves
Nous sommes dimanche et je suis depuis jeudi soir à Bento Gonçalves, dans le Rio Grande do Sul, la terre des gauchos. Pour parcourir en bus les 400 kilomètres depuis Blumenau, il m'a fallu la journée, mais ça valait le coup. Les paysages sont splendides : des plaines, des rizières, puis des forêts, des collines, des vaches, etc. En allant vers le sud, le paysage devient moins exotique, plus européen. Les palmiers ont presque disparu, mais il reste les araucarias, très nombreux dans cette région. En revanche, en arrivant dans la serra gaucha, on rencontre une nouvelle culture : la vigne. En ce début de printemps, il ne faut pas compter voir des grappes de raisin : les vendanges ont lieu au mois de février. C'est la faute à l'hémisphère sud, où tout est inversé.
Bento Gonçalves est également une ville fondée par les colons européens, mais ici ce ne sont pas les allemands, mais les italiens. Ce sont eux qui ont introduit la vigne. La ville est sans charme particulier, très européenne et très propre. L'intérêt principal, ce sont les vignes, le raisin et le vin. Je n'ai pas fait grand chose vendredi, attendu qu'il pleuvait comme cache qui pisse. La température nocturne est ici franchement vivifiante et la petite laine est indispensable.
C'est bien connu, les italiens gesticulent en mangeant des nouilles (1). De nombreux italiens ont fui la misère de leur pays au XIXème siecle, dans le but de trouver la richesse au Bresil, sur des terres distribuées genereusement par le gouvernement de l'époque. Dans un premier temps, il ont conservé la misère : les lots distribués n'étaient que des portions de forêt vierge ("mata atlantica", en portugais), et il a bien fallu défricher pour planter la polenta, en chantant la célèbre chanson (2).
Leurs efforts ont fini par payer, puisque la region est désormais une des plus prospères du pays, non seulement par l'agriculture, mais par l'industrie. La region est en effet le siège de deux entreprises florissantes : Tramontina et Todeschini. Tramontina fabrique toute sorte d'outils, d'accessoires pour la maison et d'équipements éléctriques, dans la catégorie haut de gamme. Mon excursion de samedi après-midi comprenait un arrêt au magasin d'usine de la Tramontina, j'ai donc pu comparer les prix sur place. En tenant compte du change, ce sont les mêmes que le "made in China" dans les supermarchés français. C'est bien dommage, je n'ai vraiment pas la place de trimballer une clé à molette ou un pic à churrasco dans mes bagages. L'autre grande entreprise de la region, Todeschini, fabrique du mobilier.
Samedi après-midi donc, j'ai fait la promenade avec la Maria-Fumaça de Carlos Barbosa jusqu'à Bento Gonçalves (je rappelle que la Maria-Fumaça est un petit train à vapeur, voir les notes précédentes sur São Lourenço et São João del Rey). L'intérêt de cette promenade n'était pas specialement la vieille locomotive (j'en avais déjà vu), ni le paysage (charmant par ailleurs). C'était surtout les animations folkloriques et les degustations de vins et de fromages de la région. Question animations musicales, je n'ai pas ete déçu, c'est bien ce à quoi que je m'attendais. Colonisation italienne oblige, j'ai eu droit a tous les grands classiques de la musique transalpine : Volare, Bella Chiao, Funiculi Funicula, etc. Je m'en suis payé une bonne tranche (napolitaine, ah, ah !).
Le fromage était tres bon aussi, mais par contre, question pinard, ça pêchait un peu. Lors de l'arrêt a Garibaldi (c'est le nom de la ville), on nous a servi un genre d'Asti Spumante, c'est a dire un mousseux très sucré et faiblement alcoolisé (quelle horeur). Garibaldi garantit pourtant 70 % de la production nationale des vins que les brésiliens appellent pompeusement "champanhe" (sic, prononcer "champagné"). Quant à l'arrivée a Bento Gonçalves, nous avons eu droit a déguster deux types de "tinto" (rouge) : un sec et un "suave" (liquoreux). Le sec aurait avantageusement pu être vendu en cubi ou en Tetrapack, quant au "suave", il est plus proche du jus de raisin que du vin. C'est bien dommage, car il existe quand même de bons vins brésiliens.
Les vins bresiliens n'ont pas une bonne reputation, et il est vrai que leur qualité n'atteint pas celle de leurs voisins chiliens ou argentins. Toutefois, à prix équivalent, le meilleur des vins brésiliens (par exemple, le Miolo Seleção) vaut infiniment mieux que le pire des vins français qu'on peut trouver ici en supermarché, vu qu'il faut payer le voyage. Le "Baron d'Arignac" (sic), un vin de pays de l'Hérault, est à peu pres du même niveau que la piquette qu'on nous a fait goûter. Ne cherchez pas ce vin en France, il est apparemment reservé a l'exportation au Brésil. Et après, on s'étonne que le vin français perde des parts de marché !
Heureusement, en matière de vins, l'excursion de ce dimanche a permis de relever le niveau. Cette excursion s'appelle le "caminho das pedras", et permet de faire une très jolie ballade au milieu des vignobles et de la campagne des environs de Bento Gonçalves. Elle permet d'admirer les belles maisons de pierre et de bois des premiers colons italiens, datant de 1880 et 1940. Déjà restaurées ou en cours de restauration, elles s'intègrent magnifiquement à un paysage charmant et pimpant, quoique peu exotique pour un européen, mis a part les araucarias au milieu des vignes. C'est aussi l'occasion de déguster du pinard, et cette fois-ci j'ai été emballé. Le vigneron de la "cantina" nous a fait goûter un vin blanc sec d'un cépage original (le "goethe"), dont les aromes sont merveilleux, évoquant les fruits tropicaux. C'est le résultat d'un long travail pour obtenir un vin de qualité, et si les brésiliens continuent dans cette voie, on pourra peut-être trouver du vin brésilien en France d'ici quelques années (actuellement, ne cherchez même pas).
Cette excursion a été également l'occasion de goûter le fameux "chimarrão", la boisson préfèrées des gauchos. Les gauchos sont au départ les cow-boys de la pampa, surtout présents en Argentine et en Uruguay. Mais le nom désigne pour les brésiliens n'importe quel habitant du Rio Grande do Sul, même s'il est d'origine italienne, et même si le paysage des environs n'a rien a voir avec la pampa argentine. Il est vrai, l'homme de la pampa est parfois rude, mais reste toujours courtois (3). Les gauchos ont chez les brésiliens la réputation d'être un peu rustiques et pas mal machos. Comme dit le célèbre proverbe gaucho : pour garder un cheval au champ et une femme a la maison, il suffit d'un bâton bien dur (4).
Le chimarrão est le nom d'un système constitué d'un récipient (la "cuia"), avec une pipe spéciale pour aspirer le liquide (la "bomba"), qui permet de boire la "erva-mate", une infusion faite à partir d'un bois particulier. L'excursion permettait de visiter une fabrique artisanale d'erva-mate. Dans un vieux moulin à eau qui fournit l'énergie,on peut voir les machines antiques qui concassent le bois juqu'à en faire une fine poudre verte. On peut bien sûr déguster, ce qui est une experience : il faut vraiment être gaucho pour boire ce breuvage très amer.
Les dix commandements du chimarrão (selon les gauchos) :
Une fois ces principes assimilés, vous êtes un vrai gaucho, c'est à dire pas une bicha. Tchê ! (interjection typique du Rio Grande do Sul)
Dans la nuit de samedi à dimanche, le Brésil est passé à l'heure d'été : à minuit, on a avancé les montres d'une heure. C'est encore la faute à l'hémisphère sud. Il n'y a donc plus que quatre heures de décalage horaire avec la France, jusqu'à ce que celle-ci passe à l'heure d'hiver. Il n'y aura alors plus que 3 heures de décalage horaire. Attention, les états du Nordeste et du nord du Brésil, qui sont sous les tropiques, ne changent pas d'heure. C'est compliqué, il faut suivre.
(1) Emprunt à Pierre Desproges, "Les etrangers sont nuls".
(2) "La Bella Polenta"
Paroles : http://www.circoloitalianodiamparo.uli.com.br/musicas/lab...
Un carambar pour celui qui retrouve les paroles françaises sur cet air très connu
(3) Emprunt à Michel Audiard, "Les Tontons flingueurs"
(4) Emprunt à Luis Fernando Verissimo, "Outras do Analista de Bage" (disponible uniquement en portugais et quasiment intraduisible)
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