30/06/2005
Bobagens especialmente pros brasileiros
Estou pensando que, desde que eu escrevo esse BLOG, não ha nada para meus amigos brasileiros, embora que quase todos falem francês. Infelizmente, os artigos contêm tanta giria e palavras impossiveis que precisam de tirar o dicionario pra cada palavra. Então eu resolvi escrever uma nota especialmente pra vocês.
Nesta terça feira, como eu disse, eu fui ao cinema pra assistir a um filme bem conhecido : Guerra nas Estrellas, episodio três. Eu suponho que vocês ja conhecem a historia. Por isso, eu vou a contar dum jeito mais interessante.
No inicio do filme, o heroi Anakin Skywaker e seu mestre Obiwan Kenobi vão combater os vilãos com espadas-laser para resgatar o gobernador que estava seqüestrado, sempre a mesmice que os ultimos episodios. Depois de matar todos, eles voltam pra casa pra beber uma cervejinha batendo papo, nada de especial. Anakin vai ver sua namorada, que lhe anuncia que ela esta gravida. Dele, entendeu. Anakin pensa que, agora ele vai ser papai, ele poderia deixar seu emprego chato de cavaleiro Jedi, que não tem plano de saúde nem INSS, pra um bom emprego na administração, comprar um apartamento comfortavel num condominio fechado, com area de lazer e zelador, perto do shopping center.
Mas o gobernador revela-se como um vilão oculto, ele diz ao Anakin que sua namorada vai morrer se ele não conhecer o lado negro da Força. Drama. Anakin tem que escolher entre seu dever e seu amor. Pra esquecer, ele vai beber um bom conhaque nacional (não aquela bosta que é importada da França, claro).
Mas o Senate descobre que o gobernador é um corrupto : numa fita de video, ele esta flagrado colocando uma propina de 3000 reais no seu bolso. Sem esperar convocar uma CPI pra julgar ele de conspiração contra a Republica, a Policia Federal vai o prender. Mas houve uma confusão, porque os policiais tinham bebido demais caïpirinhas a noite passada. Houve uma pancada com espadas-laser, e o delegado quase deixe pra morto o gobernador. Num seu ultimo folêgo, o gobernador diz ao Anakin que se morrer, o moço não poderia conhecer o lado negro da Força, e seu namorada morrera. Então Anakin mata o delegado pra salvar o gobernador. Sem querer, agora ele faz parte da quadrilha, arriscando ser detido na FEBEM da sua planeta.
Mas o Anakin tem um poder espantoso, agora que conhece o lado negro da Força. Ele pode fazer coisas incrediveis, como matar seus inimigos de uma olhada, colocar quatro elefantes numa Fusca (dois na frente, dois atras), sujar seu nome no SPC, ou prever a data de fim da novela do 8 da Globo sem consultar o IBOPE. Ele torna um vilão, ele mesmo.
Então seu antigo mestre Obiwan Kenobi vai o combater. Como os poderes deles estão quase iguais, o jogo vai ficar empate, apesar da torcida. Mas o Anakin caia na lava, e depois precisa de comprar roupas novas na Riachuelo : todo vestido de preto, agora ele é o terrivel Dark Vador.
Agora, meus bens, se eu não fiz erros demais de gramatica e de ortografo, poderei contar-lhes historias bonitas, de vez em quando !
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29/06/2005
São Luis do Maranhão (suite)
Trop occupe a vous narrer mes aventures immobilières sur les poutres branlantes d'un casarão (voir episode precedent), j'en ai oublie le reste, qui sans être aussi palpitant, est digne d'intérêt. Nous sommes mercredi soir et voici les dernières nouvelles.
J'ai oublié de dire que dimanche soir, j'ai eu la chance de tomber sur une répétition d'un sotaque de quartier. Il faut dire que je m'engage à pied dans des petites rues, en choisissant quand même celles qui sont raisonnablement éclairées, avec des maisons dans un état présentable. Pour répéter tranquillement, la petite troupe avait placé une fusca pour bloquer la circulation au bout de la rue (1). C'était l'occasion de pouvoir admirer les costumes de plus près, et aussi les danseuses dans les costumes.
Mardi matin, je suis allé cherché de l'argent au distribanque. De temps en temps, c'est nécessaire même quand on dépense en moyenne 70 R$ par jour hotel compris, sans se priver. J'ai poussé un juron intérieur bien senti (en français, je ne jure pas encore en portugais) en voyant que le bidule à sous ne m'a donné que des billets de 50 R$, qui sont une plaie à dépenser. Déjà les billets de 20, on se fait regarder de travers. Du coup, j'ai décidé d'aller faire un restau presque chic, une étoile dans le Guia 4 Rodas, le Michelin brésilien. Ca sera déjà un de moins à casser. Je précise que presque chic, c'est du 20 R$ par tête.
A Veranda (c'est le nom du restau) est situé selon le descriptif : emprunter l'avenida Getulio Vargas, prendre la rua Fulano, la première à droite après l'Escola Tecnica Federal, quartier de Monte Castelo. C'est un peu comme si on disait dans le Michelin : emprunter l'avenue du Général Leclerc, prendre la rue Dugenou, la première à droite après le Lycée Technique, à Rosny-sous-Bois. Malgré ces indications sommaires, j'ai trouvé du 1er coup, ce qui prouve qu'il ne faut jamais renoncer par avance. Je précise que je voyage en autobus.
Visiblement, je suis le seul à avoir réussi à trouver. Le restau est situé dans la maison du propriétaire, ce qui fait que sans le guide, cette adresse serait confidentielle. J'ai très bien mangé, à la fraiche dans le jardin, et je n'ai pas été embêté par les autres clients.
Après, je suis allé au cinéma. Comme je manque totalement d'imagination, je suis allé voir : Guerra nas Estrelas, a vingança dos Siths. De toute façon, c'était ça ou Cruzadas (de Ridley Scott, je ne sais plus sous quel titre c'est sorti en France). En VO, sous-titré en portugais. Je sais maintenant enfin pourquoi le gentil Anakin Skywalker est devenu le méchant Dark Vador (en fait, je savais déjà, voir épisode d'Ilheus ...). Personnellement, j'aurais trouvé une autre explication, du genre : Anakin Skywalker est en fait un fétichiste du latex, qui a finalement donné libre cour à ses fantasmes. Mais cela aurait été moins vendeur. Reste la fascination pour le côté obscur de la Force, qui permet d'étrangler un adversaire à distance, ou de trouver du premier coup un restau du Guia 4 Rodas dans un quartier paumé.
Trève de plaisanteries faciles sur les films américains. Après avoir regardé comme chaque soir "Essas Mulheres" (dont l'action ronronne gentiment depuis quelques jours, ce qui fait que je m'endors devant), je suis retourné voir les boeufs en mangeant un churrasquinho, en buvant une Brahma et une caïpirinha. Non, je ne m'en lasse pas. Le temps est au beau fixe depuis quelques jours, la pluie semble avoir décidé de ne pas revenir. Tant mieux, même s'il fait une chaleur d'enfer.
Ce matin, mercredi 29 juin, surprise : on est en pleine semaine, et tout est fermé. Explication : c'est la São Pedro, jour férié partout au Brésil. J'aurais du réviser mon calendrier. J'ai quand même pu visiter le charmant musée historique du Maranhão, située dans une demeure bourgeoise toute restaurée, remplie de meubles XIXème siècle. Ce qui surprend dans ce quartier, qui est essentiellement composé de petits commerces pas très chics. Comme tout est fermé dans le centre, déjeuner dans une churrascaria située dans un endroit excentré, bien qu'accessible en autobus. L'occasion de s'en mettre plein la lampe pour 18 R$, et de casser un autre billet de 50 R$ !
J'ai ensuite essayé de rejoindre la gare ferroviaire de São Luis, car je vais vraisemblablement quitter la ville samedi par le train. Il n'y a que trois trains par semaine, et la gare est située à perpète. J'ai eu beau demander comment on s'y rendait, je n'ai eu que des réponses allant du flou artistique à l'ignorance la plus crue. La gare se situant dans le quartier Anjo de Guarda, je me suis risqué à prendre un bus qui dessert ce quartier. Une fois arrivé, j'ai fait demi-tour illico par le premier bus, car c'était moyennement la zone. Même si sous le soleil et avec le sourire des brésiliens, les quartiers peu reluisants restent presque avenant. C'était une expérience. J'ai finalement eu la solution de l'énigme pour aller à la gare sans prendre un taxi comme les ploucs de touristes : il y a un bus à coté du Mercado Central toutes les heures, à partir de 6h30 le matin. Vendredi, j'irai réserver mon billet.
Demain, le clou de la fête de la Bumba Meu Boi : la rencontre des boeufs, dans le quartier de João Paulo. Tous les boeufs y seront, et bien entendu, j'y serai aussi. Ca va faire un effet boeuf ! (pouf, pouf ...)
(1) Le nom brésilien de la Coccinelle de Volkswagen. Bien que la production ait été arrêtée il y a quelques années, on en voit encore plein.
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27/06/2005
Aventures immobilières à São Luis !
Ce lundi, je ne m'apprétais pas à faire grand chose. Hier soir, je suis retourné voir la Bumba meu Boi, qui continue jusqu'au 29. Je suis là pour ça, je ne vais pas rester devant la télé. Je suis retourné à l'arraial do Ceprama, où j'étais déjà allé jeudi soir. Je commence à être un expert en culture du Maranhão. La musique qui accompagne le sotaque de orchestra (voir épisodes précédents), avec ses cuivres, a un rythme proche de la samba, mais la mélodie est surtout en mode mineur, ce qui lui donne un petit air nostalgique. La musique qui accompagne le sotaque de matraca est quant à elle bien d'inspiration africaine, et passé le premier contact un peu déconcertant, on y prend goût. Pour completer mes connaissances, il faudra que j'assiste à un sotaque de zabumba et de mão de costa. Fin de la parenthèse culturelle.
Le lundi, comme les musées sont fermés et que la plage est déserte (ou presque), je me suis consacré à quelques investigations immobilières dans le centre historique de São Luis. J'étais en effet trés curieux de savoir combien coutent les quelques splendides casarões à vendre, dont certains franchement en ruine.
En arpentant les rues du centre, j'avais relevé une liste de numéros et d'adresses avec des pancartes "vendo" ou "vende-se". Les deux premiers numéros étaient foireux, mais le 3ème était correct, attendu qu'il correspondait à une agence immobilière. Je me suis payé le culot de prendre rendez-vous avec un "corrector" de l'agence, pour aller voir de plus prés deux bâtiments de liste mis en vente par l'agence.
Le premier, je me suis contenté de le regarder de l'extérieur, car il est hors de portée de ma bourse : 720 000 R$, ce qui fait quand même 250 000 Euros au cours actuel. Entièrement rénové parait-il, 400 mêtres carrés habitables. Dix fois la surface de mon deux pièces de Paris XIIème pour un prix quasiment équivalent, mais bon.
Le deuxième me paraissait plus excitant : 100 000 R$ annoncés (environ 35 000 Euros), mais pour ce prix, à restaurer. Je m'en doutais déjà en ayant vu la façade : magnifique, style XVIIIéme relativement sobre, avec de très belles grilles en fer forgé bien conservées, mais le platre sérieusement décrépi, vu qu'il n'est pas recouvert d'azulejos. La toiture semble en état calamiteux. Je demande à Marlon (le corretor) où s'arrêtent les limites extérieures du bâtiment. Incroyable : la façade sur la rue principale correspondait bien à ce que je pensais (une quinzaine de mêtres), mais la surface sur la rue latérale n'en finit pas : 30 mêtres de long ! Nous entrons.
Le bâtiment abrite une entreprise, la CONAN (sic), dont l'activité est apparemment de louer des bateaux, et qui n'a pas l'air de rouler sur l'or. Quelques dossiers miteux dans une armoire métallique années 50, un bureau du même genre, un téléphone, un fax, un ventilateur, pas d'ordinateur. Le tout éclairé par des néons car les fenêtres sont murées. Il y a l'eau courante pour les waters, mais elle vient de l'immeuble d'à coté qui appartient au même propriétaire. Pour avoir un branchement propre, il faut contacter les services municipaux appropriés, c'est parait-il l'affaire d'une vingtaine de jours. Je suis un peu sceptique, car il faut percer un trou dans la rue, au même endroit où passe le réseau éléctrique. Fin du descriptif de la partie habitable de suite, qui fait quand même une belle surface de 80 mêtres carrés.
Nous explorons ensuite le reste du bâtiment, qui fait trois niveaux. Le premier niveau, celui où sont les bureaux de la CONAN, n'a pas d'accès sur la rue principale, car la rue latérale est en pente. Les 250 mêtres carrés correspondants sont non habitables de suite, dans un état d'abandon manifeste, mais à l'abri de l'humidité. Les murs font quasiment un mêtre d'épaisseur, c'est du costaud. Il y a en fait deux corps de bâtiment, entourant une petite cour. Nous montons d'un niveau par un escalier en bois qui n'a rien de XVIIIème.
Le deuxième niveau est tout aussi abandonné. Le plancher est en bois et apparemment sain. On commence à voir le jour par la partie haute des soupiraux, qui n'a pas été murée. On commence surtout à voir le jour par le plafond, car le plancher du second niveau, ainsi que la toiture, ne semblent pas en excellent état. Le second niveau fait dans les 400 mêtres carrés. Nous montons au dernier étage.
Le dernier étage est le plus exotique, car ce qui se laissait deviner se confirme : c'est carrément une ruine. Le toit est sain dans la partie avant, mais bien fatigué dans la partie arrière, il manque quelques mêtres carrés de tuile. Aujourd'hui il fait un temps magnifique, mais je me demande ce que ça donne pendant un orage ! Quand au plancher, c'est carrément l'aventure. Passée une partie en état correct, nous nous apprétons (Marlon, l'employé de la CONAN et moi) a effectuer un remake d'Indiana Jones.
En effet, pour accéder à la dernière partie, il faut passer par une section de plancher maintenue par fines poutrelles de bois, et les lattes recouvrant le tout ont disparu corps et bien. Entre chaque poutrelle, un mêtre de vide. Le viden mène au plancher du premier, cinq mêtres plus bas. Le gars de la CONAN passe le premier, en faisant un pas artistique et gracieux sur la poutrelle la plus appropriée. Marlon le suit de peu en suivant le même chemin. Ca a l'air de passer. Aprés quelques secondes d'hésitations, je m'engage.
Alors se produit ce qui n'arrive normalement que dans les scénarios éprouvés de films d'action made in Hollywood : la poutrelle céde brutalement, tombant cinq mêtres plus bas. Quant à moi, j'arrive à me rattraper tant bien que mal, par un mouvement réflexe dont la prouesse m'étonne moi-même, d'une manière qui n'a toutefois rien de gracieux ni d'artistique. Je suis secouru immédiatement de cette posture inconfortable par les deux autres gars, qui m'évitent ainsi d'aller rejoindre la poutrelle par le même chemin. Bilan : le coccyx un peu talé, une bonne crampe dans le molet, et surtout une belle frayeur.
Le reste de la visite est d'un banal : nous retournons au bureau du premier niveau, où l'employé arrive à mettre la main sur les plans de l'immeuble, après vingt minutes de recherche au milieu des dossiers miteux. Surface de l'ensemble (en comptant les trous du plancher) : 1135 mêtres carrés ! Je rappelle le prix : 35 000 Euros, le prix d'un studio de 20 mêtres carrés à Montreuil. Bon d'accord, il faut au moins multiplier par trois pour tout restaurer, ce qui ne doit pas être de la tarte.
En effet, si on fait l'impasse sur les tracas prévisibles d'un tel chantier, il faut se rappeler qu'on est ici en secteur "Patrimoine Culturel de l'Humanité", et l'IPHAN (les monuments historiques brésiliens) veille au grain. D'après l'employé, l'autorisation pour commencer les travaux devrait être facilitée pour un étranger qui vient avec ses Euros, mais quand on connait un peu le Brésil, j'ai un léger doute. L'administration brésilienne est particulièrement tatillonne et procédurière.
Pour ce qui me concerne, j'ai encore plein de choses à découvrir au Brésil, je me suis donc contenté de garder la carte de Marlon pour reprendre contact ultérieurement. D'ici là, le casarão aura peut-être trouvé preneur par un investisseur casse-cou, au propre et au figuré. Les portugais sont parait-il très friants du Centre Historique de São Luis, même s'ils cherchent en général des habitations en meillleur état. En tout cas, la prochaine fois, je saurai où il faut mettre les pieds.
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26/06/2005
São Luis do Maranhão (3)
Samedi, le temps semblant au beau fixe, j'ai fait l'excursion à Alcantara. Cette petite ville historique est située de l'autre coté de la baie de São Marcos, à 53 km par le bateau. Le Diamantina est un rafiot avenant qui traverse la baie à sa vitesse, c'est à dire pépère, rien à voir avec une vedette rapide. Une heure et quinze minutes de traversée, départ 9h40, retour selon la marée.
Alcantara est un pur délice, avec ses petites maisons groupées autour de rues pavées à l'ancienne. La plupart des petites maisons sont en bon état, mais Alcantara comptait également quelques demeures de prestige, dont un splendide palais du gouverneur. Comptait, car si São Luis est délabré, Alcantara est carrément en ruine. De très belles ruines, ce qui donne un coté très romantique. Les casarões restaurés ne sont pas nombreux mais splendides, et plus faciles à photographier qu'à São Luis. Il y a aussi une très belle église avec un hotel baroque.
Le retour a été un peu agité. Le Diamantina a du affronter une forte houle avec des creux d'un mêtre, ce qui créait une certaine animation sur le pont. La pluie est venu se greffer dessus, ce qui a vite calmé les esprits, car je rappelle qu'ici, la pluie est comparable à une douche quand elle se met à tomber. Je précise que coté intestinal, ça va nettement mieux, du moins les mouvements d'humeurs de l'océan n'ont pas eu de répercussions facheuses sur mon estomac. Le rafiot a failli éperonner un pétrolier, enfin j'exagère : il est passé à une trentaine de mêtres, mais vu la taille de l'engin et la faible visibilité, il y a eu un moment de doute.
Pour couronner le tout, le bateau arrive à un endroit différent de l'endroit de départ. En raison de la marée, le bateau accoste sur un espéce de ban de sable dans un endroit paumé, loin de la vieille ville, ce qui surprend. Heureusement, un bus affrété par la compagnie nous ramène à bon port.
Le soir, j'étais crevé, mais j'ai quand même tenté une sortie pour aller voir les boeufs danser. J'ai juste eu le temps de rentrer dans un restau pour aller me platrer l'estomac avec du riz, quand un orage du plus pur style tropical s'est mis à tomber. Il y a un proverbe du Maranhão (ou chinois, je ne sais plus) qui dit : "quand les boeufs sont mouillés, ils rentrent se coucher". Ben, c'est ce que j'ai fait.
Ce dimanche, je me suis balladé un peu dans la vieille ville, le temps de faire une constatation : il n'y a pas un chat et tout est fermé. Mais où peuvent donc bien être les maranhenses ? Quand on commence à connaître le Brésil, la réponse est évidente : à la plage. C'est donc ce que j'ai fait. J'ai pris le bus "Litoranea" pour aller à la plage de Calhau, qui est loin d'être la plus moche que j'ai vu : immense, sable blanc, eau apparemment limpide (je ne me suis toutefois pas baigné, je me suis contenté de tremper les pieds). Il faut juste faire abstraction des pétroliers qui stationnent dans la baie et des constructions en béton qui bordent l'avenue, coté continent.
Le temps semblant très instable, j'ai opté pour poser mes arrières dans un des nombreux restaus aux toits de palmes qui bordent la plage. J'ai repris la caïpirinha, car comme dirait Jean-Pierre Coffe : quand on consomme des bons produits, on peut pas être malade, nom de dieu ! J'ai dégusté également un panier d'excellents crabes, ce qui occupe un bon moment en raison de la main d'oeuvre pour décortiquer les pauvres bêtes. Pour extirper la chair du crabe, on utilise pas comme en France une sorte de casse-noix, mais une planchette en bois sur laquelle on tape avec un petit marteau du même matériau. C'est très rigolo, mais ça dure encore plus longtemps. Le crabe a beau être diététique, a défaut de sa composition nutritionnelle, surtout en raison du peu de nourriture qu'on peut en extraire : au bout de quatre crabes de taille respectable, j'étais repu.
Je me suis également balladé longuement sur la plage, où j'ai testé pour la première fois un autre truc diététique, le batonnet de sorbet aux fruits, dont le nom brésilien ne cesse de m'amuser : le picolé. La première fois que j'ai entendu le nom de sorbet picolé, j'ai cru qu'il s'agissait d'un sorbet à base de cachaça. Méprise linguistique, le picolé peut être consommé par tous, surtout par les moins de dix ans. Le seul problème du picolé, c'est que par 35 degrés, il fond plus vite qu'il est sucé. Résultat, il faut aller se rincer dans la mer car on en a de partout, en particulier sur les mains. Je parle de glaces, je rappelle.
Au total, la journée a été fort agréable. Le beau temps s'est installé et un léger vent est venu raffraichir le tout. Si il se maintient, je vais pouvoir aller voir danser les boeufs. En mangeant un churrasquinho avec du riz et de la farofa, parce que le diététique, c'est bon mais ça nourrit pas.
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24/06/2005
São Luis do Maranhão (2)
Jeudi soir, je suis allé à un autre arraial, pour voir un autre spectacle de la Bumba Meu Boi : toujours un sotaque orchestra (si vous avez l'impression que je parle en codé, c'est que vous n'avez pas bien lu la note précédente : révisez !). Toujours avec des cuivres et des jolies danseuses pas très habillées, ce qui est agréable à l'oreille et à l'oeil à défaut de saisir la portée culturelle du spectacle.
Coté santé, j'ai l'estomac dans un état tchernobylesque. Je cherche bien : ça ne peut pas être la caïpirinha, ni la bière, ni les cocos gelados, ni les jus de fruits frais avec des glaçons, ni le churrasco, ni les feijões, ni la farofa, ni ... Ou alors, le tout réuni ? Ce soir, pates, riz et guarana. Dur.
Contrairement à ce que je pensais, les spectacles de la Bumba Meu Boi se déroulent exclusivement dans les arraials : pas de boeufs déambulant dans les rues, il faut donc savoir où se déroulent les spectacles. Pour aller à la festa de jeudi soir, j'ai serré les fesses, non pas à cause du désordre intestinal évoqué plus haut, mais en raison du caractère peu avenant du trajet à pied pour s'y rendre. Une fois arrivé, heureusement, c'est très sympathique. Pour rentrer, je me suis offert le luxe de prendre un taxi (7 R$).
Vendredi, retour temporaire de la pluie pour raffraichir l'atmosphère. Ici aussi, quand il pleut, c'est pas trois gouttes, heureusement, ça ne dure pas. J'ai continué à me ballader dans le centre historique. En visitant la maison de l'Architecture, je me suis rendu compte du travail accompli pour sauver São Luis de la décrépitude totale. Car, s'il reste énormément de travail pour retaper toutes ces ruines, avant c'était pire. L'essentiel du travail a été réalisé entre 1986 et 1988. A cette occasion, on a fait quelque chose d'intelligent, qui ne m'avait pas sauté aux yeux : on a enterré tous les fils éléctriques. On ne voit ici ni fils éléctriques disgracieux, ni poteaux en béton hideux. C'est un atout indéniable, surtout quand on connait l'aspect visuel du réseau éléctrique brésilien, qui semble la plupart du temps avoir été bricolé par des émules de Gaston Lagaffe. Ce qui prouve que parfois, les choses importantes sont celles qu'on ne voit pas.
Vendredi aprés midi, repos du à l'état de l'estomac. Seule sortie, le temps de faire un investissement lourd et indispensable : un nouveau parapluie, celui que j'ai amené de France menaçant à tout moment de rendre l'âme. J'ai trouvé mon bonheur : petit, pliable, noir, 5 R$. Dans ce monde de compétitivité, il faut être inflexible en affaires. Je dis.
Il y a des cinémas à São Luis : j'ai repéré un ciné pour amateurs de pipoca (pop-corn) qui diffuse des gros films américains, un cinéma art et essai qui diffuse le dernier Godard (ou l'avant dernier, de toute façon j'en ai jamais vu un seul), et même un cinéma pour adultes qui diffuse des films au contenu explicite moyennant un modique droit d'entrée. Un bon vieux cinoche porno comme on n'en trouve plus chez nous. A mon avis, il faut prévoir un sac en plastique pour y poser son arrière-train.
Vendredi soir, je suis allé à un 3ème arraial histoire de changer un peu. Pour changer un peu aussi, je voulais voir un sotaque de matraca. La matraca est un instrument de musique constitué de deux planches de bois, et quand on les frappe ça fait clac-clac. Du coup, la musique, est une sorte de mélopée de style africain accompagnée de clac-clac. Honêtement, je préfère le sotaque orchestra. Le seul avantage du sotaque matraca, c'est que tout le monde peut participer. TIM, l'opérateur de téléphonie mobile, distribuait d'ailleurs généreusement des matraca avec son logo dessus, pour que tout le monde puisse faire clac-clac. Clac-clac, clac-clac !
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23/06/2005
São Luis do Maranhão (1)
J'ai prévu de rester ici une dizaine de jours, aussi le choix de l'hotel se révélait stratégique : confortable, central et pas cher. Pour une fois, le Lonely Planet a tapé juste. L'hotel São Marco est conforme au cahier des charges. Bon d'accord, question déco et état de la plomberie, c'est pas le Plazza Athénée, mais pour 30 R$ par jour, je vais pas faire la fine gueule. Le petit déjeuner laisse à désirer : j'ai demandé au patron de me faire un café spécial français, c'est à dire sans sucre. Celui qu'il sert est déja sucré, épouvantablement trop sucré, apparemment selon le gout local. Il faut dire que je suis apparemment le seul étranger de l'hotel. Demain, je vais essayer de négocier le remplacement du "salame" frit bien graillou par un jambon digne de ce nom, ou par du fromage.
L'hotel est installé dans un casarão, c'est à dire dans une demeure historique du centre ville. Pas difficile : le centre-ville de São Luis est exclusivement constitué de demeures historiques. Ce n'est pas pour rien que le centre-ville a été classée par l'UNESCO patrimoine historique de l'humanité ! La vrai surprise, c'est que la ville n'est pas du tout touristique. Je m'attendais à me retrouver dans une pétaudière comme j'en ai déjà trouvé maintes fois : une boutique de souvenirs, un restaurant chic, un bar, un cybercafé, le tout en boucle. Ce n'est pas le cas. Quincailleries, marchands de meuble d'occasion, chaveiros, carimbos (1), bars bien popus, quelques restaus pas chics du tout. Pour une fois, j'arrive avant l'invasion !
Il faut quand même préciser qu'il y a deux rues bien touristiques, celles ou les casarões (2) ont été restaurés par le "projeto reviver", l'action de la municipalité pour revitaliser le centre-ville. Deux rues : la rua Portugal et la rua de estrella. Pour le reste, le patrimoine historique de l'humanité est passablement délabré. Cela fait peine à voir, mais comme les touristes étrangers ne viennent pas ici, y a pas de sous pour réparer. La plupart des batiments sont au mieux avec un toit, au pire réduit à une facade envahie par la végétation. Les bâtiments couverts d'azulejos sont heureusement les mieux conservés, ce qui prouve que le carrelage, quand c'est bien posé, ça dure longtemps. Trop forts, ces portugais !
Il reste donc à investir ici et de lancer la mode, on est ici sur un terrain à conquérir. Mais le pari est risqué, en effet l'aéroport international le plus proche est celui de Fortaleza, à 600 kilomètres. Je vais me renseigner sur le prix de ces magnifiques ruines, car certaines sont apparemment à vendre.
L'autre intérêt de São Luis est bien entendu la Bumba Meu Boi. Cette fête est à l'origine celle des esclaves qui avaient choisi de défier leur maitres en faisant une sorte de carnaval satyrique. La fête fut d'ailleurs interdite une longue partie du XIXème siècle. La visite de la Casa do Maranhão, splendide édifice historique transformé en musée, permet de comprendre un peu mieux le principe de cette fête extraordinairement complexe, a tel point que des chercheurs se penchent sur les origines exactes de ces traditions.
Le principe général est que plusieurs groupes (appelés sotaques) traversent la ville en portant un boeuf factice richement décoré. Chaque sotaque correspond à un quartier de la ville et se reconnait à son costume : certains sont inspirés des traditions africaines, d'autres des traditions indiennes, d'autres plus européennes. Le tout est bien entendu est très bruyant et très coloré, avec des plumes et des paillettes, mais le présenter comme un carnaval hors-période serait réducteur : c'est avant tout une fête culturelle.
Hier soir (nous sommes jeudi), je suis allé à un des arraials (3) du centre ville, car ici comme dans tout le Nordeste, on fête la São João. C'est même la plus "quente do Brasil", nous dit la pub du gouvernement du Maranhão ! L'originalité est qu'entre deux concerts de forro, on peut assister aux répétitions des sotaques. Hier, c'était le Boi do Morro, un sotaque orchestra, c'est à dire avec des cuivres. Je n'ai pas compris toutes les paroles, mais le thème général est religieux, racontant la création du monde depuis les origines jusqu'à avant-hier. Le tout sur un air de samba, c'est pas parce qu'on réclame la bénédiction divine qu'on va chanter des cantiques ! De toute façon, il y a des jolies filles pas trés habillées qui se trémoussent, et ça c'est toujours du pain bénit.
Aujourd'hui je suis allé faire un tour de repérage dans la ville moderne, au nord du centre historique. Comme dans toutes les grandes villes brésiliennes, il y a un quartier plein de tours en béton de vingt à trente étages flambant neuves, pour la classe aisée. C'est comme ça, le Brésil : les pauvres habitent dans des demeures bourgeoises en ruine, et les riches dans des HLM de luxe. Je ne suis pas allé jusqu'au bout, pour aller jusque là, il faut traverser un sorte de no man's land qui ressemble à Sarcelles ou à Vénissieux, en moins bien. J'étais à pied, même pas peur. J'ai juste fait une escale à la plage le temps de siroter un coco gelado et une Brahma.
Pour rentrer, j'ai pris le bus. Un sympathique pépère s'adresse à moi en français. Comment a t-il su ? C'est simple, j'ai vraiment une tête de français moyen. Du coup, j'ai fait la connaissance de Ivanaldo, un sympathique carioca en vacances ici. Un contact de plus quand je serai à Rio !
(1) Chaveiro = clé minute. Carimbos = tampons
(2) Un casarão, des casarões
(3) Fête foraine
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22/06/2005
Voyage de Recife à São Luis
Il n'y a pas d'age pour faire des bétises de jeunesse. Comme je suis resté très gamin, j'ai décidé de faire un truc de jeune, de faire comme les routards, les durs, les vrais, les tatoués. L'avion ? Trop rapide, trop cher, on ne voit pas le paysage, truc de bourgeois. J'ai donc renoncé au confort et à la rapidité pour m'embarquer dans un trajet en bus de 1600 km afin de rejoindre São Luis do Maranhão et voir la Bumba Meu Boi dont je parle maintenant depuis un mois et demi et qui constituera je pense un des temps forts de ce voyage. Banzaï !
Depart donc de Recife le lundi 21 juin à 14h30, pour une durée de voyage annoncée d'environ 24 heures, moyennant un coût de 145 R$, ce qui fait quand même 3 fois moins cher que l'avion. Je me suis quand même renseigné : l'avion fait le même trajet en seulement 4 heures (escale à Fortaleza).
Avec un léger retard, le bus décolle donc de la gare routière vers 14h45. Les 3 premières heures de voyage sont sans surprises : il fait jour, il fait beau, le bus prend son temps, je regarde le paysage qui est sensiblement le même que celui que j'ai déjà longuement contemplé lors de mes déplacements précédents : vaches, canne à sucre, re-vaches, re-canne à sucre, c'est très vert et très agricole. Diner a une gare routière quelquonque, qui ne restera pas dans les annales de la gastronomie.
Puis vient la nuit, qui dure douze heures sous ces lattitudes. Malgré la pleine lune, difficile de voir le paysage. C'est dommage, car on attaque le Sertão du Pernambuco. Je n'ai pas bien vu, mais ça a l'air plat, et pas beaucoup d'arbres. Je dors une heure, ensuite je somnole par tranches d'une heure. Le bus fait un arrêt dans toutes les villes du trajet. Heureusement que j'ai la petite laine : la clim est réglée sur "transport frigorifique". Faudra leur expliquer qu'on est pas des pingouins !
Le jour se lève progressivement à partir de 5 heures sur un paysage fort différent. On est dans le Piaui, état pauvre et central, et le paysage vert de la côte bahianaise a un peu jauni. Il y a toujours des vaches, mais plus de canne à sucre. Les pauvres bêtes broutent une herbe qui ressemble un peu a de la paille, au milieu d'une végétation qui reste dense, même si elle fait un peu penser à la savane.
Petit déjeuner à la gare routière de Teresina : un café, un jus d'orange et deux pastel (1). Ca fait du bien ! Petite frayeur : le bus est reparti, mais juste pour faire le plein et nettoyer. Une heure de pause, j'en profite pour acheter une lecture intellectuelle : comme Pif le Chien n'existe pas sous ces lattitudes, je me délecte des aventures de la Turma de Monica, que j'ai découvert grace à la bibliothèque de mon ami Lamartine, qui contient aussi des livres pour les moins de 10 ans. Depuis, je suis fan. En plus, j'ai une bonne excuse : j'ai déja lu le dernier numéro d'Epoca (équivalent : l'Express), qui est beaucoup plus adapté en théorie à mon age, mais qui est beaucoup moins marrant. En plus, ça ne parle que de Roberto Jefferson et de son mensalão (2), alors ça va bien, na.
Suite du voyage de jour. Le paysage reverdit progressivement après Teresina, quand on rentre dans le Maranhão. Il y a un tronçon de route où on ne traverse pas un bled pendant plus de 100 km, juste des cabanes en terre séchée au toit en branches de palmier. Apparemment, il y a des gens qui habitent. De retards en contretemps, il apparait maintenant clairement que le bus n'arrivera pas à 14h30. Déjeuner dans une churrascaria bondée, où s'arrêtent visiblement tous les bus qui passent par là. Bon et pas cher, je pense que ça doit être la meilleure dans un rayon de 100 km.
Arrivée finalement à São Luis vers 17h, avec donc deux bonnes heures de retard. Je me dirige immédiatement vers l'hotel en taxi. Sur le coup, je n'avais pas l'impression d'être trop cassé. N'empêche, je me suis endormi sans manger. J'ai même raté une partie de "Essas Mulheres", c'est vous dire. Ca m'apprendra a vouloir jouer les jeunes à mon age !
(1) Petits gateaux salés fourrés au choix de viande, de jambon, de fromage
(2) Sombre affaire de corruption qui implique les partis au pouvoir : si j'ai bien compris, la politique brésilienne étant particulièrement embrouillée, le PT (le parti de Lula) aurait versé des dessous de table (mesada ?) a des députés du PTB (le parti de Jefferson) en échange d'un soutien au gouvernement. Si Lula est très populaire (73 % d'indice de confiance, même après ces histoires !), le PT ne représente que 18 % des voix et a donc besoin d'alliés.
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18/06/2005
Recife
J'ai quitté Mangue Seco vendredi matin, car c'est pas tout ça, mais je dois aller à São Luis do Maranhão pour la Bumba Meu Boi, et c'est pas la porte à coté. En plus, je suis à sec, et il n'y a pas plus de distribanque à Mangue Seco, qu'il n'y a de café Internet.
Le départ de Mangue Seco a été folklorique, car après le hors-bord qui m'a ramené à Pontal, j'ai emprunté pour la première fois un taxi collectif, qui pour la somme de 3,50 R$, m'a amené à Estancia. Si j'en juge au bruit de tondeuse à gazon et à la fumée qui se dégageait au démarrage, la dernière vidange du véhicule datait du siècle dernier. Je sais maintenant qu'il est possible de mettre 18 personnes dans un combi Wolks millésimé 1970, avec un peu d'entrainement on doit pouvoir battre le record. Le pauvre combi allait à 15 kilomètres heures dès que la pente dépassait les 3%, on pouvait descendre en route cueillir des marguerites, ou une fleur plus locale (j'ignore si il y a des marguerites ici). Le petit gars qui était à coté de la porte n'a pas tenté l'expérience, il aurait perdu les 20 cm de large qui lui servait à poser son arrière-train. En outre la porte ne tenait que par un point rouillé.
Une fois arrivé à Estancia, j'ai eu immédiatement un bus pour Aracaju, 5 R$ (c'était pas un executivo). Arrivé à Aracaju (ville sans intérêt d'après le Lonely Planet), je voulais aller à Laranjeiras, une belle cité historique à 20 kilomètres de là. Mais les bus pour y aller ne partaient pas de la gare routière principale où j'étais, il aurait fallu s'arrêter ailleurs ou reprendre un taxi. J'ai donc décidé de faire provisoirement l'impasse sur cette partie (Sergipe et Alagoas), j'aurai l'occasion d'y retourner. Et de piquer directement sur Recife. Il y avait un bus une heure plus tard, que j'ai donc attendu, et aprés 8 heures de route pour 500 kms, me voici à Recife. Quartier de Boa Viagem, la ville moderne, hotel à 45 R$ la nuitée (petit déjeuner, climatisation, TV satellite). L'hotel conseillé par le Lonely Planet à proximité est fermé définitivement et va certainement être détruit pour laisser place à une tour de 30 étages pour brésiliens aisés, chose qui pousse ici comme les champignons en automne.
La journée de samedi a été cauchemardesque, elle m'a fait penser au jour de la marmotte, dans le film Groundhog Day, un de mes films préférés (1) : l'impression d'être coincé quelque part, et espérer que cela ne se reproduise plus. Jusqu'à 15 heures, il a plu à saut. Les rues était inondées, 30 centimètres d'eau par endroit. Le seul truc marrant était de constater avec quelle désinvolture les brésiliens prenaient la chose : le conducteur du bus roulait au milieu de la flotte en éclaboussant tout, je crois qu'il sat par coeur où sont les trous dans la chaussée, car on ne la voyait pas. J'ai même vu un gars sur son vélo, avec deux enceintes sur le vélo (une devant, une derrière ...) : les enceintes braillant de la publicité pour un magasin local, le gars est payé pour ça, il continue donc imperturbablement en ayant recouvert le tout de baches en plastique.
Pour ce qui me concerne, j'était catastrophé : mon pantalon trempé jusqu'au genou, je cherchais un distribanque que je n'ai pas trouvé et pour couronner le tout, c'est le moment où mon parapluie a commencé à donner des signes de faiblesse : une baleine cassée. Heureusement que j'avais les havaianas, aucune chaussure n'aurait résisté au traitement, à part des bottes de pècheur en caoutchouc.
Finalement, j'ai pu rentrer et trouver un distribanque, mais j'ai perdu la moitié de la journée. J'ai ensuite cherché un cybercafé : c'est une denrée rare à Recife. Il y en avait un au centre commercial mais cher et tout pourri (impossible de faire les apostrophes !). J'ai essayé d'aller à celui indiqué par le Lonely Planet, qui bien entendu était fermé. J'aurai mieux fait de rester couché ! Mais c'est comme ça, je ne peux pas rester en place.
Pour me reposer de mes émotions, j'ai regardé Essas Mulheres. Je suis désormais accro. J'ai même fait venir le gars de la pousada de Mangue Seco parce que je n'arrivais pas à régler le bidule satellite sur TV record. Bonne nouvelle : Aurelia a pu arriver à temps pour assister à la lecture du testament du Coronel, et déjouer les plans du méchant oncle qui voulait se faire tuteur, pour lui piquer le magot. Bien fait pour lui. Je vais manquer la suite lundi, c'est trop cruel.
La journée de dimanche a permis de rattraper celle de samedi : ciel bleu immaculé ! Et bien entendu, la chaleur qui va avec, ce qui fait apprécier la climatisation. J'ai visité de nouveau la vieille ville et pris quelques photos. La vieille ville est passablement délabrée à part le Paco da Alfandêga, un superbe édifice récemment rénové et transformé en shopping center. J'ai finalement trouvé un bon cybercafé à Boa Viagem, mais c'était pas de la tarte.
Ici aussi on fête la São João, avec des bals forro aux endroits stratégiques. Je vais aller faire un tour ce soir si je ne suis pas trop claqué. Demain, si tout va comme je veux : départ pour São Luis de Maranhão. Je pense tenter l'expérience du bus leito : 24 heures de trajet, 1600 kilomètres en passant par le Sertão (2) ! Je sens que je vais arriver dans un état de délabrement comparable à celui des immeubles du Recife Antigo.
(1) Avec Bill Muray et Andy Mac Dowell (1992, si ma mémoire est bonne)
(2) Région aride du centre
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17/06/2005
Mangue Seco
Je suis arrivé à Mangue Seco mercredi vers 13h, venant de Salvador. Trajet compliqué : taxi pour la gare routière, bus jusqu'à Indiaroba, taxi pour aller à Pontal, puis un hors-bord pour franchir le Rio Real que j'ai eu la chance de pouvoir partager, sinon c'est 30 R$ la traversée (il n'y a pas de bateaux réguliers en cette saison).
Compliqué, mais mérité : Mangue Seco est un petit paradis. Il y a en tout et pour tout une cinquantaine de maisons dans le village, dont 10 pousadas (et 3 ouvertes en cette saison). Coté population, il doit y avoir une centaine d'autochtones, quelques vaches, quelques moutons, une demi-douzaine d'anes et une douzaine de touristes. Je ne suis pas sur du nombre de touristes, mais j'ai bien compté les anes. Pas de corrélation entre les deux derniers chiffres. Il n'y a absolument aucun cybercafé à Mangue Seco. Il y a quand même l'éléctricité, l'eau courante et le téléphone. Animation en cette saison : rien, deux restaurants ouverts le soir. Ca change de Salvador !
Pour aller manger le soir, la pousada où je dormais étant un peu excentrée par rapport au village, il fallait la lampe éléctrique, car il n'y a pas non plus d'éclairage public. Il fallait passer par la plage : à marée haute, il fallait donc marcher dans l'eau. L'autre chemin, c'est par les dunes, au milieu des vaches et des moutons.
L'attraction principale de Mangue Seco, ce sont les dunes. Et le moyen le plus rigolo d'aller dans les dunes, c'est le buggy (en portugais : bugue !). J'ai donc fait le tour en bugue, c'est très rigolo même si c'est un peu court. On passe par la ferme de Tieta do Agreste : c'est en effet là qu'on été tournés la telenovela (1992) et le film avec Sonia Braga (1998), d'après le roman de Jorge Amado. On voit également l'endroit où Daniela Mercury a tourné un clip. Daniela Mercury, Sonia Braga : dommage, elles n'étaient pas là aujourd'hui, il n'y avait que les moutons et les anes.
Les paysages sont magnifiques : les dunes, les palmiers, les marécages et aussi la plage à perte de vue. Et quand je dis à perte de vue, ce n'est pas une allégorie littéraire facile utilisée par un écrivain à deux balles pour meubler son blog. Ca veut dire que quand on est à un point donné de la plage, le tracé rectiligne de la plage s'étend sur une longueur telle qu'il est difficile d'en apercevoir le bout. C'est mathématique : je suis un scientifique, pas un littéraire.
La journée de jeudi a été superbe : pas un nuage, et surtout pas de pluie ! Comme il n'y a pas d'éclairage public, j'en ai profité pour faire un peu d'astronomie. Un peu, car mes repéres sont complètement absents. Je pense avoir repéré la constellation du Centaure, mais je n'ai pas vu la Croix du Sud ni les nuages de Magellan. Je pense que ce n'est pas la saison, je vais être obligé de me documenter.
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14/06/2005
Salvador (ce coup-ci, suite et fin !)
Je suis donc finalement resté une journée de plus à Salvador, car j'ai appris qu'il y avait hier soir (nous sommes mardi) une grande quermesse (1) en l'honneur de São Antonio, vu que c'était sa fête. La fête avait lieu dans le quartier de São Antonio, un peu excentré à 20 minutes à pied au nord du Pelourinho. Je n'ai pas regretté le déplacement, car c'était muito legal ! (2)
C'était une vrai fête de quartier, pas du tout touristique, avec ses barraques, ses vendeurs ambulants, et bien sûr un orchestre et une sono pour animer le tout. Le prétexte religieux est bien secondaire. J'ai testé la caïpirinha à 50 centavos : le verre est plus petit, mais le rapport qualité-prix est imbattable. Du coup, j'en ai pris trois. Je sais ça, n'est pas raisonnable. Et ça explique en partie le fait que j'ai différé mon départ !
Il me restait somme toutes quelques visites à faire à Salvador. Je suis donc retourné de jour jusqu'à São Antonio, car la balade est trés belle : elle compte nombre de belles batisses, la même quantité que dans le Pelourinho, sauf que les seules qui ont été rénovées sont celles qui ont été transformées en pousadas de charme. Je pense que pour mon prochain séjour à Salvador, j'opterai pour ce quartier, plus calme et moins touristique.
Cet après-midi, je suis allé en bus jusqu'au fort de Barra, au sud de la ville. Ce fort est le plus ancien construit au Brésil (1534) et il abrite un petit musée maritime. Jolie vue sur les plages avoisinantes, où on peut voir d'intrépides baigneurs, en raison des fortes vagues et de la propreté douteuse du sable.
La traversée en bus permet en outre de découvrir la partie moderne de la ville avec ses buildings, ses centres commerciaux, ses quartiers commerçants grouillant de monde. Le plan urbanistique général de Salvador est totalement anarchique, il est difficile de repérer des grands axes. Au final, c'est une ville qui mérite d'être découverte plus en détail, même si elle est parfois assommante.
Demain, je pars très tôt pour me rendre à ma prochaine destination : Mangue Seco, 1000 habitants et pas de route pour y aller (on y va en bateau). Ca devrait me reposer un peu de Salvador. Un dernier détail : le mardi soir, il y a une grande foire sur le Terreiro de Jesus (la grande place du Pelourinho), à une minute à pied de mon hotel. Je vais bien entendu y faire un tour. Pourvu qu'il n'y ait pas la barraque avec la caïpirinha à 50 centavos. Je dois rester ferme sur les principes !
(1) Orthographe brésilienne
(2) Très sympa !
23:55 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
