29/08/2005
Une petite dernière pour la route ...
J'écris une courte note depuis Lyon où je profite de l'ordinateur de ma soeur qui a l'ADSL. J'arrive au Brésil le 2 septembre. Ce mois d'août a été consacré au repos, Papa et Maman ont été content d'avoir leur grand fiston, et l'état de mon dos s'est considérablement ammélioré, même si ce n'est pas encore parfais. Vous avez encore été très nombreux à lire le blog pendant ce mois d'août, et ce malgré la délocalisation en France de mon séjour. Je vous en remercie du fond du coeur.
L'autre jour, chez Casino, j'ai enfin vu la Brahma en rayon ! Elle est vendue 3,55 Euros en pack de 4 x 33 cl, dans une bouteille qui est totalement différente de celle du Brésil. Les stratèges en marketing de la société AmBev, qui brasse également la Skol, l'Antarctica et la Bohemia, ont jugé plus vendeur de lui donner une forme originale pour faire bière de luxe, ce qui est un comble. Le contenu également est différent, car la bière est brassée aux Pays-Bas par Intrebrew : c'est en fait la même multinationale, qui brasse aussi la Leffe et la Stella Artois. Je n'ai pas gouté la version européenne, car j'ai estimé que ça faisait chère la bibine, et que je n'était pas encore en état de manque. Je vais me rattraper en goutant de nouveau la version originale, en bouteille de 600 ml, servie dans son récipient isotherme pour rester bien fraiche même sous le soleil de Rio.
Pendant ce temps là, Fernando déclare à sa mère qu'il ne cessera jamais d'aimer Aurelia, même si celle-ci feint pour l'instant de n'éprouver aucun sentiment pour lui. L'oncle Lemos manoeuvre pourtant en douce pour faire annuler leur mariage, en disant qu'il n'est pas consommé, ce qui soit dit en passant est vrai, puisque Aurelia s'est toujours refusé à Fernando. Pour ne rien arranger, en apprenant cela, Adelaide revient à la charge pour récupérer Fernando, et elle est un peu bécasse parce qu'elle n'a toujours pas compris, après les 87 épisodes précédents, qu'il ne l'aime pas. Le plan d'Alfredo pour faire tomber dans ses bras Leocaldia, la femme du ministre Duarte, n'a que partiellement réussi : le ministre est maintenant à la colle avec la petite Mariquinha (la soeur de Fernando). Cette dernière parle même mariage, mais le ministre n'a pas l'air chaud, et je le comprend, car sa femme est quand même mieux. Par contre Alfredo attend toujours pour se faire la femme du ministre, même si cette dernière n'est plus aussi réticente. Du coup, Fernando et Alfredo se prennent une bonne biture en se racontant leurs peines de coeur respectives. Rodrigo, le père de Lucia, apprend que sa fille (qu'il a lui même foutu à la porte) est toujours vivante : on ne lui dit pas quand même pas qu'elle est devenue pute dans le meilleur bordel de Rio, sinon il aurait une attaque. Firmina, la mère maquerelle qui s'occupe de Lucia, et qui a réussit à se faire embaucher comme dame de compagnie chez Aurelia, continue à l'espionner pour le compte de l'oncle Lemos. Mais elle s'engueule avec Aurelia pour une sombre histoire de lettre volée, du coup Firmina est obligée de partir de chez Aurelia. J'ai succintement résumé les quatre derniers épisodes, j'espère que vous avez de l'Aspro dans votre boite à pharmacie. Raconté comme ça, je sais, ça a l'air con. En fait, ça l'est, mais il faut le voir en vrai, et ça l'est moins. En fait, l'action n'a pas beaucoup évolué depuis fin juillet, je devrai donc pouvoir raccrocher sans trop de problème, et c'est tant mieux (1).
En retournant au Brésil, je vais échapper au syndrome de la déprime de septembre : fin des vacances, rentrée des classes, troisième tiers provisionnel, université d'été du MEDEF, etc. Sans compter le prix de l'essence qui atteint des sommets, ce qui donne envie de rouler au sucre de canne raffiné (je parle du carburant vert, pas de la cachaça). Par solidarité, je penserai à vous en regardant la mer et en sirotant une caïpirinha. Je sais, ça va être dur. Mais je pense que je vais y arriver.
N.B. J'ai rajouté quelques photos ...
(1) Pour vérifier que je ne raconte pas d'aneries, allez vour vous-mêmes sur http://exclusivo.terra.com.br/interna/0,,OI517273-EI1492,00.html (par contre, c'est en portugais, vu que je dois être un des rares couillons de français à suivre le feuilleton)
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26/08/2005
Rectificatifs et considérations footballistiques ...
C’est plus fort que moi, j’aime raconter des bêtises, et parfois au risque de déformer la réalité. Pour le seul plaisir de faire un bon mot, il m’arrive de raconter des coquecigrues, billevesées, sornettes, calembredaines et autres rodomontades qui relèvent parfois de la contrevérité pure et simple. Parfois c’est pour une raison bien excusable, c’est que je ne transporte pas avec moi une Encyclopedia Universalis, ni un Robert (le dictionnaire). Et les renseignements que l’on trouve sur Internet ne sont pas toujours fiables. Aussi ai-je repris quelques éléments publiés dans ce blog afin de rétablir la vérité, ou au moins corriger quelques inexactitudes.
Concernant l’équipée de Daniel de La Touche, seigneur de la Ravardière, à São Luis do Maranhão (voir note du 2 juillet) : le projet français d’installation dans le Maranhão s’appelait la France Equatoriale, et non la France Antarctique. Ce dernier est le projet d’installation française dans la baie de Rio, par Nicolas de Villegaignon, un autre quidam qui est plus connu au Brésil qu’en France. Ce projet a également fait long feu : 5 ans seulement, après les Portugais ont repris le contrôle de la région. De cette époque, il ne reste que l’origine du nom « Pain de Sucre », qui serait française, rapport à la forme d’un massepain. J’ai aussi été un peu injuste avec ce pauvre Daniel de la Touche dont j’ai raillé les piètres qualités militaires, attendu que toutes les opérations lancées par d’autres européens que les Portugais en vue de faire main basse sur le Brésil, se sont soldées par des échecs. C’est le cas par exemple de l’expédition hollandaise à Recife.
Concernant les fitinhas « Lembrança do Senhor do Bonfim » (voir note du 12 juin) : je confirme qu’elles ne sont pas fabriquées sur place à Salvador, où elles sont généreusement distribuées contre menue monnaie. En revanche, ce n’est pas à Rio qu’elles sont produites, mais dans un bled de la région de São Paulo (dont j’ai mangé le nom). D’après mes calculs, sachant que le volume d’une fitinha est d’environ 1 centimètre cube (j’en ai roulé une pour mesurer), et que la production annuelle est de 12 millions d’unités, il suffit d’un Peugeot J7 pour faire la livraison en parcourant les 2000 kilomètres séparant les deux villes.
Même si je ne suis pas certain que la livraison s’opère ainsi, on ne peut pas invoquer l’absence de rationalisation industrielle générée par le coût du transport pour critiquer l’éloignement entre le centre de production et le centre de consommation (je suis très fier de cette dernière phrase, c’est beau comme un rapport d’énarque généré au pipotron). Cela ne répond toutefois pas à une question fondamentale qui me tarabuste : qu’est-ce qu’il peut bien charger au retour, le Peugeot J7 ? Je suppose en effet qu’il ne rentre pas à vide. Je penche pour une livraison d’acarajés, mais je peux me tromper.
Le nom du village indigène situé au sud de Porto Seguro que j’évoquais dans la note du 2 juin est Imbiriba et non Ibitanga. Je pense que vous auriez rectifié de vous-mêmes. La seule excuse que je peux invoquer pour cette erreur impardonnable est que je suis très loin de maîtriser le tupi-guarani, la langue indienne qui est à l’origine de nombreux noms de lieu brésiliens, notamment tous les ita-truc-chouette, il y en a des colonnes entières dans les atlas (« ita » signifie « pierre », en tupi-guarani).
Le film « Tieta do Agreste », adaptation du roman de Jorge Amado, avec Sonia Braga, date de 1996 et non de 1998 (voir note du 17 juin). Il a été tourné à Mangue Seco uniquement pour les scènes dans les dunes. Le village qu’on voit dans le film est apparemment un décor, qui a été recréé à Picado, un petit village du district de Conceição do Jacuípe, près de Salvador, en plein dans le Recôncavo Baiano, la riche région du cacao chère au grand écrivain brésilien.
La Guyane Française est située à seulement 7 000 kilomètres de la métropole et non 10 000 comme je le prétendais dans la note du 14 juillet. Quant à sa surface, elle n’est pas de 70 000 kilomètres carrés, mais un peu plus. Mais combien exactement ? Je n’ai pas trouvé deux bouquins qui donnent le même chiffre. D’après le Quid, 83 534, admirez la précision (1), 91 000 d’après le Larousse, « presque 90 000 » d’après le Petit Futé qui a du piquer le chiffre aux deux précédents et faire la moyenne pour ne pas se mouiller. Ce laisser-aller géographique tend à confirmer l’impression générale que j’ai eue à propos de ce territoire : il n’y aurait pas la fusée Ariane, tout le monde s’en foutrait.
Sans aucun rapport avec ce qui précède, je me suis aperçu que je n’avais pas encore parlé de la deuxième religion du Brésil après le christianisme et ses dérivés : le fútebol (en français : football). Je vais donc réparer cet oubli immédiatement, en commençant par quelques précisions concernant les footballeurs brésiliens célèbres.
Pour un français écoutant les nouvelles sportives du Brésil en version originale, il peut y avoir confusion entre Ronaldo et Ronaldinho, d’autant plus que les deux jouent en Espagne : le premier au Real de Madrid, le second au FC Barcelone (le fameux « Barça »). En effet, Ronaldo (Ronaldo Luiz Nazario de Lima) est parfois appelé Ronaldinho à la télé brésilienne. Ce n’est pas une erreur, mais un terme affectueux, selon l’usage au Brésil. En effet, ces derniers temps, Ronaldo fait les choux gras de la presse plus pour ses déboires sentimentaux et ses déclarations à l'emporte-pièce que pour ses exploits à l’intérieur de la ligne des 22 mètres. Quant à Ronaldinho (Ronaldinho Gaúcho de Assis Moreira), les journalistes brésiliens l’appellent quasi systématiquement « Ronaldinho Gaúcho » pour ne pas le confondre avec le précédent. Surnom mérité, car il est né à Porto Alegre, capitale du Rio Grande do Sul, le pays des gauchos.
Ronaldo semble plus populaire au Brésil que Ronaldinho. Curieusement, en Espagne cela semble l’inverse, si j’en juge au nombre de ses apparitions télévisées (publicités comprises). Je vois plusieurs explications possibles. Soit les Espagnols attachent plus d’importance que les Brésiliens au nombre de buts marqués et à l’efficacité sur le terrain : étonnant, mais pas impossible, le foot est un sujet passionnel en Espagne également. Autre hypothèse : je pense que les Espagnols ont beaucoup apprécié le fait que Ronaldinho ait fait venir sa maman en Espagne, pour la protéger du risque d’enlèvement avec rançon qu’elle courrait au Brésil. Précaution légitime, le rapt crapuleux étant un des disciplines préférées de la pègre brésilienne. Pendant ce temps là, Ronaldo préfère la compagnie des pouffes blondes à forte poitrine, si on excepte l’intermède de son mariage raté avec Daniella Cicarelli, qui est brune quoique bien dotée question lolos.
Ou alors, c’est qu’il y a trop de stars du ballon rond au Real de Madrid, d’autant plus que le richissime club madrilène vient de recruter, pour compenser le départ du portugais Luis Figo, l’étoile montante du football brésilien : Robinho, qui devrait faire fureur sur la pelouse du stade Santiago Bernabéu. Presque tous les grands clubs espagnols ont leur brésilien. Mais là, ça fera trois brésiliens pour le même club, avec Roberto Carlos. Le footballeur, pas le chanteur. Roberto Carlos (le chanteur) est fort peu connu en France. C’est une star depuis les années 60 et c’est le chanteur préféré des ménagères de plus de 50 ans. Question longévité de carrière, c’est un peu le Johnny brésilien. A un détail près : il n’a jamais changé de look. Son brushing est un ouvrage qui défie le temps. Son entretien doit nécessiter la présence à plein temps de plusieurs ingénieurs du génie civil, de la trempe de ceux qui ont travaillé sur le viaduc de Millau. Offrir un disque de Roberto Carlos est le cadeau idéal pour la fête des mères. Y compris si vous êtes en mauvais terme avec votre maman et que vous avez l’esprit tordu.
Et voilà qui conclue brillamment une note bien remplie et bien équilibrée entre les précisions rigoureuses, les aspects culturels enrichissants, les ragots dignes de France-Dimanche et les brèves de comptoir.
(1) Le chiffre est repris par le site de la CCIG (Chambre de Commerce et d’Industrie de Guyane)
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22/08/2005
A propos de la sécurité ...
Sur la première note de ce blog, un lecteur anonyme, et que je ne connaissais pas m’avait laissé ce commentaire peu engageant : « Méfie-toi, le Brésil, c’est vachement dangereux, comme pays ». Probablement cette personne venait-elle de regarder le journal de 13 heures de Jean-Pierre Pernaud sur TF1, où entre le reportage sur la colère des producteurs de cougourdes à Aubagne et celui sur la restauration des charrues gallo-romaines par un petit artisan de Chasseneuil-du-Poitou, était montré une descente de police dans la cité du Grand Chite à Craignos-sous-Bois, dans une de nos favelas à nous. En matière d’insécurité (je parle ici en tant que touriste), il faut savoir faire la juste part entre ce qui relève du fantasme savamment distillé par les médias, les statistiques qui sont d’une rigueur mathématique quoique sujette à interprétation et controverse, et la réalité sur le terrain. Exercice de jonglage auquel je vais m’atteler derechef.
La première fois que je suis allé au Brésil, en 2002, avec mes compères Hervé et Patrick, nous avions soigneusement évité de faire une halte à São Paulo, tétanisés à l’idée de s’y faire détrousser. São Paulo, quinze millions d’habitants, la ville aux 2000 favelas, où les hommes d’affaire se déplacent en hélicoptère pour aller à leur bureau au centre-ville, de peur de se faire braquer ou enlever en faisant le trajet en voiture. On avait vu le reportage sur TF1 : ça fout les jetons. Contraints d’y faire étape à la suite d’un glissement de terrain qui avait bouché la route côtière allant à Parati (nous venions de Rio), nous avons donc eu l’occasion de nous rendre compte de la situation par nous-mêmes.
São Paulo, c’est une grande ville avec des gens qui marchent sur les trottoirs, qui font les magasins, qui mangent au restaurant, d’autres qui roulent en voiture où qui prennent le métro pour aller travailler. Il y en a même qui font les musées, car c’est aussi la ville du MASP, de la Pinacoteca do Estado et du Museu do Ipiranga, avec ses jardins à la française. Elle fait largement concurrence avec Rio sur le plan culturel. En clair, rien à voir avec le Bronx sous les tropiques auquel on s’attendait. La seule agression que l’on subit à São Paulo, c’est celle visuelle et architecturale provoquée par le gratte-ciel d’une laideur repoussante situé près du Viaduto Santa Ifigénia, en plein centre-ville.
Cela ne veut pas dire qu’il faut oublier toute prudence, comme aller se promener nuitamment dans des endroits sordides et mal éclairés. São Paulo fait également concurrence avec Rio sur le plan des statistiques de la délinquance. Mais d’après les statistiques, les deux villes n’apparaissent pas en tête du hit-parade des grandes villes (1).
En terme de statistiques, le Brésil est un pays violent, c’est un fait. Par exemple si on considère le nombre d’homicides volontaires par an. En France, environ 1000, aux Etats-Unis, environ 25000, au Brésil, environ 70000. Soit ramené à la population totale, environ 20 fois plus qu’en France et 4 fois plus qu’aux Etats-Unis (1). Et il n’y a même pas un Michael Moore pour dénoncer, pas plus qu’il n’y a de lobby des armes à feu à incriminer pour ces mauvais chiffres. Le nombre d’armes à feu en circulation n’a pourtant rien à envier aux Etats-Unis, si j’ose dire. Il y a en revanche une nette volonté politique d’en réduire le nombre : spots publicitaires à la télé, campagnes de collecte et de destruction des armes contre une indemnité, etc. Mais y a du boulot.
Le risque d’agression est plus élevé qu’en France, c’est également certain. Mais le touriste moyen va rarement se promener dans les quartiers nord de Rio, là où c’est vraiment la zone. La nuit, on y entend davantage le tir des armes automatiques que le chant des grillons. A force, on s’y habitue, c’est ce que me disait Jean, le français que j’ai rencontré à Ilheus, qui y a vécu avec son épouse brésilienne. Les habitants des quartiers chics de Botafogo, d’Urca ou de Catete sont en revanche rarement confrontés à ce type de tapage nocturne.
La vérité sur le terrain, c’est que le sentiment d’insécurité est très faible, une fois qu’on a abandonné ses préjugés. Pour une bonne raison : dans leur immense majorité, les brésiliens sont des gens d’une extrême gentillesse et d’une grande honnêteté. Pas roublards pour deux sous, ils ne cherchent quasiment jamais à arnaquer le touriste, rendent la monnaie sans tricher et vous signalent que vous avez oublié des affaires à vous dans le bus. C’est utile quand on a la tête en l’air. Sans vouloir cafter, les marocains (qui sont gentils aussi, quoiqu’un peu collants) feraient bien de s’en inspirer.
Comme partout ailleurs, les actes de délinquance sont le fait d’une minorité. Mieux vaut ne pas avoir le malheur de croiser un bandit, et en terme de probabilités, il est presque certain de pouvoir passer dix ans au Brésil sans avoir de problèmes. Et le bon truc, c’est de passer inaperçu. J’ai commencé à renouveler ma garde-robe pour faire plus couleur locale. Je rappelle qu’au Brésil, c’est celui qui porte un bermuda et des havaianas qui a l’air d’un autochtone et celui qui porte un pantalon à pinces et des pompes cirées qui à l’air d’un touriste. Faudra que je leur explique ça, chez Axa, en rentrant.
(1) J’ai eu toutes les peines du monde à trouver des chiffres fiables, voici donc mes sources :
http://www.bbc.co.uk/portuguese/reporterbbc/story/2004/08/040730_vsaopaulodbdi.shtml
http://www.radiofranceinternationale.fr/actufr/articles/047/article_25021.asp
Sur le premier site (en portugais) est donné le nombre d’homicides pour 100 000 habitants dans les capitales d’état du Brésil (source : Ministère brésilien de la santé). La moyenne nationale est de 39,7 homicides pour 100 000 habitants. A noter le score curieusement faible de Salvador qui n’a pourtant pas bonne réputation.
1 - Recife: 67,4
2 - Cuiabá: 65,6
3 - Porto Velho: 60,7
4 - São Paulo: 58,5
5 - Vitória: 54,4
6 - Rio de Janeiro: 49,5
7 - Boa Vista: 46,4
8 - Macapá: 43,4
9 - Maceió: 37,9
10 - Campo Grande: 37,2
11 - Rio Branco: 35,2
12 - Aracaju: 33,6
13 - Brasília: 33,5
14 - Manaus: 32,4
15 - João Pessoa: 31,9
16 - Porto Alegre: 30
17 - Belo Horizonte: 28,2
18 - Fortaleza: 24,3
19 - Goiânia: 22,2
20 - Belém: 21,9
21 - Palmas: 21,8
22 - Curitiba: 21,1
23 - Teresina: 20,3
24 - São Luís: 14,9
25 - Salvador: 11,8
26 - Florianópolis: 11,1
27 - Natal: 6,7
Sur le second site, consacré au classement des pays les plus violents, les chiffres sont un peu différents mais la proportion est à peu près respectée : on serait à 420 homicides par an pour la France et 42000 pour le Brésil.
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19/08/2005
A propos des télénovelas ...
Arriver à scotcher devant le poste de télé quelques dizaines de millions de téléspectateurs, tous les jours sauf le dimanche, pendant des mois, voire des années, telle est le tour de force de la télénovela brésilienne. Aucune série française quotidienne n’y est jamais arrivé, même du temps de "Hélène et les Garçons", même avec "Sous le soleil", l’interminable saga tropézienne que nous avons réussi à vendre un peu partout dans le monde. Il y a bien "Plus belle la vie", qui réunit quand même 4 millions de téléspectateurs sur France 3 au moment du journal de 20 heures, mais c’est pas pareil.
Il faut en outre savoir que la télévision brésilienne n’a pas de grille d’été, c’est à dire pas de saison morte avec de faibles rentrées publicitaires, pendant laquelle on rediffuse à tour de bras pour meubler l’espace à peu de frais. Quand une télénovela est lancée, elle dure sans interruption jusqu’à épuisement intellectuel des scénaristes.
Car pour pondre un scénario de télénovéla, avoir une bonne idée de départ n’est pas suffisant, il faut aussi connaître toutes les grosses ficelles pour la faire durer. C’est comme une vinaigrette : il ne faut savoir délayer un peu la sauce mais pas trop, et surtout il faut touiller sans arrêt, pour éviter que ça retombe. Il faut respecter quelques règles de base et ne pas faire dans la dentelle ou la subtilité : plus c’est gros, mieux ça marche. Et comme pour des raisons financières, il ne faut pas trop compter sur les décors, les costumes, les cascades et les effets spéciaux, il est indispensable de tout miser sur les acteurs, en ayant un casting impeccable et sans fausses notes. L’erreur de distribution est impardonnable.
Un bon casting c’est : des belles filles et des beaux garçons pour faire les héros, quelques méchants bien tartignoles et hauts en couleur, plus une kyrielle de faire-valoir, dont quelques rigolos pour créer une rupture dans le contexte dramatique de la narration. Et surtout chacun doit avoir la tête de l’emploi : le gentil, il a une tête de gentil, le salaud une tête de salaud, la pute une tête de pute, le benêt une tête de benêt et le puceau une tête de puceau. Vous allez me dire : à quoi reconnaît-on une tête de puceau ou une tête de pute ? Ca ne s’explique pas, ça se voit. J’ai moi-même une belle tête de vainqueur, ça se voit tout de suite. Dans un casting de télénovela, ma place serait toute trouvée.
Que le personnage soit un gentil ou un méchant, un pervers ou un naïf, il y a une constante immuable : la qualité de la dentition. Tous les protagonistes ont des dents alignées au laser, d’une blancheur à rendre jaloux un iceberg éclairé par une batterie des spots lumineux. Inutile de prétendre à un rôle dans une télénovela si on les chaillottes un tant soit peu de travers, et non préalablement triplement récurées à l’Email-Diamant. Il est vrai que pour un brésilien, avoir de belles dents est au moins aussi important que d’avoir de belles fesses. En effet, ça peut se montrer plus facilement, sauf peut-être à la plage. Avant de visiter le Brésil, je n’avais jamais vu autant de jeunes adultes porter des appareils dentaires. Le Brésil est incontestablement la terre promise pour l’orthodontie, terme savant plus répandu là-bas que chez nous en France, qui désigne la science qui est aux dents ce que la chirurgie esthétique est au postérieur. En lisant ce blog, on enrichit son vocabulaire.
Vous auriez été déçu, si dans cette note, je n’avais pas encore une fois parlé de ma télénovéla préférée, "Essas mulheres" ("Ces femmes"), du lundi au samedi à 19h15 sur TV Record (voir épisodes précédents). Cette note est l’occasion où jamais d’en parler plus longuement, d’autant plus que, provisoirement en exil en France, je me languis de connaître la suite.
C’est une excellente télénovela, dans la mesure où toutes les recettes de cuisine pour en faire une, telles que je les ai exposées plus haut, y sont appliquées à la lettre. Avec en supplément un intérêt historique : l’action se déroule en 1870, à Rio de Janeiro qui était alors la capitale du pays, dans le milieu de la bonne bourgeoisie qui évoluait près de la cour impériale, dans une société où l’esclavage n’était pas aboli. Les réalisateurs ont fait le pari de la qualité dans le choix des costumes et des décors. Les quelques scènes en extérieur ont été tournées dans la bonne ville de Tiradentes, dans le Minas Gerais, une région que je ne connais pas encore, mais qui sera je pense ma prochaine destination, dès mon retour.
La télénovela est "librement inspirée", selon la formule consacrée, des œuvres du grand écrivain brésilien José de Alencar, un contemporain de Balzac. Si l’histoire, avec ses rebondissements et ses grosses ficelles propre au genre télévisuel, n’a qu’un lointain rapport avec les œuvres de l’auteur, les dialogues sont assez proche du style impayable et alambiqué qu’on pratiquait à l’époque. Chez les bourgeois, on évite soigneusement d’appeler un chat un chat. Dans "Luciola", un des romans de José de Alencar cité au générique comme source d’inspiration, le personnage principal est une prostituée. Mais à aucun moment ce terme n’est employé. L’auteur commence par évoquer la condition peu convenable d’une femme qui évolue dans la vie sans la protection d’un frère ou d’un mari, pour lâcher finalement du bout de la plume qu’il s’agit d’une courtisane. Ca, c’est la classe.
La seule faute de goût de "Essas Mulheres", c’est la musique, qui n’a rien de XIXème siècle. Pour des raisons vraisemblablement commerciales, les réalisateurs ont opté pour une illustration musicale plus standard, dans le goût des mélodies sirupeuses jouées au synthétiseur qui accompagne usuellement ce type de production. C’est bien dommage. J’ai eu quelquefois l’occasion d’apprécier la qualité de la réalisation de "Xica da Silva", la télénovela de la SBT, qui se déroule au XVIIIème siècle. Si l’action est moins palpitante et l’ambiance moins prenante que dans "Essas mulheres", les réalisateurs ont eu le bon goût d’accompagner les scènes avec de la musique d’époque, comme de petits airs de clavecin ou même le Stabat Mater de Pergolèse. Etonnant, non ?
Par goût personnel, je préfère les télénovelas en costume d’époque aux productions plus ordinaires où les protagonistes sont habillés comme vous et moi, comme "Malhação", "America" ou "Floribella", pour en citer quelques unes qui sont diffusées en ce moment. Je suis donc logiquement tombé accro de la nouvelle télénovela de 18h sur la Globo, qui est diffusée depuis la mi-juin : "Alma Gêmea" ("Ame sœur"). L’époque est plus proche de nous, puisqu’il s’agit des années 30 (1930, s’entend). Et l’idée de base du scénario est un peu gonflée pour un pays chrétien comme le Brésil : la réincarnation.
Je vais résumer cette saga en tentant de retrouver le souffle épique qui plane sur les pages de Télé 7 Jours. Rafael, le héros, a perdu sa jeune épouse, lâchement assassinée un soir de fête. Elle meurt dans ses bras, et aussitôt se produit un processus de transmutation extra-corporelle élégamment symbolisé par des nappes lumineuses ondoyantes accompagnée au synthétiseur, façon Star Trek. L’âme de la défunte se retrouve sans prévenir dans le corps d’un nouveau-né, qui n’est autre qu’une jeune indienne issue d’une tribu paumée au fin-fond du Mato Grosso. Rafael, devenu veuf, est inconsolable, et refuse obstinément de se remarier. Et cela, malgré les avances insistantes de Cristina, qui est pourtant une blonde à forte poitrine.
Pendant ce temps, la jeune indienne grandit. Elle s’appelle Serena, et devient bientôt une belle jeune fille. Elle est élevée dans la tradition de la tribu indienne, et arrivée à l’âge de 20 ans, elle ignore encore tout de la civilisation des blancs, ce qui donne lieu à quelques situations cocasses quand elle débarque dans la grande ville. A la suite de péripéties qui seraient trop longues à raconter, Serena se retrouve (comme par hasard) employée de maison chez Rafael, qui est resté veuf depuis tout ce temps là et ne s’est même pas tapé la blonde à forte poitrine. Ce qui devait arriver arriva : Rafael reconnaît en Serena son âme sœur, la réincarnation de sa défunte épouse, et en tombe amoureux. Et du coup, c’est Cristina qui fait la gueule, ce qui promet pour la suite, que j’ai malheureusement abandonné fin juillet. Mais je fait confiance au scénaristes pour que ça dure encore jusqu’à début septembre, car il faut bien occuper les 54 acteurs et actrices qui sont au générique.
Comme promis, vous aurez droit dès début septembre à la suite de la télénovela : "As aventuras de Bob no Brasil". Au programme : de l’exotisme, de l’aventure, de l’humour, des rebondissements, du suspense, de l’émotion, … enfin bon, je raconte pas tout, non plus.
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16/08/2005
A propos de la télévision ...
Les français sont le peuple le plus intelligent de la Terre : c’est eux qui le disent, ce qui les met ainsi à l’abri de toute contradiction. Nous avons inventé les droits de l’Homme et le système métrique, nous avons le meilleur système de santé et la meilleure télévision. La meilleure, malgré la concurrence de la BBC, doit-on reconnaître objectivement en dépit du léger antagonisme historique et sportif qui nous oppose aux perfides anglois, peuple décadent aux mœurs incertaines et à la cuisine inconsommable. Tout cela pour dire que la télévision française, quand on effectue la comparaison avec nombre de ses consœurs, passe pour un modèle d’intelligence, malgré la présence dans le PAF de conneries atomiques comme " L’île de la tentation " ou " On a échangé nos mamans " (liste malheureusement non exhaustive). Et pour avoir beaucoup voyagé, j’ai beaucoup comparé.
Ce préambule était nécessaire pour dire qu’en matière de débilité, la télévision brésilienne est une des plus gentiment sympathiques. On y cultive le décervelage et l’électroencéphalogramme plat avec une bonhomie toute en couleur, sur un air de samba.
Mais commençons par quelques données générales. La télévision au Brésil, c’est cinq grands réseaux qu’on peut retrouver quasiment partout sur le territoire via le satellite : Globo, TV Record, SBT, Rede TV et TV Bandeirantes. Chacun de ses réseaux fait des décrochages régionaux pour couvrir l’actualité locale. En zappant, on peut également tomber dans les grandes villes sur Rede Vida, la chaîne chrétienne qui diffuse à longueur de journée les prêches du padre Fulano (1) et des péplums bibliques doublés en portugais. Ou bien sur MTV, déclinaison tropicale de la célèbre chaîne américaine, où l’on peut admirer les beaux yeux et la plastique parfaite de sa présentatrice vedette Daniella Cicarelli, l’ex de Ronaldo. Plus parfois, des chaînes purement locale comme TV Nordeste de Fortaleza.
Au Brésil, on pourrait presque se passer de programme télé tant les journées se ressemblent. Les grilles de programmation sont réglées comme du papier à musique, à tel point que quand il y a une bande-annonce pour une émission, on omet parfois de donner l’heure à laquelle elle est diffusée : on se contente de dire que c’est après l’émission untel ! Ce qui prend le plus de place dans les pages télés des journaux, c’est le résumé des principales télénovélas. Je confirme que les novélas télévisuelles sont bien une institution au Brésil : en dépit de plus de 40 ans de présence sur le petit écran, les brésiliens se délectent sans se lasser de ces histoires interminables au scénario bourré de grosses ficelles (j’aurai l’occasion d’y consacrer une chronique spéciale). Le seul événement susceptible de perturber cette belle harmonie, c’est le Dieu Futebol. Quand il y a un match, il arrive parfois que l’on décale la télénovéla. Si, c’est possible !
Abordons maintenant une revue de détail des principales chaînes brésiliennes, et à tout seigneur, tout honneur, commençons par la Globo. En terme de puissance et d’IBOPE (version locale de l’Audimat), c’est TF1 puissance 10. Mais surprise : c’est de loin la moins débile. Bien qu’il s’agisse d’une chaîne privée (comme pratiquement toutes), elle tient lieu de voix officielle du Brésil. Les messages institutionnels du gouvernement y sont diffusés régulièrement. Je me délecte ainsi à chaque passage de la " samba do bom exemplo ", un spot qui appelle les citoyens brésiliens à faire preuve de civisme, par exemple en faisant traverser la rue aux vieilles dames et en jetant les papiers gras dans les poubelles publiques (sur ce dernier point, un peu d’éducation n’est malheureusement pas de trop). Le tout, sur un air de samba ! La programmation est familiale et consensuelle. L’ordonnance de la programmation : télénovélas matin, midi et soir.
Journée type sur la Globo : après les nouvelles de " Bom dia, Brasil ! ", est diffusée une émission plan-plan pour la ménagère de moins de 50 ans, " Mais e você ", présentée par Ana-Maria Braga. C’est une véritable star au Brésil, elle fait régulièrement la couverture des magazines people, même si je me demande bien ce que les brésiliens lui trouvent, à part le fait qu’elle est plutôt bien conservée pour son âge (que par galanterie, je ne divulguerai pas ici). Ana-Maria Braga co-présente son émission avec un perroquet en plastique qui est presque aussi populaire qu’elle, auprès du jeune public. Après " Mais e você ", il y a LA télénovéla du matin, pour les enfants : " Sitio do pica-pau amarelo " (2). Cette novéla dure depuis un certain temps, voire un temps certain.
A dix heures, le plat de résistance de la matinée, l’émission pour les moins de 12 ans : TV Xuxa, présentée bien sûr par l’indétrônable Xuxa Meneghel. Xuxa, c’est Dorothée puissance 100. En plus sexy, quand même, bien qu’elle ait passé la quarantaine. Elle fut par le passé la petite amie de Pelé et d’Ayrton Senna, ce qui suffirait à en faire une gloire nationale. En attendant, elle arrive à durer à son poste, et c’est une des plus grosses fortunes du Brésil. Pour le contenu, TV Xuxa ne brille pas par son originalité : sitcoms bébettes et dessins animés à deux balles, comme " As aventuras de Jackie Chan " ou " O homen-arranha " (en français : " Spiderman ").
Après les nouvelles de midi, il y a le " Video-Show ", une émission entièrement consacrée à faire l’autopromotion des télénovélas de la maison, avec making-of, interviews des acteurs et quizzs où le public en plateau peut gagner des sous en répondant à des questions hautement culturelles. Puis c’est " Vale a pena ver de novo ", qui comme son nom l’indique est une rediffusion des télénovelas ayant eu le plus de succès : en ce moment, c’est " Laços de familia ", avec le toujours très séduisant José Mayer. L’après-midi se poursuit avec " Sessão da tarde ", c’est à dire la diffusion d’un film cucu pour le jeune public, en général américain et déjà bien rentabilisé, genre " Maman, j’ai raté l’avion ". Plus rarement, on a droit à une kitscherie brésilienne avec Xuxa, qui ose périodiquement faire des films qui ne seront jamais diffusés en France, ce qui s’explique en les regardant.
Pour la fin d’après-midi et le début de la soirée, la recette est simple : télénovéla, télénovéla et télénovéla. Il y a celle de 18 heures, l’excellente " Alma gemêa " diffusée depuis début juin et qui rencontre un succès mérité, puis celle de 19 heures, " Malhação ", qui dure depuis au moins dix ans, puis celle de 21 heures, " America ", qui raconte la vie et les amours de brésiliens émigrés aux Etats-Unis. Entre temps, à 20 heures, il y a le " Jornal Nacional ", dont les informations parlent à 95 % du Brésil et 5 % du reste du monde, sachant que la moitié des informations est consacré au sport, c’est à dire au Futebol. La soirée et la nuit se prolonge avec la diffusion de films quasi exclusivement américains en version brésilienne, le plus souvent des nanars, mais aussi quelques gros succès du box-office.
Pour les autres réseaux, la grille est également bien balisée. Par exemple, sur SBT, dans l’après-midi il y a " Charme ", avec Adriana Galisteu, un talk-show dont le seul intérêt est Adriana Galisteu elle-même (ex couverture de Play-Boy, édition brésilienne). Juste après, il y a " Casos de familia ", une émission qui rappelle étrangement le défunt " C’est mon choix ", sur France 3, présentée par la version locale d’Evelyne Thomas. Le soir, il y a le " Programa do Ratinho ", émission censée être comique présentée par un gros à moustache, qui pastiche entre autres le Jornal Nacional de la Globo. Et après, une bonne télénovéla en costumes (l’action se passe au XVIIIème siècle), " Xica da Silva ".
Sur TV bandeirantes, à 18h15, il y a " Brasil Urgente ", une émission entièrement consacrée aux affaires de banditisme, de corruption et autres faits divers sanglants. Et malheureusement au Brésil, il y a de quoi alimenter l’émission. On ne se préoccupe pas ici de la notion de " présomption d’innocence " : les vilains sont présentés face caméra, non floutés, menottés, avec leur nom, leur âge, il ne manque que leur adresse et leur numéro de téléphone. On y montre aussi régulièrement des descentes de police musclées dans les favelas, des fois en direct, agrémentées de logos bien voyant (" Exclusivo " !) pour montrer que c’est pas du chiqué. Edifiant.
J’ai gardé le meilleur, c’est à dire le pire, pour le dessert : je vais maintenant parler de TV Record. Ce qui m’afflige, c’est que c’est la chaîne qui diffuse ma télénovéla préférée, " Essas mulheres ", du lundi au samedi à 19h15, et dont j’aurai l’occasion de reparler. Car pour le reste, la grille de programmation est consternante de bêtise et de voyeurisme. Rappelons d’abord que la TV Record est la chaîne de l’Igreja Universal do Reino de Deus (voir chronique précédente …), ce qui a pour conséquence que toutes les nuits de 1h à 7h du matin, la secte y diffuse ses programmes. Mais le reste de la grille est fort peu religieux.
C’est ainsi la seule chaîne a diffuser encore une émission de télé-réalité, " O aprentiz " (deuxième saison), inspirée de la version américaine : plusieurs candidats font des pitreries dans l’espoir de décrocher un poste dans une grosse boîte, et bien entendu un seul sera retenu après vote des téléspectateurs et du jury. Précisons par honnêteté que la télé-réalité est en fin de cycle au Brésil comme ailleurs, et que la Globo s’est abaissée il n’y a pas si longtemps a diffuser la version brésilienne de " Big Brother " (en français : " Loft Story "), avec les mêmes ficelles que partout ailleurs.
L’émission phare de TV Record est achetée à l’étranger, et son nom tombe fort à propos : c’est l’émission des Records, produite en Angleterre par le Guinness Book of Records (le livre de records). Entre deux présentations en plateau de la (jolie) présentatrice brésilienne, on peut voir les séquences de l’émission dans sa version anglaise, avec des voix brésiliennes sommairement collées par dessus. Si le livre des record est souvent instructif et amusant, l’émission elle, ne vole même pas au ras des pâquerettes : elle récure les égouts. On est ici en plein dans le crado et le sordide, avec images à l’appui.
J’ai de l’imagination, mais je certifie ici que je n’invente rien quant aux sujets diffusés dans cette émission. Florilège : l’homme qui arrive à mettre 21 scorpions vivants dans sa bouche, le concours d’expulsion de spaghettis par le nez, la plus grande chirurgie faciale de l’homme défiguré par un ours, etc. J’en passe et des meilleures. C’est totalement voyeuriste et honteux, c’est donc pour cela qu’on regarde (moi compris).
Après l’émission des Records, il y a en général un film ou un téléfilm. Il s’agit la plupart du temps d’un navet dont ne voudrait même pas M6 pour combler une seconde partie de soirée au mois d’août. Américain en version brésilienne, bien entendu. Contrairement à la Globo qui fait des efforts pour faire une chaîne familiale, on apprécie ici les bourre-pifs, les explosions et l’hémoglobine. J’ai beaucoup apprécié à ce titre l’histoire du cobra géant qui dévore tout, avec des effets spéciaux qui aurait fait rire Inoshiro Honda, le réalisateur de la série originale des Godzilla, le monstre japonais radioactif (voilà pour la précision culturelle). C’est dommage qu’il n’y ait pas l’équivalent de Télérama pour faire la critique.
Je m’en voudrais enfin de ne pas parler du " Jornal da Record ", les nouvelles de 20 heures qui font la concurrence au " Jornal Nacional " de la Globo. En semaine, le journal est présenté par Boris Casoy, dont la seule apparition me met en joie (en plus, c’est immédiatement après " Essas mulheres "). Avec sa tête de papy gâteau, on lui donnerait le bon dieu sans confession, mais qu’on ne s’y fie pas : c’est un teigneux. Si la présentation des nouvelles est de forme classique, avec le journaliste en homme tronc lisant son prompteur, l’originalité est qu’après chaque reportage, on a droit au petit commentaire de Boris, en gros plan, les yeux dans les yeux. Et il ne mâche pas ses mots, surtout quand il commente les affaires de corruption ou de banditisme. C’est totalement subjectif. Même Jean-Pierre Pernaud n’oserait pas ! Sa phrase fétiche : " Isso é uma vergonha ! " (" C’est une honte ! "). C’est quasiment un gimmick : je suis déçu quand il ne la dit pas. La seule fois où je l’ai entendu faire preuve de retenue, c’est quand il commentait l’histoire des valises de billets transportées par un député membre de l’Igreja Universal … Pour des raisons évidentes (voir chronique précédente). Cela me chagrinerait de savoir que Boris Casoy fasse lui-même partie de l’Igreja Universal do Reino de Deus, car je trouve ce personnage haut en couleurs plutôt sympathique.
Pour finir, je serais incomplet et partial en oubliant de dire qu’il existe aussi au Brésil une chaîne éducative et culturelle accessible à tous sans abonnement : Cultura TV, la chaîne universitaire et donc la seule chaîne de service public. Programmes scolaires de mathématiques ou de littérature, reportages de qualité, c’est un peu une perle au milieu des cochons. Et en plus, tous les jours à 9 heures, il y a les Teletubbies en version portugaise, une des rares émissions durant laquelle je peux suivre l’intégralité des dialogues en comprenant tout, ce qui n’est toutefois pas un exploit.
A noter : je retourne au Brésil le 2 septembre. Je suis allé voir l’ostéopathe ce matin, qui est censé m’avoir redressé l’os qui était de guingois. En tout cas ça va mieux.
(1) En français : untel, machin ou Tartempion.
(2) La ferme du pic-vert jaune.
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13/08/2005
A propos de la religion ...
Je ne sais plus si c’est Karl Marx ou Bob Marley qui a dit : « La Religion, c’est l’opium du peuple ». En tout cas, au Brésil, une évidence s’impose : vu l’effet qu’elle produit, c’est de la bonne. Alors qu’en France, les églises ne comptent pendant la messe que quelques grenouilles de bénitier et quelques touristes égarés, il est surprenant de constater que là-bas, les lieux de culte font souvent le plein au moment des offices. Au Brésil, on n’hésite pas à montrer sa foi d’une manière souvent naïve, et ce dans les endroits les plus inattendus.
Prières affichées sur le pare brise, images pieuses sur le tableau de bord : vous n’êtes pas dans une chapelle, mais bien dans un véhicule à moteur. J’ai ainsi souvent bénéficié dans les transports en commun, y compris publics, de la bienveillance de Notre Seigneur. Car tant qu’à invoquer la protection divine, mieux vaut s’adresser directement au bon dieu qu’à São Cristovão, patron des voyageurs. J’ai même vu écrit sur un taxi, à la place du pare-soleil : « propriété de Jésus » ! Ce qui pose quand même un problème. Dans ce cas, à qui doit-on régler la course ? J’imagine la scène : « Tenez mon brave, 5 reals, 2 paters et 3 avés, je n’ai pas la monnaie, mais Dieu me la rendra ». Et en cas de sinistre, avec qui faut-il faire le constat amiable ? Notez bien, depuis deux mille ans, il doit avoir son bonus au maximum. Et conduire au Brésil avec les bras si loin du volant, dans une position aussi inconfortable, ça relève du miracle !
Sur le sac plastique qui contenait les fringues que j’ai acheté à Macapa, j’ai fait une curieuse observation. On y voit des remerciements à ceux qui sont la raison de vivre du magasin (les clients), à ceux qui tous les jours, se démènent pour vendre des chemises et des pantalons (les vendeurs), mais surtout, et en premier : à Celui qui illumine nos chemins, à savoir Dieu, pour ceux qui ne l’auraient pas reconnu.
C’est bien la première fois que je vois ce genre de publicité sur un sac plastoc Prisunic. J’ai bien regardé sur un sac français, c’est marqué de manière beaucoup plus terre à terre : « Ce sac n’est pas un jouet, tenir hors de portée des enfants ». A moins que dans la version française, au pays de Voltaire et d’Emile Combes, il ne s’agisse d’un message païen et subliminal. A savoir, que la Religion n’est pas un joujou, et qu’il faut la tenir éloignée des faibles d’esprit. A méditer, en ces temps où l’on craint d’être étouffé par le fanatisme. Sans compter qu’au prix où est le baril de pétrole, Dieu sait si il faut épargner les sacs en plastique.
Je n’ai évoqué jusqu’ici que l’image d’Epinal de la religion au Brésil, naïve et bon enfant, représentée par l’église catholique et sa Sainteté le Papa Schulz. Mais quand on se met à parler des églises évangélistes, on grimpe quelques crans sur l’échelle de Torquemada en matière d’abus de religion.
Le terme « évangéliste », parlant de ces églises, indique qu’elles se réfèrent d’abord aux évangiles. Elles ne reconnaissent pas le Pape, donc grosso modo et pour vulgariser, ce sont des églises protestantes. Elles représentent désormais un cinquième des croyants au Brésil. Elles portent des noms ronflants : « Assembléia de Deus », « Igreja Pentecostal », « Igreja Adventista do Setimo Dia », sans oublier la plus puissante, « Igreja Universal do Reino do Deus », tout un programme. Le nom de cette dernière étant d’ailleurs d’un bout à l’autre une arnaque. En fait d’église, il s’agit plutôt d’une grosse secte (comme toutes les autres, par ailleurs). De plus, elle n’a de plus rien d’universel, puisqu’elle n’existe qu’au Brésil : ses fidèles feraient bien de voyager un peu à l’étranger. Quant au règne de Dieu, il s’agit d’une double hypothèse : en effet, si Dieu existe, c’est peut être un bon républicain, comme vous et moi.
Ces églises, ou plutôt ces sectes (appelons un chat un chat) sont une véritable plaie, et en premier d’un point de vue architectural. Dans les grandes villes, on peut trouver à chaque coin de rue leurs lieux de culte, qui sont de véritables supermarchés de la foi : murs en béton, charpente métallique, vitrage Leroy Merlin, air conditionné, mobilier Conforama pour l’autel et parfois même, vigiles à l’entrée. Il ne manque que les pancartes jaunes pour faire la promotion sur le Jésus, qui pour le coup n’est pas un saucisson. Bien entendu, il faut passer à la caisse en sortant, et ils ne prennent pas la carte bleue : ça s’appelle la quête. On pense en revanche au confort des fidèles : les fauteuils ressemblent à ceux d’un cinéma, à part les accoudoirs latéraux qui servent à poser le missel, au lieu du pop-corn.
Mais non content de polluer l’environnement visuel par des constructions très laides, les sectes évangélistes cherchent à faire passer leur « message » par divers moyens, et là, on ne rigole plus. L’idéologie de ces gens-là est en effet sensiblement la même que celle propagée par les fondamentalistes ultra-conservateurs bushistes américains. L’Assembléia de Deus a d’ailleurs été introduite au Brésil du temps de Ronald Reagan.
Elles forment un lobby puissant, présent jusque chez les députés du parlement, et bien imprudent serait celui qui se risquerait à les critiquer. Récemment, une affaire a quand même défrayé la chronique. Un député brésilien, ancien « évêque » de l’Igreja Universal do Reino do Deus, s’est fait piquer en train de trimballer des valises pleines de billets, qui venaient paraît-il du produit de la quête. Des beaux billets de 50 reals bien rangés dans un attaché-case, les fidèles sont soigneux et organisés. On a curieusement évité d’utiliser les termes de corruption et de blanchiment d’argent pour désigner ce type de magouilles.
A la télé, elles remplissent les trous de la programmation nocturne et dominicale par d’interminables et consternantes émissions au contenu lénifiant. Ces émissions illustrent bien la mécanique sectaire mise en place pour attirer les gogos et autres esprits en perdition. On leur dit en substance : vous êtes pauvre, vous êtes malade, vous êtes malheureux : venez prier avec nous, ça va s’arranger comme par miracle. Sur TV Record (la chaîne appartient à la secte), elles font même de la pub, entre les yaourts et les paquets de lessive. Comme dirait Boris Casoy : « Isso é uma vergonha ! » (1).
En plus de propager une idéologie contestable, elles se révèlent intolérantes, réclamant à mots à peine couvert l’interdiction des cultes traditionnels afro-brésiliens, comme le Candomblé ou l’Umbanda. Pour eux, ces cultes sont l’œuvre du Diable. Franchement, il y a des coups de crucifix qui se perdent, nom de dieu ! En pensant à ça, il pourrait venir l’envie de procéder à la multiplication des pains, telle qu’elle se pratique dans l’évangile selon Mike Tyson.
Mais, Graça a Deus, je ne suis pas un violent. Je me contente de lever les yeux au ciel, pour des motifs qui n’ont rien de religieux, et je préfère en rire en faisant benoîtement mon petit blog. A ce propos, je signale que j’ai rajouté quelques photos dans les albums, ce qui vous permettra d’avoir l’image en plus pour illustrer mon périple au Brésil.
(1) « C’est une honte ! ». J’aurai l’occasion de reparler de TV Record et de Boris Casoy dans la chronique que je ferai prochainement sur la télévision brésilienne.
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10/08/2005
En direct de Villefranche sur Saône
Je suis chez papa et maman depuis quelques jours et je n’avais pas encore donné de nouvelles. Je romps donc le silence, en commençant par en donner de (plutôt) bonnes (de nouvelles).
Je suis allé hier chez le médecin pour faire examiner mon bas du dos. En fait, ce n’est pas le coccyx qui a pris, c’est le saccro-machin-coccygien qui est juste à côté. C’est pas bien grave, mais il y en a pour quelques mois. J’ai fait des radios ce matin et on ne voit rien de rien. Il doit y avoir un truc déplacé de quelques pouillèmes de millimètre. Le 16, je vais chez un osthéopathe-marabout-rebouteux qui devrait bidouiller les bitonios pour remettre tout ça d’aplomb. Je songe dès à présent à reprendre un billet d’avion pour retourner au Brésil au plus tôt, fin août ou début septembre comme je pensais.
Mon retour d’Espagne a été une expédition : j’ai renoncé à prendre l’avion pour Lyon depuis Madrid, car cela coûtait aussi cher qu’un aller-retour pour Rio ! Je suis donc allé faire une première étape en bus à Valencia, une ville magnifique où j’ai passé deux jours. Puis j’ai testé les trains espagnols en passant par Barcelone, puis en faisant une nouvelle étape à Perpignan.
Ce grand farceur de Salvador Dali, le second peintre espagnol de génie après Picasso, prétendait que la gare de Perpignan constitue le centre du monde. Le jour où il avait fait cette déclaration, peut-être avait-il abusé du chocolat Lanvin, ou bien la permanente appliquée à sa célèbre moustache était-elle réglée trop fort. Si la gare SNCF de la préfecture des Pyrénées-Orientales ne présente qu’un intérêt architectural minime, le reste de la ville est fort agréable. Et il s’est trouvé que ce jeudi soir, il y avait animation. Je me suis donc immédiatement rendu au Castillet où se produisait le groupe " Meu sonho ", musique brésilienne ! Les musiciens étaient très bons, même s’ils ne s’agissaient pour la plupart que de brésiliens natifs de Rivesaltes ou d’Argelès-sur-mer. C’est égal, ça rappelle le pays, et " mon rêve ", c’est bien entendu d’y retourner au plus vite !
De retour à Villefranche, je suis tombé sur une tonne de courrier, et malheureusement aucune lettre d’amour, même de mon percepteur. La mauvaise surprise venait surtout des assurances–santé, que ce soit la Caisse de Français de l’Etranger à laquelle j’ai souscrite, ou bien le BCAC (la mutuelle AXA), qui me réclament des sommes délirantes, à la limite du racket. Que la peau du cul leur pèle, et qu’ils aient les bras trop court pour se la gratter !
En faisant les courses chez Casino, j’entends une annonce au haut-parleur : " Brahma, la bière brésilienne, en vente au rayon produits exotiques … ". Mon sang ne fait qu’un tour, et je pars immédiatement en quête du précieux breuvage, la bière préférée de Zeca Pagodinho (1). Il est vrai qu’au Brésil, la pub claironne fièrement un argument choc : " Brahma, agora vendida nas mas de 20 paises " (2), avec photos à l’appui du Kremlin ou de la Tour Eiffel, où l’on voit des autochtones en train de se rincer la cloison à la fameuse bibine.
Malheureusement, victime de son succès ou d’un défaut d’approvisionnement, il ne restait plus en rayon que de la Nova Schin (quand même !). Je ne suis pas suffisamment en manque pour tomber aussi bas. De la Brahma, je n’ai vu que l’affiche : en France, elle est vendue dans une bouteille spéciale, ce qui lui donne l’air d’une bière de luxe, un comble ! Comme promis, je devrais profiter de ces quelques jours de repos pour publier une série d’articles sur la société et la culture brésiliennes, agrémentés bien entendus d’appréciations strictement personnelles issues de mon expérience.
(1) Le célèbre joueur de samba carioca a même composé une chanson sur elle !
(2) Désormais vendue dans plus de 20 pays !
11:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
