29/07/2005
Petit cours de Portugais à l'attention des espagnols
Je suis ce soir à Segovia, à 80 km au nord de Madrid, et cette ville magnifique arriverait presque à me faire oublier le Brésil. Demain, je vais visiter l'Alcazar, pour vérifier si ce qui est raconté dans la chanson du Père Dupanloup est vrai (1). Les tapas sont délicieux, mais il ne faut pas en abuser. J'ai réussi à attraper la crève, il faut le faire. Surement un coup de la sangria.
Même si j'ai de la peine à me faire comprendre des autochtones faute de parler l'Espagnol, force est de constater qu'il y a un gros air de famille entre le Portugais et la langue de Cervantès et de Christine Bravo. Florilège.
Quand on a "ll" en Espagnol, ça donne "ch" en Portugais.
E: "Yo me llamo Pedro y tengo una llave"
P: "Eu me chamo Pedro e tenho uma chave"
F: "Je m'appelle Pierre et j'ai une clé, et j'ajoute que le jardin de ma tante est plus grand que la voiture de ma soeur"
Quand on a "ue" en Espagnol, ça donne "o" en Portugais.
E: "La cuenta por favor"
P: "A conta por favor"
F: "Finalement, je reprendrais bien une autre bière"
Quand on a "ñ" en Espagnol, ça donne "nh" en Portugais.
E: "El señor é loco"
P: "O senhor é louco"
F: "Le mec a une araignée dans le tiroir"
Passons sur les classiques.
E: "Yo gusto mucho la paella"
P: "Gosto muito da feijoada"
F: "Rien de tel qu'un bon cassoulet"
Des fois, c'est moins évident.
E: "Cerrado para obras"
P: "Fechado para reforma"
F: "Revenez l'année prochaine"
Des fois, c'est plus évident.
E: "Soy una chica caliente y necessito de un hombre !"
P: "Sou uma garota safada e preciso de um homen !"
F: "Je m'appelle Pamela et j'adore les saucisses !"
Et pour terminer :
E: "¿O muchacho, no esta muy bien en la cabeza?"
P: "O rapaz, nao esta muito bem na sua cabeça ?" (2)
F: "La version française c'est n'importe quoi, c'est temps d'aller se coucher"
N.B. Message spécial à Sandra (que je ne connais pas et qui est certainement une fille très bien) : 1000 Euros la semaine, c'est un peu cher, c'est ce que j'ai dépensé en un mois, extras compris.
N.B. (bis) : Ronaldinho (qui joue à Barcelone) fait de la pub à la télé espagnole : une marque de chips et une lessive connue. Ouah la honte !
(1) Rappel d'un des (nombreux) couplets de la célèbre chanson paillarde, sur l'air de Cadet Roussel :
"L'Père Dupanloup à l'Alcazar,
Voulut montrer tout son bazar,
Mais empèché par une patrouille,
Ne put montrer qu'une de ses c..." (ça rime)
(2) Impossible de faire les tildes sur le a avec un clavier espagnol
21:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
27/07/2005
Pédalage dans la choucroute à Frankfurt !
Je suis bien arrivé à Madrid hier mardi, mais ça n'a pas été de la tarte. L'avion d'Iberia avait un gros problème technique, il a fallu faire la queue pendant trois heures pour enregistrer. Au moment d'enregistrer, j'ai fait le mauvais choix : au lieu de rester un jour de plus à Sao Paulo tout frais payés pour prendre le vol du lendemain, j'ai choisi de prendre le premier avion de remplacement, un vol Lufthansa qui passait par Frankfurt. C'est comme ça : j'ai eu peur de m'emm... dans un hotel style Ibis près de l'aéroport de Guarulhos. A défaut de pouvoir y faire grand chose, j'aurais pu regarder une dernière fois "Essas mulheres", et même "Alma Gêmea" (la novela de 6h sur la Globo, je commence à être accroc aussi). J'aurais pu me taper une dernière petite Skol et une dernière caïpirinha avant d'en être provisoirement privé, pour une durée que j'espère la plus courte possible.
Au lieu de ça, je me suis embarqué illico pour Frankfurt, avec une connexion pour Madrid. Les douze heures d'avion ont été un peu pénibles, car les sièges de la classe éco sont très inconfortables, cela se sent encore plus quand on a le bas du dos tout esquinté. Le vol Lufthansa avait une demi-heure de retard, et une fois arrivé, nouvel incident : le bus de ramassage est resté coincé pendant 10 minutes pour une raison indéterminée, et le temps de passer les contrôles de passeport et la douane, j'ai eu beau courrir comme un dératé, le vol pour Madrid était déjà parti. J'ai couru pour rien d'ailleurs : les bagages ne sont pas partis sans moi, vu que la compagnie a estimé (à raison) que le temps de transfert était trop court. Mais on ne nous a rien dit en descendant du bus. Lamentable. Iberia et la Lufthansa, zéro pointé. J'ai finalement pris un vol Spanair qui m'a amené à Madrid avec mes bagages, vers 16h30, soit avec 10 heures de retard sur l'horaire initial, sans compter les emm...
Heureusement, Madrid est une ville sublime et je vais pouvoir y passer quelques jours, même si j'ai déjà la saudade (nostalgie) du Brésil. La visite du musée du Prado qui m'a occupé la journée, plus un régime diététique à base de tapas et de sangria, devrait faire passer la pilule.
17:38 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
24/07/2005
São Paulo
Apres avoir retraverse le Bresil de haut en bas, je suis depuis hier soir a Sao Paulo, avant de decoller demain pour Madrid. Je suis a l'hotel Ibis de Congonhas, qui est confortable et agreable, meme si ce n'est qu'un hotel Ibis. Je vais bien et je pense que j'ai un peu panique, il faut dire que mon moral etait au plus bas. J'ai de nouveau la frite, c'est l'essentiel ! Ici il fait frisquet, a peine 25 degres. J'ai mis la petite laine.
Je vous ecris du quartier japonais de Liberdade, qui a un petit air de Tokyo, c'est nippon ni mauvais (pouf, pouf). Le clavier aussi est japonais, quand on tape un accent, a l'ecran il s'affiche des ideogrammes dont le sens m'echape. Je ne m'eternise donc pas sur cette note, c'etait juste pour dire que je vais continuer a alimenter le blog avec des articles de fond sur le Bresil (culture, societe), rapport a l'experience que je viens d'emmagasiner et que j'ai envie de vous faire partager. Restez donc branche !
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22/07/2005
Retour en France
J'ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer : je rentre en France (provisoirement). Il se trouve que ces derniers jours, j'ai eu plusieurs choses qui m'ont miné le moral, je préfère donc profiter du vol que j'avais initialement réservé le 25 juillet, et que je ne pouvais pas changer de toute façon. Ne vous inquiétez pas, mais cela mérite quelques explications.
Bien que j'aie pu visiter des choses intéressantes en Guyane Française (comme le CSG et les iles du Salut), je n'ai pas du tout aimé. La comparaison avec le Brésil est sans appel. Les prix sont trois fois plus élevés, les transports en commun sont galères (je n'aime pas les voitures de location), il n'y a pas de dépaysement (à part les paysages, mais il y a les mêmes en mieux au Brésil). En résumé, il n'y a aucun des avantages du Brésil, en revanche on en a tous les inconvénients : saleté, pauvreté et insécurité. En Guyane, les métropolitains expatriés et les fonctionnaires vivent bien, mais le reste de la population (comme les noirs marrons, la plupart des créoles, les immigrés du Surinam, d'Haïti ou du Brésil) vivent dans des conditions indignes de la France. Je suis donc content de rentrer au Brésil, d'où je tape cette note (je suis de nouveau à Macapa). Ce séjour m'a miné le moral, mais ce n'est pas la cause principale.
En repassant la frontière à Oiapoque, j'ai eu une mauvaise surprise : la Policia Federal ne m'a pas accordé un visa de 3 mois comme je le pensais, mais seulement de 15 jours, sous le prétexte qu'il me restait 15 jours sur le précédent ! Je pouvais donc rester en théorie jusqu'au 4 août, et le policier m'a dit que je pourrais renouveler mon visa auprès de la Policia Federal à Macapa ou à Belem à l'issu de ces quinze jours. Mais je ne préfère pas tenter, même si cela ne semble qu'une formalité. En effet, si on sort du territoire pendant la période de prorogation, il n'est pas possible d'y rentrer à nouveau pendant cette période. Je me suis renseigné pour racheter un billet d'avion pour rentrer plus tard, mais les prix sont dissuasifs faute de passer par un voyagiste style Nouvelles Frontières. Je préfère donc utiliser mon billet pour rentrer.
De plus, j'ai un souci suite à la chute que j'ai fait à São Luis de Maranhão (voir épisodes précédents). J'ai pu me rétablir sans dommage et éviter le pire, mais je vous avais dit que j'avais heurté le coccyx. Sur le coup, aucun problème : j'avais juste un peu mal quand j'étais en position assise. Malheureusement, cela fait maintenant 3 semaines que j'ai eu cet incident, et j'ai toujours les mêmes symptomes quand je suis assis. Je marche bien, couché pas de problème, mais assis je ressens une gène, voire une douleur au bout d'un moment. Les longs trajets en bus risquent de devenir une épreuve.
Cette situation a fini par me saper le moral, et comme je ne me plaisais pas à Kourou, j'ai très mal dormi en pensant au pire. Je préfère donc faire quelques examens, et je pense que je serai mieux en France pour faire cela. Je vais rester quelques semaines, le temps de me retaper. Si il n'y a rien de grave, je pense retourner au Brésil fin août ou début septembre, pour une durée de 3 mois, puis une seconde fois du 15 décembre au 15 mars 2006 que je consacrerai uniquement à Rio et ses environs.
J'ai refais hier le trajet Oiapoque-Macapa. Pour éviter le bus, j'ai pris un gros pick-up qui fait le même trajet en (seulement) treize heures. C'est plus cher, mais on voyage de jour et on peut donc admirer le paysage qui est superbe. En revanche, le confort n'est pas terrible. On partage la banquette arrière avec trois autres personnes. J'ai passé mon temps à changer de position, une fesse, puis l'autre, je ne savais plus comment me mettre. A la fin j'avais vraiment mal, surtout quand le chauffeur passait un peu trop vite sur un cahot. Je n'ai vraiment plus le courage de faire ce genre d'expédition dans ces conditions. Après une bonne nuit de sommeil, aujourd'hui ça va mieux.
Je suis heureux d'être de nouveau au Brésil, aussi la perspective de rentrer en France me laisse un sentiment bizarre, mélange de tristesse et de soulagement. Le 20 juillet dernier, ce blog à reçu son record de visiteurs uniques : 18 pour la seule journée. Vous êtes très nombreux à me lire et je vous en remercie, les commentaires que vous y laissez me vont droit au coeur. Si je pouvais continuer à raconter tout cela indéfiniment, pour vous faire plaisir, je continuerais, car je me fais d'abord plaisir à moi-même en écrivant des trucs rigolos. Je n'aime pas écrire des choses tristes comme ce que j'écris en ce moment, c'est contre ma nature. Mais c'est comme ça.
J'espère bien profiter de mon retour en France pour voir la famille et le maximum d'amis, pour raconter tout cela de vive voix et bien sûr regarder les nombreuses photos que j'ai prises, et qu'il m'étais difficile de publier sur le blog pour des raisons techniques. Je continuerai de donner des nouvelles par ce canal, et j'espére en donner de bonnes ! En particulier, je pense faire une petite note sur São Paulo puisque je vais y passer la journée du dimanche 24 : je décolle de Macapa demain samedi à 14 heures, le vol passe par Brasilia où je dois changer d'avion. A très bientôt, donc.
DERNIERE MINUTE !
Comme mon vol de retour fait escale à Madrid (c'est un vol Iberia), je vais peut-être en profiter pour visiter un peu la ville, puis rendre visite à une copine brésilienne qui habite à Valencia. Ceci pour vous dire que même avec le coccyx qui déconne, je ne perd pas le nord. Retour en France vraisemblablement dans la deuxième semaine d'août.
16:20 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
19/07/2005
Kourou, coucou !
Me voici de retour sur les ondes après trois jours à Kourou ! Il y avait peut-être un cybercafé à Kourou, mais je n'ai pas cherché. En effet, sans voiture à Kourou, quelle galère ! C'est une ville nouvelle, avec uniquement des maisons et des petits immeubles de trois étages au plus, le tout étendu sur une surface qui n'en finit plus. Et comme marcher dans une ville nouvelle par 30 degrés à l'ombre ne comporte pas d'intérêt, j'ai préféré me concentrer sur les deux points d'intérêts proche de la ville : le Centre Spatial de Guyane et les iles du Salut, autrement dit, la fusée Ariane et le Bagne. La modernité et la barbarie. Voici maintenant en détail le récit de mes aventures depuis samedi matin.
Pour me rendre à Kourou, j'ai pris un taxi collectif. Il n'y a aucuns moyens de transport collectifs financé par la région ou par l'état, tout repose sur le privé. Il en coute 10 euros pour faire le trajet de 60 kilomètres qui sépare Cayenne de Kourou, c'est le moyen le moins onéreux quand on a pas de voiture. J'ai quitté l'hotel vers 7 heures du matin, histoire d'être sûr de partir dans la matinée, mais ça n'est pas garanti. La "gare routière" est au bout du canal, à côté du village chinois, ce dernier étant un endroit où il vaut mieux ne pas trainer quand on a une tête de touriste, et qui plus est de "métro" (métropolitain). J'ai mis ma valise dans un des minibus qui attendent là, et attendu pendant une heure à coté du chauffeur. Je commençais à désespérer quand un mec en BM passe à coté et demande "vous allez à Kourou ?". Et sur ce, il me dit que je peux partir tout de suite, c'est le même prix ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, le chauffeur du minibus me dit que je peux partir avec l'autre gars. Deux militaires profitent également de l'aubaine, nous sommes donc trois passagers à partir immédiatement pour Kourou, confortablement installés dans une BM (pas) dernier modèle, ce qui est toujours mieux qu'un minibus.
Sans le gars en BM, j'aurais surement attendu encore longtemps. Le seul inconvénient, c'est que le mec avait mis du zouk à un niveau sonore assez puissant, quoique supportable. En chemin, une tortue traverse la route. Le gars pile net : "Je vais la prendre, cé pou' mangé !". Le gars descend, ramasse la pauvre bête, mais il la passe finalement à un autre gars qui s'était arrêté aussi. Ce qui ne change rien pour la tortue, qui va surement terminer ses jours en soupe ou au court-bouillon. Nous arrivons finalement à Kourou, et le gars me mène à l'hotel que j'ai choisi. Pas de bol, il est complet, mais il m'emmène gentiment à un autre. Le gars empoche les 10 euros, à mon avis le Trésor Public n'en connaîtra jamais l'existence.
Après un moment de galère, j'atterris à l'hotel du Gros Bec, à deux pas du vieux bourg de Kourou, l'endroit le plus sympathique de la ville, c'est à dire le moins moche. C'est un peu cher pour ce que c'est, mais il n'y a pas le choix. Après avoir mangé chez un chinois, je pars visiter le Musée de l'Espace, situé à l'entrée du Centre Spatial. Visite fort intéressante, même si je n'ai pas appris grand chose que je ne sache déjà sur l'aventure spatiale. J'ai assisté à une séance au planétarium, ce n'était pas inutile pour savoir observer le ciel austral : j'ai enfin compris comment repérer la Croix du Sud, Alpha et Béta du Centaure, les nuages de Magellan. On peut voir aussi un exemplaire du moteur Vulcain qui propulse le corps principal de la fusée Ariane 5 : c'est un gros bouzin plein de tuyaux, au moins 100 fois plus compliqué qu'un moteur de 205 Diesel (il fonctionne à l'hydrogène et l'oxygène liquides). J'ai même joué les gamins en assistant aux expériences de physiques pour les moins de dix ans. L'avantage d'ici par rapport à la Cité des Sciences, à Paris, c'est qu'on arrive à voir les expériences sans affronter une cohue provoquée par une horde de gamins brailleurs.
L'inconvénient, c'est que pour aller au CSG (Centre Spatial de Guyane) à pied, il y a quand même six kilomètres à pied en plein cagnard, le double aller-retour. Heureusement, j'avais ma bouteille d'eau.
Le dimanche, je me suis encore levé tôt pour emprunter la navette qui se rend aux iles du Salut, et plus particulièrement à l'ile Royale, la principale, où était installé le Bagne. Il en coûte quand même 35 euros pour une heure de traversée, ce qui est nettement plus cher que pour aller à l'ile de Cotijuba à Belem (voir épisodes précédents).
L'ile Royale surprend par son coté enchanteur : on a de la peine à s'imaginer qu'ici, au début du siècle dernier, des hommes ont connu l'Enfer. Une végétation luxuriante, au milieu desquels circulent toute sorte de petits animaux en liberté, pas farouches : agoutis, iguanes, singes, perroquets, paons ainsi que quelques poules et coqs nettement moins exotiques. Les anciens bâtiments du Bagne ont été reconvertis en hotel : le quartier des gardiens comporte même des suites tout confort, avec air conditionné. Guillaume Seznec, le Capitaine Dreyfus et Henri Charrière (dit Papillon) étaient certainement moins bien logés. Il est également possible de pendre son hamac pour un prix modique dans des bâtiments moins reluisants. En cas d'affluence, j'ai de la peine à imaginer la réservation par téléphone :
- "Bonjour, je voudrais réserver une chambre dans le quartier des condamnés à mort."
- "Ah, désolé monsieur, le quartier est complet. Si vous le souhaitez, il reste quelques disponibilités à l'abattoir ..."
- "C'est tout ?"
- "Attendez ... il me reste une chambre à l'asile d'aliénés, mais c'est un peu plus cher"
De tout cela, les habitués du lieu n'en ont cure, la plupart viennent avec tout leur bardas et leur équipement de pèche pour taquiner le poisson. Certains restent plusieurs jours. Moi, personnellement, trois heures m'auraient suffis. Il est vrai que je ne pèche pas.
Lundi, j'ai pu visiter le CSG, un truc dont je révais depuis le tir de la première Ariane quand j'étais jeune. Visite extrèmement impressionnante : on voit la salle Jupiter (la tour de contrôle), le pas de tir d'Ariane 5, la salle des opérations. Petite déception : on ne peut pas voir la fusée Ariane en vrai, prête à partir. En effet, la bestiole est stockée dans un en hangar spécial, le BAF, et il est rigoureusement interdit au public d'y pénétrer. Et pour cause : elle repose directement sur une plateforme, prête à être tractée jusqu'au pas de tir, avec ces deux boosters contenant chacun 240 tonnes de Propergol solide. Mieux vaux éviter de griller une tige dans les parages.
Pour assister au tir de la fusée, pas de regret pour ce qui me concerne : il y a un problème technique lors du remplissage des réservoirs en hydrogène et oxygène liquide, ceux qui alimentent le moteur Vulcain. En revanche, les gens qui avaient réservés leur vacances en Juillet en espérant assister au spectacle seront vraisemblablement marrons, commes les nègres du même nom (1). Les Thaïlandais attendront encore un moment avant d'avoir accès au multimédia par satellite.
Pour aller au CSG, cette fois j'ai pris un taxi, ce qui m'a couté 10 euros. Ca vaut le cout, d'autant plus que la visite est gratuite. Pour revenir, j'étais à pied, mais un gars m'a pris en stop, c'est toujours ça de moins à marcher.
Aujourd'hui mardi, je suis parti encore très tôt pour prendre le taxi collectif pour revenir à Cayenne. J'ai attendu environ une heure, au moment où je commençais à désespérer, il est finalement passé, me ramenant à Cayenne pour le prix syndical de 10 euros. Je suis descendu de nouveau à l'hotel Ket Taï, et je me prépare à retourner dès demain à Saint-Georges de l'Oyapock pour retourner au Brésil. Si le cybercafé d'Oiapoque est encore en rade (voir épisodes précédents), n'attendez pas de nouvelles avant encore trois jours au moins, car il va vraisemblablement falloir que j'affronte les 18 heures de bus pour Macapa en sens inverse. Voir plus, car il a encore plu à saut la nuit dernière : cette année, la saison sèche qui démarre en théorie en Juillet tarde à arriver.
(1) Nègres marrons : surnom des descendants des esclaves échappés des plantations, qui se sont réfugiés dans la forêt et organisés en communautés indépendantes.
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15/07/2005
Cayenne (2)
Hier soir, Je suis allé dans une pizzeria, recommandée par le Petit Futé, où j'en ai eu pour 17,30 euros pour une pizza, un quart de rosé et une glace. Pour un parisien, c'est raisonnable, mais pour le même prix, on peut manger pendant 2 jours au Brésil, sans se priver. A côté, il y avait une table de gendarmes en goguette qui se repassaient les meilleurs dialogues des Tontons Flingueurs. En rentrant, je suis tombé à la télé sur Patrick Sébastien et Daniel Gilbert. En revanche, pas de feu d'artifice, pas de bal des pompiers. Apparemment, il n'y en a jamais ici !
Ce matin, petit déjeuner avec croissant, pain beurré et confiture. Bon, il ne me manque plus que le camenbert, et j'aurai ma dose. Quant à l'animation ici à Cayenne, c'est vite vu : tout est fermé, y compris l'Office du Tourisme ! Pour cause de pont du 14 juillet. Les musées, les banques : nib, que dalle, peau de balle, nada. Hier soir, il y avait sur la télé locale un reportage sur le tourisme dans la région, où les gens s'étonnait qu'en ce moment, c'est mort. Sans commentaire !
J'ai quand même profité du Marché, qui a lieu le mercredi, le vendredi et le samedi. J'ai mangé dans un restaurant laotien. J'ai testé le Ti Punch en apéro : c'est le plus rigolo, car ils ammènent carrément la bouteille de rhum agricole (La Belle Cabresse, médaille d'or du ministère de l'agriculture ...), et on peut faire le dosage soi-même. J'en ai fait un spécial avec très peu de sucre de canne, et beaucoup de rhum. J'ai gouté, mais c'était encore trop sucré, alors j'ai rajouté un peu de rhum. J'ai regouté, etc. Jusqu'à ce que le plat arrive, on peut se resservir. Hips !
L'après-midi, après la sieste, je suis allé jusqu'au jardin botanique, qui ne casse rien. J'ai regardé les informations, et j'ai vu le show qu'on fait Lula et Gilberto Gil à la Bastille. En plus avec la canicule, il fait plus chaud en métropole qu'ici ! Les médias français ne tarissent pas d'éloge sur Lula, même le baron Seilière lui rend hommage. Les affaires de corruption sont évoquées en une phrase, ce qui surprend quand on vient du Brésil où elles occupent la moitié du journal.
A la télé, je suis tombé en regardant ACG (la filiale locale de TF1) sur une novela de la Globo, doublée en français. Le titre, c'est : "Sublimes mensonges". J'ignore le titre original, un carambar pour celui qui trouve.
Ce soir, il y a une soirée brésilienne au Domino, je vais aller faire un tour pour voir. Il y a quelques brésiliens ici, la plupart ont monté des restaus. Demain, très tôt, je pars pour Kourou. A défaut de voir le lancement de la fusée Ariane, dont la date n'est toujours pas connue, il y a la visite du site et bien entendu la visite des iles du Salut, avec les vestiges du bagne.
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14/07/2005
Cayenne (1)
La traversée de l'Oiapoque se fait sur une barcasse à moteur, les brésiliens ont apparemment l'exclusivité du business, en raison du prix modique qu'ils pratiquent : 10 R$, pour une mini-croisière de 10 minutes. On rejoint ainsi Saint-Georges de l'Oiapoque, point d'entrée coté français. Bienvenue au pays des droits de l'homme et du camenbert !
Saint-Georges de l'Oiapoque, sa boulangerie, sa place de la mairie et son monument aux morts de la guerre de 14, avec quand même une trentaine de noms de gars qui ont fait 10 000 kilomètres en bateau pour aller se faire flinguer à Verdun dans le but de récupérer l'Alsace-Lorraine. Je n'ai pas eu le temps de passer au Crédit Agricole, car j'ai eu la chance d'avoir tout de suite un taxi-navette pour aller à Cayenne : il y avait une charmante jeune fille, infirmière à l'hopital du coin, qui attendait depuis 3 heures que le taxi soit complet pour démarrer. La capacité est de 7 passagers, le prix est de 40 euros. C'est le seul moyen de rejoindre la capitale (pardon, la préfecture) quand on n'a pas de voiture à soi.
Le taxi a commencé par faire le plein par un moyen original : une pompe individuelle. Il n'y a pas de pompe à Saint-Georges, de toute façon tout le monde va s'approvisionner en essence en face, à Oiapoque, chez les brésiliens ! Tout y est en effet moins cher. Pour le super, c'est un peu difficile car les indices d'octane et la composition chimique sont différents, mais le diesel, c'est le même. Par contre, il arrive que le poste d'Oiapoque soit en rupture de combustible. Le chauffeur, qui habite ici, stocke donc chez lui une centaine de litres et fait son plein lui même.
Le contrôle des passeports se fait en passant devant la gendarmerie, puis une deuxième fois sur la route pour ceux qui auraient réussis à passer à travers. Pas de problème, tout le monde est en règle, y compris le péruvien et le bolivien. La route a été faite récemment (2002), elle est donc en excellent état, du moins jusqu'à Regina, à 100 kms de là. La signalisation est impeccable, ce qui fait une différence avec le Brésil : on est bien en France. Par contre, il n'y a pas de radars automatiques, et c'est bien dommage. La vitesse limite, rappelée tous les trois kilomètres, est de 70, mais le chauffeur fait au moins du 120. Je n'avais jamais eu peur au Brésil, y compris sur la route de Macapa à Oiapoque (voir épisode précédent), mais là je me cramponne. Surtout que sur les bords de la route, j'ai relevé au moins cinq carcasses de bagnoles accidentées, ce qui n'est pas rassurant. La maréchaussée est visiblement plus préoccupée à contrôler les clandestins qu'à calmer les chauffards.
Après Regina, la route est assez mauvaise, elle rappelle un peu le Brésil, en mieux. Il y a quelques trous. A un moment, le taxi s'arrête pour nous faire voir un truc : un tas de goudron inutilisé qui a été déversé discrètement à l'abris des regards. D'après lui, les employés chargés de la chaussée ont préféré s'en débarrasser que de combler les trous, c'est toujours ça de moins à faire avant d'aller au bistrot. Commentaires : que des feignants, c'est pour ça qu'on paye des impôts, etc. Au bout de 2h15 chrono pour environ 200 kilomètres, le taxi me dépose devant l'hotel Ket Tai, tenu par un chinois, boulevard Jubelin, le moins mauvais choix en centre-ville, 46 euros la nuit avec petit déjeuner.
Nous sommes le 14 juillet et nous sommes en France. A la télé, le résumé du Tour avec Gérard Holtz et Bernard Thévenet, le défilé "en direct" : c'est amusant, car il y a un canal ou c'est diffusé en respectant le décalage horaire. J'ai pu voir Chirac répondre depuis l'Elysée à Arlette Chabot et PPDA au moment du déjeuner, alors qu'en métropole il devait déja être 18 heures. Pour atténuer le choc culturel, je suis allé déjeuner dans un chinois (qui sont apparemment très nombreux ici). Il s'est branché un moment sur CCTV 4, la grande chaine commerciale chinoise, pour des informations dont la signification profonde m'a échappé, puis a zappé sur TF1 pour voir le journal de 13 heures ("en direct"), où il y avait un reportage édifiant sur la colère des producteurs de melon du Tarn-et-garonne. Quand on est pas préparé psychologiquement, c'est dur.
Mais qu'est ce que c'est que ce pays à la c... où tout est hors de prix ? Entre le repas chez le chinois et les 3 heures de cybercafés à 3 euros de l'heure, j'ai déjà claqué 20 euros. Au Brésil, l'heure d'Internet est entre 2 et 3 R$, et quand je dépensais plus de 20 R$ pour manger, je faisais la tronche.
J'ai visité le centre-ville de Cayenne, ce qui est vite vu. Il faut rappeler que la capitale (pardon, la préfecture) du plus grand département français (70 000 km²) ne compte que 50 000 habitants, l'équivalent de Montargis (pour éviter de me moquer encore d'Issoudun). L'essentiel des beaux bâtiments de la ville est concentré autour de la place des Palmistes, pour le reste, autant passer ses vacances à Sarcelles, la mer et les palmiers en sus. Ce soir, avec un peu de chance, il y aura un feu d'artifice et un bal des pompiers, mais c'est même pas sûr, j'ai demandé et on a pas su me répondre.
Reste une bonne nouvelle que j'extrais du site d'ArianeEspace : une anomalie ayant été découverte sur un équipement "sol" de préparation du lanceur, Arianespace a décidé de procéder à des vérifications complémentaires. L'opération prendra quelques jours et décalera d'autant le lancement de THAICOM 4 (IPSTAR), initialement prévu le lundi 11 juillet 2005. Une nouvelle date de lancement sera communiquée dans les tout prochains jours. A mon avis, c'est les injecteurs qui déconnent, ou alors le delco. Bref, j'ai peut être une chance de voir décoller Ariane si ils réparent rapidement. Les deux dernières phrases ne sont pas extraites du site d'ArianeEspace.
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13/07/2005
Dans la jungle de l'Oyapock en autobus !
Je suis donc parti de Macapa le 12 au soir, vers 19 heures. Direction la ville d'Oiapoque, sur le fleuve du même nom (en français : Oyapock), qui constitue la frontière avec la Guyanne Française. Il y avait en fait 3 bus qui partaient à 15 minutes d'intervalle, le second étant apparemment celui de la veille qui avait du être différé en raison des conditions météos. Aujourd'hui le temps est au beau fixe, donc en route ! Force est de constater que le bus n'est pas un "executivo" : une carrosserie cabossée, des fauteuils fatigués, pas de clim, et plus préoccupant : pas de toilettes à bord. Donc éviter la bière en grosse quantité et les nourritures laxatives.
Un bon tiers des 500 kms de trajet, jusqu'à un bled appelé Tartarugalzinho, se fait en 3 heures : c'est la partie goudronnée. Le temps de profiter stratégiquement des toilettes et de prendre un repas bien mérité, on repart. Peu après, il y a un panneau avec la mention "fim do asfalto", et c'est le début de l'aventure. Pour aller jusqu'à la ville suivante, Amapa, il faut compter encore trois heures, mais il n'y a que 70 kms. On se retrouve donc dans le fin fond du Brésil profond à 3 heures du matin. La gare routière est apparemment l'endroit branché du coin, toute la ville s'y retrouve. Ou alors c'est pour attendre le bus ?
J'ai eu quelques moments d'absence, ce qui semble vouloir dire que j'ai du somnoler. Le jour se lève à partir de 6 heures du matin, sur un paysage superbe. On est en plein dans la jungle ! Des grands arbres, des palmiers, des marais, et au milieu de tout ça : la piste. A la réflexion, on se demande d'ailleurs qu'est-ce qu'il pourrait y avoir d'autre, vu qu'on est en Amazonie. Et bien si : de temps en temps, la jungle a été défrichée pour y mettre ... des vaches. Si, si, il y a des vaches dans la jungle, ce n'est pas une hallucination due à l'excès de Caxixi (voir épisode précédent).
La route est bien cabossée, mais grace au talent du chauffeur, on arrive à ne pas trop sentir les soubresauts du bus, qui slalome avec grace entre les buracos (trous). On traverse de temps à autre une espèce de rivière sur un espèce de pont en bois exotique, très robuste (enfin, je pense). Café vers huit heures du matin dans un rade perdu au milieu de nulle part, avec les poules qui picorent et les coqs qui chantent.
Le meilleur, c'est à dire le pire, est pour la suite. A un moment, le bus s'arrête. Le chauffeur nous demande de descendre. On comprend en constatant l'état de la route : un champ de boue avec des trous de 50 centimètres. Tout le monde se met à marcher pour contourner la difficulté, en passant par le talus, en file indienne. Le bus va t-il arriver à passer ? A un moment, quand l'avant du bus s'est retrouvé le nez en plein dans la gadoue à tel point qu'on ne voyait plus les roues, j'en ai douté. Heureusement, il y avait en face un gros camion qui faisait transport frigorifique de poissons, et le bus a pu sortir de cette facheuse posture tiré par un cable. Par contre, compte tenu de l'odeur du poisson, je doute qu'il arrive frais à Macapa, si toutefois il arrive à passer.
Le même scénario s'est reproduit trois fois, sauf que les autres fois, il n'y avait pas de camion en face pour tirer. Le bus est quand même passé, mais une fois, c'était limite. Il est passé en faisant un dérapage artistique sur le coté, avec une inclinaison qui mettait son centre de gravité à un point proche de la rupture. Le chauffeur a du avoir chaud, et les passagers spectateurs de la scène ont eu chaud aussi.
Le bus est finalement arrivé à bon port, à Oiapoque, vers 13 heures, soit après 18 heures de trajet. Ca fait quand même du bien de retrouver la civilisation, même si la ville n'est pas vraiment une capitale. Après avoir mangé, trouvé un hotel et roupillé un moment, je suis allé à la Policia Federal pour faire tamponner mon passeport pour sortir du territoire brésilien. Le soir, je suis allé prendre une dernière Skol, une dernière caïpirinha et un dernier mixto quente (croque-monsieur), avant de revenir provisoirement en France.
N.B. J'ai tapé cette note depuis Cayenne, car le seul cybercafé d'Oiapoque était en rade faute de ligne.
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12/07/2005
Macapa
En arrivant dimanche après-midi à Macapa, 240 000 habitants, capitale de l'état d'Amapa, j'ai eu comme un choc. L'hotel Frota est situé en plein centre ville, mais il m'a fallu voir le nom de l'hotel sur l'immeuble pour en être certain : j'avais plutôt l'impression d'être dans la banlieue d'Issoudun. Un vrai bled ! Heureusement, cette impression s'est vite dissipée. Le dimanche après-midi, par 33 degrés à l'ombre, il n'y a pas grand monde dans les rues, c'est logique. En outre, les bords de l'Amazone sont l'endroit où se concentre l'activité festive et culturelle. J'ai même pu prendre un jus de fruit en écoutant de la musique "ao vivo" (en français : "live"), dans le restaurant situé au bout de la jetée. Le soir, le même quartier se peuple de petites barracas où on vend de la nourriture, des cocktails, de l'artisanat local, etc. il y a de la musique et plein de gens dans les rues. On est bien au Brésil ! Pour le reste de la journée, pas grand chose : j'ai récupéré un peu de sommeil après ma nuit en hamac.
Lundi, pas grand chose non plus. Je suis allé à la DETUR (le syndicat d'initiative), puis je suis allé acheter mon billet d'autobus pour aller à Oiapoque, à la frontière de la Guyane française. Je pars aujourd'hui (mardi) à 19 heures, durée annoncée du voyage : 16 heures. Le parcours fait environ 500 kilomètres et seuls les 100 premiers sont goudronnés. J'ai fait la gueule, mais je commence à être blindé. Pour le reste de la journée : rien vu que les musées sont fermés. Repos en regardant la télévision par cable.
Je vais manquer des épisodes de "Essas mulheres" et cela me chagrine. D'autant plus que l'orage gronde entre Fernando et Aurelia : le beau mariage qu'ils ont fait se révèle être une supercherie pour Fernando, Aurelia se refuse à lui. Sans compter l'oncle Lemos qui ne sait plus à quelle bassesse se livrer pour mettre la main sur le pognon. Quant à Alfredo, le plan d'enfer qu'il avait monté pour faire tomber dans ses bras Leocaldia, la femme du ministre, a lamentablement foiré. Drame : les deux noirs sympas qui se déguisaient en femme pour échaper à la Police ont été reconnus et dénoncé par un des vilains (je ne sais plus leurs noms, j'ai une excuse, vu qu'il y a 44 acteurs en tout). Que va t-il se passer ? Comme je ne pourrai pas acheter le journal et me reporter à la rubrique "Novelas", je vais être obligé d'aller voir sur Internet.
Ce matin, j'ai pu visiter le musée Secaca qui présente dans un parc des reconstitutions grandeur nature de maisons traditionnelles d'Amazonie. C'est extrèmement intéressant, mais je n'ai pas le temps d'en faire un résumé détaillé et érudit en sortant tous les termes techniques en langue indienne des objets usuels, je me contenterai de rapeler le tipipi, une sorte de panier destiné à la fabrication de la farine de manioc, qui m'avait intrigué lors de la visite de l'exposition "Brésil Indien", en avril à Paris (voir Archives ...). J'en sais maintenant un peu plus : le tipipi est lacé ingénieusement de façon à être extensible, comme une chaussette, de façon à comprimer le manioc. Par le bas s'écoule le tucupi, une sauce aigre et forte qui sert à acompagner les viandes (le canard au tucupi est un plat réputé dans la région).
Mais ce qui m'a le plus intéressé, c'est le Caxixi, un alcool fabriqué par les indiens Palikur. Le Caxixi est fabriqué dans une sorte de poterie à deux compartiments reliés par un tuyau en terre cuite, par un procédé de distillation ingénieux : la mastication par les femmes de la tribu. Ces dames machent le manioc (?), le place dans l'espèce d'alambic, et par une opération chimique dont le détail m'échappe, cela produit un genre de tord-boyaux que le chef de la tribu offre à ses visiteurs dans les grandes occasions, et y a pas intérêt de refuser, sinon c'est l'incident diplomatique facheux.
Il n'est pas précisé si les jeunes indiennes qui machent le Caxixi doivent être vierges, ni si l'opération doit avoir lieu un soir de pleine lune. Je croyais que ce genre de produit n'existait que dans les délires fumeux d'auteurs de romans de gare en manque d'imagination, afin de pimenter la soupe d'un zeste d'exotisme et d'érotisme à deux balles. Ben non, c'est vrai.
Je suis allé ensuite à la plage fluviale de Fazendinha, le temps de tremper les pieds dans l'Amazone. Je ne suis pas resté longtemps, l'endroit n'est pas d'une propreté à toute épreuve, rien à voir avec la splendide plage sur les bords du Rio Tocantins, sur l'ile de Cotijuba (voir épisodes précédents). J'ai terminé en visitant la forteresse de la ville, qui est construite sur le plan classique des grandes forteresses à la Vauban, pour défendre l'entrée de l'Amazone. C'est tout pour aujourd'hui, je vais prendre une bonne douche avant d'affronter mes seize heures de bus.
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11/07/2005
Voyage de Belem à Macapa
J'ai quitté finalement avec regret l'hotel Central et son décor Arts-Décos. Si on peut avoir directement une chambre avec salle de bains et toilettes, donnant sur l'arrière, c'est une adresse à retenir. Les meubles des chambres sont aussi Arts-Décos, du genre qu'on trouve dans les brocantes et qui viennent de chez la grand-mère. Dans la mienne, il y avait un genre de "réforme urgente" : dans le langage codé qu'on utilise dans la famille Moussu, un gros meuble de toilette avec dessus en marbre et miroir. Il n'est pas exclu que j'y retourne, surtout si la salle de petit déjeuner est remise en service.
Je suis donc parti samedi vers 6h30 pour éviter les embouteillages en taxi et avoir un bon emplacement pour poser mon hamac. Arrivé un peu avant 7 heures, j'avais en théorie 3 heures à attendre avant le départ. En fait, dix heures a été l'heure de l'embarquement et non du départ. J'ai laissé au porteur le soin de faire le noeud compliqué permettant d'amarrer le hamac, et dont l'utilité m'échappe encore car visiblement tout le monde utilise les crochets. Peut-être ce noeud justifie t-il les 10 R$ que le porteur m'a taxé pour sa prestation, et que je n'ai pas eu le coeur de refuser, en bon touriste béotien.
Le São Francisco de Paula a finalement largué les amarres vers 12h30, avec deux heures et demi de retard. Il faut préciser que le bateau transporte, outre trois cent passagers (à la louche), une pleine soute de fret essentiellement composé de victuailles, dont des cartons d'oeufs : à mon avis, ils ne doivent pas arriver tous intacts, si j'en juge par la délicatesse avec laquelle ils sont manipulés. C'est le fret qui a retardé le navire. Sur les deux ponts, se mélangent les hamacs dans un grand désordre multicolore. Je pensais avoir un emplacement pas trop serré, j'étais en fait coincé entre deux autres, avec un troisième qui s'accrochait au milieu, ce qui fait que je me suis retrouvé nez à nez avec une paire de pieds.
Et encore, j'étais sur le pont inférieur qui est un peu plus bruyant en raison de la proximité des moteurs diesels, mais aussi moins encombré en hamac. Sur le pont supérieur, c'est pire ! Pour se restaurer, il y a une cuisine qui prépare des repas roboratifs et bon marché à base de : arroz, feijões, etc. (voir épisodes précédents). J'en ai pris un premier pour patienter avant le départ.
Le São Francisco de Paula n'est pas vraiment un bateau de croisière, c'est le moins qu'on puisse dire. Les toilettes à bord sont repoussantes en raison de la chaleur, de la saleté et de l'humidité qui y règne. Elles servent également de douche, mais j'ai préféré m'abstenir d'en prendre une pour cette première expérience. Il y a bien le pont extérieur qui est occupé par le seul équipement de luxe du bateau, un équipement indispensable aux brésiliens, qui ne peuvent se passer de musique : une chaine hi-fi avec lecteur DVD. Ce qui permet de passer une partie de la soirée, car la nuit commence à tomber vers 18 heures et à 19 heures il fait nuit noire. Ce qui m'a donné l'occasion d'écouter et de voir le show "historico" de Calcinha Preta, le plus populaire des groupes de forro du Nordeste. Dommage, le public était un peu éteint, il écoutait et regardait sagement, assis sur des chaises en plastique. Peut-être qu'ils connaissent par coeur ? Comme soirée top-délire, j'ai connu mieux.
J'ai donc rejoint mon hamac vers 22 heures. Dire qu'on y dire bien serait mentir. On y dort quand même un peu mieux que dans un siège de bus ou d'avion. Mais ça ne vaut pas un bon lit. J'étais content de voir arriver le jour, vers 6 heures du matin. Le petit déjeuner est offert : un genre de pain au lait avec une couche de beurre micrométrique, accompagné d'un café. Après quoi j'ai fait comme tout le monde : je me suis lavé les dents et passé un peu d'eau sur le visage, ce qui a constitué la seule toilette du voyage.
Le paysage est magnifique mais asssez monotone : de l'eau, de la forêt vierge. De temps en temps, un village avec des maisons sur pilotis qui ont l'électricité mais pas l'eau courante, enfin façon de parler : l'eau courante passe en dessous. L'amusement principal des gamins qui habitent là est d'aller au plus près du bateau sur leur pirogue, pour profiter des vagues créées par le déplacement. Sinon, les gens d'ici ne doivent pas avoir grand chose à faire, l'activité principale étant la coupe du bois.
A un moment, stupeur : une pirogue à moteur s'approche tellement près du bateau que je crois à une collision. Les gars lancent une corde : tentative d'abordage par des pirates ? Que nenni, les gars se contentent de se faire remorquer et en profite pour vendre des boissons et des victuailles contenues dans un glacière. Je suis à la fois admiratif et consterné par le risque qu'ils prennent, juste pour gagner quelques Reais hypothétiques et tromper leur ennui. Le scénario s'est reproduit plusieurs fois, une fois c'était même juste pour rigoler : les petits gars lancent la corde, l'un d'eux monte sur le bastingage et se jette à la flotte aussi sec, enfin façon de parler.
Pendant ce genre de visite, il faut préciser que le bateau est lancé à pleine vitesse et ne ralentit pas sa course pour si peu. Il ralentit quand même de temps en temps, pour un accostage officiel, le temps de débarquer un ou deux passagers qui habitent dans le coin. J'ai eu du mal à comprendre l'itinéraire exact du bateau, la seule chose dont je suis certain, c'est qu'il passe à l'ouest de l'ile de Marajo, car à l'est, c'est l'Atlantique, même si l'eau reste douce sur plus de 20 kilomètres en raison de la force du courant.
Le bateau est arrivé à Macapa vers 13 heures, avec un retard cumulé de près de cinq heures sur l'horaire annoncé. J'ai donc eu le temps de prendre un deuxième repas à bord, à base de : arroz, feijões, farofa ... Le port de Macapa est situé en fait à Santana, à 25 kilomètres à l'ouest. Comme il n'y a pas de "taxi-lotação" (collectif), j'ai insisté pour partager le prix du taxi (classique) avec d'autres personnes, ce qui ne pose pas de problème, à part le fait que l'itinéraire n'est pas direct. Cela m'a donné l'occasion d'explorer les faubourgs de la ville, qui ne sont pas très reluisants, les rues ne sont pas goudronnées et il y a des trous remplis de boue tous les deux mêtres. J'était donc content d'arriver au Frota Palace Hotel, qui n'a rien d'un Palace, sauf si on le compare au bateau.
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